‹ Athéna, histoire générale des beaux-arts (volume 2)Chapitre 13 sur 14 · Basilique Sassoriani · texte numérisé non relu

Basilique Sassoriani

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Fig. 280. — Arc triomphal de Sainte-Marie Majeure (Rome).

jamais brisées, anéanties dans la ruine des temples, première catastrophe artistique suivie de tant d’autres.

ATHÉNA

Les premières basiliques chrétiennes furent naturellement élevées à Rome par le zèle de Constantin. La plupart nous sont parvenues plus ou moins rebâties oure -

miefoées, toutians en cou servant leur caractère initial; après celles que nous avons citées plus haut nous mentionne-

Fig. 281. — Sainte-Agnès hors les murs (Rome). Tons la basilique Sassoria-

na 279 construite par Constantin dans son château Sassorien (c’est aujourd’hui Santa-Croce in Jérusalem); Saint- Jean de Latran qui subit tant de vicissitudes; l’ancienne basilique constantinienne, rebâtie au Xe siècle après un tremblement de terre; Sainte-Marie Majeure 280;

Fig. 282. — Sainte-Marie du Transtevère.

Fig. 283. — Plan de Sainte- Praxède.

Saint-Pierre en Vincoli; Santa-Maria in Ara Cœli; San- Stefano Rotondo, un des plus curieux spécimens du temple circulaire; Sainte-Agnès 281 et Saint-Laurent hors les murs-, Sainte-Sabine, Santa-Bibiena, Santa-

TEMPS MODERNES. — e’ART EATIN

Maria 282 et Santa-Cecilia au Tianstevère, San -Mai tino al Monte, Santa- Praxede, 283 Santa -Maria en Cosmedin, San-Vincenro aux quatre Fontaines 284 et San-Clemente285, le type des basiliques du vme siècle. On y voit un admirable exemple de ces ambons, servant à la lecture des Évangiles et des Épîtres, tri-

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Fig. 284. — San-Viuceiizo aux quatre Fontaines.

bunes élevées en avant du chœur (ou chorus), formant enceinte à hauteur d’appui réservée au personnel de l’église, chapitre, clercs, etc... et qui occupait le tiers environ de la grande nef, en avant de l’autel. Le zèle de Constantin ne s’était pas borné à Rome et il avait provoqué dans tout son vaste empire l’édification de nombreuses églises. La plus célèbre était le Temple d’or d’Antioche ; il s’élevait sur plan circulaire, couvert en coupole comme le Panthéon d’ Agrippa.

Le type basilical fut universellement adopté dans toutes les provinces soumises à l’Empire romain et converties au christianisme, surtout en Syrie, en Italie et en France où la civilisation avait moins souffert de la décadence générale. Mais les édifices, construits à la hâte et souvent en grande partie en bois, n’ont pas résisté au choc de la barbarie, aux invasions, aux émeutes et aux incendies que les accompagnent. Toutefois la tradition s’en perpétua et quand l’art de bâtir en pierre, perdu

Fig. 284 bis. — San-Vincenzo (plan).

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dans la conflagration barbare avec tant d’autres arts, retrouva, au XIe siècle, ses vraies méthodes, ce fut toujours le plan basilical qui prévalut. Même à Constan-

Fig. 285. — San-Clemente, vne siècle (Rome).

tinople et dans l’Empire d’Oriertt, malgré l’admiration qu’avait suscitée la coupole de Sainte-Sophie, la croix latine prévalut sur la croix grecque; ainsi que sur le plan circulaire des rotondes, bâties à

l’imitation de l’église du Saint-Sépulcre de Jérusalem édifiée par l’Impératrice Héléna, mère de Constantin, la plus ancienne église chrétienne qui ait été construite ; de là le nom de Saint-Sépulcre donné aux églises, rares d’ailleurs, bâties sur plan circulaire et dont un des plus beaux exemples est le Saint-Sépulcre d’Achen 286 (Allemagne). Mais cette forme fut plus particulièrement affectée aux baptistères, petits édifices construits eu dehors et près de la basilique, les catéchumènes n’étant pas dignes d’y entrer avant leur baptême qui se faisait par immersion, et nécessitait une vaste cuve baptismale pouvant recevoir plusieurs personnes.

Outre les transformations que subit la basilique constantinienne et exigées par l’accroissement des fidèles et les modifications rituelles, une des principales fut le transfert de l’autel du transept dans l’abside Fig. 286. — pian du Baptisquand elle devint un Martyium, tère d’Achen (Saint-Sépuic’est-à-dire quand on y trans- cre)' porta le corps des martyrs ou leurs reliques, qu’on renferma dans l’autel même ou dans la crypte ou Confession située exactement au-dessous, en souterrain, pour mieux les préserver des mains sacrilèges. Ce changement de l’autel eut pour conséquence la construction, autour de l’abside, d’une galerie ou déambulatoire qui fut l’origine de nos admirables chevets; mais cette innovation n’eut lieu que tardivement. Cependant nous la trouvons déjà dans la description de la célèbre basilique de Saint-Martin de Tours, la métropole religieuse des Gaules, bâtie au Ve siècle. Cette merveille de l’architecture gallo-romaine, édifiée en 460 par Childéric, mesurait 52 mètres de longueur, sur 19 m. 50 de large et 13 mètres d’élévation; elle était éclairée par 30 fenêtres, pour le pourtour du

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chœur et 20 pour la nef; elle possédait 120 colonnes dont 41 pour le chœur, huit portes y donnaient accès dont trois pour l’abside et cinq pour la nef. Le corps du grand saint des Gaules et par suite l’autel qui le contenait se trouvait dans l’abside, disposition qui implique nécessairement un déambulatoire autour de l’abside ou chœur.

