ACTE I. — SCÈNE II
JOAD
A. rinjuste A thalle ils se sont tous vendus.
JOSABET.
Qui donc opposez-vous contre ses satellites ? *
JOAD
Ne vous l'ai-je pas dit 1 nos prêtres, nos Lévites.
JOSABET.
Je sais que, près de vous en secret assemblé.
Par vos soins prévoyants leur nombre * est redoublé ;
Que pleins d'amour pour vous, d'horreur pour Athalie,
Un serment solennel par avance les lie
A ce fils de David qu on leur doit révéler. •
Mais, quelque noble ardeur dont ils puissent brûler.
Peuvent-ils de leur roi venger seuls la querelle ?
Pour un si grand ouvrage est-ce assez de leur zèle ?
Doutez-vous qu' Athalie, au premier bruit semé
Qu'un fils d'Ochozias est ici renfermé.
De ses fiers étrangers assemblant les cohortes,
N'environne le temple, et n'en brise * les portes ?
Suffira-t-il contre eux de vos ministres saints.
Qui, levant au Seigneur leurs innocentes mains.
Ne savent que gémir et prier pour nos crimes.
Et n'ont jamais versé que le sang des victimes ?
Peut-être dans leurs bras Joas percé de coups...
JOAD
Et comptez-vous pour rien Dieu qui combat pour nous ? Dieu, qui de l'orphelin protège 1 innocence, Et fait dans la faiblesse éclater sa puissance ; Dieu, qui hait les tyrans, et qui dans Jezraël Jura d'exterminer Achab et Jézabel ;
1 Satellites — On dit les gardet cTun voit et les satellites dim tyran.
* Leur nombre assemblé— On ne dit point en pro!>e, un nombre assemblé i mais le sens est si clair qu'on excuse cette licence poétique en faveur de la précision. — Gbgvfbot.
8 Qiuon leur doit révéler — Who is to be rerealed to them.
4 tl'enoiroant ...et n'en brise — ^Latiaism aboTc-mentioned, p. 8.
Dieu, qui, frappant Joram le mari de leur fille, A jusques sur son fils poursuivi leur famille ; Dieu, dont le bras vengeur, pour un temps suspendu, Sur cette race impie est toujours étendu )
JOSABET.
Et c'est sur tous ces rois sa justice sévère Que je crains pour le fils de mon malheureux frcre. Qui sait si cet enfant, par leur crime entraîné,* Avec eux en naissant ne fut pas condamné ?
Si Dieu, le séparant d'une odieuse race.
En faveur de David voudra lui faire grâce ?
HéLis ! l'état horrible oii le ciel me l'ofirit Revient à tout moment effrayer mon esprit.
De princes égorgés la chambre était remplie : Un poignard à la main, l'implacable Atlmlie Au carnage animait ses barbares soldats, Et poursuivait le cours de ses assassinats.
Joas, laissé pour mort, frappa soudain ma vue : Je me figure encor sa nourrice éperdue,* Qui devant les bourreaux s'était jetée en vain, Et, faible, le tenait renversé sur son sein.
Je le pris tout sanglant. Eu baignant son visage, Mes pleurs du sentiment lui rendirent l'usage ; Et, soit frayeur encore, ou pour me caresser, De ses bras innocents je me sentis presser.
Grand Dieu, que mon amour ne lui soit point funeste ! Du fidèle David c'est le précieux reste :
Nourri ^ dans ta maison, en l'amour de ta loi, Il ne connaît encor d'autre père que toi.
Sur le point d'attaquer une reine homicide, A l'aspect du péril si ma foi s'intimide, Si la chair et le sang, se troublant aujourd'hui. Ont trop de part aux pleurs que je répands pour hiî, Conserve l'héritier de tes saintes promesses. Et ne punis que moi de toutes mes faiblesses !
I Entraîné par leur crime — Involved by their crime in a similar falo. ^ ^^oc-rdue—DiBOncteà. > iVritirri—Brought up.
ACTB I. — SCÈNE II. 17
JOAD
Vos lannes, Josabet, n*ont rien de criminel ;
Mais Dieu veut qu'on espère en son soin paternel.
n ne recherche point/ aveugle en sa colère,
Sur le fils qui le craint l'impiété du père.
Tout ce qui reste enoor de fidèles Hébreux
Lui viendront aujourd'hui renouveler leurs vœux.*
Autant que de David la race est respectée,
Autant de Jézabel la fille est détestée.
Joas les touchera par sa noble pudeur,^
Où semble de son sang reluire ta splendeur :
Et Dieu, par sa voix même appuyant notre exemple,
De plus près à leur cœur pariera dans son temple.
Deux infidèles rois tour à tour l'ont bravé :
Il faut que sur le trône un roi soit élevé.
Qui se souvienne un jour qu'au rang de ses ancêtres
Dieu l'a fait remonter par la main de ses prêtres,
L'a tiré par leurs mains de l'oubli du tombeau,*
Et de David éteint* rallumé le flambeau.
Grand Dieu, si tu prévois qu'indigne de sa lace n doive de David abandonner' la trace, Qu'il soit comme le fruit en naissant arraché, Ou qu'un souffle ennemi dans sa fleur a séché ! Mais si ce même enfant, à tes ordi*es docile, Doit être à tes desseins un instrument utile. Fais qu'au juste héritier le sceptre soit remis ; Livre en mes faibles mains ses puissants ennemis : Confonds * dans ses conseils une reine cruelle ! Daigne, daigne, mon Dieu, sur Mathan et sur eUe
^ Une recherche point — He does not punish.
s Renouveler leurs vcncx — To pledge to cim again their tow of loyalty .
8 Pudeur — Modesty.
* L'oubli du tombeau — ^The silence of the torab.
A De David éteint. Od ne dirait point de Céxar éteint, en parlant de 6 V maison, de la race de Cé^ar. Cette épithète, qui accompagnerait m.il tout autre nom, semble faite pour celui de David, la lumière d'Israël, d'où doit sortir la lumière des nations. — L. Uacinb.
< // doive abandonner — He is to abandon.
7 CoM/ondr— Baffle.
Répandre cet esprit d'imprudence et d'erreur. De la chute des rois funeste avant-coureur !
L'heure me presse : adieu. Des plus saintes familles Votre fils et sa sœur vous amènent les filles.