‹ Athènes aux XVe, XVIe et XVIIe sièclesChapitre 24 sur 89 · ALBUM DE SAN GALLO · texte numérisé non relu

ALBUM DE SAN GALLO

types du beau dans les arts? Non. C'était tout simplement une fantaisie et une rencontre. San Gallo, le père et l’aïeul des grands architectes de ce nom, luimême architecte, et qui signalait à ses enfants, à l’au-

Trois feuillets, les 28, 29 et 32, offrent les monuments de la Grèce. Sur le 28° on voit une vue de la façade occidentale ou posticum du Parthénon. L'ordre ionique est changé en un composite bâtard , les colonnes d’angles sont devenues des pilastres, et les figures du fronton ne sont reconnaissables qu'avec le secours des dessins de Carrey. La légende süivante accompagne le dessin : « Athenarum civitas per quam » ingentia mœnia undique conlapsa conspiciuntur : ac intus » et extra per agros incredibilia ex marmore ædificia do- » mosque et sacra delubra divisasque rerum imagines : mira » quadam fabrefactoris arte conspicuas : atque columnas im- » manes : sed omnia magnis undique convulsa ruinis : et » quod magis adnotandum : in summa civitatis arce ingens » et mirabile Palladis divæ marmoreum templum : divum » quippe opus ex Phidia : quod LVIIT sublimæ columnis » magnitudinis p. VII diametrum habentibus ornatissimum » undique nobilissimis imaginibus in utriusque frontibus » atque parietibus in summis listis et epistiliis : mira fabre- » cultoris arte conspicitur. » Quelques tentatives pour représenter les métopes et la frise ont abouti à de pauvres indications sans utilité, Je ne parlerai pas des monuments d’Athènes, tels que la tour des Vents, le monument de Philopappos etc., qui occupent le 29° feuillet, et le port du Pirée, représenté au verso, il n’y a pas grand profit à en tirer; quant au 32° feuillet, sur lequel est figuré le plan d’un temple rond, consacré à Apollon, peut-être le temple consacré à Auguste dont on a découvert les fragments circulaires

sur l’Acropole, il n’est curieux que par la rubrique que je cite dans la note suivante.

rore de la renaissance, la voie des bonnes doctrines et des vrais types de l'art; San Gallo, dis-je, avait rencontré en Italie un Grec’ qui arrivait de son pays avec des dessins des principaux monuments de la Grece. Il obtint la permission de les copier, et, sans mieux s'assurer de leur fidélité, il réunit ces représentations mensongères et bouffonnes à des études sérieuses sur les monuments de l'Italie; et ce recueil acquit par là dans ces derniers temps une valeur,

une célébrité au moins, qu'il ne méritait pas *.

1 Voici la rubrique écrite en marge sur la vue d’un temple

d’Apollon, qui est peut-être le temple circulaire consacré à Auguste sur l’Acropole : « Questo è un tempio d’Apolo in » Atene per disegnio d’uno Grecho mi dete in Anchora. » Ce prétendu Grec n’aurait-il pas arrangé quelque dessin de Cyriaque d’Ancône? Il y a là une obscurité à dissiper. M. le professeur Ross l’a tenté, mais il n’a réussi qu'imparfaitement.

? En passant à Rome, et sur le point de partir pour la Grèce, Spon trouva, ou on lui communiqua, le manuscrit de Giamberti. Voici ce qu’il en dit à propos de la tour des Vents : « Je me souviens d’avoir vu le dessein de cette Tour » dans un manuscrit en vélin , de l’année 1465, fait par un » certain Francesco Giambetti, architecte. — Ce manuscrit » est dans la bibliothèque Barberini, à Rome, et il y a de- » dans quelques autres desseins des antiquités de la Grèce. — » J’estime ce manuscrit d'autant pluscurieux, que les desseins » en ont été tirés avant que les Tures se fussent rendus

