Chapelle Sainte-Croix de Montmajour
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ATHÉNA
de-France et cette conquête lui valut la prépondé-
FiG. 315. — Saint-Front de Périgueux, coupe longitudinale.
rance, non seulement sur la France entière, mais sur toute l’Europe; et le problème de la coupole, abandonné, ne fut repris que trois siècles plus tard et résolu par l’architecte florentin Brunelleschi. Il est donc faux de dire que la croisée d’ogive dérive de la coupole sur pendentifs; la croisée d’ogive est congénère de l’arc formeret, l’un ne va pas sans l’autre, ils sont entreeuxconséquents, et l’arc formeret n’a rien à faire avec la coupole sur pendentifs. Ce qu’il est vrai de dire, c’est que l’apparition de l’arc formeret et de la croisée d’ogives et sa diffusion fut la condamnation de la coupole et sa fin. A Saint-Pierre de Saumur et à Saint-Avit-Senieur, la coupole est cachée, éclipsée par une première voûte
Fig. 316. — Saint-Front de Périgueux.
TEMPS MODERNES. — XIIe SIÈCEE
sexpartite en croisée d’ogive et 11’est apparente qu’à l’extérieur.
Le propre de ce qui est lumineux est de rayonner et l’éclat extraordinaire dont brillait l’architecture française, grâce aux grands perfectionnements accomplis pendant le XIIe siècle, étendit son influence sur toute
Fig. 317. — Sainte-Marie du Capitole (Cologne).
la chrétienté. On en trouve d’importants témoins en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, en Italie, en Espagne, et même en Danemark. Les ordres religieux, puissants et très répandus, du Temple, de Saint-Benoît et de Citeaux, etc., les conquêtes des Normands en Angleterre et en Sicile furent les principaux agents de propagation de l’art français à l’étranger, par les succursales nombreuses qu’ils y possédaient et par leur puissance politique et sociale.
Les provinces rhénanes, plus près flu foyer d’activité,
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furent celles qui profitèrent d’avantage des progrès
sucessifs de l’archi-
tecture française ; la vallée du Rhin s’enorgueillit à juste titre de ses monuments romans , surpassant en importance et en beauté tous ceux disséminés un peu sur toute l’Allemagne et l’Autriche. Les vieilles cités romaines de Trêves et de Cologne, riches alors en vestiges de l’art romain, donnèrent le mouvement. Cologne surtout possède un grand nombre d’églises romanes très intéressantes , datant de la fin du xie siècle et terminées au xne siècle, dont les principales avec la cathédrale de Trêves sont Sainte-Marie du Capitole 317 318, Sainte- Ursule319 et Saint- Martin. Mais les monuments les plus remarqua-
Fig. 318. — Sainte-Marie du Capitole (Cologne)-.
Fig. 31g. — Sainte-Ursule (Cologne).
TEMPS MODERNES. — XIIe SIÈCEE 343
blés de l’Ecole rhénane sont les cathédrales de Worms et
Fig. 320. — Cathédrale de Worms.
de Spire ; toutes deux sont de la seconde moitié du xne siècle. D’église de Worms 320 ( Hesse -Darm-
stadt) est une basilique à trois nefs avec un transept émergeant, portant sur la croisée une coupole octogone, et offrant cette particularité commune en Allemagne d’avoir une abside à ses deux extrémités, à l’orient à et l’occident, ce qui oblige d’ouvrir l’entrée ou portail sur le mur latéral des bas-côtés, et supprime un élément si riche de notre architecture : le portail précédé ou non d’un porche; elle a 108 m. de long
Fig. 321. — Chapiteau cubique.
ATHÉNA
sur 25 m. de large. La voûte d’arête romaine sur plan carré de la grande nef est sans arcs doubleaux, ainsi que celle des bas-côtés qui est une fois moins grande et retombe sur un pilier intercalaire; il en est de même à la cathédrale de Spire, un des plus vastes vaisseaux qui aient été construits en style rhénan. Elle a près de 132 mètres
de long dans œuvre, sur 36 m. 70 de large ; son plan est plus régulier que celui de nos basiliques normandes ; elle est précédée d’un porche monumental. Sa grande nef est voûtée en arêtes romaines, sur plan carré, divisé par des doubleaux ; les arêtes diagonales de cette voûte sont en plein cintre , disposition, assez fréquente en Allemagne, qui donne à ces voûtes un aspect de coupole basse. Les bascôtés, subdivisés par un pilier intercalaire ont les mêmes voûtes d’arêtes. Ces monuments ont chacun quatre tours ou clochers flanquant les deux absides dans le premier cas, et l’abside et le porche dans le second; la coupole s’élevant sur la croisée est également octogonale (1). Après vient Saint-Martin de 162 m. 76 de
Fig. 322. — Bonn.
(1) Fa coupole est supportée par des pendentifs en forme de niches voûtées en quart de sphère, facilitant ainsi le passage du plan carré à l’octogone, mode de construction qui se remarque dans certains clochers de l’Ile-de-France comme celui de Rieux-Angicourt (Oise), de la fin du XIe siècle.
TEMPS MODERNES. — XIIe SIÈCEE
long sur 34 m. 50 de large, avec Mayence, deux absides aux deux extrémités ; primitivement voûtée en bois, sa voûte actuelle est duxme siècle. L’abside est de l’église de Bonn321, du XIIe siècle, avec ses élégantes arcades, sa petite colonnade plein cintre de la corniche et les deux tours carrées qui la flanquent, ornées d’arcatures et percées de quatre étages de fenêtres géminées doubles, est remarquable par son ensemble d’un goût riche et sobre.
