‹ Athéna, histoire générale des beaux-arts (volume 2)Chapitre 1 sur 14 · RUE DES SAINTS-PÈRES · texte numérisé non relu

RUE DES SAINTS-PÈRES

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ÊROVO, UTAÜ

PRÉFACE

Athéna ! Est-il plus noble titre à inscrire au fronton d’un livre d' enseignement et d’histoire, mon cher Maillart, et, voulant faire revivre, avec intensité, les chefsd’œuvre de l’Art, en proclamant leur absolue beauté et leur éternelle jeunesse, pouviez-vous placer votre travail sous une égide plus sûre que celle de la première déesse de l’Olympe, la fdle de Jupiter, l’ émanation divine du cerveau du maître des dieux? Je ne le crois pas. Lorsque, les temps étant révolus, les .religions antiques s’effacent et disparaissent de la terre, sur leurs traces glorieuses et sur leurs débris vénérables naît, grandit et s’ épanouit, triomphante, la Religion nouvelle. A son seuil, se dresse glorieuse la Vierge mère de Dieu, éternelle inspiratrice des œuvres qui, après avoir pris naissance dans l’obscurité des Catacombes, se développeront pendant le moyen âge, atteindront leur apogée à la Renaissance et nous légueront une tradition qui s’impose à nous et qu’il nous faut suivre et défendre avec une inlassable ardeur, car elle doit être notre guide suprême et notre salut dans l’avenir.

Pour présenter au lecteur votre livre copieux et si abondamment fourni de renseignements et d’appréciations aussi indépendantes que neuves, il aurait fallu une plume autrement autorisée que la mienne. Lorsque vous m’avez fait l’honneur de me demander d’écrire une préface à votre œuvre, tout d’abord je refusai, tant je me

PRÉFACE

trouvais peu apte à cette délicate et difficile besogne et peu préparé à parler, avec quelque autorité, d'un travail aussi varié et aussi important. Mais vous avez insisté avec une bonne grâce à laquelle il m'était bien difficile de me soustraire, et puis, surtout, vous avez évoqué le souvenir de mon cher père et rappelant, avec justice, ses rares qualités de critique, privilège des écrivains qui, comme lui, ont manié le cragon et le pinceau, je me laissai toucher par ce souvenir ému donné ci mon premier maître et j'acceptai, tout en me rendant compte de mon impuissance à exprimer les impressions multiples éprouvées en vous lisant.

J'ajouterai que je suis particulièrement heureux de voir un peintre parler d'histoire de l'Art avec l’autorité que seul peut posséder un maître du métier. Si parfois un charme indéniable se dégage de la lecture de certaines critiques qui ne sont que de la littérature, il faut avouer qu'il g a rarement profil à en tirer ; ce peut être un bavardage plaisant mais à coup sûr sans aucune utilité réelle. Aussi serait-il à souhaiter que les artistes consentissent à prendre plus souvent la plume, pour initier ce public aux secrets de leur métier et à l'histoire de leur art. On imagine difficilement une personne ignorant la mécanique et traitant de la valeur de locomotives ou d’aéroplanes. Quelles opinions pourrait émettre, sur la musique, quelqu'un qui ne connaîtrait pas les premiers principes de l'harmonie et quelle serait l’autorité de celui qui, n'ayant jamais étudié les lois de la construction, voudrait discuter architecture. Mais qu'il s'agisse de causer peinture, surgissent immédiatement quantité d’écrivains qui, n'ayant jamais été initiés au dessin le plus élémentaire, se croient aptes à l'emploi d'écrivàin d'art et qui ne sont en mesure que de donner des preuves éclatantes de leur prétention et de leur profonde ignorance.

PRÉFACE

Je vous félicite bien sincèrement d'avoir mis sur pied une œuvre aussi complexe çu’Alhéna. Vos connaissances spéciales et les éludes que vous avez poursuivies depuis longtemps avec une rare ardeur vous donnent le droit de parler en maître de tout ce qui touche à l'Art. L' architecture, la peinture et la sculpture n'ont pas de secrets pour vous et, quand vous causez des arts mineurs, vous le faites toujours en connaisseur fin et discret.

