SPON PUBLIE LA RELATION DU P. BABIN
format in-12. Il \ ajouta une vue d'Athènes et plu-
sieurs inscriptions que Vaillant lui avait communiquées. Je reproduis la vue. Pour la première fois, on donnait au public une vue d'Athènes, je ne dirai pas dessinée d’après nature , mais arrangée par quelque artiste d'après un croquis fait rapidement sur les lieux. La grande mosquée, Parthénon fantastique, les Propylées, bastions des châteaux forts de nos contrées, les colonnes choragiques, le théâtre d'Hérode Atticus, intitulé lAréopage, le portique d'Hadrien et le temple de Jupiter Olympien, baptisé du titre de palais d'Hadrien, tous ces monuments, la ville elle-même et les mouvements du terrain ne sont ni l'exactitude rigoureuse, ni la ressemblance frappante, mais c'est un à peu près de vérité qui à son utilité. Dans la pénurie où nous sommes, des renseignements aussi imparfaits fournissent parfois des lumières dans l'étude de la topographie d'Athènes, et nous pouvons dire que Spon a été bien inspiré en publiant cette vue. I fit plus, il prit goût à ces antiquités. On doit considérer cette relation et peut-être les renseisnements fournis par l'abbé Pécoil sur la facilité des voyages dans l’Archipel, en temps de paix et sous la protection de notre ambassadeur, M. de Nointel, comme le vrai point de départ des études archéologiques du docteur de Lyon, et comme la cause première
de son désir de voyager en Grèce. Les notes aJou-
tées à la relation du Père jésuite se ressentent de l’inexpérience de l'éditeur, bien qu'elles annoncent déjà, par le redressement de plusieurs traditions locales, comme celle du tombeau de Socrate, par exemple, dûment corrigée en horloge d’Andronikos, une critique qui devait se montrer plus tard remarquablement sagace pour le temps.
1, sans sortir de son
Sans connaître cette relation cabinet, un homme d'esprit voulut à cette même époque écrire un voyage à Athènes. Ce n’était point une tête romanesque. Pour que pareille idée la traversât , il fallait que les éléments sérieux d'une description de cette ville célèbre fussent enfin parvenus au monde érudit, et en effet, en même temps que le Père Babin adressait sa relation à Lyon, les capucins faisaient parvenir de semblables documents à Paris,
ils y envoyaient une copie de leur plan général
d'Athènes, et, ce qui valait mieux, quelque frère
# On lit à la fin de la relation de Babin la permission d'imprimer donnée à Pascal, & Lyon le 11. Aoust 1674, et on trouve, après la préface d’Athènes ancienne et nouvelle, 1° le privilége donné à S. Germain le 13° jour de décembre 1674 et cette note: Achevé d'imprimer pour la première fois le 15 janvier 1675. Il résulte de ces dates que l'ouvrage de Guillet de Saint-Georges était terminé et sous presse lorsque la relation de Babin et les notes de Spon paraissaient à Lyon. Ces deux ouvrages ne se doivent donc rien lun à l’autre, si ce n'est ce qu'ils ont de commun, dans leur origine première, au
couvent des capucins et à la maison des Jésuites d'Athènes.
instruit qui, en rentrant en France, se trouvait être en état de répondre aux questions. Tout cela, j'ienore par quelles voies, fut mis à la disposition
de Guillet de Saint-Georges ", et il entreprit, avec
! Je tiendrai toujours à honneur d’avoir rendu à lérudition en général et à la topographie d’Athènes en particulier, un ouvrage utile. En dégageant d'Athènes ancienne et moderne ce qui n'appartient pas aux missionnaires, J'offre à l'étude une relation originale, écrite sur les lieux et qui se rapporte au premier plan de cette ville dessiné d’après nature. J'ai fait avec beaucoup d'attention ce nettoyage. Dans le texte J'ai pris tout ce qui m'a paru extrait des mémoires fournis par les capucins. Pour le plan J'ai reproduit trait pour trait sa gra vure, et je me réserve d'indiquer plus loin en quoi il diffère du plan original des capucins qu’on a vu précédemment (p. 78),
« Je partis sur la fin de février, en 1669 (p. 3 de la première édition). Nous rendimes le bord à Portolione (23 avnil) qu'il n’estoit pas encore une heure après midy (p. 120). Tout ce qu'on voit au Pyrée, c’est un fort beau lyon de marbre, qui donne le nom à ce fameux port. Le lyon presente la gueule ouverte du côté de la mer. Il est representé comme r'UEISsant et prest à s'élancer sur les vaisseaux qui y mouüillent (p.125). Après avoir esté quelque temps à nous promener,nous montames sur des chevaux qu’on nous avait fait venir d’Athenes. Des que nous eumes fait quelques pas au Nord-est, le magnifique Temple de Minerve, qui est dans le Château et qui paroit beaucoup au-dessus des murs, fut le premier objet qui nous frappa la veuë (p. 128).