Il est juste encore de citer les églises de Bamberg 323 324 327 (je Naumbourg, et
la cathédrale de Wursbourg. Les voûtes des deux premières sont du xme siècle; les arcs doubleaux sont en tiers-point ainsi que les voûtes d’arêtes et les arcs diagonaux. Une particularité de l’architecture allemande c’est la fréquence des chapiteaux cubiques321 qui chez nous ne sont point rares, surtout à la base des clochers et caractérisent l’architecture antérieure au xiie siècle.
En Angleterre l’importation de l’architecture française fut plus directe, ayant été la conséquence naturelle de la conquête normande ; le terrain s’y trouvait d’ailleurs déjà préparé par Edouard le Confesseur qui, suivant l’historien Guillaume de Malmesbury, fut enterré en 1066, dans
Fig. 323.
Plan de la Cathédrale de Bamberg.
ATHÉNA
l'église de Westminster construite dans
Fig. 324. — Bamberg.
un nouveau genre d’architecture qu’il avait introduit en Angleterre et que tout le monde depuis imita à grands frais. Toutefois les nouveaux monuments ne s’affranchirent pas tout de suite des lourdes et courtes proportions saxonnes comme Saint-Alban et la chapelle Saint - Jean à White Tower et Saint- Barthélemy à Londres ;
Fig. 326. — Chapiteau de Petersborough.
et ce n’est que vers la seconde moitié du XIIe siècle que l’architecture anglo - normande produisit des monuments d’un goût élégant et plus châtié, comme la cathédrale de Petersborough 325 326, Saint -Kastor de Nortliampton 328 et l’église abbatiale de Waltham,
Fig. 325. — Cathédrale de Petersborough (Angleterre).
Fig. 327. — Cathédrale de Bamberg;
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imitations évidentes des églises normandes du Mont Saint-Michel, de Cerisy et surtout de Saint-Etienne et de la Trinité de Caen. La cathédrale de Winchester est un monument colossal de 158 m. 45 de long dans
œuvre et de près de 29 mètres de large. Une décoration architectonique, d’origine normande, très fréquente à l’intérieur comme à l’extérieur des murs religieux, consiste en des séries d’ arcatures détachées ou en saillie,en plein cintre s’entrecroisant.
(Les voûtes en berceau ou d’arêtes romaines , c’est-à-dire sans nervures et rarement entre des arcs doubleaux, furent pratiquées en Angleterre longtemps après les découvertes de l’Ue-de-France des arcs formerets et diagonaux. Pareillement le style de transition apparaît tardivement vers la fin du XIIe siècle.)
Ainsi les voûtes en berceau et d’arêtes romaines, rarement divisées par des arcs doubleaux, persistèrent longtemps en Angleterre, après l’invention de l’ Ile-de- France, et ce ne fut que vers la fin du XIIe siècle
TEMPS MODERNES. — XIIe SIÈCLE 349
que la croisée d’ogives y pénétra, mais sans s’astreindre au plan carré, comme on l’observe à la cathédrale de Norwick 329 330 331, si curieuse sous d’autres rapports. De plus les quatre triangles formés
Fig. 329. — Plan de la Cathédrale de Norwick:
Fig. 330. — Détails de la Cathédrale de Norwick (Angleterre).
.par les côtés du plan oblong avec les arcs diagonaux furent encore subdivisés au moyen de nouvelles nervures appelées tiercerons; cela se voit à l’église abbatiale de Westminster et plus tard aux cathédrales de Lincoln et d’Exeter. Chez nous ce genre de voûte ne fut en usage qu’au xvie siècle. La voûte de la nef de la cathédrale de Winchester, qui est de la fin du xive siècle,
Fig. 332. — Saint-Vital (Ravenne), coupe transversale.
traditions romaines ravivées à chaque pas par la vue
ATHENA
montre encore un autre système de voûte dans lequel
les deux cylindres ogivaux se pénétrant sont d’inégale hauteur et dont les surfaces sont ornées de nervures multiples qui les font ressembler à un filet. C’est le principe de ce goût de l’architecture anglaise pour l’extrême richesse des voûtes qui les portera aux siècles suivants à les couvrir d’une multitude de nervures formant éventails, stalactites ou pendentifs, ou encore à inventer ces voûtes en bois si compliquées de leurs halls.
FIG- Le roman apparut as-
sez tôt en Italie, vers la fin du XIe siècle, mais il ne put jamais s’affranchir des
Fig. 334. — Cathédrale de Pise, abside et partie de la nef.
malgré le nombre considérable d’églises érigées en Italie datant de la fin du xie et pendant le xne siècle.
TEMPS MODERNES. — XIIe SIÈCRE 35 1
des monuments antiques existant alors du Nord au Midi, bien plus nombreux et importants qu’ils sont aujourd’hui ; et, lorsque brilla la revanche de la Renaissance, l’architecture italienne eut peu de chose à changer pour redevenir païenne, car, dès cette époque, et même avant pour les édifices byzantins de Ravenne332333, les vestiges des édifices romains furent mis à contribution et littéralement pillés et par suite détruits par les architectes pour FlGs^viüi Savonne). d° la construction et l’embellissement des édifices chrétiens qu’ils construisaient. Res nefs de ce temps sont toutes des colonnes antiques, et
ATHÉNA
Fig. 335. — Cathédrale de Pise, coupe transversale de la nef.