De tous les peuples soumis par les Romains à leur domination, les Gaulois, après leur avoir résisté pen-

Fig. 287. — Ornements Gallo-Romains trouvés dans les tombeaux.

dant longtemps au point de les faire trembler, furent cependant, sans conteste, ceux qui montrèrent les plus promptes aptitudes d’assimilation sans jamais renier pourtant leur caractère national. Curieux, crédules, entreprenants, ils ne tardèrent pas à s’immiscer dans la société romaine où ils eussent eu une plus large place si l’esprit positif et pratique de leurs conquérants eût pu corriger ou seulement tempérer leur mobilité et leur intempérance. Peu de temps après la conquête, on les voit briller à Rome dans les arts, les lettres, l’éloquence et la politique. Virgile le plus grand des poètes latins est un Gaulois cisalpin et son génie poétique est déjà hanté de cette rêverie, de cet attendrissement mélancolique devant les choses de la nature inconnue aux

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poètes de l’antiquité et qui sera l’apanage futur de la littérature française. La statue gigantesque de Néron érigée devant l’amphithéâtre flavien et qui devait lui donner son qualificatif de Colosse, (i) était l’œuvre d’un Gaulois. Claude, le troisième empereur, venait de Lyon et Gaius, pour avoir adopté leur chaussure la gallica, leur dut son sobriquet de Gallicula ou Caligula. D’ailleurs les Celtes, dès les temps les plus reculés, avaient atteint un certain degré de civilisation; ils avaient un art très rudimentaire, sans doute, et pareil à celui des peuples portant en germe les organes et les formes intellectuelles et artistiques propres à leur assurer par la suite des temps la prépondérance dans le monde. Ce n’étaient encore que des ornements simples et géométriques, des losanges, des zigzags, des croix, des méandres, des cercles, des spirales, tels qu’on les retrouve sur leurs poteries 287 et qu’on les voit sculptés sur les tailloirs et les cordons des monuments remontant à l’origine de notre art national et persistant jusqu’à la fin du XIe siècle.

Les Romains, d’autre part, frappés par la fertilité du sol et la clémence du climat, favorisèrent par tous les moyens le développement fig. 288. — colonne de leur riche conquête qui, en effet, Gallo‘

jouit bientôt d’une étonnante prospérité. Ponts, aqueducs, larges et solides chaussées, via-

(1) Colosseo en Italien, mal traduit par Colysée.

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dues furent partout construits pour faciliter leur pénétration et, partout dans les cités policées, des thermes

spacieux, des théâtres superbes, des amphithéâtres ou arènes immenses, des écoles nombreuses, des temples magnifiques donnaient l’essor à l’intelligence de la race. Euxmêmes aimaientà y résider, ils s’y construisaient des ftalatia splendides où s’accumulaient et brillaient tous les raffinements du luxe romain, et se mêlaient volontiers à l’hospitalière société gauloise. De ce mélange des deux races, de ces rapports quotidiens et de ces alliances, sortit une génération nouvelle dont l’esprit mixte se fit jour dans la langue où s’associent la basse latinité et le gaélique, et dans les arts qu’on appela gallo-romains 288.

combinaison de l’esthétique des deux peuples. Presque de nos jours ce terme fut changé en celui de roman qui veut dire la même chose sans être aussi clair.

Aussi le premier estil resté à tout ce qui est antérieur au xic siècle, date des premières tentatives d’émancipation de notre art national.

Ea période gallo-romaine, si brillante dès ses débuts, fut brutalement interrompue par la conquête

Fig. 289. — Palatium Regis.

P'iG. 288 bis. — Chapiteau Gallo-Romain, provenant de la première église de Saint-Germain-des-Prés

franque. La postérité de Clovis, sanguinaire, vindicative, fourbe, incontinente à l’excès, sans frein dans ses passions violentes et dans ses appétits brutaux, usant pour les satisfaire de la duplicité, du meurtre, de la spoliation, n’avait guère, 011 le conçoit, le sens, ni le goût du beau et de l’art, et ne lui apporta aucun élément nouveau; c’est donc improprement que l’on s’est parfois servi du terme mérovingien pour désigner les vestiges d’art de ces temps troublés. Les lettres et les arts restèrent l’apanage des Gallo-Romains soumis et réfugiés dans le clergé et les couvents.

Les monuments qui nous sont parvenus de la première dynastie, sont très rares ; la matière employée en majeure partie pour la construction des églises et des -palatia régis289 était pour l’ordinaire le bois, dont l’incendie a rapidement raison. Dans les parties solides et conservées, on retrouve le petit appareil romain avec des chaînes ou cordons en briques contournant à l’extérieur les petites fenêtres plein cintre en manière d’archivoltes : comme on le voit au château de Senlis, à la Basse CEuvre 290 de Beauvais, etc... Les plus anciens édifices religieux étaient faits d’emprunts à quelque temple païen dont ils occupaient l’emplacement, comme Saint-Pierre de Montmartre 291 et la Crypte de Jouarre, l’église de Saint- Jean de Poitiers 292 (i)et le Panthéon de Riez. On ne saurait préciser la date de ces divers monuments; tout ce

(i) Saint-Jean de Poitiers, bâti sur plan rectangulaire oblong, est un des plus curieux monuments de la période latine.

3io

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qu’on peut affirmer, c est qu’ils sont antérieurs au XIe siècle, époque où l’on commença à construire en pierres de grand appareil. Car toutes les traditions,

même celles de bâtir, s’é-

Fig. 29 1. — - Chapiteau en marbre de Saint-Pierre de Montmartre.

tiges de l’art antique, 1 chose.

Les dernières années

talent peu a peu perdues ou altérées surtout pendant les longues et terribles dévastations des Normands; et ce ne fut que sous les Capétiens, quand la nation française eut conscience enfin de son génie, que dans la solitude méditative des cloîtres, à travers mille hésitations et de timides essais, n’ayant pour guide que les rares vesretrouva les secrets de toute

1 Xe siècle marquent la date

Fig. 291 bis. — Chapiteaux eu marbre de Saint-Pierre de Montmartre.

d’événements extraordinaires et uniques dans les annales de l’humanité : la croyance à la fin du monde qui, d’après l’Apocalypse, devait disparaître en l’an mil

TEMPS MODERNES. — i/ART LATIN 3II

dans un cataclysme effroyable. Il est admis communément que la terreur et le désespoir s’étaient emparés de toute la chrétienté, surtout en occident. Tout, dit-on, fut arrêté : à quoi bon, en effet, travailler quand la mort est proche ? Tes uns se livraient à la vie à outrance

Fig. 292. — Basilique de Saint-Jean de Poitiers.

afin d’oublier la fatale échéance; les autres, c’était le plus grand nombre, donnaient tous leurs biens au clergé pour racheter leurs péchés. Tes invasions réitérées des Normands et les atrocités qu’ils commettaient, venues après celles des Hongres et des Sarrazins et, par surcroît d’horreur, la peste et la famine avaient mis le comble aux calamités séculaires dont souffraient les populations qui ne voyaient plus d’autre issue à tant de maux qu’un cataclysme final. C’était en effet la fin d’un monde qui s’accomplissait, la fin du monde barbare et des invasions et l’ère moderne qui commençait.