Dans les conclusions de votre second volume, à propos d'artistes qui furent de votre temps, malgré une grande discrétion dans vos appréciations, vous vous révélez comme un critique extrêmement juste pour vos contemporains et en vous lisant on regrette que vous n’ayez pas à votre disposition une tribune pour plaider actuellement la bonne cause et défendre ce que, de tous côtés, attaquent les impuissants.

Votre beau livre, tout de sagesse, de vérité, de sincérité et de bonne foi, vient au bon moment. Nous traversons une crise inquiétante ; actuellement tout ce qui est art sérieux et honnête est battu en brèche, ridiculisé et repoussé. Les folies les plus abjectes se font jour et trouvent appui et encouragements auprès de nos dirigeants. Une décadence sans grandeur nous menacerait si des artistes courageux comme vous ne venaient nous rappeler notre passé glorieux que nous oublions trop dans les méthodes d’enseignement, que certains méprisent au point d’en nier l’existence, que d’autres en voudraient supprimer jusqu’au souvenir. Merci, mon cher Maillart, pour votre si louable entreprise et soyez bien assuré que lesuccès, dont vous êtes digne à tous égards, ne saurait manquer de vous récompenser comme vous le méritez.

Luc Olivier Merson, Membre de J’ Institut.

AVANT-PROPOS

Nous attribuons à Athéna les sciences et les arts.

(Aristote.)

Le livre que voici est le résumé d'un Cours d’ Histoire de l’ Art que fai professé pendant dix ans, dans une école delà ville de Paris. Ces leçons s’ adressaient à de jeunes personnes qui se destinaient au professorat ou à la carrière artistique et à des dames du monde que V Art attirait. Ainsi mes auditrices représentaient les trois classes de la société qui, plus particulièrement, s’intéressent aux choses esthétiques et c'est encore aux élèves et aux amateurs que j’ai pensé en écrivant cet ouvrage de vulgarisation et de critique ; je serais heureux qu’il pût leur inculquer, en leur faisant mieux connaître les illustres exemples, le sentiment passionné du beau qui est celui du bien, car tous deux également résultent de la divine Harmonie. Que sont le laid et le mal sinon le désordre, l’incohérence, l’imperfection, l’accidentel et l’infirmité, une forme du mensonge et du faux, la fausse monnaie de la Vérité; et, pour être réels, les dégénérés peuvent-ils prétendre au même rang que le type ? L’amour du beau incite au saint amour de la Gloire, aux sacrifices généreux, à la divine bonté. L’existence ne vaut vraiment, après tout, que par la dévotion qu’on apporte au culte de l’idéal; toute autre compréhension de la vie donne plus de prise aux impulsions dégradantes de la matière.

C’est pourquoi je mets ce modeste ouvrage sous l’invocation d’ Athéna, l’idée suprême de Zeus, la déesse de la

AVANT-PROPOS

sagesse et de l'intelligence, fière et douce, qui, casquée et couverte de l’égide, inspirait les mâles vertus et le courage civique aux Hellènes ; ou, vêtue de la tumque tallaire présidait aux jeux de Nausicaa ou dirigeait a navette des timides crréphorcs, ouvrant le péplos panathenaïque de la Vierge immaculée qui prépara la venue de la Parthenos chrétienne, Athéna attendrie par la maternité et comme elle, symbole de beauté et de pin été. Toutes deux furent les grandes et sublimes inspiratrices des artistes, aux deux plus grandes époques de l’Histoire de la Civilisation que leur culte enthousiaste avait préparées et fit resplendir d un éclat que nulle autre n’apu jamais atteindre : le siècle de Périclès et celui de Saint-Louis . Sous l’impuhion de l idéal divin, le marbre et la pierre s’animent et les temples majestueux partout, sur le sol hellénique comme sur le sol gaulois, s’élèvent resplendissant, sous l’azur des cieux, de leur blancheur virginale ; et les peintres et les sculpteurs, ornaient, magnifiaient à l’envi le temple auguste, digne de la demeure d’un dieu. L’Art en effet avait rapproche le ciel de la terre. Athéna soutient Ulysse et Pénélope et Dieu agit parles Français : Gesta Dei per Francos. Ainsi l’idéal rendait l’homme sublime et le divinisait. Mais quand Athéna est éclipsée par la Vénus impudique ; quand l’âme humaine matérialisée redevient l’esclave de l instinct; quand l’intelligence s’oblitère et rampe; quand enfin Athéna cesse d’ incarner V âme de la patrie, l histoire nous montre que c’en est fait de l’art et de la liberté.