Fig. 336. — Plan de la Cathédrale de Pise.
l’architecture romane y est restée stationnaire; et il se trouve que le plus grand, le plus beau monument roman de l’architecture italienne est le premier qu’elle ait construit : le dôme de Pise334 335 336, commencé en 1063 pour commémorer une grande victoire navale que les Pisans avaient remportée sur les Siciliens, près de Palerme et surtout pour rivaliser avec les Vénitiens, leurs adversaires sur mer qui, depuis 1043, élevaient Saint-Marc et ce fameux campanile qui s’écroula en 1907. Mais, au lieu de recourir, comme ces derniers à l’architecture by-
zantine de Constantinople ou de Ravenne, ils voulurent que leur temple revêtît un caractère national, c’est-à-dire le style latin. Peut-être firent-ils venir de France, pays où l’art de bâtir était alors en avance sur tous les autres, deux architectectes expérimentés et les noms de Busketus et Rainaldus, au lieu de venir du grec, seraient alors, comme il semble probable, la latinisation de Bousquet et Rainauld, noms communs en France. Quoi qu’il en soit, l’édifice pisan, plus strictement conforme au caractère antique, dépassa l’édifice vénitien. Le dôme de Pise est une vaste basilique, à cinq nefs, avec un large et long transept
TEMPS MODERNES. — XIIe SIÈCEE
à trois nefs; elle s’étend sur 124 mètres de long dans œuvre et 33 ni. de largeur, avec une abside circulaire à l’est. Le transept, à part les petites absides de ses extrémités nord et sud, a 66 m. 42, la hauteur du plafond est de 31 m. 30; 56 colonnes antiques de marbre et de granit réquisitionnées partout, jusqu’en Afrique, soutiennent les voûtes d’arêtes romaines des basses nefs et la charpente du plafond de la nef principale et du transept. Une coupole elliptique, rareté architectu-
rale. 337. — Saint-Michel de Eucques.
Fig. 338. — San-Marco de Venise.
raie, s’élève sur la croisée. La façade doit toute sa richesse ornementale à plusieurs rangées d’arcatures plein cintre superposées, suivant même le rampant
ATHÉNA
des toits, dont les colonnettes sont en pilastres au rez-de-chaussée et détachées aux rangs supérieurs. Te
Fig. 339. — Coupe de San-Marco (Venise).
roman français n’ignora pas l’emploi de ces galeries de colonnettes, surtout dans le Midi, mais ne s’en servit
qu’en manière de frise extérieure.
Cette pauvreté d’invention, cette monotonie d’éléments décoratifs qu’on retrouve identiquement aux monuments
complémentaires voisins , le baptistère et le campanile ou Tour penchée, 11’a pas empêché tous les architectes toscans de l’adopter, avec plus ou
Fig. 340. — Baptistère Saint- Jean de Florence. moins de simplicité et le dôme
de Pise presque semblable à Santa-Maria foris portant 337 ou à Saint-Mich el de Tucques devint le type de l’archi-
Fig. 341. — Vue d'ensemble des monuments de Pise.
Fig. 342. — Cloître de Saint-Jean de Fatran.
ATHÉNA
tecture italienne du xne siècle, pendant que l’architecture de Saint-Marc 338339 par son caractère exotique restait à peu près un cas isolé. Comme l’ordonnance des façades en applique décrivant bien les divisions intérieures de nos églises romanes même rurales est
Fig. 343. — San-Zeno (Yerone, Xe siècle).
autrement entendue et harmonieuse dans la distribution des formes des pleins et des vides avec leurs trois portes aux nombreux retraits et surmontées d’oculi, de galeries et de la rosace qui orne si bien le pignon. C’est, sans doute, pour éviter cette monotonie, que quelques architectes lombards ont fait précéder la porte d’un petit édicule ou porche surmonté d’un étage ou tribune ; c’est une arcature détachée du mur et supportée par
TEMPS MODERNES. — XIIe SIÈCRE 357
une colonnette posant sur un lion accroupi, comme au dôme de Parme, de Plaisance (1134) etc. En revanche l’intérieur de cette vaste basilique pisane est majestueux et imposant dans sa puissante simplicité.
San-Miniato-al-Monte, près Florence, présente une façade plus simple et rappelant celle des basiliques primitives, mais l’effet par trop plat et sec en est moins heu-
Kig. 344. — Intérieur de Saint- Ambrois : (Milan).
reux ; il faut reconnaître en thèse générale, que le marbre, l’unique matière employée, est moins généreux que la pierre pour obtenir des effets architectoniques et c’est là l’origine de cette maigreur des édifices italiens.
Une particularité de l’architecture romane en Italie, ce sont les baptistères et les campaniles, ordinairement détachés de l’église, suivant la coutume primitive. Les baptistères dédiés à Saint- Jean sont déformé circulaire, régulière ou polygone. San-Giovanni édifié à Ravenne au Ve siècle paraît en avoir été le prototype; comme lui
ATHÉNA
ils sont ordinairement à coupoles340. Celui de Florence, célèbre par les Portes de Ghiberti, est, dit-on, greffé sur un temple antique; il est octogone. O11 peut encore citer ceux de Padoue, de Crémone, de Parme, etc. Le plus grand et le plus beau est celui de Pise 341 , terminé au
xme siècle, vaste rotonde de 30 m.
de diamètre dans œuvre et dont la coupole a près de 50 mètres d’élévation au-dessus du sol ; à l’intérieur de ces rotondes est une large cuve polygonale sur gradins pour le baptême par immersion et une chaire à prêcher monumentale dont celle de Pise est la plus célèbre par la beauté de sa composition. Le Campanile de Pise, un des plus renommés de l’Italie, ne doit sans doute sa réputation qu’à cette particularité non unique en Italie d’être inclinée de 4 m. 30 sur la verticale; (on sait que Galilée utilisa cette inclinaison pour faire du sommet, ses expériences sur la pesanteur (1).
On rencontre aussi de nombreux édifices romans dans l’Italie centrale parmi lesquels les plus typiques
Fig. 345. — Cathédrale de Spire (Bavière), façade ouest.
(1) Ta Garisenda de Bologne du XIIe siècle également inclinée de 3 m; 64 n’ayant que 49 m. de haut.