» Les ruines des murs que nous costoyions s’appelloient au-
trefois les Longues Murailles, et 11 y avoit deux murs de ce
nom là (p. 129). A moitié chemin d’Athenes , on trouve un
grand puits environné d’oliviers, qui rendent le lieu fort agreable (p. 130).
ces ressources , s'aidant en outre des auteurs clas-
siques, d'écrire une description d'Athènes d'après
» Nous voicy donc maintenant arrivez à Athenes, qui avoit esté l'objet de nôtre Voyage (p. 131). La ville est peuplée de quinze à seize mille personnes, dont les Turcs font bien mille ou douze cens (p. 152).
» Le matin du Mardy, 23 Avril, le premier de nos soins fut de nous asseurer contre les insultes du pays. — Nous nous mimes en chemin pour aller saluer le Disdar dans le Chasteau , où la curiosité nous attiroit encore plus que le devoir. Quand des Voyageurs et mesme les Grecs de la ville veulent venir au Chasteau, il faut aveu du Disdar. La montagne (où est situé le château) est fort escarpée du costé de la Ville, et comme nous commencions à prendre le tour qu'il faut faire pour gagner l'avenuë du Chasteau, nous vismes sur la hauteur du Roc une Calogere ou Fille Religieuse de Saint-Basile, qui ouvroit la porte d’une Église pratiquée dans l’enfoncement de la masse du Rocher. L'église est appellée Panagia, parce qu’elle est dediée à la Vierge, et comme nous voulümes donner les premices de nostre curiosité à cette pieuse station, nous y montasines tous et la trouvasmes fort proprement entretenuë par les soins de la Calogere qui la gouverne (p. 177). Le roc escarpé qui est auprès s’appeloit Macræ Petræ. — De Panagia nous prismes le chemin qui conduit au Chasteau. Rien n’est plus celebre que ce chemin. Ce sont les ruines du Lycée, la fameuse école où Aristoteexpliquoit sa philosophie. L’esplanade en cst agréable, mais on n’y voit a’ cune marque de la Palæstre. — Sur ce terrain, on voit encore les ruines d'un Aqueduc, et nos voyageurs, par leurs dissertations topographiques, demeslerent l'endroit où estoit autrefois la fontaine Panopis, dont les eaux ont esté diverties (p. 181).
» À soixante pas de là et sur un lieu élevé, comme Herodote le marque, on voit les débris de l’Arcopage (p. 184). A la
son état présent. Les textes anciens, procédé nou-
veau , étaient rapprochés de descriptions faites sur
gauche de l’Areopage nous laissämes une colline dont la hauteur est égale à la hauteur du chasteau. Elle s'appelle aujourd’huy l'Arc de Trajan, à cause qu'on y voit le debris d'un Arc de triomphe que Trajan y fit élever. Mais les anciens
l’appelloient Museon, à cause du poëte Musée qui v venoit réciter ses ouvrages (p. 185).