L’Art est la fleur delà civilisation. Etudier les monuments figurés des peuples qui, dans le passé, ont atteint un degré plus ou moins élevé dans les œuvres de l intelligence, c’est les connaître, en ce qu’ils ont laisse d euxmêmes de plus caractéristique et de meilleur, j ajouterai de plus intime. L’étude de leur art nous fait toucher pour ainsi dire, à la tournure de leur esprit, à la nature de leur âme et de leur cœur, manifestés par leur goût, il nous initie à leurs mœurs, à leurs coutumes, aux mythes et aux cérémonies symboliques de leur religion qui est de l art en action-, à l’essence de leur esprit et à leurs aspirations.

AVANT-PROPOS

Nous pénétrons avec lui dans leur foyer, sur ta place publique, dans les temples sacrés, sous la tente des guerriers, vivant de leur vie comme si nous étions leurs contemporains ou leurs hôtes. Grâce à lui, nous les voyons tels qu’ils étaient, avec le type de la race, leurs gestes, leurs costumes, leurs habitudes sociales ou familières ; V Art nous apprend ce qu’ils avaient de bon, ce qu’ils possédaient du Beau, et, tandis que l’histoire proprement dite expose, plus ou moins partialement, le détail des révolutions politiques, des luttes intestines et des guerres fratricides, toutes les misères enfin de cette pauvre humanité toujours à la merci des compétitions des hommes violents et ambitieux, ou fustigée par l’aveugle nécessité, par les calamités publiques, les lâchetés, les convoitises ou les dévastations, montrant l’homme trop souvent odieux et où, vainqueurs et vaincus, sont également méprisables, l’histoire de l’ Art nous relève par le spectacle consolant et parfois sublime des efforts que font, à l’ombre de l’olivier d’Athéna, les peuples prédestinés, vers la réalisation du Beau, selon leurs aptitudes originelles. C’est là, vraiment, que l’on découvre, dans l’âme humaine, cette parcelle de la divinité que l’homme a reçue pour sa gloire ou son châtiment. Aussi ces peuples sont-ils restés entourés d’une auréole lumineuse, comme des phares que la nuit des temps, où ont sombré les autres peuples, n’a pu obscurcir : les nations sans art ne sont pas restées dans la mémoire des hommes. — J’ajouterai que les documents des historiographes, écrits trop souvent sous l’influence équivoque des passions ou de l’esprit de parti, tombent facilement dans l’erreur et dans V exagération, tandis que les œuvres d’art sont toujours V expression directe, sincère, authentique du génie d’un peuple. Ce sont, vers l’idéal de la perfection, autant d’étapes qui font partie du domaine glorieux de l’ Humanité.

Maitxart.

Naissance d'Athéna.

Les vestiges qu’on a recueillis et signalés des temps préhistoriques intéressent peu l’histoire de l’Art. Curieux sans doute pour suivre la marche de la civilisation dès ses premiers et lointains vagissements, ils relèvent plutôt de l’anthropologie et de l’archéologie, et l’esthétique a peu de chose à y voir. Les plus anciens monuments qui sollicitent notre curiosité sont ceux de l’âge de pierre, temps très reculés et incertains, flottant entre 8.000 et 4.000 ans avant notre ère, du moins pour l’Égypte, la seule contrée qui se montre alors en pleine civilisation. Élevés par un peuple mystérieux qui paraît avoir étendu sa domination sur tout le ba&in de la Méditerranée, c’est-à-dire, en Asie, en Afrique, en Europe et en Atlantide — continent alors encore existant — et que l’on croit être les Celtes, ce sont d’énormes blocs de pierres brutes ou à peine équarries, affectant diverses formes et combinaisons, auxquelles il assignait un sens