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XIe Siècle.

Iy ’ affreux eau cliemar dissipé, l’Humanité se reprit, pour ainsi dire ressuscita. Une immense action de grâces s’éleva dans toute la chrétienté, vers Dieu qui avait de nouveau épargné et sauvé le monde. Cet élan religieux, qui devait se perpétuer, se manifesta surtout par l’édification et la réparation des églises. On se mit partout à re lever les sanctuaires dont les pirates normands, pillardspar profession et destructeurs sacrilèges par fanatisme, avaient amoncelé les ruines, du Nord au Midi. Du moins c’est ce que nous apprend le moine chroniqueur, Raoul Glabert : « On reconstruisit les églises dans tout l’univers, mais surtout en Italie et en Gaule, bien que pour la plupart ce ne fût pas nécessaire, mais c’était à qui, entre les populations chrétiennes, aurait les plus beaux édifices. On eût dit que le monde, secouant ses vieux haillons, voulait partout revêtir la robe blanche des églises ». Ce lyrisme paraît bien exagéré. D’abord les terreurs de l’an mil paraissent

Chapiteaux de Rieux (Oise).

TEMPS MODERNES. — XIe SIÈCEE

avoir été bien surfaites; nous voyons que le clergé les combattit longtemps d’avance, et plusieurs évêques et abbés entreprirent de vastes constructions pour montrer leur confiance en l’éternelle stabilité. Et puis comment se fait-il que de tant de monuments bâtis en pierre, il nous soit resté si peu de chose et rien de certain ? Faut-il en accuser la hâte qu’on y mit et, plus encore, l’ignorance des bonnes méthodes? Quoi qu’il en soit, il est certain que la moitié et presque les trois quarts du xie siècle restent encore très obscurs et fournissent peu de chose à l’histoire de l’Art. Ce temps se passa sans doute à retrouver les principes de l’Art et les secrets de sa pratique diverse, perdus, oubliés, pendant la longue nuit du premier moyen âge. Ees monastères furent lespremières écoles et les moines les premiers architectes et les premiers artistes. Ees édifices entiers de cette époque incertaine sont très rares mais les vestiges en sont très nombreux

surtout dans l’Ile-de-France et les provinces voisines. Ce sont des murs en petit appareil, des fragments de bas-cotes parfois des nefs entières, qui se sont conserves dans les églises rurales encastrés dans leur agrandissement ou leur reconstruction au xne siècle Ees pihers en sont gros, courts et carrés 2*>, supportant un épais tailloir saillant, relié au pilier par un plan incliné sculpte d ornements simples et géométriques et qui

Fig. 293.— Statue de Chüpéric provenant deSaint-Germaindes-Prés.

314 ATHÉNA

reçoit la retombée des arcs plein cintre des travées primitives. J’ai découvert à Sarron 294, petite commune près de Pont-Saint-Maxence (Oise), une église conservée intacte qui remonte certainement au commencement du XIe siècle ; c’est le plus ancien temple chrétien que je connaisse en ce pays, après la Basse Couvre de Beauvais.

Elle nous donne certainement une idée parfaite de ce qu’étaient les églises dont les restes viennent de nous occuper. C’est une petite basilique à trois nefs éclairées par de petites fenêtres très ébrasées.

Fig. 293 bis. — Piliers carrés (roman primitif), église de Mogneville (Oise).

Fig. 294. — Église rurale du xie, type de Sarron.

Extérieurement ces petites fenêtres cintrées sont reliées entre elles et contournées par un cordon de billettes qui emplaça la chaîne de briques des édifices galloromains, et qui entoure tout le monument, y compris le portail et l’abside. Aux deux tiers supérieurs du pignon de la façade une pierre rectangulaire encastrée au- des-

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sus d’un second cordon de billettes est sculptée en faible saillie d’une s wastica 295 ou croix gammée aux quatre branches égales, ce qui comme on sait, n’est pas exclusivement byzantin. Une autre particularité de cet édifice vénérable ce sont les trois portes accolées du portail en applique répondant à la disposition des nefs et dont la plus large, celle du milieu, est moins élevée que les deux autres, qui du reste, n’ont jamais été ouvertes, ayant dû jouer dès le principe le rôle d’arcs de décharge. Ces trois arcatures plein cintre, ornées également d’un cordon de billettes, seul ornement qui paraisse dans cette église, retombent sur leurs jambages

plats sans interruption de tailloirs ou de chapiteaux, il en est de même pour les arcades des travées de l’intérieur passant de la ligne courbe à la ligne droite des piliers carrés sans le moindre arrêt et sans même le chanfrein 296 qui le désigne à la Basse Œuvre. Comme pour ce dernier le mode de construction est le petit appareil mais mal traité, noyé dans le mortier.

Ces petites pierres cubiques avaient reçu sur leur face visible une ornementation en forme delosanges, d’arêtes de poisson, strillée par la gradine, et primitivement devaient probablement former des divisions décoratives ; pareille particularité se

Fig. 296. — Pilier à chanfrein de la Basse CEuvre (Beauvais).

Fig. 295. — Swastiea.

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retrouve en vestiges sur les faces de certains piliers quadrangulaires de l’église de Cinqueux, dans le voisinage, et plus fréquemment sur le fût de colonnes de ce temps. Le plan basilical de cette petite église rurale est des plus simples : les bas-côtés se terminent par un mur en retour d’équerre, égal à leur largeur, pour former l’abside circulaire à l’intérieur et carrée à l’extérieur. Cette abside est voûtée en cul-de-four, et les autres voûtes sont construites en bois, ainsi que le clocher. On pense que la construction des premiers clochers en pierre date de Charlemagne; avant, et très fréquemment encore après lui, la matière employée était le bois ainsi que pour couvrir les collatéraux et la grande nef dont la voûte appuyée sur des fermes avait la forme d’une carène renversée, de là son nom de nef, navis, navire. Après l’hémicycle de l’abside facile de tout temps à construire en pierre, ce furent les bas-côtés, d’abord par une voûte en demicercle ou demi - berceau qui furent ainsi voûtés. Remarquons, par cet exemple, portant sur la construction autant que sur l’ornementation, et par tout ce que nous apprennent les nombreux vestiges de notre art national avant le xne siècle, qu’il ne subit aucune de ces prétendues influences venues d’Orient, voire même du septentrion, dues au commerce et aux pèlerinages. Notre architecture est purement latine dans ses dispositions et uniquement celtique dans son ornementation linéaire.

