ACTE II. — SCÈNE V
Son ombre vers mon lit a paru se baisser :
Et moi, je lui tendais les mains pour l'embrasser ; Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange D'os et de chair meurtris et traînés dans la fange, Des lambeaux pleins de sang, et des membres affreux Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.
ABNER
Grand Dieu !
ATHALIB.
Dans ce désordre à mes yeux se présente Un jeune enfant couvert d'une robe éclatante, Tel qu'on voit des Hébreux les prêtres revêtus. Sa vue a ranimé mes esprits abattus : ' Mais lorsque, revenant de mon trouble funeste, J'admirais sa douceur, son air noble et modeste, J'ai senti tout à coup un homicide acier Que le traître en mon sein a plongé tout entier. De tant d'objets divers le bizarre assemblage Peut-être du hasard vous paraît un ouvrage :
Moi-même quelque temps, honteuse de ma peur.
Je l'ai pris pour l'effet d une sombre vapeur. Mais de ce souvenir mon âme possédée A deux fois en dormant revu la même idée ; Deux fois mes tristes yeux se sont vu retracer Ce même enfant toujours tout prêt à me percer. Lasse enfin des horreurs dont j'étais poursuivie. J'allais prier Baal de veiller sur ma vie, Et chercher du repos au pied de ses autels :
Que ne peut* la frayeur sur l'esprit des mortels ! Dans le temple des Juifs un instinct m'a poussée, Et d'apaiser leur Dieu j'ai conçu la pensée ; J'ai cru que des présents calmeraient son courroux, Que ce Dieu, quel qu'il soit, en deviendrait plus doux. Pontife de Baal, excusez ma faiblesse.
J'entre. Le peuple fuit ; le sacrifice cesse ;
I AbattusSwik. ^ Que tie peut— Vf hat ca,nnot tio
Le grand prêtre vers moi s'élance avec fureur : ij Pendant qu'il me parlait, ô surprise ! ô terreur !
Il tPai vu ce même enfant dont je suis menacée,
jl Tel qu'un songe effrayant l'a peint à ma pensée.
'} Je l'ai vu ; son même air, son même habit de lin,
;' Sa démarche, ses yeux, et tous ses traits enfin :
•' Cest lui-même. ïl marchait à côté du grand prêtre
Mais bientôt à ma vue on l'a fait disparaître. I Voilà quel trouble ici m'oblige à m'arrêter,
h; Et sur quoi j'ai voulu tous deux vous consulter.
\i Que présage, Mabhan, ce prodige incroyable 1
MATHAN
Ce songe et ce rapport,* tout me semble effroyable.
Mais cet enfant fatal, Abner, vous l'avez vu : Quel est-il ? de quel sang ? et de quelle tribu ?
AfiNER.
I Deux enfants à l'autel prêtaient leur ministère : *
L'un est fils de Joad, Josabet est sa mère ; L'autre m'est inconnu.
' MATHAN
Pourquoi délibérer ?
De tous les deux, madame, il se faut assurer. Vous savez pour Joad mes égards,* mes mesures ; Que je ne cherche point à venger mes injures ; Que la seule équité règne en tous mes avis :
Mais lui-même, après tout, fût-ce son propre fils, I :i Voudrait-il un moment laisser vivre un coupable ?
ABNER
De quel crime un enfant peut-il être capable ?
1 Ce rapport — This coïncidence or resemblanoe. > Leur ministère — Their assistance.
' On dit bien les égards, mais non pas les mesures de quelqu'un poi unepenùone. — AcAPiMis.