‹ Athalie, tragédie, annotéeChapitre 30 sur 63 · ACTE III SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III SCÈNE III

tPavais tantôt * rempli d'amertume et de fiel

Son cœur déjà saisi des menaces du ciel ;

Elle-même, à mes soins confiant sa vengeance,

M'avait dit d'assembler sa garde en diligence ;

Mais, soit que cet enfÎEmt devant elle amené.

De ses parents, dit-on, rebut infortuné.

Eût d'un songe effi*ayant diminué l'alarme.

Soit qu'elle eût même en lui vu le ne sais quel charme,

tPai trouvé son courroux chancelant, incertain.

Et déjà remettant sa vengeance à demain.

Tous ses projets semblaient Tun l'autre se détruire.

" Du sort de cet enfant je me suis fait instruire,

" Ai-je dit ; on commence à vanter ses aïeux :

*' Joad de temps en temps le montre aux factieux,

'' Le fait attendre aux Juifs comme un autre Moïse,

" Et d'oracles menteurs s'appuie et s'autorise."

Ces mots ont fait monter la rougeur sur son front.

Jamais mensonge heureux n'eut un effet si prompt.

*' Est-ce à moi de languir dans cette incertitude ?

" Sortons, a-t-elle dit, sortons d'inquiétude.

" Vous-même à Josabeth prononcez cet arrêt :

" Les feux vont s'allumer, et le fer* est tout prêt ;

" Rien ne peut de leur temple empêcher le ravage,

*' Si je n'ai de leur foi' cet enfant pour otage."

NABAL

Eh bien ! pour un enfant qu'ils ne connaissent pas. Que le hasard peut-être a jeté dans leurs bras. Voudront-ils que leur temple enseveli sous l'herbe...

MATHAN

Eh ! de tous les mortels connais le plus superbe. Plutôt que dans mes mains par Joad soit hvré Un enfant qu'à son Dieu Joad a consacré.

Tu lui verras subir la mort la plus terrible. D'ailleurs pour cet enfant leur attache * est visible.

1 Tantôt-^A UtUe ago. > Et fe/«r— And tbe sword.

» Fo<— Fidellty or loyalty.

* Atiacke pour attachement ne s'emploie guère dans le style noble.

Si j'ai bien de la reine entendu le récit, Joad sur sa naissance en sait plus qu'il ne dit. Quel qu'il soit, je prévois qu'il leur sera funeste : Ils le refuseront. Je prends sur moi le reste ; Et j'espère qu'enfin de ce temple odieux Et la BAimae et le fer vont délivrer mes yeux.

NABÂL.

Qui peut vous inspirer une haine si forte ? Est-ce que de Basil le zèle vous transporte ? Pour moi, vous le savez, descendu d'Ismaël Je ne sers ni Baal ni le Dieu d'Israël

MATHAN

Ami, peux-tu penser que d'un zèle frivole Je me laisse aveugler pour une vaine idole, Pour un fragile bois, que, malgré mon secours, Les vers sur son autel consument tous les jours ? Né ministre du Dieu qu'en ce temple on adore, Peut-être que Mathan le servirait encore, Si l'amour des grandeurs,^ la soif de commander, Avec son joug étroit pouvaient s'accommoder.

Qu'est-il besoin, Nabal, qu'à tes yeux je rappelle De Joad et de moi la fameuse querelle.

Quand j'osai contre lui disputer l'encensoir,* - Mes brigues, mes combats, mes pleurs, mon désespoir Vaincu par lui, j'entrai dans une autre carrière. Et mon âme à la cour s'attacha tout entière.

J'approchai par degrés de l'oreille des rois ; Et bientôt en oracle on érigea ma voix.

J'étudiai leur cœur, je flatte! leurs caprices. Je leur semai de fleurs le bord des précipices : Près de^ leurs passions rien ne me fut sacré ; De mesure et de poids je changeais à leur gré,* Autant que de Joad l'inflexible rudesse De leur superbe oreille oflensait la mollesse,

1 Orandcurt — Honoun, dignities.

s Vencensoir^i. «., High priesthood > p,'ès de—\

* Û^^Pleasare or faaey.

ACTB III. — SCÈNB IV. 47

Autant je les charmais par ma dextérité, Dérobant à leurs yeux la triste vérité, Frétant à leur fureur des couleurs favorables, Ëtjprodigue surtout du sang des misérables.

Éifin, au dieu nouveau qu'elle avait introduit Par les mains d'Athalie un temple fut construit Jérusalem pleura de se voir profanée ; Des enfants de Lévi la troupe consternée^ En poussa vers le ciel des hurlements' affreux : Moi seul, donnant Texemple aux timides Hébieux, Déserteur de leur loi, j'approuvai l'entreprise, Et par là de Baal méritai la prêtrise ; Par là je me rendis terrible à mon rival.

Je ceimâa la tiare, et marchai son égal.' Touteiois, je l'avoue, en ce comble de gloire. Du Dieu que j'ai quitté Fimportune mémoire Jette encore en mon âme un reste de terreur ; Et c'est ce qui redouble et nourrit ma fureur. Heureux si, sur son temple achevant* ma vengeance. Je puis convaincre enfin sa haine d'impuissance, Et parmi le débris, le ravage et les morts, A rorce d'attentats perdre tous mes remords I ^ Mais voici Josabeth.

Page 1