Le XIe siècle est un enfantement, mie aurore, indécise et timide d’abord et vers la fin s’affirmant en une éclosion vigoureuse et pleine de promesses. Il vit s’accomplir de grands événements et surgir de grands hommes. L’ordre social commença à se constituer sur le principe d’autorité. Tout annonçait le réveil de l’esprit public. L’humanité cessa de mourir : la sève remonta et le flot de vitalité fut, en France, si rapide et prodigieux qu’il en déborda sur le monde. Robert Guiscard (ou Y Avisé), hla. tête d’une poignée de Neustriens-

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Normands, conquiert l’Italie méridionale et fonde le royaume de Sicile, et le succès extraordinaire de cette aventure stimule Guillaume le Bâtard à faire la conquête de l’Angleterre. Du côté spirituel nos monastères si puissants et éclairés, surtout ceux de l’ordre de Cluny, répandent notre goût, notre civilisation et notre art, sur toute l’Europe et jettent les fondements solides, avec les deux papes français Silvestre II, le savant Gerbert, et Urbain II, de la puissance papale qui devait bientôt avec Hildebrandt (Grégoire VII), autre moine de Cluny, tenir en échec et finalement terrasser le Saint - Empire allemand, incarnation de l’ affreux passé et du monde féodal. La philosophie, les lettres , le droit sont étudiés avec Fig. 297. — Saint-Philibert(Tournus).

passion dans les

écoles claustrales, où le fameux Gerbert. à son retour de Cordoue, introduisit les études des mathématiques, de la physique d’Aristote, de la science symbolique des nombres de Pythagore auxquelles les Arabes l’avaient initié et qui, par la suite, devaient rendre de si grands services à nos architectes chrétiens en leur inspirant tant de combinaisons heureuses et la sublime unité qui les engendre, source de toute harmonie dans la variété.

Deux monuments, construits dans la seconde moitié et vers la fin du xi esiècle, nous montrent l’état de l’art en France etlesprogrès accomplisen architecture : Saint- Philibert de Tournus297, et Notre-Dame-du-Port298, à Clermont-Ferrand. Da question des voûtes, le principe

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vital, générateur, est ici résolue différemment. Dans cette dernière église, la nef centrale est voûtée en ber-

Fig. 298. — Église Notre-Dame-du-Port (Clermont-Ferrand), façade ouest.

ceau épaulé, c’est-à-dire contrebuté par les voûtes en demi-berceau ou quart de cercle, des collatéraux, les-

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quels étant très élevés en ce cas, ne permettent pas d’ouvrir des fenêtres au-dessus des arcades des travées qui, naturellement, elles-mêmes sont très élevées. C’est, comme on le voit, le principe rudimentaire de l’arc-boutant. Ce système fut adopté par le centre et le midi de la France. Parfois un petit triforium écrasé, formé par le demi-berceau des voûtes latérales s’arquebutant sur le berceau continu de la grande nef, circule au-dessus de ces arcades, ornement plutôt qu’utilité, embryon des belles et spacieuses galeries supérieures des futures cathédrales (1). Saint- Philibert est plus ancien, j’entends pour le porche et la nef, bien que le système des voûtes soit ici plus perfectionné. Cette petite église est également à trois nefs avec transept espacé d’absidioles du côté oriental, et avec une abside entourée de cinq chapelles rayonnantes, mais toute cette partie est du xiie siècle. Le porche a un étage supérieur, ses colonnes grosses et basses sans chapiteau, mais avec un simple tore qui en tient lieu, ainsi que pour les colonnes de la nef, est d’un aspect rude et primitif. La particularité de cette église est d’avoir sa grande nef voûtée par autant de berceaux transversaux qu’il y a de travées, et séparés naturellement par des arcs doubleaux très saillants, tandis que les collatéraux ainsi que le porche ont des voûtes d’arêtes romaines.

La façade de Saint-Philibert est très sobre d’ornementation et d’ouvertures car elle est, avec tout le porche qui la suit, un travail exclusif de défense militaire. Elle est composée de pilastres et d’arcatures peu saillants, d’un, aspect maigre et plat et au-dessus de la porte principale , sans doute autrefois précédée d’un pont-levis, sont des mâchicoulis que l’on a refaits dans ces derniers temps; une des tours carrées qui flanquent ce portail a sa flèche dont les deux étages de fenêtres supérieures sont un beau travail de la première moitié du xne siè-

(1) Exemple : Saint-Etienne de Nevers et Saint-Paul d’Issoire dontUe plan rappelle étonnamment celui de Notre-Dame-du-Port.

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cle. L’intérieur du premier étage du porche est fort curieux de construction avec ses arcades puissantes et hardies accusant les trois nefs. L’étage d’en bas est lourd et peu éclairé, mais l’intérieur de la nef étonne par sa sobre fermeté avec ses arcs doubleaux, très saillants qui donnent aux voûtes transversales un aspect

Fig. 299. — Église de Vignory (Haute-Marne), façade ouest.

coupolin. L’éclairage est obtenu au moyen de ces petites fenêtres plein cintre très ébrasées, propres aux églises romanes de ce temps. Dans ces deux églises, le chœur est élevé au-dessus d’une crypte spacieuse et plus ancienne. On retrouve ici la confession, composée à Tournus du tombeau de Saint-Philibert, de Saint-Valérien et autres saints personnages; les chapiteaux des colonnes de cette crypte sont mérovingiens. Celle de Notre-Dame-du-Port possède une Vierge Noire, comme

TEMPS MODERNES. — XIe SIÈCLE

celle de Chartres et, comme elle, d’origine miraculeuse. Ces deux églises typiques ont leur clocher s’élevant sur la croisée, disposition logique, alors que l’autel était placé au centre du transept, le chœur ou abside étant réservé au clergé entourant la cathedra de l’évêque ou de l’abbé.