ATHÉNA

symbolique. Tantôt, c’est un monolithe plat très élevé, de forme allongée et terminée en pointe, toujours de pierre de feu, c’est-à-dire de granit rouge, qu’on allait parfois chercher très loin : c’est le menhir ou pierre fiite1. Tantôt, ces blocs à peine équarris sont rapprochés et disposés en deux rangs parallèles formant les parois d’une allée, couverte par une énorme dalle, c’est le dolmen2 ou peulven ; ou disposés en cercle, c’est le cromlech 3 ou en alignements11 répétés sur une vaste étendue dont n : le plus bel exemple sont ceux de

v Karnac. Une autre disposition,

d’un âge sans doute postérieur, car les pierres aulieu d’être brutes sont presque régulièrement taillées, les montre deux à deux supportant un linteau, comme les jambages d’une porte cyclopéenne : tel est le cercle de trilithes 5 de Stonelienge, près de Salisbury. Ces témoins attestent le passage de ce grand peuple Celte sur toutes les parties du monde connues des anciens, et les montrent les premiers propagateurs de la religion et de l’industrie, à l’état rudimentaire , les premiers éducateurs des races primitives, à des époques qui se perdent dans les brumes accumulées et insondables des temps fabuleux. Mais une chose digne de remarque, c’est l’analogie, ou pour mieux

Fig. i. — Menhir.

VU : JwÊÊÊm

Fig. 2.

Dolmen.

TEMPS PREHISTORIQUES

dire la parenté qui existe chaldéeti et le menhir celtique; l’un et l’autre se rattachant au culte du Soleil et figurant ou plutôt symbolisant un rayon solaire pétrifié, en une matière qui rappelle la couleur du feu; et entre le mastaba des grandes nécropoles de la vallée du Nil et le dolmen préhistorique 6, tous deux monu-

entre l’obélisque égyptien et

I'ig. 3. — Cromlech.

ments funéraires et chambres sépulcrales (1). Il y a là

un rappro-

qui

n’est pas dû au hasard, la figure et la destination sont les mêmes, et mêmes les idées qu’ils évoquent. Les monuments celtiques sont-ils le prototype des monuments égyptiens et anté-

r?.r ... t , rieurs alors à

. leur civilisa-

tion, ou faut -il y voir une réminiscence, la persistance du caractère originel de peuples barbarisés par le contact

(1) Pareil rapprochement peut se faire entre les

pyramides et les tumuli

ATHÉNA

de sauvages, auxquels des émigrations inconnues les avaient obligés de se mélanger; ou, ce qui les rapprocherait considérablement de nous, sont-ils des souvenirs, des essais d’imitation, par les moyens rudimentaires dont ils disposaient , des formes égyptiennes, aptes à symboliser des idées religieuses identiques, qu’ils avaient connues lors de leur conquête de la vallée du Nil que tant d’indices attestent sans avoir jamais pu la préciser? On a fait grand bruit, parmi les anthropologues, de la découverte, dans ces derniers temps, de vestiges d e pein tures sur les parois des cavernes du Périgord et des Pyrénées et de dessins gravés au trait sur bois de cerf, exhumés dans les mêmes endroits. Or. d’après certaines inductions irréfléchies mais flattant l’imagination de nos savants, on s’est trop pressé, je crois, d’assigner ces productions d’un art déjà très perfectionné , à la période quaternaire, qui finit environ 12.000 ans avant Jésus-Christ, aUX temps proconiques où l'on enterrait les chefs, entre les syringes et les allées couvertes , entre les alignements et les allées de sphynx, etc. Tes monuments mégalithiques ne sont que des simulacres frustes, barbares, rudimentaires des monuments égyptiens 7.

Fig. 7. — Tumulus ou galgal.

Fig. 6. — Allée couverte.

blematiques où les hommes des cavernes, chasseurs de rennes, habitaient notre pays, vivant de leur chair et se couvrant de leurs dépouilles. On a surtout vanté, à l’égal de chefs-d’œuvre, certains bois de cerf, gravés à la pointe, trouvés dans la caverne de Dorthet ( Hautes - Pyré nées), une pierre plate gravéetrouvée dans une grot-

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tures, serties d’un trait gravé, sur les parois des Fl3- s- ~ nnoa.

cavernes de la Dordogne et d’Altamura (Espagne). Ce sont des représentations d’animaux chers à ces hordes

sauvages : le renne, le cerf, le mammouth, le bison 8’10.

La plus remarquable est celle gravée sur un andouiller de la caverne de Dorthet, où l’on voit trois cerfs fuyant au galop9. Il est surprenant sans doute que les mouvements de . . „ ces animaux soient iden-

îques a ceux que la photographie instantanée nous a révélés, ce qui implique de la part de 1 artiste un œil extrêmement exercé et un état d’art très avancé. Phidias, dans les cavaliers au galop de la frise du Parthénon, et, avant lui, les Assyriens au temps de leur apogée artistique, y étaient seuls parvenus parmi les anciens et les modernes. ■ — Mais quelle FlG' I0' ~ Bison chareeantapparence y a-t-il que des sauvages dénués telle-

F:g g. — Cerfs fuyant.