TEMPS MODERNES. — XIIe SIÈCLE 359
sont les deux églises de Toscanella, celles de Viterbe,
Fig. 346. — Cathédrale de Palerme.
de Cornéto, de Montefiascone, d’Ancona, etc.; à Rome même l’abside de Saint- Jean et Paul avec sa galerie
ajourée au-dessous du toit. Sau-Georgio in Velabre et surtout les beaux cloîtres de San-Forenzo et de Saint- Paul hors les Murs, de San-Vincenzo aux trois Fontaines, de Sainte-Sabine et celui de Saint- Jean de Datran342 si richement décoré de mosaïque.
Dans la haute Italie, l’architecture romane se rapproche plus du roman français. Telles sont les églises construites dans le style dit romano-lombard ; entre au-
Fig. 347. — Cloître de Palerme.
très les dômes de Plaisance, de Crémone, deSan-Zeno343, de Vérone, une des plus belles églises romanes du Nord de l’Italie. la rotonde à coupoles de Brescia avec sa belle crypte de 12 colonnes, appelée Basilica de San-Filastro, Saint-Michel de Pavie; mais la plus célèbre église de toutes est Saint- Ambroise de Milan344 qu’on avait cru plus ancienne sur l’apparence archaïque des sculptures grossières dont elle est en certains endroits surchargée. On a beaucoup disserté sur les voûtes de Saint- Ambroise, mais leur système n’est autre que celui employé auparavant aux voûtes en forme de coupoles et aux voûtes annulaires de Saint- Avit Senieur, à Saumur, à Fonte-
TEMPS MODERNES. — XIIe SIÈCEE 361
vrault, 343 à Spire en Allemagne et qui est la caractéristique de l’époque de transition. Saint- Ambroise, à l’imitation des basiliques primitives de Rome, est précédé d un vaste atrium ou cloître entouré de portiques, construit à la même époque.
Dans 1 Italie du Sud, 1 introduction de l’architecture
Fig. 348. — Vue générale de la Cathédrale de Toumay.
française qui dura un siècle 1090-1189 a été particulièrement favorisée par la première domination normande. b Apulie, la Campanie et la Sicile comptent un grand nombre d’églises romanes où parfois le style normand est exactement conservé mais où se mêle aussi, souvent, le byzantinisme. Tels sont San-Nicolo de Ban qui rappelle San-Minia o al Monte, les cathédrales de Trani, de Brindisi, l’église de Barletta, la cathédrale de Salerne, l’église circulaire de la Sainte-
ATHÉNA
Sagesse de Bénévent, la Capella Palatina, monument très remarquable du style normand, les cathédrales de Palerme 349, de Céfalù, la Martorana de Sainte-Marie de l’Amiral, la cathédrale de Catane, l’église de Monréale, etc.
Il est superflu de constater ici que les pays intermédiaires, tels que la Suisse, la Belgique et la Hollande, aient adopté le style roman. Nombreux sont les monuments qu’il a inspirés, où se mélangent naturellement les tendances des écoles voisines, et dont le plus remarquable est la cathédrale de Tournay 348 aux cinq clochers. Iyes Pyrénées n’ont pas été une barrière contre la diffusion de l’architecture française, grâce aux ordres religieux, et l’Espagne compte de très beaux spécimens du style roman, parmi lesquels il convient de citer en première ligne Saint-Millan et l’église des Templiers à Ségovie, édifice circulaire dodécagone avec au centre une crypte surélevée et une coupole hémisphérique soutenue par des nervures espacées et disposées en forme de croix. Trois divisions également dodécagones dont la centrale est plus grande, sont percées et prolongées en forme d’abside et d’absidioles; à côté, le clocher est contigu et extérieur. Ee clocher de Salamanca, le beau cloître attenant à la cathédrale de Géronne349, Saint-Isidore de Eéon sont encore de beaux édifices romans ainsi que l’église de Santiago de Compostèle, imita-
Fig. 349. — Cloître de la Cathédrale de
Géronne (Espagne).
TEMPS MODERNES. — XIIe SIÈCLE
tion de Saint-Sernin de Toulouse. Il pénétra même jusque dans les pays septentrionaux et l’on trouve des imitations de nos églises à coupoles dans des provinces les plus reculées du Danemark : l’église de Ripen dans le Jutland, reconstruite au xne siècle, dont le système de construction est le même, sauf que les arcades supportant ses trois coupoles, sont en plein cintre au lieu d’être ogivales.
La coupole centrale est élevée sur pendentifs et les deux autres qui sont plutôt des voûtes annulaires ont des croisées d’ogives.
Ainsi l’examen des monuments à l’étranger proclame l’antériorité et la suprématie de l’art français. Leur architecture dérive de la nôtre et il ne s’y trouve rien qui n’ait été auparavant inventé et expérimenté par nos architectes. La prépondérance artistique de la France particulièrement au sujet du problème de la voûte dont tout progrès dépendait date du xue siècle, une des plus grandes époques de notre histoire.
Les peuples où la civilisation
r y ... , Fig. 350. — Nogent-les-
est entree, sont tributaires de Vierges (Oise), clocher roman.
notre art comme ils le sont de
notre Université déjà très célèbre. Kst-ce à dire qu’ils n’ont été que des reflets sans originalité, sans invention? non certes, car l’Angleterre, l’Allemagne et l’Italie ont imprimé à cette adaptation quelque chose de leur caractère particulier, par exemple l’Italie avec ses façades à plusieurs rangs de colonnettes superposées, ses chœurs surélevés de nombreuses marches au-dessus
ATHÉNA
de la crypte mi- partie souterraine, comme à Saint- Hilaire de Poitiers. Mais combien ses campaniles sont inférieurs aux admirables clochers romans350 de nos cathédrales et même de tant d’églises rurales, avec leurs flèches élancées et leurs étages de fenêtres doubles géminées. Pareillement leur ordonnance l’emporte sur celles des provinces rhénanes trop compliquées avec leur double abside, leur double chœur, à l’est et à l’ouest,
Fig. 351. — I,a crypte de Canterbury.