Iva petite église de Vignory 299, près de Joinville (Marne), non moins ancienne, présente avec d’autres analogies, cette particularité.

Ainsi, à la fin du xie siècle, le temple chrétien est constitué. Il est pourvu de tous les organes qui lui assurent une vie propre. C’est toujours, il est vrai, la tradition latine du plan basilical, mais agrandi , modifié, plié aux exigences d’un culte qui s’inspire du génie des races nouvelles dont l’Église sait éveiller les aspirations artistiques. Ée portail, en applique, est percé de trois portes répondant aux trois nefs et à leur importance relative et on se préoccupe de leur effet et de leur décoration ; le transept se prolonge au dehors et s’élargit par l’adjonction d’absidioles. 1/ abside se change en rond-point par le prolongement des bas-côtés au delà du transept, formant ainsi un déambulatoire, encore timide, comme

FjG. 299 bis. — Abside ou déambulatoire de Morienval, XIe et xii6 siècle.

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à Morienval 299 bisetler} souvenir des églises, jadis construites en bois et particulièrement de la célèbre basilique Saint -Martin de Tours. On y transporte l’autel; alors l’abside s’élargit, s’allonge et devient le chœur qu’une grille, chancel ou jubé sépare de la nef. Les clochers en bois sont remplacés par des clochers en pierre, s’élevant sur la croisée (i) et au-dessus du

portail , ou des croi sillons quand les premiers constructeurs ne l’ont pas prévu ou que l’agrandissement de l’ église en a d éplacé le centre. On commence à voûter les nefs en pierre comme on le faisait déjà pour les cryptes et le cul-de-four de l’abside qui n’était que le prolongement concentrique des murs.

Les bas-côtés, par leur étroitesse et

Fig. 299 ter. — Plan de l’Église de Morienval , . ,

(Oise). leur peu de hau-

teur, présentèrent également peu de difficultés; mais la largeur et l’élévation de la grande nef furent longtemps un obstacle à cause de l’action répulsive des poussées obliques qui faisait crouler les voûtes en écartant leurs soutiens.

Pour ces causes, imparfaitement résolues dans les deux exemples ci-dessus, le temple restait écrasé, restreint en hauteur et en largeur, mal éclairé. Si l’art

( 1) Où ils ont succédé aux tours-lanternes qui, dérogation au plan des basiliques, éclairaient l’autel placé au-dessous.

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avait trouvé sa voie, la matière, par sa pesanteur et son inertie, s’opposait à sa marche ascendante. Le problème de la voûte se posait donc impérieusement. Tirant tout de son propre fonds, faute de modèles, le génie national se mit à l’œuvre sans défaillance, mais il ne fallut pas moins d’un siècle de tenace labeur et d’essais pour le résoudre, il est vrai, d’une façon sublime. 11 eut raison, à la fin, de cette pesante et dure matière, contre laquelle ses efforts, pendant si longtemps s’étaient brisés. Elle fut entièrement assujettie à sa foi, à sa volonté, à sa raison et même à ses caprices ; et retournant contre elle ses propres lois, les architectes, par des merveilles d’équilibre, surent transporter des montagnes de pierres pour les transformer en édifices gigantesques s’élançant dans le ciel lumineux, puissants, aériens, immatériels comme Dieu dont ils étaient le sanctuaire monumental.

Ainsi donc l’impulsion progressive vint d’abord de la nécessité de substituer des voûtes en pierre aux voûtes en bois trop souvent détruites par le feu, et par suite, de l’obligation non moins impérieuse de trouver à opposer des moyens réactifs à leur poussée oblique, d’autant plus forte, qu’ignorant l’expédient des Romains et des Byzantins, nos constructeurs employaient, au lieu de leurs briques creuses, la pierre considérablement plus lourde. Des premières voûtes furent demi-cylindriques ou en berceau imposant comme supports des murs très épais pour lutter contre leur poussée continue. La voûte d’arêtes, d’invention romaine, fut une amélioration en ce sens qu’elle dirigeait les poussées sur quatre points déterminés, piliers ou massifs ; mais, malgré les contreforts qui les contrebutaient extérieurement, les voûtes croulaient souvent, surtout celles des grandes nefs. C’est pourquoi il est rare de trouver les voûtes primitives des édifices religieux qui, eux-mêmes, ayant été primitivement peu élevés et mal éclairés, durent être plus tard, surtout au xne siècle, par suite des progrès obtenus dans l’art de bâtir ou de l’accrois-

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sement de la population, modifiés, parfois considérablement agrandis et surélevés. De là le peu de monuments qui soient restés intacts et le caractère hybride de la plupart. Le goût aussi se perfectionnant avec la science, exigea très fréquemment leur reconstruction ou leur rajeunissement.

Type des Églises rurales du XIIe siècle.

XIIe Siècle.

Ces progrès, tout importants qu’ils fussent, n’étaient que la première étape vers le but imposé, mais inconsciemment entrevu, et peut-être l’Art serait encore resté longtemps dans l’expectative si l’état social ne se fût profondément modifié. Les débuts du xne siècle sont en effet témoins de deux grands événements historiques qui par leur caractère et leur importance politique, religieuse et sociale, devaient exercer une influence considérable et décisive sur l’avenir de la nation et le développement de l’art, tous deux alors en pleine renaissance; je veux dire le retour de la première croisade et l’affranchissement des communes, qui paraît en avoir été la conséquence. Déjà, pendant le XIe siècle, l’autorité des rois de France, par la protection de l’Église, seule

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force intelligente ou démocratique de ce temps qui leur avait octroyé le prestige populaire de la sainteté en leur concédant le privilège de guérir les écrouelles, avait grandi, s’était fortifié et, à son abri, la société, c’est-àdire la nation, s’était formée; mais la féodalité, fortement constituée par la chevalerie, menaçait à tout moment de lui tenir tête, de la mettre en échec. Les Croisades, en entraînant au loin les hauts barons turbulents dans des expéditions aventureuses, où beaucoup devaient trouver la ruine et la mort, débarrassèrent le pays d’une oppression qui entravait tout mouvement et tout progrès et permirent aux villes de s’émanciper. Mais si les franchises municipales octroyées plus ou moins de bon gré aux vieilles cités françaises qui n’avaient pas oublié le souvenir des municipes et des curiales romains, si le succès rapide du régime corporatif, joint à la prospérité des couvents qui lui avaient servi de modèles et d’éducateurs, avaient été favorables à la royauté justicière de Louis le Gros, elles ne furent pas moins profitables à l’art national en développant la richesse publique et, en multipliant les occasions de se manifester, elle lui donna l’essor qu’il attendait.