» Le Disdar, qui remarquoit que nous avions toujours les yeux tournez vers le temple de Minerve, commanda qu'on nous le fist ouvrir (p. 190). Nous n'avons rien de l'Ordre Dorique qui approche de ce chef-d'œuvre. Cependant sa magnificence éclatte particulierement par dehors. Il n’est pas jusqu'aux matelots qui ne prennent vistement des lunettes de longue veuë d'aussi loin qu’ils le peuvent découvrir. Rien n’égale la beauté de son frontispice, ny celle des portiques qui sont sur les aisles, et des figures qui enrichissent cette partie exterieure. Nous lümes sur ce frontispice, avec une Joie meslée de respect, l’inscription farneuse dont on parle tant: Ayvosrés Ocw, Au Dieu inconnu. Elle n’est pas gravée sur la porte d’une petite chapelle, comme quelques-uns l'ont publié. Ces gens là ne se souvenoient plus qu'il n’y a ny chapelle, ny autel dans une mosquée (p. 191).
» Parmy les figures du dehors, on adinire particulierement un lyon de marbre (p. 192).
» L'architecture du dedans n’est pas si pompeuse que celle du dehors , mais elle est aussi reguliere. Ce n’est que depuis quelques années qu'on la peut voir distinctement et qu'on en a osté beaucoup de fatras qui l’embarassoient. Elle estoit pleine d’offrandes mahometanes. Il n’y a pas quinze ans que le Temple de Minerve estoit une des plus celebres mosquées du monde (p. 193).
» Je fus d’abord estonné de la trouver aussi sombre qu’elle
les lieux et de plans dessinés d'après nature pour
leur servir de commentaire, Si Guillet de Saint-
est, pour un bastiment d’une situation si élevée ; mais il a esté de la prudence de Pexcellent architecte Ictinus d'y faire peu d'ouvertures, et de luy donner beaucoup de solidité pour resister à la force du vent, qui ne laisse pas, pour peu qu’il trouve de passage, d'y faire assez de bruit (p. 194). Il est vray qu'a peine y estions nous entrez qu'une lueur extraordinaire nous estonna. Elle venoit de deux pierres polies et éclatantes , placées assez près lune de l’autre dans le gros mur, au fond de la mosquée (p. 195). Devant ces pierres lumineuses on voit une chaise de marbre blanc, autrefois la place de l’Archevesque, aujourd’huy celle de l'Iman quand il explique l’Alcoran, et aux deux costez de la chaise, dans le gros mur, il y a deux embrasemens ou reduicts couverts de deux tables de marbre où les Chrestiens enfermoient les ornements de lAutel, Au sortir du Temple nous vimes, à cinquante pas de là, ce puys celebre dont on a toujours parlé comme d’une des merveilles de la nature; et aujourd’huy les Atheniens le content pour une des plus curieuses raretez de leur pays. Son eau est salée et a la couleur de celle de la mer: toutes les fois que le vent du midy souffle, elle est agitée et fait un grand bruit dans le fond du puys (p. 198). Tout est plein de ruïnes du costé que logent les Janissaires, si vous en exceptez l'arsenal basty par Lycurgue, fils de Lycophron, qui paroist encore avec une magnificence et une élevation surprenante, particulierement une grande tour qui fait partie de cet edifice. Elle est un des premiers objets qui font discerner le chasteau aux navires qui entrent dans le golfe d'Engia (p. 202). Comme nous sortions du chasteau, nous connumes qu’il estoit midy, parce que les Turcs se preparoient à la priere £ouylaï qu'ils ne
font qu’à cette heure là. Un homme qu'ils appellent Mue-
Georges, en publiant son travail, avait intitulé
Description d'Athènes ancienne et moderne, d'après
zin, à cause de sa fonction, monté sur le haut de la mosquée, se mit à appeller les Mahometans à l’oraison (p. 204).