ATHÉNA

ment de tout élément d’industrie que, ne sachant encore ni dégrossir la pierre, ni équarrir les troncs d’arbres, pour en faire même des huttes, ils en étaient réduits à se tapir dans des grottes ou des cavernes, comme les bêtes craintives dont ils se nourrissaient, aient possédé si bien la connaissance et la pratique du dessin le plus raffiné et expérimenté ! Les arts sont solidaires ; jamais l’un n’apparaît sans les autres, et le dessin, ou mieux, la peinture est celui qui par son artifice, ses principes d’illusion, consistant à reproduire sur des surfaces planes et à en donner la sensation des objets apparaissant dans l’espace, mobiles et perspectifs, est le dernier à se perfectionner. L’histoire est unanime. Et quand l’œil ou plutôt l’intelligence, par une longue et savante éducation, arrive à saisir les nuances les plus délicates et fugitives du mouvement, comme dans le cas de ces gravures et de ces peintures, toutes les facultés de l’intelligence sont au même niveau de perfection : les sciences, l’industrie, la religion, les lois, etc., il n’est donc pas douteux qu’elles soient l’œuvre d’un peuple en pleine civilisation, et par la comparaison qu’on en peut faire avec les représentations d’animaux de l’art assyrien et grec, on peut assurer qu’elles ne sont pas antérieures au vne siècle avant Jésus-Christ au plus tard. Mais alors comment expliquer le fait de leur présence dans ces grottes obscures, refuges des hommes sauvages ?Peut-être par ces convulsions sociales, par ces afflux périodiques des peuples asiatiques passant en Europe et chassant toujours plus loin, dans le continent les migrations antérieures. L’anthropologie les signale sans pouvoir les préciser dans l’obscurité profonde des siècles innombrables de ces temps incertains, longue genèse de l’humanité ! Ce que l’on peut deviner, c’est que ees peintures et les objets trouvés dans les cavernes y ont été tracés ou importés à l’époque relativement récente où les Druides en avaient fait des sanctuaires, en souvenir des temps génésiaques. De là, la représentation d’animaux qui avaient alors

assuré leur existence précaire et auxquels les hommes à demi-civilisés attribuaient une divinité occulte et bienfaisante.

A l’âge de la pierre, des menhirs et des dolmens se rattachent l’industrie des silex taillés dont il reste tant de stations ou ateliers, et celle de la pierre polie, contemporaine des habitations lacustres ou pala6ttes, où l’homme se réfugiait à l’abri des bêtes féroces. Dans leurs détritus, on a trouvé de menus objets en or et en cuivre, les premiers métaux que l’homme ait travaillés. Iye cuivre provenait surtout de l’île de Chypre où il se trouvait en abondance, de là son nom Kupros, et bientôt apparaît l’étain importé des Iles Britanniques lequel, par un hasard heureux, se trouvant en fusion avec le cuivre, produisit le bronze, métal qui devait être plus tard si utile aux arts. D’art du potier, qui atteste un progrès considérable, commence à apparaître par des essais bien grossiers encore, mais qui, comme les objets d’art rudimentaires dont nous venons de parler, affirment le besoin inné que l’homme éprouve, dès ses premiers pas, d’embellir, d’orner, d 'idéaliser tout ce qui se rapporte à lui.

D’histoire de l’Art ne commence réellement qu’aux Égyptiens. C’est en effet le premier peuple qui apparaisse dans l’histoire, en avance de plusieurs milliers d’années sur le reste du monde, longtemps avant les Chaldéens, dont la civilisation ne s’affirme qne 2.000 à 2.500 ans avant J-C. On assigne l’apparition de ce peuple privilégié à Menés qui régnait plus de 4.000 ans avant notre ère ; d’autres lui attribuent une antiquité plus reculée. Quoi qu’il en soit, il est certain que cet épanouissement fut précédé de longs siècles d’ascendance dans les voies du progrès, et que l’Égypte avant Menés était depuis longtemps pourvue de tous les moyens d’une civilisation avancée, comme l’attestent deux monuments importants, le grand Sphinx et le temple qui le précède, conçu en un style ensuite délaissé.