Déjà, dès le xie siècle, les monastères, surtout ceux qui suivaient la règle de Cluny, avaient montré par leur éclat et leur extension rapide tout ce qu’on peut attendre de grandeur et d’indépendance par le travail en commun et par la solidarité corporative qu’ils favorisaient. Communion, communauté, commune sont synonymes, étant de même origine. Des écoles claustrales répandues en toute la France et l’étranger par cet ordre éminemment libéral et éducateur reprenant l’œuvre de Gerbert, sortirent une foule de savants, d’orateurs, d’artistes et d’architectes surtout, animés d’un esprit scientifique et novateur, qui tendait à unifier l’art en France et à répandre notre goût à l’étranger. L’art du XIIe siècle restera encore foncièrement monacal.

La première croisade avait été l’œuvre des monastères et de la papauté liguées avec les corporations

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naissantes, contre la féodalité, leur commune ennemie. Il en résulta des changements profonds dans la direction artistique autant que dans l’ordre social. Le caractère de l’édifice chrétien en fut transformé; il eut une destination mixte, à la fois religieuse et profane, ou pour mieux dire laïque. Le chœur fut réservé exclusivement au clergé, séparé par une clôture, et la nef redevint une basilique au sens propre du mot romain, c’est-àdire un lieu de réunion pour les assemblées communales et corporatives sous la bannière de leurs saints patrons qui, plus tard, y eurent leurs chapelles. De là la nécessité d’agrandir et de surélever les monuments du xie siècle qui manquaient d’espace et de lumière, et le problème de la voûte d’où dépendait toute amélioration fut de nouveau posé plus impératif que jamais. Ce fut dans l’Ile-de-France, province du domaine royal, et qui paraît avoir joui d’une prospérité inouïe au XIIe siècle que la solution en fut cherchée avec plus de logique et d’énergie que dans le reste de la France et à l’étranger. L’activité des architectes dans la transformation et la construction des églises anciennes et nouvelles fut extraordinaire, comme l’atteste le nombre prodigieux qui nous en est parvenu, et combien pourtant ont disparu. Il ne s’y trouve encore de si petit village qui n’ait hérité de ce temps d’une église remarquable et parfois si considérable qu’une ville entière ne pourrait aujourd’hui sans peine l’édifier (1). Ce fut sur les bords de l’Oise et de ses affluents, précisément entre Noyon et Beauvais, que se produisit ce grand mouvement architectural et encore aujourd’hui on peut suivre pas à pas les étapes suivies vers le but victorieux, par l’étude des édifices ruraux et surtout conventuels qui servirent d’essais aux architectes avant d’appliquer les nouvelles méthodes et leurs découvertes aux grandes cathédrales. Les témoins en sont restés et étudier les progrès de l’architecture dans cette région, c’est se rendre compte de

(1) Ee clocher sert en même temps de beffroi.

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l’art de toute la France et même de l’étranger à cette époque, malgré les modifications purement de détail que les prétendues écoles y ont apportées, non sans nuire souvent à la pureté de style initiateur et à sa logique.

On y remarque en effet que le goût s’y perfectionne en même temps que la science de bâtir, et avec le retour de la premièer croisade coïncide une ornementation plus riche de l’architecture des églises.

D’abord, pour remédier aux graves inconvénients que nous avons signalés plus haut, on fut amené à inventer, concurremment, les arcs formerets et les arcs diagonaux appelés aussi arêtiers ou augifs, système qui se commande et dont l’application devait être si féconde en bons résultats. Bandés latéralement d’un support à l’autre, les arcs formerets contribuèrent avec les arêtiers, larges et saillantes nervures, parties de ces supports et se croisant diagonalement à la place des arêtes, et avec les arcs doubleaux qui reliaient ces deux supports transversalement, selon la division des travées, à constituer pour ainsi dire l’armature, l’ossature de la voûte, ses garanties de stabilité; le reste n’était plus que remplissage. Or les formerets étant de puissants arcs de décharge pour les murs latéraux et les arêtiers ayant la propriété de diriger les poussées des voûtes sur les quatre supports ou massifs déterminés, il en résulta que les murs n’ayant plus besoin de tant d'épaisseur, purent être percés de fenêtres plus nombreuses et plus grandes, et qu’il fut permis d’élever impunément les voûtes appareillées sur croisées d ’ augives ( crux augiva ) , nom qu’on donnait alors à ces arcs diagonaux que nous appelons arêtiers; et comme le sens de cette architecture s’était perdu, on prit plus tard l’effet pour la cause ou plutôt on la débaptisa et l’on appela depuis ogive la figure formée par l’espace curviligne et triangulaire que ces arceaux laissent entre eux, semblable à celle de l’arc brisé (1). On a cru reconnaître la première appa-

(1) Ces différentes arcatures retombaient sur les chapiteaux des colonnes engagées qui flanquaient les quatre faces du pilier carré primitif et sur les

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rition des arcs formerets et des arcs augifs (i ) (de augere, soulager) dans la petite église de Noé-Saint-Martin300, près de Yerberie (Oise) qui date du premier quart du XIIe siècle. D ailleurs, l’Ile-de-France est toujours en avance en architecture de plus d’un quart de siècle sur les autres pays (2). C’est ainsi que l’ogive s’y montre de bonne heure , même avant la fin du xie siècle. On la découvre à la base de quelques clochers et à certaines travées de nefs des églises de ce temps, comme à Rieux, à Cinqueux, à diamant, etc., enclavées et conservées dans des reconstructions postérieures.

