AU LECTEUR CURIEUX
« Ceux qui parlent d’Athenes dans des relations de voya- » ges ou dans des Geographies, le font avec si peu de conois- » sance et avec tant de mépris, qu'on void bien qu’ils s’en » raportent à des Autheurs qui mesurent son ancienne gran-
1 Au dernier moment deux informations plus favorables me parviennent : M. Panizzi, l’habile directeur de la bibliothèque du Musée britannique, me répond de Londres : « Nous avons la relation de Babin de 1674, je suis fier qu'on me demande un livre français qu’on ne possède pas en France, » M. Montfalcon, bibliothécaire de la ville de Lyon, m’écrit de son côté que la cité, qui donna Je jour à ce petit volume, a le bonheur de le posséder, seulement j'apprends en même temps qu’il est catalogué sous le nom de Spon, C’est une injustice faite au Père Babin qu’on s'empressera de réparer.
NIAVE Hd AQ NOILVTAN VT 94 AV VZOI NA
NOdS ‘P AVd AAlTTAAd
PA 1 ADI 2 & LL < ee di \ RES
LA
WW KR NS AAA AN N ASS RNA AN
ELT 7 V 7
SI AM ZPU
2PV119
—— zonbrotu Gene [af 27
* SLLT]7 0, ; D ZAIIUT) ae 47709 V] 2401149p I2YI0I
=?1vd sur. quo S'IUIYIV. P
das der é ttsititt tt
Me En 1 et Rés AUS
actuel de cette ville, et reçut la promesse de la
trouver rédigée à son passage à Smyrne, où le Père
deur avec ce qui en reste, qui est assurément tres-peu en consideration de ce qu’elle a autrefois été: peut-être aussi qu'une partie de ceux qui disent l'avoir vûe dans leurs voyages, ne l'ont vûe que de loing, cachée de la colline, sur laquelle est placée la Citadelle; ou bien n’ont vû que le Port Lyon, où il ne reste que quelques maisons qu’ils prennent pour les mazures mêmes d’Athenes , qu'ils s’imaginent avoir été située au bord de la mer.
» Du Pinet ne luy veut pas faire l'honneur de l’appeller autrement qu'un Chateau avec un méchant village, qui n'est pas assuré des loups et des renards. Laurembergius , dans sa description de la Grece, s'exprime par une maniere de parler oratoire trop vehemente: Fuit quondam Greœcia, » fuerunt Athenæ : nunc neque in Græcié Athenæ, neque in ipsa Grœcià, Græcia est. Il y a eu, dit-il, une Grece. Il y a eu une Athenes, maintenant il n’y a plus d’Athenes dans la Grece, ni de Grece dans la Grece même.
» Ortelius, dans ses synonymes Geographiques, avec une temerité digne d’un Geographe, qui croit de voir et de mesurer toute la terre sans sortir de son cabinet, dit qu’il ne reste à Athenes que quelques chetives maisons ou plûtôt quelques hutes, nunc casulæ tantüm supersunt quædam. » C’est ce qui m’a invité de donner au Jour la relation de cette ville, qu’une personne de merite qui y a fait quelque sejour, à envoyé à Monsieur l'abbé Pecoil, Chanoine de l'Eglise Collégiale de S. Just de Lyon, savant et curieux, particulierement dans ces sortes de sujets, qui a eu la bonté de me la communiquer. Vous verrés que c’est encore une ville assés grande et assés belle, malgré son âge fort caduque, et malgré toutes les guerres, dont elle a été si souvent
ruinée,
Babin allait s'établir. Quand l'abbé Pécoil rentra en
France, il écrivit de Chios au savant jésuite pour lui
» C’est une preuve bien évidente de l’inconstance des choses de ce monde, de voir de grands états réduits à de simples bourgs, et des hameaux qui deviennent des Villes puissantes : mais c’est aussi une marque de la providence souveraine, qui nous protege et nous conserve, de voir une ville si ancienne qui subsiste encore après tant de révolutions facheuses, qui ne menacoient pas moins que de la détruire. Athenes a sans doute autrefois eu dans son enceinte plus de cent mille habitans , et maintenant elle est reduite à huit ou neuf mille, comme Je ay seu de quelques personnes qui y ont été, et qui m'en ont parlé avec connoissance. Simon Cabasilas, dans une lettre écrite au siecle passé, les fait monter jusqu’à douze mille; à quoy il ajoute que Ja Citadelle est habitée de Juifs et le reste de Chrêtiens, et qu’elle a sept milles d'Italie de circuit, qui font environ deux lieuës de France, de 200. stades qu’elle avoit anciennement, qui faisoient 25. milles d'Italie. Ovide se plaignoit déja de son tems qu'il ne restoit que le nom d’Athenes,
et un autre poëte incertain dit agréablement :
Quisquis Cecropias hospes miraris Athenas, Quæ veteris famæ vix tibi signa dabunt;
Hasne Dij, dices, cœlo petiere relicto!