(Les antiquités de l'Église de Canterbury, par J. Brillon.)
ce qui suprime le portail, thème sublime pour notre art français, leurs quatre clochers flanquant les absides sans utilité, et au détriment de la clarté du plan et de la simplicité de la ligne. La recherche exagérée du style perpendiculaire donne encore à ces monuments souvent grandioses un aspect sec et plat, monotone en leur décoration architectonique. Les mêmes défauts se retrouvent en Angleterre où brillent les belles cryptes351 et les vastes salles capitulaires; mais les Anglais ont su imprimer aux intérieurs de leurs églises romanes un grand caractère d’austérité et de sombre puissance, un
TEMPS MODERNES. — XIIe SIÈCLE
sentiment religieux qui n’est pas inférieur à celui qui se dégage de nos édifices sacrés du même temps.
35 2 • — Cathédrale d’Angoulême.
Ainsi nulle part ailleurs qu’en France le roman n’a été aussi vivace et ne s’est développé, naturel et logique comme une plante autochtone, pour s’épanouir en une floraison incomparable. Du Nord au Midi il se manifeste
366 ATHÉNA
en une prodigieuse variété, supérieurement, tirant de
Fig. 353. — Saint-Gilles.
son unité une variété splendide et toujours rationnelle.
Mais c’est surtout dans nie - de - France où il s’est le plus perfectionné, où il n’a cessé de conserver la notion de son caractère national et la pureté de son style.
C’est là en effet que fut résolu définitivement le grand problème qui occupa tout le xiie siècle et dont tout dépendait, la voûte
Fig. 334. — Saint-Trophime (Arles). appareillée SUr Croi"
TEMPS MODERNES. — XIIe SIÈCLE
sée d’ogives et son ultime et suprême perfectionnement, la voûte sexpartite qui substitua complètement l’ogive au plein cintre.
Certes l’Angoumois, la Provence, le Poitou surent revêtir leur architecture d’une grande richesse d’ornementation , mais ce luxe qui va jusqu’à l’excès est tout en façade et cache mal la pauvreté du fond d’ailleurs entaché de byzantinisme , comme cela se voit à l’église d’Angoulême 352, à Notre - Dame -la -Grande de Poitiers, tandis que Saint -Gilles 353 et Saint - Trophime354, pèchent par trop de latinisme. Plus libres, plus hardis, ont été les architectes bourguignons et normands.
Grands constructeurs, ils ont su élever des monuments considérables.
Mais les premiers sont tombés dans la même prodigalité d’ornementation, comme à Notre- Dame d’Autun et à Vézelay356, et les seconds ont Fig. 355- — Église Saint - Etienne, péché en ce sens par trop ^'e aux hommes' façade ouest de pauvreté, comme si,
convertis à la doctrine austère de Saint-Bernard ils avaient voulu protester contre la pompe des Clunisiens. Ba Trinité (1) et Saint-Btienne355 de Caen avec leurs
(1) Ou l’Abbaye-aux-Dames dont les voûtes furent refaites à la fin du
368 ATHÉNA
hauts clochers, leur ordonnance sévère et leur savante
Fig. 356. — Façade de l’Église de la Madeleine (Vézelay).
construction sont certainement parmi les plus beaux
xne siècle (2me moitié). Celle de la grande nef présente la croisée d’ogives sur
TEMPS MODERNES. — XIIe SIÈCI/R
monuments que le roman ait produits. Mais nulle part ailleurs que dans l’Ile-de- France, l’art roman n’a, par des efforts successifs marqués par autant d’heureuses découvertes , revêtu aussi complètement 1 e caractère national; nulle part il ne s’est aussi complètement affranchi des traditions étrangères et païennes, et nulle part conséquemment il n’est parvenu à cette pureté de style, à cette noblesse et à cette élégance dans la forme, à cette harmonie de proportions, à cette science, et à cette logique dans l’ordonnance et l’art de bâtir à cette
plan carré endossée par une nervure ou arc doubleau de secours pour soutenir la trop grande portée de voûtes d’arêtes portant sur les piles intermédiaires. (Système expérimenté auparavant à Saint-Denis.)
2° Fig. 358. — Cathédrale de Senlis (style de transition).
i° Fig. 357. — Cathédrale de Noyon.
ATHÉNA
Fig. 359- — Modifications successives de la voûte : voûte en berceau, voûte en arc de cloître et voûte d’arêtes.
clarté, à cet ordre et mesure, à cette harmonieuse et substantielle simplicité, à cette rectitude qui sont les caractères de notre génie national. Rien de superflu, tout est logique et nécessaire, l’ornementation est tout à la fois sobre et riche; les pleins et les vides sont justement distribués ainsi que les parties nues et ornées.
Enfin l’éclairage est si heureusement réparti qu’il ne dissipe nullement le mystère et le recueillement ; le sentiment religieux, les élans de la foi trouvent leur forme parfaite dans cet art.
Il a paru que l’architecture nationale aurait dû s’en tenir à une forme d’art qui avait produit de telles merveilles comme Noyon 357 , Senlis 358, et Saint - Eeu -l’Ésserent . ré-
TEMPS MODERNES. — XIIe SIÈCEE
pondant à tous les besoins du culte et de l’art et ayant l’avantage sur ceux qui suivirent d’être plus rationnels et plus durables. On sait combien sont coûteuses et fréquentes les réparations de nos églises gothiques. Dans ces temps d’heureuse initiative, l’édifice religieux était l’expression, le symbole de la société et de l’âme humaine. L’ordre régnait à l’ombre de la royauté populaire ; la vie était forte et pleine d’élans généreux, la foi illuminait les plus humbles et poussait aux magnanimes entreprises.