1/ emploi judicieux que ces vieux architectes en font précisément pour consolider les arcatures ayant à supporter les plus grandes charges, montre assez qu ils la considéraient déjà comme un agent

Fig. 302. — Noé-Saint-Martin, premier emploi des arcs augifs et des arcs formerets.

pilastres et colonnettes des massifs encastrés dans le mur latéral Plus tard chaque retombée de ces arcatures fut reçue par une colonne ou une colonnette ^fiêcle^'Tl Pj,0dui.sit.ces PiIi.e/S en forme de faisceau déjà fréquents au SLiine m,vL ?Ute a,T prodmte fY un procès considérable car la voûte romaine qu elle fut en berceau ou d’arêtes, c’est-à-dire engendrée par deux T^“‘‘Cp!indr(es se Pénétrant à angles droits, formait toujours un bloc et résistait par son inertie, tandis que la voûte appareillée sur croisée d’ogives restait mêmee a QUe' ^ reSlstait par son équilibre et, pour ainsi dire, par sa vitalité

(1) Orthographe ancienne, par corruption ogijs ou ogives.

(2) L’ogive surbaissée qui soutient la coupole de Saint-Front églises a coupoles qui en dérivent est postérieure.

et de toutes les

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de solidité supérieur au plein cintre et non comme une simple forme ornementale ainsi que s’en servirent les Arabes qui n’y virent qu’un moyen gracieux de surélever les arcades et antérieurement les architectes carlovingiens. La figure tirée d’un manuscrit du Xe siècle conseivé à la Bibliothèque Nationale montre l’ogive produite par l’entrecroisement d’arcatures plein cintre, imité souvent par l’architecture normande pour l’ornementation extérieure des monuments religieux , comme à Granville - Sainte - Honorine, etc.

L’invention de l’ogive n’est donc pas due au hasard comme certains l’ont prétendu, mais bien à la nécessité. Car, ayant observé que les arcatures plein cintre cédaient le plus souvent, dans le cas de surcharge, à la clef, c’est-à-dire au claveau du sommet de l’arc, on eut l’idée d’élever ce point en redressant les courbes, ce qui produisit l’arc aigu formé de deux arcs de cercle qui se coupent. Cette observation fut le point de départ de toutes les transformations qui, par la suite, préparèrent le passage du plein cintre à l’ogive.

Cette ogive primitive est très surbaissée et dépasse de peu le plein cintre; puis peu à peu elle se dégage et s’enhardit à mesure que les constructeurs deviennent plus savants et expérimentés. Rare et timide d’abord, elle obtient petit à petit un emploi plus fréquent et arrive même, à partir de la seconde moitié du XIIe siècle, à prendre un rang égal au plein cintre. Cette alternance des deux arcatures caractérise la dernière période

Fig. 301. — Base d’un clocher du xie siècle, Ile-de-France.

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de l’architecture romane, dite de transition. Grâce à cet emploi simultané de l’ogive qui s’élève de plus en plus sans atteindre pourtant le tiers-point, les édifices religieux purent élever leurs voûtes à une hauteur déjà remarquable, comme les merveilleuses cathédrales de Noyon et de Senlis construites de 1155 à 1180 (la première surtout est le plus complet monument de transition) et les églises conventuelles de Saint-Germer de Flye et de Saint-Leu d’Esserent, dans l’Oise, également. Deux églises les avaient précédées et, tout en les surpassant, leur influence y est manifeste :

Saint-Denis302 commencée par Suger en 1137, et Saint- Germain-des- Prés 303, qui lui est peutêtre antérieure. Il est bon de mentionner aussi l’église si intéressante de Poissy, Notre- Dame de Châlons-sur-Marne, et surtout l’importante église conventuelle de Saint-Benoît-sur-Eoire304 où l’influence clunisienne est évidente, avec son porche surmonté d’un étage, monument en lui-même considérable. Mais parmi tant d’édifices remarquables, l’église abbatiale de Cluny était la merveille du XIIe siècle par sa prodigieuse dimension, sinon par la pureté de son style, chose dont nous ne pouvons guère juger aujourd’hui car il n’en reste que quelques débris échappés au vandalisme des exécrables bandes noires qui, au commencement du xixe siècle, la démolirent pour en vendre les pierres au profit du curé. Commencée par l’abbé Hugues en 1089 elle ne fut consacrée qu’en 1131. Cette colossale église avait primitivement 133 m. de longueur, et atteignit avec le grand vestibule ou avant- nef bâtie au xme siècle, qui la précédait, 170 m. dans œuvre, sur

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une largeur de 35 m. 73; son plan avec la chapelle des

Fig. 303. — Saint-Germain-des-Prés (Paris).

étrangers qui lui était contiguë présentait la croix ar-

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chiépiscopale ou croix de Lorraine (1); elle avait cinq nefs, deux transepts dont le plus grand à l’extrémité des nefs avait 65 mètres de longueur sur 10 de large, le petit près du chœur n’avait que 35 m. 75 sur moins de 10. L’abside circulaire était entourée de cinq chapelles rayonnantes, comme à Saint-Philibert de Tournus; chaque croisillon était encore agrandi par une double absidiole au mur oriental; quatre clochers s’élevaient sur les transepts, trois sur le plus grand dont un sur la

Fig. 304. — Saint-Benoît-sur-I,oire.

croisée, situation qu’occupait le quatrième sur le petit transept. Le xme siècle en éleva deux autres au portail du vestibule ou narthex. Un parvis à double rampe donnait en outre plus de grandeur à l’aspect de ce splendide édifice. Il ne reste de cet ensemble prodigieux que l’extrémité méridionale des deux transepts, le plus grand a gardé le clocher du croisillon et deux absidioles dont le premier a été agrandi en chapelle au xive siècle, et la chapelle particulière à l’abbé dite la chapelle de Bourbon, travail également de la fin du XIVe siècle, qui occupe l’absidiole du second transept.

(1) L’abbé de Cluny porta d’abord le nom d’abbé des abbés, titre qui passa ensuite à l’abbc du Mont-Cassin; il prit alors le titre d’archiabbé.

