ACTE II. — SCÈNE V
MATHAN
Le ciel nous le fait voir* un poignard à la main : Le ciel est juste et sage, et ne fait rien en vain. Que cherchez-vous de plus ?
ABNER
Mais, sur la foi d*un songe, Dans le sang d'un enfant voulez-vous qu'on se plonge ? Vous ne savez encor de quel père il est né, Quel il est.
MATHAN
On le craint ; tout est examiné.
A d'illustres parents s'il doit son origine, La splendeur de son sort doit hâter sa ruine :* Dans le vulgaire obscur si le sort l'a placé. Qu'importe qu'au hasard un sang vil soit versé 1 Est-ce aux rois à garder cette lente justice ? Leur sûreté souvent dépend d'un prompt supplice. N'allons point les gêner d'un soin embarrassant : Dès qu'on leur est suspect, on n'est plus innocent.
ABNER
Hé quoi, Mathan ! d'un prêtre est-ce là le langage ? Moi, nourri dans la guerre aux horreurs du carnage, Des vengeances des rois ministre rigoureux.
C'est moi qui prête ici ma voix au malheureux ! Et vous, qui lui devez des entrailles^ de père, Vous, ministre de paix dans les temps de colère, Couvrant d'un zèle faux votre ressentiment.
Le sang à votre gré coule trop lentement !
Vous m'avez commandé de vous parler sans feinte. Madame : quel est donc ce grand sujet de crainte ?
* Nous kfait fotr— ShowB him to us.
3 Dans ces deux veiB, d'ailleurs tTès-beaux, ton sort et le sort ont paru trop près l'un de 1 lutre ; le premier étant pris pour l'état, et le second pour la destinée. — AcadAvib.
8 Des entrailks—Affectiou.
30 ATHALIB.
Un songe, un faible enfant, que votre œil prévenu Peut-être sans raison croit avoir reconnu.
Je le veux* croire, Abner, je puis m'être trompée : Peut-être un songe vain m*a trop préoccupée.
] Hé bien, il faut revoir cet enfant de plus près ;
Il en faut à loisir examiner les traits.
;• Qu'on les fasse tous deux paraître en ma présence.
i ABNER.
j Je crains . . .
\i ATHALIE.
. Manquerait-on* pour moi de complaisance
; f De ce refus bizarre oii seraient les raisons ?
j i II pourrait me jeter en d'étranges soupçons.
î* Que Josabet, vous dis-je, ou Joad les amène.
Je puis, quand je voudrai, parler en souveraine. Vos prêtres, je veux bien,^ Abner, vous l'avouer. Des bontés d'Athalie ont lieu de se louer.
Je sais sur ma conduite et contre ma puissance Jusqu'où de leurs discours ils portent la licéhce : Ils vivent cependant, et leur temple est debout. Mais je sens que bientôt ma douceur est à bout. Que Joad mette un frein à son zèle sauvage, Et ne m'irrite point par un second outrage.
Allez.