‹ Athalie, tragédie, annotéeChapitre 24 sur 63 · ACTE II.— SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II.— SCÈNE VII

Vous voyez, je suis reine, et n'ai point d'héritier ;

Laissez ïà cet habit, quittez ce vil métier :

Je veux vous faire part ^ de toutes mes richesses.

Essayez dès ce jour Teffet de mes promesses :

A ma table, partout, à mes côtés assis.

Je prétends vous traiter comme mon propre fils.

JOAS

Comme votre fils ?

Oui. . .Vous vous taisez ?

JOAS

Quel père

Je quitterais? et pour...

Hé bien ?

JOAS

Pour quelle mère !

ATHALIE, à Josahet.

Sa mémoire est fidèle ;* et, dans tout ce qu'il dit. De vous et de Joad je reconnais l'esprit.

Voilà comme, infectant cette simple jeunesse. Vous employez tous deux le calme où je vous laisse. Vous cultivez déjà leur haine et leur fureur : Vous ne leur prononcez mon nom qu'avec horreur.

JOSABET.

Peut-on de nos malheurs leur dérober l'histoire ? Tout l'univers les sait ; vous-même en faites gloire.

Oui, ma juste fureur, et j'en fais vanité, A vengé mes parents sur ma postérité.

J'aurais vu * massacrer et mon père et mon frère. Du haut de son palais précipiter ma mère,

1 Je veux vous faire portai will make you share in.

3 /iVd^fe— Retentive. ^ Saurait vu— After seeing.

38 ATHAUE.

Et dans un même jour égorger à la fois

(Quel spectacle d'horreur !) quatre-vingts fils de rois ;

Et pourquoi? pour venger je ne sais quels prophètes

Dont elle avait puni les fureurs indiscrètes ; *

Et moi, reine sans cœur, fille sans amitié,

Esclave d'une lâche et frivole pitié,

Je n'aurais pas du moins à cette aveugle rage

Rendu meurtre pour meurtre, outrage pour outrage,

Et de votre David traité tous les neveux

Comme on traitait d'Achab les restes malheureux !

Oii serais-je aujourd'hui, si, domptant ma faiblesse.

Je n'eusse d'une mère étouffé la tendresse ;

Si de mon propre sang ma main versant des flots

N'eût par ce coup hardi réprimé vos complots ?

Enfin de votre Dieu l'implacable vengeance

Entre nos deux maisons rompit toute alliance :

David m'est en horreur ; et les fils de ce roi,

Quoique nés de mon sang, sont étrangers pour moL

JOSABET.

Tout vous a réassL Que Dieu voie, et nous juge.

Ce Dieu, depuis longtemps votre unique refuge,

Que deviendra l'effet de ses prédictions ?

Qu'il vous donne ce roi promis aux nations,

Cet enfant de David, votre espoir, votre attente...

Mais nous nous reverrons. Adieu. Je sors contente.

J'ai voulu voir ; j'ai vu.

ABNER, à Josahet,

Je vous l'avais promis ; Je vous rends le dépôt que vous m'avez commis.

1 Fureun indUcritet'—ImcAeat transport— firenzies or fonaticism.

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