LE PARTHÉNON CHANGÉ EN MOSQUÉE
subite pour la ville de Minerve et ses restes gran-
dioses porta malheur à cet ignoble Franco Accia-
Joli, qui relevait la tête, pratiquait de sourdes menées et faisait mine de revendiquer son indépendance. Le sultan y mit bon ordre. Saganos, son beglerbep, fut chargé de l'étrangler en ne lui laissant que l'honneur d'avoir été le dernier duc d'Athènes.
Si l'Europe s'aperçut à peine de ce changement de domination, les monuments d'Athènes ne s’en ressentirent guère davantage. D'église qu'il était, le Parthénon devint mosquée, après que la révolte suscitée par Acciajoli eut été apaisée : l’orientation nouvelle que les chrétiens lui avaient fait subir convenait à peu de chose près au culte du Coran, il suffit, pour rendre complète la transformation de ce monument, d'en couvrir les murailles d’un badigeon qui cachät les belles peintures
chrétiennes !, et de construire un escalier dans le
* J'ai parlé plus haut de ces admirables fresques (voir l’ouvrage sur le Parthénon). Spon ne se doutait pas que ce badigeon eût eu pour motif de cacher des figures de saints : Les Turcs, par une stupidité incroyable, l'ont tout blanchy (le Parthénon) par dedans, quoy qu'il fût infiniment plus beau que le marbre parüt. — On voit encore a la voûte une représentation de la sainte Vierge qu'on a laissée parce qu'on dit qu'un Turc y ayant un jour tiré un coup de mousquet, la main de ce profane sécha. (Spon, IT, 121. Wheler, 364.) Ces traditions grecques sur la vengeance exercée par les images saintes sont bien anciennes, ces superstitions se renouvellent chaque jour ; en
voici un exemple moins ancien et plus gracieux, il s’agit du
coin du sud-ouest de l'ancien opisthodome pour conduire au minaret, qui se dressa avec sa galerie au-dessus de lentablement; c'est de là que le muezzin appela des lors, et a pu appeler pendant quatre cents ans, les fidèles musulmans à la prière. En même temps l'Érechthéion, de palais ducal, devint le harem du gouverneur, et les Propylées, déjà encombrées de fortifications, se hérissèrent encore de bastions et de tours, pour résister à la nouvelle tactique militaire qu'enfantait l'invention de la poudre et son application à l'artillerie. D'ailleurs pas une mutilation sans motif, pas un acte de vandalisme religieux; ce fut une appropriation opérée sans facon, il est vrai, et sans gêne, mais suivant les be-
soins et jamais sans nécessité.
temple de Jupiter Olympien et d’une colonne qui se tenait debout et isolée à l'extrémité occidentale. Le voivode d’Athènes la fit tomber pour lemployer en guise de matériaux de construction : The Pasha of Egripos inflicted upon the Voivode a fine of seventeen purses (8,500 turkish piastres) for having destroyed those venerable remains. The Athenians relate, that, after this column was thrown down , the three others nearest to it were heard at night to lament the loss of their sister! and these nocturnal lamentations did not cease to terrify the inhabitants, till the sacrilegious Voivode, who had been appointe qovernor of Zetoun, was destroyed by poison. (Dodwell, Tour through Greece, t. 1, p. 390.) L’enlèvement de lune des cariatides donna lieu, de nos jours, à des inventions du
même genre qui répondent au sentiment poétique et à l'amour
du merveilleux toujours inépuisable en Grèce.