» Après le repas nous sortimes à dessein de voir le dehors de la ville qui est à l’est du Lycée et de lAreopage. Nous passames à côté de la maison de Giraud et ensuite devant celle où se retiroient les Peres Jesuites avant la persecution qu'ils ont soufferte à Athènes (p. 206). De là tournant à main droite, comme pour aller à Panagia, on trouve le temple de Jupiter, qui est d’une structure admirable, Mais comme il y en avoit autrefois cinq ou six à Athenes consacrez à ce dieu, sans parler de l’Olympien, nous ne pümes demesler lequel c’estoit. Celui-cy sert d’eglise grecque, il est à l’extremité de la rue (p. 209). Nous rentrames dans la ville par la porte qui est auprès de l’hospice des Capucins, et nous y pouvions rentrer par où bon nous sembloit; il n’y a plus que quelques pans de murailles, chacun à peu près d'une toise ou deux, attachés aux portes de la ville, qui à leur égard sont pitoyables et bien éloignées de lPancienne magnificence , excepté une seule dont je vous parleray tantost. À l'entrée de la ville, on trouve à main droite un monastère de Calogeres, dont léglise est gouvernée par un Caloger. De l’autre costé de la ruë est lhospice des Capucins, Il estoit alors fermé (p. 211). Nous fumes voir proche delà un petit edifice que les Atheniens appellent to Phanari tou Diogenis, c’est-à-dire la lanterne de Diogène, est le reservoir des eaux d’une fontaine. Les Anciens le nommoient Analogæon, parce qu'il est basty en pulpitre. Mais parce qu'il y a au-dessus une couppe faite en lanterne, le vulgaire dit aujourd’hui que c’est la lanterne de Diogene (p. 212). De là reprenant à main gauche, nous passames devant la
maison du consul de France : elle est au coin d’un carrefour ;
les auteurs anciens et les mémoires des Pères ca-
pucins, si surtout il avait nettement séparé ce qu'il
et la salle de la maison fait une saillie dans la ruë où elle est soutenuë par des colomnes. — Au-dessus de Ja maison du Consul, tirant vers le bazar, nous vimes la seconde Mosquée de la ville, C’estoit autrefois le temple de Venus Uranie, bastv par Égée et reparé par Adrien, Il estoit fameux par une statue de Venus de la facon de Phydias. Le temple de Vulcain, appellé aujourd’huy le Catholicon, qui est l'Eglise Archiepiscopale d’Athenes, n’est pas loin de là. Après cette mosquée nous allämes voir la maison des Vents que le vulgaire appelle Anemoi. C’est la tour d’Andronicus Cyrrhestes. Cette tour est bastie de marbre, en octogone, comme Vitruve l’a décrite. Cyrrhestes fit graver sur chacune de ses faces la figure du vent qui souffloit de ce costé là. Le travail des bas-reliefs en est admirable On n’y voit plus le Triton d’airain eslevé sur la couverture de l’edifice, mais on y voit encore ce que Varron y a remarqué, et ce que Vitruve n'a pas dit, huit quadrans solaires, un à chaque face de l’Octogone, Des huit, il n’y en a aujourd’huy que sept dans la ruë, l’autre est enfermé dans la maison d’un Turc, qui tient à cette face. Mais il n’y a plus d'aiguilles pour marquer les heures (p. 213). La maison du Vecchiados Panajotti Cavaliert est vis-à-vis de la maison des Vents, et le lieu celebre dont je vous ai parlé, est un peu plus haut, tirant vers le Ceramique. C’est le portique appellé Poecile ou Porticus varia (p. 215).
» Le matin du 24, avril nous allasmes entendre la messe du Pere Simon, de Compiegne, à l’hospice des Capucins, qui sont presentement en possession de la mission d'Athènes. Le Pere Simon a pris pour son hospice un edifice de marbre blanc, qui est petit, mais d’une structure delicate, Le vulgaire l'appelle indifféremment de deux noms: To Phanari tou Demosthenis et To Palati tou Demosthenis, tantost la lanterne de
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puisait dans les livres, de ce qu'il empruntait aux
relations de témoins, il était à l'abri de toute cri-
Demosthenes, tantost son palais. Le travail du Phanari et ses basses tailles sont admirables. Le Pere Simon l’achepta d'un Grec, qui le vendit cent cinquante écus, mais un moment après il fit une chicane au Père et ne lui voulut pas livrer le Phanari, disant qu'il venoit d'apprendre que par les coustumes d’Athenes un estranger ne pouvoit pas posseder une antiquité de la ville. Le Pere Simon en appella devant le cadi, qui luy en attribua la joüissance, à condition pourtant de ne point endommager le Phanari, et ordre de le montrer aux curieux qui le voudroient voir. Ce qui témoigne lestat qu'on fait encore des antiquitez à Athenes (p. 223).