Toute la vie se concentrait dans l’église, son image et son espérance, à la fois sanctuaire et maison commune représentant le ciel et la terre comme elle était l’âme et le corps de la patrie.
Pourtant , malgré tous ces perfectionnements, un grand progrès restait à faire : celui de voûter les espaces359 larges et élevés comme la grande nef, chose que ne permettait pas encore impunément le mode de voûtement pourtant perfectionné. On s’avisa enfin, pour consolider et
Fig. 360.
Cathédrale de Senlis, porte des bascôtés, XIIe siècle.
ATHÉNA
élever ces voûtes, de mettre à profit, de continuer les piles ou colonnes intercalaires qui ne servaient jusquelà qu’à supporter le doubleau divisant en deux carrés le plan de la voûte des bas-côtés afin de la couvrir en voûte d’arêtes. Une colonnette s’élança au-dessus du
Fig. 361. — Voûte sexpartite, commencement du xme siècle (Saint-Frambourg, Senlis).
tailloir et alla recevoir une nervure de secours, parallèle à l’arc doubleau en passant par l’intersection des arcs diagonaux ou ogifs, de sorte que le plan carré de la travée fut divisé en six segments : quatre petits et deux grands et donna une voûte sexpartite361 qui, en divisant d’autant les poussées sur les massifs, permit de les surélever considérablement et de donner à la voûte plus de largeur et de hauteur. Puis on se servit de cette nervure
TEMPS MODERNES. — XIIe SIÈCLE
transversale comme d’un doubleau de soulagement qui, divisant le plan carré de la travée en deux voûtes oblongues pourvues d’arcs diagonaux, porta de six à huit les divisions des portées, ce qui, avec les matériaux légers de l’appareil donna toute facilité d’élever à une hauteur considérable et d’élargir d’autant la grande nef. Toutefois ce ne fut pas sans être obligé d’avoir recours à des étais permanents appelés arcsboutants qui n’étaient que le prolongement extérieur des contreforts des bas-côtés jusqu’à la hauteur de l’imposte de la grande nef qu’ils rejoignaient au moyen d’une arcade en quart de cercle servant à contrebuter ainsi les piles qui supportaient les arcs doubleaux des voûtes; ainsi, étaient portés au dehors du monument, les garants de sa solidité, ce qui est, à cause des intempéries du climat septentrional, le côté défectueux et critique de ce mode hardi de construction. Ces arcsboutants362, d’abord cachés sous le toit comme à Noyon devinrent un monument extérieur presque aussi important par sa masse et l’espace qu’il occupait que l’édifice lui-même qu’ils soutenaient. Sortie directement de la voûte sur croisée d’ogives, c’est encore dans l’Ile-de-France que cette innovation apparut d’abord et se perfectionna; point n’était
Fig. 363. — Arcs-boutants à plusieurs volées, xme siècle.
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besoin d’aller s’imaginer qu’elle avait dû être engendrée par la coupole en rendant indépendant le pendentif qui se changeait en arc diagonal. C’est le contraire qu’il convenait de dire, car ce mode de soutien fut ajouté aux coupoles après les découvertes de l'Ilede-France, ce qui produisit la voûte angevine et poitevine, très creuse et conservant la forme coupoline.
Telle est l’armature intérieure et extérieure, complète, merveille de raison, de hardiesse, d’équilibre qui, avec le goût et le dessin qui s’étaient perfectionnés parallèlement, donna aux architectes, dès la fin du XIIe et pendant le xme et le xive siècle, l’audace d’élever des cathédrales à une hauteur vertigineuse et telle que l’on 11e vit jamais le génie humain aux prises avec tant de difficultés compliquées et à l’apparence insurmontables. Fe xne siècle créa de toutes pièces les moyens du XIIIe siècle, lequel n’avait plus qu’à paraître pour bâtir des merveilles qui éclipseraient tout ce que le passé avait produit d’extraordinaire, et que l’avenir 11e produira jamais plus. On voulait plus de lumière, c’est-à-dire plus de hauteur, et plus d’espace, c’est-àdire plus de largeur pour contenir la grande âme du xme siècle.
La Peinture et la Sculpture au XIIe siècle.
Depuis le IVe siècle et pendant les longs siècles obscurs et troublés du premier moyen âge, l’histoire de l’Art n’a pas eu à s’occuper de la peinture et de la statuaire, faute d’objet, ou plutôt, d’intérêt. Cette dernière avait été complètement délaissée, tandis que la peinture murale, qui n’était pas, comme elle, entachée d’idolâtrie, n’avait cessé, paraît-il, d’être activement pratiquée. Au dire des chroniqueurs, les basiliques et les palais étaient littéralement couverts de peintures; sur les parois des églises, les moines s’appliquaient à reproduire naïvement, et par des moyens sans doute très rudimentaires, les scènes de la Passion et les saintes légendes et les salles royales étaient ornées d’histoires fabuleuses qui émerveillaient les hommes de ce temps. De tout
Fig. 363. — Vierge en bois du XIIe (Saint-Denis).
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cela rien n’est resté, pas plus d’ailleurs que les monuments qu’elles décoraient. Au xne siècle, et surtout dans
Fig. 364. — Peinture de Saint-Savin, xne siècle.
la seconde moitié, ces deux arts majeurs renaissent et nous pouvons en juger par les œuvres, ou plutôt les ves-
I'IG. 365. — (xie et xne siècles.) Ornements romans d’origine celtique.
tiges qui nous sont parvenus; la peinture, par les fresques de Saint-Savin364, en Poitou, représentant les légendes bibliques: les scènes de la Genèse, l’histoire de Noé,
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d’ Abraham et de Joseph, des sujets emblématiques tirés de l’Apocalypse qui hantait les esprits depuis les terreurs de l’an mille et la légende de saint Savin et de saint Cyprien. Ces curieuses peintures ne diffèrent pas quant au style et à l’exécution des nombreuses miniatures du temps exécutées par les moines : mêmes fonds uniformes sur lesquels se détachent par aplats sombres ou clairs des figures serties d’un trait et sans modelé.