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L’influence qu’exerça sur l’architecture du XIIe siècle cette gigantesque construction, fut considérable non seulement sur l’École de Bourgogne, comme à Vézelay, Autun, Paray-le-Monial, etc., mais aussi par les nombreuses succursales de l’ordre puissant des Bénédictins de Cluny, par toute la France et à l’étranger, favorisée encore surtout en Italie, par les papes qui en étaient sortis. Et l’on peut dire que si la première croisade fit l’unité de la France, Cluny fit l’unité de l’art

Fig. 305. — chapelle d'ottomer- ficences monumentales, la

forme de la civilisation de ce temps. Le nombre d’édifices romans est incalculable et le génie inventif de la race y trouvait toujours de nouvelles et heureuses variantes. Le plan basilical, qui prévaut, présente sans cesse de nouvelles figures; le porche ou narthex devient parfois un vestibule important avec un étage supérieur, véritable monument lui-même pouvant contenir des multitudes; la nef de simple ou triple se quintuple. Les transepts parfois absents, sont quelquefois doublés, présentant la forme d’une croix de Lorraine quand ils sont inégaux de longueur, et d’une croix archiépiscopale quand ils sont égaux; mais c’est surtout l’adjonction du déam-

national. D’autre part les trois règnes de Louis VI dit le Gros, un des plus grands de France, de Louis le Jeune et de Philippe- Auguste, qui remplissent ce siècle, furent trèsfavorablesàl’art. Grands bâtisseurs eux - mêmes , ils rivalisaient de richesse avec les monastères. La prospérité des corporations et la rivalité jeune et active des communes incitaient ces nouvelles puissances à se surpasser, à l’envi, en magni-

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bulatoire qui produisit les plus heureux changements par les chapelles absidiales rayonnantes autour du rond-point de l’abside, et dont le nombre varie selon l’importance de l’église. Le triforium, primitivement simple effet décoratif, devient par son importance un lieu de réunion et, avec la claire-voie remplaçant les petites fenêtres primitives, donne à la grande nef, en

même temps que la lumière, une perspective grandiose et riche.

Parfois le plan est circulaire et produit une rotonde naturellement voûtée en coupole souvent octogone, comme à Aix-la-Chapelle dont l’église d’Ottomerscheim305 306 (Alsace) est une imitation. Cette forme était connue des Romains, qui l’avaient adoptée pour le temple de Vesta et plus tard pour le Panthéon. Pour les chrétiens elle était consacrée par le Saint-Sépulcre à Jérusalem; aussi

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fut-elle au moyen âge imitée par un grand nombre de temples dont peu nous sont parvenus. Saint-Germainl’Auxerrois fut d’abord une rotonde. Ees coupoles qui les couronnaient furent la cause ordinaire de leur ruine : en pierres, elles s’écroulaient, en charpente comme au type Ierosolimitain elles étaient dévorées par le feu. Quelques temples de ce type ont dû à leur petite dimension leur conservation : le Saint-Sépulcre de Neuvy (Cher), xiie et xme siècles; Saint-Bonnet-la-Rivière

Fio. 307. — Église circulaire de Tanleff. intérieur.

(Corrèze), dont la rotonde de dix mètres de diamètre est couverte en charpente ainsi que le baè-côté circulaire; deux arcades romaines supportent la rotonde intérieure de 10 mètres de diamètre, comme la précédente; les ruines de l’église de Ranleff307 (Côtes-du- Nord), xne siècle, et Sainte- Croix de Quimperlé, reconstruite sur les données antérieures.

On peut encore citer comme monuments curieux de ce type, la petite église de Rieux-Mérinville (près Carcassonne), xne siècle, dont le plan circulaire, divisé en quatorze pans enveloppe sept arcades formant le centre de l’édifice. Elles supportent une coupole hep-

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tagone, contrebutée par les voûtes en demi-berceau du bas-côté circulaire, dipositions qui se retrouvent dans

Fig. 308. — Plan du Bap-

tistère d’Asti. Fig. 309. — Baptistère d’Asti, coupe.

le baptistère d’Asti308 309, et de Bergame 310 311 312 (Italie) et l’église du Saint-Sépulcre de Cambridge, du même temps, mais d’aspect lourd et trapu, traduction gauche, maladroite, de l’architecture normande; sa coupole est octogonale. Ce parti de la croix

Fig. 310. — Plan du Baptistère de Bergame.

Fig. 31 1. — • Baptistère de Bergame (Italie), coupe longitudinale.

grecque ou byzantine se rencontre aussi dans le plan d’un nombre, plus restreint d’édifices. C’est celui de Saint-Front de Périgueux unique en France, appliqué aux grands édifices; mais il se trouve plus sou-

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vent être celui de chapelles ou baptistères (1) de petite dimension, où il présente le dessin d’une feuille de trèfle, c’est-à-dire arrondi aux quatre branches; les types les plus anciens sont en Italie, à Novare et à Biella. En France, les plus beaux spécimens sont les chapelles de Saint-Germain, à Ouerqueville, près Cherbourg et de Sainte-Croix deMontmajour313, près d’Arles,

dont la petite coupole de forme ogivale est curieuse; ils sont antérieurs au xne siècle.

Saint-Front de Périgueux314 315 316, détruit en 1120, dont la construction par conséquent, ou plutôt la reconstruction n’est pas antérieure, quoiqu’on en ait prétendu, au XIIe siècle, paraît avoir exercé une grande influence sur l’architecture de l’Aquitaine, dont les églises à coupoles sont si nombreuses. Files présentent un mélan-

(1) On sait que les baptistères, selon l’usage des premiers temps du christianisme, restèrent longtemps séparés des églises et constituèrent jusqu’au xue siècle, en Italie, des édifices isolés; en France ces constructions sont primitives.

Fig. 312. — Baptistère de Bergame.

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ge de byzantinisme et de roman et souvent elles ne diffèrent des églises latines que par leurs petites coupoles remplaçant les voûtes en berceau ou d’arêtes, et non apparentes à l’extérieur. Ces coupoles sont élevées sur une tour carrée supportée par les quatre piliers carrés et n’ont pas la forme circulaire, à l’exception de Saint- Hilaire de Poitiers et de rares exemples dont les coupoles sont sur plan

circulaire. Ce mode de voûtement fut l’obstacle où s’attardèrent les architectes aquitains, lorsque éclata le triomphe de la voûte gothique et de l’architecture qui en fut la conséquence; ils n’étaient pas parvenus encore à doter la coupole sur pendentifs de toutes les qualités et développements dont elle était susceptible. Le double problème de voûtement des grands espaces, posé fi°. j 14. nan^de haint-Front différemment par le Nord

et le Midi, avec tant de passion, fut définitivement résolu par l’école de l’Ile-

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