» Nous laissames le bazar à main gauche et traversames la ru du Ceramique sans nous attacher à y faire des remarques. Comme nous fumes vers les dernieres maisons de la ville, du costé du temple de Thesée, qui est le chemin de PAcademie, nostre Janissaire nous proposa d'entrer chez un Grec de sa connoissance (p. 231). Notre janissaire nous estant venu rejoindre, il nous mena vers la porte de Dipilon, qui est la seule qui nous reste de l’ancienne ville. Ce sont trois portes de suitte, grandes, bien basties, curieusement travaillées et qui meritent d’estre mises au nombre des plus riches antiquitez d’Athenes (p. 249). A la main droite du Dipylon nous vimes une tres-ancienne et tres-belle muraille de marbre et un portique ruiné. C’estoit autrefois le Gymnasion de Ptolemée, roy d'Égypte (p. 250). A costé de ces ruines On voit quelques restes d’une ancienne muraille de brique, qui est celle dont Vitruve à parlé. Elle regarde, comme il a dit, le mont Hymettus, qui est proche du mont de Saint Georges. A la main gauche du chemin de PAcademie et tout proche le Dipylon, on voit l’ancien temple de Thesée,
remarquable par les festes que les anciens y solemnisoient
tique , il aurait servi utilement l'archéologie en
lui donnant un ouvrage auquel elle pouvait se
en l'honneur de ec heros (p. 251). Les princes chrestiens en firent une Eglise. Aujourd’huy sa voûte commence beaucoup à deperir et ne peut estre rétablie que par un malheur, qui scroit de le voir reduit en Mosquée. C’est parce qu'il est hors de la ville que quelques-uns de nos voyageurs ne veulent pas croire que ce soit encore celuy dont lantiquité a tant parlé, fondez sur Plutarque, qui a marqué sa situation au milieu d'Athenes. Ils ne songent pas que ce qui west pas vray aujourd'huy lestoit du temps de Plutarque, toute la face de la ville ayant changé depuis ce temps à. Il faut qu'ils n'ayent pas pris garde aux grandes demolitions qui regardent ce temple du costé de la campagne, et qu'ils ne sachent pas que par là il estoit enclavé dans trois quartiers fort peuplez, à scavoir le Hyera Siki, lAcademie et le Colonos Hippios: et il ne pouvoit pas mieux estre au milieu d’Athenes que d’estre justement entre la ville qui subsiste aujourd’huy et celle qu'ils appelloient Asty, comme qui diroit la Cité. Outre ces convictions, ses murailles et sa structure persuadent son antiquité (p. 252). Maintenant on voit auprès de ce temple un grand et beau lyon de marbre couché à terre, et representé comme s’il dormoit, à la difference de celuy de la marine et de celuy du chasteau, qui semblent estre en furie. — Nous passasmes en suitte le long des Jardinages qui sont sur les ruines du fauxbourg de l’Academie ou du Ceramique, car on luy donnoit ces deux noms (p. 254). Quand nous fusmes arrivez à ceste fameuse echole, quelle fut nostre douleur et de quelle desolation fusmes nous témoins? Ce ne sont plus que tas de grosses pierres et que débris de marbre que l'herbe cache et que les terres surmontent, Par cy par là des bouquets de figuiers , des touffes d’oliviers, des jardinages,
et des cabanes où les jardiniers logent (p. 259). Le nom
fier, et il conquérait une célébrité durable, Mais
il était trop de son temps pour agir aussi sim-— O0
d’Academie n’est presque plus connu dans Athenes, on l'appelle l’escole de Platon. Il n’est pas possible d'y fouiller six pieds de terre qu'on n’y trouve quelque précieuse antiquité, Il y a trois ou quatre ans qu'un jardinier y bêchant la terre trouva une Pallas de marbre blanc qu'il vendit deux écus à Giraud (p. 260). La butte où estoit autrefois la maison du celebre Misantrope se voit à cent pas des ruines de PAcademie, Le lieu est encore aujourd’hui tout plein de figuiers. — Et reprenant le chemin du logis, nous vimes sur la main gauche, au pied du mont de Saint Georges, des ruines qu’on appelle aujourd’huy l’'Escole de Zeon. Mais ce n’est que le tombeau de ce philosophe. Souvenez-vous de ce que j'en ay dit parlant du Poecile (p. 261).