Fig. 366 . — XIe et XIIe, ornements romans d’origine celtique.
Toutefois il s’en dégage un certain intérêt produit par l’observation juste du geste naïvement rendu; mais ce n’est encore qu’un art graphique, instructif surtout pour le costume. La sculpture d’ornement386 366 qui, à la fin du xie siècle, ne savait guère autre chose, dans les belles occasions, qu’imiter grossièrement le chapiteau corinthien du bas empire, se contentant pour l’ordinaire des anciens ornements géométriques des Celtes, avait fait des progrès considérables depuis les débuts du siècle. En effet une ornementation plus riche et fantaisiste, formée d’éléments orientaux, coïncide avec le retour de la première croisade ; elle s’épanouit sur les chapi-
teaux, les archivoltes des portails, les cordons et les
bases qui supportent et séparent les colonnes, mélange bizarre d’animaux fantastiques , de figures grimaçantes entrelacées 367 de feuillages irréels, arrivant parfois jusqu’à la confusion et au burlesque, surtout dans le roman fleuri cher aux Clunisiens368. En vain saint Bernard avait tonné contre ce débordement de luxe et l’élévation des églises.
Ee clergé et le peuple étaient restés de l’avis de Suger et des Clunisiens qui proclamaient que rien n’était assez beau, assez riche, assez vaste , pour le temple de Dieu et de la Vierge; et les Cisterciens euxmêmes ne tardèrent pas à passer de la sobriété à l’opulence.
Fig. 367.
— Base de colonnettes du portail de la Cathédrale de Senlis.
Fig. 368. — Notre-Dame du Port, chapiteau (Clermont-Ferrand).
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On a coutume de désigner le style de cette nouvelle
Fig. 369. — Église Saint-Lazare, laçade occidentale, porte centrale, xii0 siècle (Avallon).
Fig. 370. — Tympan de Vézelay.
ornementation par l’appellation de romano-byzanline
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et quelque peu justifié que soit ce titre nous le garderons faute de mieux. Dans le Nord de la France et particulièrement en Ile-de-France370, ce style nouveau
se combina plus judicieusement avec les anciennes formes celtiques et l’alternance des ornements géométriques et des entrelacs de feuillages aigus entremêlés de figures animales et humaines produisit une riche et harmonieuse simplicité, comme on en voit tant
Fig. 371. — Chapiteaux romano-byzantins, portail de Villers-Saint-Paul (Oise), commencement
du XIIe siècle.
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d’exemples dans l’Ile-de-France; le portail de l’église de Saint-Paul (Oise) est un des plus remarquables371. Une des conséquences heureuses du roman fleuri
Giraudon, éditeur.
Fig. 372. — Plat de reliure avec l’image d'un empereur. (Musée du Eouvre.)
fut d’appeler la statuaire à prendre une part importante dans l’ensemble décoratif. Cluny forma des sculpteurs ou imaigiers en grand nombre, qui se répandirent par toute la France et à l’étranger; ils s’emparèrent des tympans, des linteaux des trumeaux, des por-
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tes monumentales et des voussures et même bientôt
, de leurs colonnes en retrait auxquelles ils substituèrent des statues. Les statues se multiplièrent aussi dans l’intérieur des églises ou elles trouvaient place un peu partout, sur les autels, contre les piliers et sur les parois. La statuaire, à vrai dire, n’est encore à cette époque qu’une imitation agrandie, sinon une copie, des ivoires byzantins importés par le commerce ou les pèlerinages, non seulement quant au style, mais même jusqu’au rendu dont le ciseau puéril du praticien s’efforçait de reproduire le luisant poli. Le Jugement dernier du tympan d’Autun en est un exemple manifeste. Constantinople, depuis la chute de Rome, était restée le centre unique de la civilisation, civilisation bien routinière et décadente, sans doute, et qui ne devait son éclat clinquant et factice qu’à l’obscurité, à l’ignorance et à la barbarie où était
Fie. 373. — Sainte-Clotilcle, statue provenant du portail de Notre - Dame de Corbeil (Église Saint-Denis).
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plongée l’Europe occidentale. Par son négoce très actif, entreprenant et sans concurrent, elle répandait ses productions artistiques, très recherchées par les peuples nouveaux, épris de luxe brillant et coloré. C’étaient de menus articles de toilette, des objets cultuels et somptuaires, émaux cloisonnés, inventés depuis le VIe siècle, ciboires et vases en orfèvrerie ou en verrerie, ornés de cabochons et de pierres précieuses, miniatures , coffrets , dyptiques, croix; tissus de soie aux teintes éclatantes, étoffes brodées d’or et d’argent, et surtout des ivoires sculptés 371 de sujets religieux et emblématiques si recherchés par la piété subjective de ce temps. De bonne heure on s’ingénia à contrefaire toute cette importation
orientale afin de s af- Fig. 374. — - Clovis, statue provenant du
franchir d’un tribut P°.rtail de l'Église de Corbeil. (Église v Saint-Denis.)
très onéreux et l’on
voit par l’exemple de saint Eloi, toute la faveur dont
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jouissaient auprès des rois les heureux imitateurs.