» maîtres de la Grèce et eussent ruiné plusieurs beaux mo-

numents qui étoient alors dans leur entier. » (Edit. d’Amst.,

1679 ,t. 1, p. 137.) Cornelio Magni s'exprime de la méme

64. LES VÉNITIENS PILLENT ATHÈNES. 39 Le temps n'était pas à des études sérieuses et

t anquilles. Les fléaux de la suerre vinrent se join-

manière, sans avoir vu le manuscrit et probablement d’après l'ouvrage de Spon. Winckelmann, ainsi averti par les voyageurs, consulta ce manuscrit. I le cite trois fois, et donne son titre de la manière suivante, p. 535 : « Questo libro è di Giu- » liano Francesco Giamberti, architetto, nuovamente da San » Gallo chiamato, con molti disegni misurati e tratti dallo » antico, cominciato À. D. N.S. MCCCCLXV. in Roma. » Lorsque je commençcai mon ouvrage sur le Parthénon, j'eus l’idée de publier en fac-simile les dessins de San Gallo qui se rapportent à la Grèce; j’écrivis à Rome à M. Albert de Launay pour savoir s’il serait possible d’en faire faire une copie exacte. Il me répondit, le 27 juin 1844: « Je sors de la bibliothèque » Barberini, où j'ai examiné le manuscrit de Giamberti, Ce » n’est qu'une collection de plans et de tracés à la plume des » principaux monuments de lPitalie, au milieu desquels se » trouvent trois feuillets contenant des tracés d’édifices » d’Athénes et d’autres villes de la Grèce, Ces derniers n’ont » pas comme les premiers le caractère de l'originalité, et, pour » peu qu'on connaisse les monuments, on voit qu’ils n'ont pas » davantage le mérite de la fidélité. I n°y aurait qu’un archi- » tecte qui püt entreprendre la copie de ces dessins, d'autant » plus que le prince Barberini ne permettrait pas d’en faire des » calques. » J’ajournai alors ce projet en méme temps que je suspendis la publication de mon ouvrage sur le Parthénon. En composant ces deux volumes, je pensai de nouveau à mettre sous les yeux des archéologues une copie exacte de ces dessins si souvent cités. Je m’adressai à des amis qui allaient en Italie; mais, soit négligence de leur part, soit difficultés créces par le bibliothécaire, ils ne me rapportèrent de Rome que des excuses. Alors seulement je songeai que nous avions

à la Villa Médicis des compatriotes artistes, et que J'avais pour

dre aux autres fléaux qui écrasalent la Grece. Venise, pour défendre ses intérèts, avait pris en main ceux de la chrétienté, et, depuis la Dalmatie jusqu'à Scutari, elle faisait échec à l’envahissement des Turcs. Dans cette lutte acharnée, Athènes n'eut qu'une petite place. Sa grandeur et son importance sont dans nos souvenirs et dans son histoire, elle disparaîit au milieu du grand courant des invasions mu-

sulmanes dans les établissements chrétiens. Ce n’était,

mon compte, dans leur directeur, un ami trop serviable à tous pour ne pas me l'être un peu. J’écrivis à M. Schnetz, qui, en effet, avec l’aide de M. Lebouteux, architecte pensionnaire, et l'appui de M. de Rayneval, notre ambassadeur, fit faire et m'envoya le fac-simile qu’en trouve en regard de la page 34, Bien que M. Lebouteux me prie de remarquer que c’estun peu à la dérobéeet malgré la défense du bibliothécaire, gardien scrupuleux des richesses du prince Barberini, qu'il a calqué les légendes, j'ai respecté leur incorrection, n’ayant pas l'original sous les veux pour motiver des changements. — Un mot sur le temple de Minerve. Évidemment cette vue du Parthénon a été arrangée, à Rome, en vue du Panthéon, d’après des croquis pris sur place. A l’arrangeur, un grand maladroit, appartient la disposition de l'architecture, aux croquis originaux la composition du fronton, qui fournit de précieuses indications, telles, par exemple, que les restes de l'olivier aux pieds du Neptune et les figures étendues qu'on aperçoit entre les jambes des chevaux, au lieu d'un nuage de poussière, comme dans le dessin des ingénieurs (voyez p. 132), et d’une masse d'objets ronds, comme dans le dessin de Carrey. Quant aux métopes, si singulièrement placées, quant aux morceaux de la frise relégués en bas et

dans lesquels on reconnait les dieux assis, je n’en dis rien ici.

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