‹ Athènes antiqueChapitre 6 sur 18 · LE PARTHÉNON · texte numérisé non relu

LE PARTHÉNON

Un autre choc me fut pourtant donné le même jour, lorsque, ayant achevé le tour de ma colonne, j'aperçus au delà d'une colonnade nouvelle la sombre masse du Parthénon.

Un long désert de pierres blanches, de marbres, de maigres buissons, courait devant le temple, par terrassements inégaux. Mais l'imagination dévorait cet espace. Le mur géant, labouré de vastes blessures, découvrait, ramassée, et concentrée en lui, une incalculable vigueur, comme un fauve puissant qui va bondir et s'imposer. En approchant mieux, on retrouve cette idée de libre élégance qui devait s'élever, à première vue, de l'édifice entier. L'effet de sa mutilation en aura mis à nu la force. Ce que nous démasquent

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ces ruines, c'est une énergie héroïque, dont on est tour à tour exalté et vaincu.

La table du roc solitaire qui supporte le Parthénon, l'Erechtheion, et, frêle cabane de marbre, le temple de la Victoire, semble tout d'abord parsemée d'une infinité d'ossements polis et brillants au soleil. On songe ensuite, tant la lumière est joyeuse, au vaste chantier d'un sculpteur. Mais c'est la première impression qui est la juste. Ces quartiers que Ton foule sont les membres du corps inanimé de l'ancienne Athènes. Tambour à tambour, tranche à tranche, au milieu des herbes flétries qui ne les ont pas recouverts, les styles couchés sur le sol font de véritables dépouilles et les mânes qui volent dans l'air au-dessus d'eux nous professent la mélancolie de tant de travaux. Seules de nobles mains, d'aristocratiques mains d'hommes libres, y avaient été employées. La volonté de Périclès avait banni l'esclave de ces entreprises publiques. Les meilleurs ont ici imprimé le meilleur d'eux-mêmes. Ce n'a pas été éternel.

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Un vain sentiment de piété défend leurs restes. Il suffirait que cette piété faiblît, qu'une foi analogue à celle des iconoclastes nous ftk prèchée comme on prêche en Russie la mutilation de soi-même et en Norvège la dislocation des sociétés, il suffirait qu'une série de grandes guerres ou d'autres fléaux, nous rendant attentifs à des soins plus impérieux, autorisât seulement quelque négligence : la terre avide, la mer profonde, la férocité des enfants, l'ignorance des hommes, le ciel pluvieux et torride, auraient vite fait de reprendre et de liquider ce trésor.

11 est vrai que le Parthénon, ayant vécu, n'a aucun besoin de personne, et c'est nous qui avons besoin du Parthénon pour développer notre vie. Ce qui en reste est souriant. Et l'on pourrait abattre encore ou profaner, réduire le fronton ouest au même triste état que l'oriental, brover ou renverser les dernières colonnes, décrocher les derniers vestiges de la frise : tant qu'il subsistera seulement de quoi inférer une conception de l'ensemble, l'càme de la Vierge éponyme s'y fera sentir dans sa force.

J'ai peine à comprendre qu'on ait méconnu cette force. Des écrivains de notre siècle qui ont visité

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