» Le jeudy matin 25 avril, nous sortimes pour aller voir les ruines du Stadion Panathenaïcon et celles du palais d’Adrien. Proche de la porte de la ville par où l’on va à Raphti, nous admirasmes le Triclinion qui est un précieux ouvrage de l'antiquité, dont personne n’a encore parlé. C’est une grande pierre qu'on a trouvée depuis quelques années en foüillant des terres. Elle est enrichie d’un bas-relief admirable, qui represente une salle et un banquet des Anciens, d’où lui vient le mot de Triclinion, Un Grec l’a fait placer à la muraille de sa maison pour embellir la face. Au dehors de la porte de Raphti nous laissames le Palais d’Adrien à main gauche et à costé le lieu qu'ils appellent Ta Mnimouria, c'est le Cemetiere des Tures. — En allant au pont de la riviere d’Ilissus nous remarquasmes l'endroit où avoit esté le tribunal appellé Ardettos. — C’estoit là qu’il y avoit un autel consacré aux Muses surnommées Ilissiades, et l’on y montroit aussi l’endroit où Codrus, Roy d’Athenes, avoit esté tué. Proche le
pont nous vismes les ruines d'une chapelle qu'ils appellent
piement. Entrainé par la mode, qui mettait des
noms supposés aux livres et donnait une tournure
Agios Phrancos. — Le pont est soûtenu de trois arches, et au-dessous est le canal où passoit l’Illissus quand il estoit riviere, car aujourd’'huy le canal est sec; l'Hlissus a esté diverty et partagé en une infinité de rigoles qui s’'épanchent de costé et d'autre (p. 262). — Au delà du pont est le Quartier qu’on appelloit indifferemment Agra et Agræ. Il y a une petite hauteur là auprès, où sont les ruines du temple de Diane, surnommée Agrotera ou la chasseresse. — De la Colline où sont ces débris nous vismes les restes du Stadion Panathenaïcon ; elles sont encore si magnifiques qu’elles nous frappent d’estonnement. — Sa figure est une portion d’ovalle, et il semble que la nature se soit jouée pour former à plaisir une Colline qui règne aussi en portion d’ovale, comme pour borner le terrain de cette carriere. Les rangs des degrez, qui subsistent encore, sont de marbre blanc. Au pied de la colline du temple de Diane, il y a un temple de Ceres qui est entier et de marbre blanc. Cest un ouvrage aussi mignard et aussi propre qu'il y en ait au monde, Il sert d’Eglise Grecque, et l’on y voit la peinture d’un crucifix qui merite d’estre admirée. Hercules y fut autrefois initié aux petits mysteres de Ceres; car les grands mysteres estoient celebrez dans un autre temple consacré à cette deesse et appellée Eleusinion. Je vous en parleray tantost. Nous entrasmes dans celuy d’Agræ (p. 263). De là tournant à main droite nous füûmes admirer les superbes colomnes et le magnifique portail qui restent du palais d'Adrien. Le Vulpuaire l'appelle Didascalion. — Auprès de ces colomnes, on voit le Ta Mnimouria ou le Cemetiere des Turcs , et à costé il y a un temple de Junon. Ce n’est que le debris d’un plus grand, basty par Adrien, et dedié en commun à Junon et à Jupiter, surnommé Panhellenien. sert encore d’Eglise Grecque (p. 266).
