THE .V E S A .Y Tin UE
Athènes, je n'en trouve pas un qui Tait remarquée. Lamartine, sublime aveugle, arrêté là-bas, dans la plaine, s'éprit du temple de Jupiter Olvmpien parce que le péristyle en est élevé, riche et ainsi digne de Balbek ; malgré les adieux au « gothique » que le Parthénon lui inspire, il en emporta des idées de faiblesse et d'exiguïté. Renan a fait la même faute, et tout ce qu'il a dit et chanté de beau sur Athènes en devient assez irritant. Dans Saint Paul, une jolie page sur Tàme grecque est empoisonnée de dédain. 11 revient à plaisir sur le caractère aimable et fm, mais, ajoute-t-il, sans portée comme sans grandeur, de l'atticisme : petits plaisirs, petite poésie et petites gens. Lorsque Joseph de Maistre, faisant une revue grondeuse des dons intellectuels de la Grèce, néglige en passant d'y mentionner Aristote, le lecteur entend bien que son auteur s'amuse ; il s'amuse donc de ce jeu. L'on aimerait trouver chez Renan le même sourire. Mais on voit bien qu'ici Renan est loin de plaisanter. Où Maistre raille, Renan marque un sérieux extrême. Ainsi, je ne le puis écrire sans tristesse, apparaît une des larges plaies que le romantisme, l'Allemagne et son christianisme avaient ouvertes dans cette délicate pensée.
Jî.rlrait de VOunrage :
Ma.iiiiie Colligiion : Le P Ch. Egijimaiin, Édile
Extrait de l'Ouvrage :
Maxime Collignon : Le PARTi Ch. liggimann, Éditeur, P
A T H EN ES A N TKjUE
Ceux qui ont écrit VOrganon, bâti ce Parthénon, inventé l'ordre des sciences et conduit tous les arts au degré de la perfection, ces petites gens de la Grèce ne m'ont pas permis de lire jusqu'à la fin la fameuse Prière d'Ernest Renan, que j'avais emportée un jour sur l'Acropole. — Ce rythme, me disaient leurs ombres, ce rythme chanteur est de nous. Bien que d'une cadence outrée, retiens-le si tu veux et rappelle-toi de chasser les paroles quil accompagne : non qu'elles soient toutes mauvaises, mais les meilleures sont corrompues par le voisinage...
Et en eiïet. On ne dit pas : « Il y a un lieu oh la perfection existe, il ny en a pas deux, cest celui-là », pour objecter un peu plus loin au génie de ce lieu unique « qu'il y a de la poésie dans le Strymon glacé et dans l'ivresse du Thrace ». Que pouvons-nous avoir affaire d'une chansonnette gothique dans le lieu de la perfection ? On ne redit pas devant une déesse, à quatre reprises, « toi seule » (seule jeune, seule pure, seule sainte et seule forte), pour lui souhaiter, en adieu, une tête plus « large » avec les moyens d'embrasser < divers genres de beauté ». Ou les mots sont de simples souffles et ne présentent aucun sens, ou
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Ton ne peut écrire : <.< Quand je vis F Acropole, j'eus la révélation du divin», si Ton doit conclure, à propos des « plâtras » de Byzance, qu'ils produisent également, à leur mode, un « effet divin ». Renan ajoute : « Si ta cella devait être assez large pour contenir une foule, elle croulerait aussi. » Assurément. Mais quel est ce besoin d'y loger une foule .^ Et pourquoi la loger dans un bel édifice dont le rapport avec la multitude consistait à en être vénéré du dehors ?
Devant la face orientale du Parthénon, au point où la théorie des Panathénées devait aboutir après avoir développé tous ses anneaux, se voient les ruines d'un bâtiment circulaire que Rome avait eu l'impudence de se dédier en ce lieu. Jetés au ras du sol d'un coup de justice divine, les décombres du temple de la déesse Rome étaient le siège favori d'où j'aimais à me pénétrer des vigueurs, des fiertés et de la destinée éternelle du Parthénon. De quelque côté qu'on l'observe, ce modèle architectonique sort de la terre d'un mouvement impérieux et définitif; là même où les gens du métier signalent une imperfection, elle n'atténue point, j'ose dire qu'elle souligne le caractère de la force et de la fermeté.
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Je ne sais à quoi peuvent servir ici le mot de petitesse et celui cfétroitesse. Encore un coup, nous ne sommes pas devant une église, mais devant un autel et un tabernacle ; il sert de musée, de trésor ou de magasin, non d'abri aux fidèles. Ceux-ci se contentent de Tentourer. Seules doivent y pénétrer des personnes choisies. Dans ce reposoir en plein air, séjour des dieux, mais non oratoire des hommes, sorte de construction qui, par le fini du détail et les justes mesures de son élévation, procédait quelque peu de la statuaire, on saisit comment l'art athénien, l'art grec tout entier, développe sa plénitude. Il comble les promesses de son goût et de son génie.
11 eut pu faire un autre effort. Le Grec n'était pas incapable de bcàtir un immense hangar de marbre et de donner ainsi ce que les amateurs modernes appellent une sensation de grandiose. On entrevoit à Eleusis ce qu'il a fait, par une succession d'agrandissements, en vue de recevoir des milliers de pèlerins. Un tremblement de terre a rasé le temple-colosse d'Eleusis. Mais je crois que l'âge eût suffi. Un bâtiment qui doit servir à de nombreux et pressants usages n'a pas besoin d'être une construction ache-
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vée ni inébranlable. L'immédiatement utile n'a qu'une heure, car l'utile change sans cesse et c'est à quoi ont été pipés nos Romains. Leurs constructions d'utilité économique peuvent subsister, il est rare qu'elles rendent de grands services. Ces aqueducs où Teau a cessé de couler, ces grandes voies impraticables donnent un sentiment de puissance, mais illusoire et presque ridicule. Voici une puissance, et elle ne peut plus ! une utilité, inutile ! Que vaut la chose dont le prix est de servir, du moment qu'elle ne sert plus.^
Avec un sens exquis des rapports et des convenances, c'est pour leurs monuments religieux, les mieux soustraits aux vicissitudes mortelles, que les Grecs réservèrent le privilège d'une solidité à toute épreuve. Ainsi en décida leur sagesse à son meilleur temps.