G.. Phot.)

Pyramides de Ghiseh, le grand Sphynx.

L'Égypte.

On peut dire que l’Égypte est une découverte moderne, presque contemporaine, j’entends l’antique Égypte. Les anciens ne connaissaient qu’à demi son histoire, et moins encore son arc. Hérodote et Platon, qui la visitèrent au Ve siècle avant notre ère, n’apprirent des prêtres que peu de chose touchant l’ancien Empire et leur connaissance du moyen et du nouvel Empire était très incomplète. Aussi l’Égypte était pour eux un pays étrange et mystérieux, évoluant en dehors des causes normales, et où tout était merveilleux.

La gloire de lever le voile impénétrable qui recouvrait cette civilisation si reculée devait échoir à la France. La campagne d’Égvpte donna occasion aux savants qui

ATHÉNA

suivirent Bonaparte d’étudier sur place ses ruines gigantesques et l’un d’eux, Champollion, découvrit l’art de lire les hiéroglyphes qui fut le point de départ des fouilles entreprises par Mariette et poursuivies avec tant de succès par Maspero. Il résulta de ces connaissances nouvelles et complexes une science appelée Y égyptologie.

L’Égypte, l’antique Lybie, est l’œuvre du Nil ; le fleuve bleu la créa et seul, depuis tant de milliers d’années, il pourvoit à sa conservation. Son cours du sud au nord a creusé une vallée spacieuse qui, à vol d’oiseau, semble une longue et étroite oasis au milieu de l’immensité des sables du désert, protégée contre leur envahissement par la chaîne Lybique à l’est et la chaîne Arabique à l’ouest. Or ce pays, où il ne pleut presque jamais, eût été voué à la plus complète stérilité si tous les ans, à époque fixe, le Nil providentiel ne lui jetait la vie à flots par ses débordements. Cette crue a lieu au solstice d’été, c’est-à-d;re de juin à septembre, par suite des pluies de l’équateur. Démesurément grossi, le fleuve s précipite des hauts plateaux du centre de l’Afrique et de l’Éthiopie, emportant avec lui un limon fertile qu’il répand sur toute la surface de la vallée qu’il traverse ou qu’il a formée de ses alluvions, comme le Delta: ce parcours est proprement l’Égypte.

On peut se figurer l’état de la vallée du Nil à l’arrivée des Égyptiens, par certaines sculptures et peintures qu’ils nous ont laissées : elle était toute couverte de marais où croissait une végétation puissante et inextricable, qui en rendais l’accès difficile. Mais les immigrants étaient laborieux, robustes, industrieux, patients et tenaces et, comme ils étaient déjà passés de la vie pastorale à la vie agricole, ils comprirent tout le parti qu’ils pourraient tirer d’un sol si fécond. Ils se mirent à l’œuvre, canalisant les eaux, desséchant les marais, défrichant et assainissant la terre labourable. Ce travail gigantesque de transformation leur fut facilité par l’aide qu’ils trouvèrent en certains animaux et leur

temps anciens. — l’égypte ii

reconnaissance leur fit voir en eux des êtres divins et tutélaires. Ainsi le bœuf, le plus puissant auxiliaire du laboureur, la vache qui le nourrit de son lait, la brebis qui lui donne sa lame, lepervier, l’aigle, l’ibis, le chacal qui détruisent ou éloignent les animaux nuisibles furent l’objet de leur culte. De là, l’origine de leur fétichisme qui donnait aux dieux pour symbole, un animal bienfaisant.

Les Égyptiens nous apparaissent à l’aube de l’histoire, comme le premier peuple ayant joui des bienfaits de la civilisation, c’est-à-dire qui ait été régi par une constitution civile, politique et religieuse, et possédant déjà son art, son industrie et son écriture. Avant eux, l’humanité est plongée dans une obscurité impénétrable. Ce qui est certain, c’est qu’ils furent les premiers à élever des monuments qu’ils savaient décorer de sculptures et de peintures, qui excitent encore notre curiosité et souvent même notre admiration. Contrairement à l’adage qui veut que l’on soit toujours fils de quelqu’un, les Égyptiens n’eurent point de maîtres et le furent des peuples chez qui la civilisation passa après eux. Ils durent créer et inventer toute chose, tirant tout de leur propre fond.