romanesque à toute chose, il imagine que son
frère, le sieur de la Guilletière, né en Auvergne,
Nous finismes nostre promenade de bonne heure pour en faire après disner une plus grande, et nous la commençämes par la grand’ ruë du Ceramique ou du Bazar, qui est aujourd’huy la plus belle de la Ville. — Nostre Janissaire nous fit entrer dans le Pantheon, qui est situé sur une des aisles de cette ruë, Je le trouvay beaucoup plus superbe que la Rotonde de Rome, qui est l’ancien Pantheon basty par Agrippa. Celuy d’Athenes n’a esté édifié qu'environ six vingts ans après par l’empereur Adrien. Les Turcs en ont fait une mosquée, après avoir esté une église consacrée à la Vierge sous le nom de Panagia. Nous y admirames des Chevaux de la facon de Praxitele, qui y sont encore; Adrien les y fit placer. Ils sont de Praxitele, c’est tout vous dire. Ils commencent fort à se sentir de l’injure du temps (p. 268). La Boucherie publique separe le Bazar d’une autre grande Place que les Anciens appelloient simplement Agora (p. 270). Vis à vis de la mesme place, on voit le Catholicon, c’est ainsi que les Chrestiens appellent l'Eglise Archiepiscopale. Elle n’est guère plus grande que celle des Innocens à Paris. — Sur la mesme ligne du Catholicon et vis à vis la Place du Cadi, on voit le Philaki, c’est ainsi qu'ils nomment la prison publique. Le Temple de Verus Uranie, changé aujourd’huy en mosquée, est derriere le Philaki (p. 271). Nous passasmes par un endroit où avoit esté l’ancienne porte qu'ils appelloient Pylæ Hyppades, comme qui diroit la Porte aux chevaux, à cause que dans ce Colonos Hippios on trouvoit quantité de chevaux de loüage. Nous laissasmes à main droite les superbes ruines d’un Aqueduc commencé autrefois par Adrien et achevé par son successeur Antoninus Pius. Il servoit à la conduite des eaux du Didascalion ou palais d’Adrien (p. 275). Nous trouvasmes au pied de la montagne Pentelicus, le réservoir des eaux que
est entré dans la carrière des armes ; que, poussé en
Hongrie par les hasards de la suerre , fait prisonnier
l’Aqueduc dont j'ay parlé, portoit au palais d’Adrien, On y voit une fontaine dont l’eau est tres-délicieuse et d’une fraischeur extraordinaire. Ils la nomment Brysis ou Vrysis, car ils prononcent l’un et l’autre, et ils appellent le Pentelicus : To Vouni tou Agiou Georgiou. Nous montasmes assez lentement la montagne, parce que nostre medecin nous amusoit à nous monstrer les simples excellens et les plantes remarquables qu’elle produit (p. 276). Sur le haut de la Montagne, on voit une Chapelle appellée Agios Georgios, gouvernée par un Caloger. Elle est à la place d’une statuë de Pallas, dont Pausanias a parlé (p.277).
Le matin du vendredy, 26 avril, nostre Janissaire nous mena dans le principal Monastere des Calogeres, et sans son credit nous n’eussions pas eu le privilege d’entrer dans leur Eglise. Cette Eglise est un des plus beaux Bastimens qui soient à Athenes, et les Calogeres en ont un soin particulier {p. 283). La maison de l’ancien Archevesque est vis à vis de ce monastere (p.284). Nous vinmes gagner le temple de Jupiter; de là suivant toujours le pied du Chasteau, nous passasmes derriere la maison où les Peres Jesuites se retiroient autrefois, et vismes à nostre main droite les debris d’un bastiment qu’on appelle aujourd’hui To Palati tou Themistoclis, c'est-à-dire le palais de Themistocle. Chez les anciens le nom et lusage de cet édifice n’avoient rien qui authorisast le nom moderne. Ils le nommoient palais des Cinq Cens. — On trouve un peu plus avant le temple de Neptune, qui est d’une structure admirable (p.291). Cest aujourd’huy une église grecque. — Auprès du temple de Neptune il y a une fontaine du mesme nom. L'eau en a esté destournée pour l'usage du Chasteau. De là nous entrasmes dans la ruë du Ceramique (p. 292). C’est là
auprès qu'on voit les ruines d’une petite chapelle , appellée
1675. DESCRIPTION D'ATHÈNES PAR CUILLET. D A0 | par les Turcs, il est vendu à un corsaire tunisien :
