ATHÈNES
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Le 29 mai 1453, le coup qui renversa sur les murs de Constantinople le dernier des Paléologues alla frapper au cœur le dernier duc d’Athènes. Byzance, en tombant au pouvoir des infidèles, entrainait sous leur domination la Grèce tout entière. Cependant quatre siècles de luttes gigantesques et de continuels désastres n'avaient point épuisé l’esprit religieux et l'ardeur chevaleresque des croisades, les ordres militaires étaient debout pour les
continuer, Rome à l'œuvre sans relâche * pour les
1 Le premier feuillet imprimé à Mayence avec date certaine, dans toutes les conditions d’une invention pratique, est une lettre d’indulgence accordée par le pape Nicolas V à ceux qui contribueront de leurs offrandes aux dépenses de la guerre contre le Turc. Des appels contre les infidèles,
encourager, et tout croisé trouvait encore à Venise des flottes prêtes à renouveler des guerres incessantes.
La délivrance du tombeau de Notre-Seisneur était toujours le but de ces généreux efforts; le Turc restait l'ennemi commun, mais le théâtre de la guerre s'était chaque année rétréci davantage, et après la prise de Constantinople il était circonscrit dans les mers de la Grèce, dans ses îles, dans la Morée, l’Attique et l'Eubée. D'européenne la lutte devint vénitienne, la religion et le fanatisme firent place à d'autres intérêts, la physionomie de la ouerre changea. Si les Vénitiens prétaient un concours persévérant aux chrétiens armés contre le croissant, si les Turcs luttaient avec ténacité pour enlever à l'Europe ses derniers établissements en
Orient, c’est que la question etait pour les uns une
question de vie, il s'agissait du maintien de leur
d’autres lettres d’indulgence pour la défense de Rhodes et des établissements chrétiens de l'Orient, furent répandus à profusion au moyen de ce nouveau procédé multiplicateur. (Voyez mes recherches sur imprimerie.) Rattacher à lhistoire de la Grèce, le pays de la liberté, à l’histoire d'Athènes, la ville où les œuvres de l’imagination furent le plus en honneur, ce perfectionnement définitif de linvention hollandaise, cette machine de guerre de l'indépendance, cette porte ouverte à toutes les intelligences, ce ne serait ni hors de propos, ni dépourvu d’attrait, mais je tends à rétrécir mon
cadre, qui s’est déjà trop élargi.
1456. MOHAMMED II S EMPARE D'ATHÈNES. 3 commerce; pour les autres une question de vie aussi , il s'agissait de leur existence en Europe.
Trois années seulement après la prise de Constantinople , l’Attique et le Péloponèse se débattaient dans une triste agonie. Les ducs d'Athènes et les despotes de la Morée s'étaient maintenus dès l’abord avec la valeur guerrière de leur origine française, mais dans les derniers temps, devenus Italiens, ils luttérent contre la domination envahissante des Turcs en faisant assaut de bassesse : ils allérent jusqu'à reconnaitre la souveraineté de la Porte, jusqu'à envoyer leurs filles dans le harem du sultan, jusqu à livrer leurs fils à des faveurs plus dépradantes encore !.
Ce grand nom d'Athènes, le bouclier protecteur de la Grèce pendant cinq cents ans, n'avait plus assez de puissance pour relever le moral de ces ducs francs. C'était encore un joyau dont on se pare, ce n'était plus un piédestal qui grandit ou une arme qui protége. Rien ne pouvait arrêter une décadence qui s'achevait, comme celle de Rome et de Constantinople, dans le sang et dans la boue. En 1456, le sultan Mohammed IT mit fin à cette
agonie en donnant à Omar, son lieutenant, l’ordre
1 Voyez un passage très-explicite de Chalcondylas, natif d'Athènes, et l'historien de cette ville, liv. IX. 1 donne les honteuses raisons de la protection accordée à Franco Accia-
joli par le sultan Mohammed I,
de prendre possession d'Athènes, et la ville de Mi-
nerve devint musulmane sans coup férir, sans que
l'Europe eût une larme ou seulement une pensée
pour cette dure nécessité.
La transition avait été bien préparée. Les ducs
d'Athènes étaient devenus de vrais Orientaux, je
dirais presque de bons musulmans. Les Turcs se
montrèrent bénins oppresseurs et passables appré-
ciateurs des chefs-d’œuvre de l’art !. Ils étaient d’ail-
leurs pleins de ménagements pour les personnes,
our le culte, pour les monuments. s'agissait | | te, l ts. Il s'ag
bien moins d'une invasion que d'une conquête à
l'amiable. Les meilleures preuves de cette tolérance,
c'est la liberté et la vie laissées au dernier duc, c’est
le maintien du culte chrétien dans le plus magni-
fique de ses temples, le Parthénon. En 1459, Mo-
hammed II rendit visite à cette nouvelle province
de son empire et à la ville des sages. Il s’écria dans
son admiration devant les beaux monuments du
génie grec : Combien la religion et l'empire ne doi-
vent-ils pas de reconnaissance au fils de Turachan, 2 |
qui leur a conquis ces trésors Cette tendresse
1 Les Turcs, dit M. Beulé, dans leur pieuse aversion pour
les images, n'avaient mutilé que celles qu'ils pouvaient atteindre
(t. I, p. 62). C'est une erreur. J'ai prouvé plus haut (voyez
mon ouvrage sur le Parthénon) que les mutilations auxquelles
l’auteur fait allusion étaient l’œuvre des premiers chrétiens.
? Chalcondylas, liv. IX, p. 142.
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