D’où venait ce peuple extraordinaire? On crut d’abord qu’il était autochtone ou qu’il descendait des Couchites Éthiopiens. Mais la science moderne, par la comparaison de certains caractères ethnogéuiques, par les affinités de race, de tempérament et de goût, par la conformité des institutions et des mœurs, l’identité de certaines idées ethniques de croyance et de pressent1 ment, a fait prévaloir l’opinion que les Égyptiens étaient d’origine asiatique, le premier rameau de la souche aryenne qui, en avance de plusieurs milliers d’années sur ses congénères, ait porté la fleur de l’Art, cet épanouissement suprême de toute civilisation. Partis des plateaux de l’ Himalaya, berceau de toutes les races privilégiées, ils pénétrèrent dans la vallée du Nil par l’isthme de Suez. Ce qui l’atteste irréfutablement,

ATHÉNA

c’est que leur premier établissement eut lieu près de là : et que leur pénétration se fit du nord au sud. Memphis était située où est aujourd’hui le Caire. Les Égyptiens n’étaient donc pas des Sémites, comme l’ont prétendu certains historiens : leur haine pour les Hyczos, les Impurs, et l’énergique intangibilité qu’ils leur opposèrent le prouveraient assez, si, par surcroît, leurs croyances religieuses, leurs mœurs agricoles, leurs dispositions natives pour les arts et leur répulsion du commerce, toutes choses opposées à l’esprit sémitique, ne venaient démentir victorieusement cette opinion irréfléchie. ha Bible elle-même en fait des Chamites; mais l’anthropologie rejette également la paternité d’un seul Adam et celle des trois fils deNoé, surtout pour des peuples qui leur sont considérablement antérieurs.

En effet, l’antiquité du peuple égyptien est tellement reculée que les efforts de la science n’en ont pu encore approfondir le mystère. 1/ avènement de Mena ou Menés, le fondateur de la première dynastie, avec qui commencent les temps historiques, n’a pu être fixé qu’approximativement. Les chronologistes le font flotter entre 5.000 et 8.000 ans avant Jésus-Christ. 11 marque l’époque où la caste militaire s’empara du pouvoir, exercé jusque-là par la caste sacerdotale. Les Égyptiens, peuple dévot entre tous, étaient régis par des prêtres appelés Hor-schezou, adorateurs d'Horus\ le pays, divisé par tribus, formait une théocratie fédérative. Quoi qu’il en soit, il n’est pas douteux qu’avant cette révolution et pendant de longs siècles auparavant, l’Égypte jouissait déjà d’une civilisation avancée et florissante. Les savants même penchent à croire que le grand Sphynx, Harmakis, le soleil levant, Hor-em- Khou et le petit temple rudimentaire qui paraît s’y rattacher sont antérieurs à la première dynastie. Le culte d’Ha-thor, déesse de la Beauté et de l’Harmonie éternelle du monde, était déjà institué, ce qui indique une grande élévation de la raison humaine. Le grand Sphinx, tout accroupi qu’il est, s’élève à 25 mètres au-

dessus de sa base, la tête a 9 mètres de haut. Quelle expérience et quels puissants moyens accuse l’exécution d’un travail aussi gigantesque, en dehors même de l’étonnement que nous suggère la conception d’une pareille œuvre d’art.

L’histoire de l’Art en Égypte se divise en trois grandes périodes correspondant aux trois principales évolutions de son histoire politique : la période Memphite ou ancien Empire, de la première à la Xe dynastie; la première période Thébaine ou moyen Empire, interrompue pendant plus de 500 ans par l’invasion des Hyczos ou rois pasteurs, de la XIe dynastie à la xvie; la seconde ou nouvel Empire, de la xvne à la xxe dynastie, et la période Saïte de la XXIe à la xxxe dynastie. Il y a encore une autre classification d’après le climat et les configurations du sol : la Moyenne Égypte ou Memphis, la Haute Égypte ou Thèbes, la Basse Égypte ou Sais. Ces classifications, d’ailleurs, se motivent, pour nous, par les modifications sensibles que le goût et l’art ont dû subir par suite des changements que les événements sociaux et le progrès des temps ont apportés aux idées religieuses et aux lois politiques.

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