Pareillement la peinture murale s’inspira des enluminures que les moines copiaient dans les couvents et également des ivoires avant que ces derniers servissent de modèles aux imaigiers. Ce caractère byzantin, puérilement exprimé et souffrant d’être agrandi, s’applique à toutes les sculptures des tympans : deMoissac, de Vézelay, de Bourges, d’Autun, etc. Le style en est barbare, routinier et conven-
Fig. 375. — Cathédrale de Seulis. L,a Vierge mise au tombeau, fin du xne siècle.
tionnel; le dessin maigre et sec, la pratique enfantine et maladroite, les proportions des figures minces et allongées, les attitudes forcées, l’expression grimaçante et souvent burlesque, les masses décoratives et sculpturales incomprises et inconscientes, les draperies rectilignes et inobservées. La nature est encore un livre fermé et les beaux exemples antiques que les scuplteurs pouvaient voir encore autour d’eux, lettre morte pour eux. Et cependant de cet amas confus de réminiscences et de maladresses, il se dégage non sans vigueur, une qualité précieuse, géniale qui, s’affranchissant, se développant de plus en plus par l’étude et l’expérience, se fortifiant bientôt au contact de la nature, assurera bientôt à l’art français la suprématie artistique; à
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savoir: la notion de la vie, le don, le sens de l’expression dramatique, le souci de revêtir l’idéal d’une apparence vraisemblable. Certaines têtes viriles ou féminines373374 de vierges ou de reines sont déjà même
Fig. 376. — Le Christ législateur de Cahors.
Fig. 377. — Vierge de la fin du xii8 (Cathédrale de Noyon).
étonnantes de vérité et d’observation et ont toute l’authenticité de portraits d’après nature, contrastant singulièrement avec les draperies irréelles couvrant un corps tellement émacié, qu’il paraît absent. Vers la fin du xne siècle, cette recherche du naturalisme, purifiée par le sentiment religieux, s’affirme et présage la perfection prochaine. Le tympan de la cathédrale de Senlis représentant le Couronnement de la Vierge et
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son linteau où sont sculptés sa Mort et son Ensevelissement37S, semblent déjà appartenir à l’admirable sculpture du xme siècle, tant le pas en avant a été rapide et considérable.
Le tympan, large de surface, bien central, bien en vue, était tout désigné pour exprimer l’idée synthétique, suprême de l’édifice religieux, au moyen de la sculpture. Durant les trois premiers quarts du XIIe siècle, le thème habituellement adopté est le Christ, considéré d’abord
Fig. 378. — Cathédrale de Chartres, façade occidentale, tympan de la porte centrale.
comme magister ou législateur 376 et ensuite comme juge des vivants et des morts. Il est représenté assis au centre d’une immense auréole elliptique, entouré, dans le premier cas, du tétramorphe, selon la vision de l’Apocalypse, c’est-à-dire des symboles des quatre évangélistes; à sa droite le lion de saint Marc et l’ange de saint Luc, à sa gauche le bœuf de saint Mathieu et l’aigle de Saint Jean, comme à Saint-Trophime d’Arles, à Chartres378, à Bourges, etc. ; à Vézelay, les douze apôtres entourent le Christ; dans le second cas, il préside au Jugement dernier : ce sujet apocalyptique, parla variété de ses épisodes et par son côté satirique, était très
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populaire. L’esprit gaulois y trouvait son compte. Plus compliqué et donnant à l’imagination plus d’essor, il remplissait bien les larges tympans des portails des églises que l’on était parvenu à construire sur un plan plus vaste et élevé. Toutefois, vers la fin du siècle, l’habitude plus fréquente de placer les cathédrales sous l’invocation de la Vierge eut pour conséquence de la faire partager dorénavant avec son Fils, cet emplacement privilégié, et le sujet consacré fut le Couronnement ou V Apothéose de la Vierge, comme à Senlis, prélude de sa gloire au xme siècle, car l’architecture, en s’affranchissant définitivement, alors, de toute tradition étrangère au génie national, fit bénéficier tous les arts et particulièrement la sculpture avec laquelle elle a des rapports plus étroits, des bienfaits de sa puissante et féconde émancipation. L’amour de la nature fit comprendre l’antique qui seul la revêt d’idéalisme. Un nouveau style se forma qui porta à leur suprême expression les qualités natives qui jusque-là n’avaient pu se dégager, et des chefs-d’œuvre surgirent de toute part. Les œuvres de la plastique purent de nouveau, après tant de siècles, allier la nature à l’idéal, la science au sentiment, la force à la grâce, la naïveté au jugement le plus rectifié, la sincérité à l’inspiration, dans une proportion si parfaite, qu’elle ne s’était plus présentée depuis Phidias. Toutefois si tant de qualités réunies donnent aux statues du xme siècle une supériorité qui les rapproche de celles du Ve siècle avant notre ère, il convient de reconnaître que c’est sans pouvoir les égaler. Il manquait à nos statuaires l’étude du nu, c’est-à-dire la directe vérité et l’éternelle beauté; car, à l’exception du Christ en Croix, et de quelques représentations sacrifiées d ’ Adam et d’Éve, le reste était draperies qu’ils ont rendues d’ailleurs avec une rare perfection. Il suffit pour la gloire de la sculpture française du xme siècle qu’elle ait surpassé de beaucoup celle de tous les pays y compris l’Italie, tout en s’affirmant uniquement avec le caractère de notre race à
laquelle elle donna d’emblée le premier rang. Que sont en effet à côté de ces chefs-d’œuvre incomparables de Chartres, d’Amiens et de Reims, les pâles et timides essais des Nicolo et Andrea Pisano, copistes maladroits des bas-reliefs de l’art antique dégénéré, et même les œuvres célèbres mais si maigres de Donatello qui pourtant leur est bien postérieur. L’art étranger ne peut montrer rien de comparable au beau Christ et à la Vierge mère d’Amiens.