qu'au sortir de cet esclavage il voyage en Grèce,
Agios Dionysios, où l’on dit la messe, le jour de la feste de ce Saint. Pour relever cette chapelle, il ne faudroit pas seulement de l'argent, mais encore une puissante recommendation à la Porte (p. 293). La chapelle touche au palais de l’archevesque, que l’on pretend avoir esté le palais de saint Denis. On y montre un puys que les Chrestiens ont en grande veneration, parce qu’ils tiennent qu'il servit de prison à saint Paul, et que l’'authorité de saint Denis l'en retira (p. 294;. L'ancienne porte du Pyrée estoit à deux portées de mousquet de celle d’aujourd’huy. De là nous tournämes face vers le Chasteau et suivimes un sentier sur la main droite, qui nous mena vers les ruines du temple de Jupiter Olympien (p. 298). La muraille du Chasteau qui est derriere le terrain où estoit ce Temple, est proprement celle qu'ils appelloient Cimonion ou le Mur Austral. On voyoit autrefois dans ce mur la teste de Méduse et le bouclier de Jupiter qu'on appelloit Ægys (p. 302). Dans le roc qui est au-dessous, on voit encore la caverne où estoit le trepied consacré à Apollon et à Diane. Un peu plus loin on voit aussi d’autres cavernes où les bergers se viennent refugier avec leurs troupeaux. Là auprès on voit quelques ruines de lOdeon , ce magnifique theatre de musique, où tant de celebres musiciens ont disputé le prix (p. 303). Aux environs nous trouvasmes dans la prairie un petit ruisseau que nous suivimes avec plaisir. Nous remontames contre son cours, car nous nous doutions bien où 1] nous conduisoit. II nous mena sur les bords de la fameuse fontaine Enneacrunos, appellée dans les premiers temps Callirhoë. Elle est bien décheuë de son ancienne maguificence. Au lieu des neuf tuyaux que Pisistrate y fit faire, elle n'a pas même d'autre bassin que le gazon de la prairie (p. 304). Nous decouvrimes derriere des arbres et parmv des
écrit sa relation , l'envoie en France et continue son
exploration du Levant.
herbes les debris que nous cherchions, les restes du premier Theatre qui ait esté au monde. Le trait de l'enceinte du theatre s’y reconnoist encore, et l’on juge dela magnificence de tout le corps par les demolitions qui en restent (p. 305). Après avoir examiné les ruines du Theatre, nous allâmes faire un leger repas sur le bord de la fontaine Enneacrunos (p. 327). Nous continuames nostre promenade en visitant le quartier de Diomea, qui est là proche. On.y voyoit autrefois un tribunal composé de soixante juges et un temple de Jupiter surnommé Dioméen. L'ancienne porte de Diomea estoit au pied de la colline de Cynosarges, où nous montämes ensuite et où nous vimes encore quelques ruines (p. 329). Le quartier d’Alopece en estoit tout proche. On y trouve aujourd’huy un grand canal qui est sec, où les eaux de l'Ilissus se déchargeoiïent autrefois pour ia communication de la ville et de la marine (p. 331).
Explication des Chiffres qui designent les lieux remarquables du Plan de l'ancienne et de la nouvelle Athenes.
Tritonia, Montagne du Chasteau.
. Cecropia, Acropolis, Castro, le Chasteau.
- La Muraille appellée Pelasgicon, . La Muraille appellée Cimonion.
. Le Temple de Minerve, Sainte Sophie, Mosquée.
. Tour de l’Arcenal de Lycurgue, . Propylæa, Avant-portail, et les ruines de ses Vestibules.
. Ruines des portiques du Propylæa, et de l'Aqueduc du Lycée, . La Grotte d’Apollon, Panagia.
. Temple de Jupiter, Eglise Grecque.
. Palais du Sardar.
. Serail du Sardar,
. Plusieurs Eglises Grecques.
. Palati tou Demosthenis, Pha-
nari, Hospice des Capucins.
. Monastere de Calogeres, gou-
verné par un Caloger
. Maison du Vecchiados Capita-
pakis,
. Analogæon, Phanari tou Dio-
genis, Lanterne de Diogene.
. Ancien Hospice des Capucins, . Triclinion.
. Monastere de Calogeres, gou-
verné par l’Archevesque.
. Agora, Colonos Misthios, Place
publique.
: Raines du Gymnasion Ptole-
maïicon,
. Ruë du Ceramique, ou du Bazar.