Regia partitis hæc fuit una Diis?
» le croy qu'on ne me saura pas mauvais gré, d’avoir ajouté un dessein de la ville et des inscriptions Grecques qui y sont, dont Monsieur Vaillant Antiquaire du Roy m'a liberalement fait part : et qui n’ont pas été imprimées dans d’autres livres. Il est vray que j'en copie quelquesunes de Grulerus ; mais comme il ne les a pas expliquées et qu'elles enrichissent mon sujet, il y auroit trop de scru-
pule, de ne pas s’en vouloir servir. laurois bien voulu
1672: RELATION D'ATHÈNES PAR LE P. BABIN. 185 rappeler sa promesse , mais celui-ci n'avait pas en-
core terminé son travail, et ne put l'envoyer que
n’estre pas obligé d’y méler du Grec, pour ne pas emba-
rasser plusieurs personnes, qui sont si amoureuses du » François, qu’elles méprisent toutes les autres langues: mais » il m'étoit indispensable de mettre les inscriptions dans la » langue qu’elles sont couchées : et Jay tâché d’en soulager » la lecture par une explication litérale et par quelques petits » comimentaires.
» Au fonds je suis excusable, c'est mon feu, c’est ma » passion que les inscriptions antiques : mais agreable pas- » sion, puis qu'elle me donne l’occasion d'entretenir tant » d’honnétes gens, qui en font plus d'estime, que ceux du » commun ; et plus agreable encore, si les personnes curieuses
m'en veulent enrichir de quelques autres, de quelqu'en-
» droit du monde que ce soit qui ayent été omises par Gru- » terus ; et en ce cas elles pourront adresser leurs lettres à » leur très humble serviteur, » [. Sron, Docteur » Médecin aggregé, à Lyon. »
À Monsieur, Monsieur l'abbé Pecoil', Chanoine de l'Eglise Collegiale de saint Lust, etc.
« MonsiEvR,
» Mes occupations ne nr'ont pas permis Jusqu'à present de vous faire la description de lillustre et ancienne ville
d'Athenes, que vous me demandates étant à Constantinople,
* Cette lettre, ou ce mémoire, est daté de Smyrne et du 8 octobre 1672. Ce n’est pas la dernière communication que lui fit le révérend Père Babin., Spon a publié des remarques sur le flux et le reflux de l'Euripe, science. (Voir le Voyage de l'expédition de la Morée, partie géologique.) Elles
qui ont été confirmées par la
étaient également adressées à M, l'abbé Pécoil,
quelques mois plus tard. Il l’adressa alors à Lyon.
où l'abbé Pécoil était chanoine de l'éplise collésiale
et à Smyrne, et que vous me fites encore demander aprés votre depart de Chio, par un de vos amis. lemployerai le peu de tems que Jay maintenant, à satisfaire à ma promesse; et J'espere. que la lecture de cette relation ne vous sera pas desagréable, et que vôtre piété et vôtre curiosité y trouveront quelque satisfaction : lorsque je lui feray considérer les anciennes Eglises de cette ville, le puys de 'Apôtre des Gentils, et la maison de S. Denis Apôtre de France: et lorsque je vous entretiendray des temples des faux Dieux, de la lanterne ou étude de Demosthene, de l'Academie de Platon, du Lycée d'Aristote, des palais de Thesée, de Themistocles et de l'Empereur Hadrian; des Colomnes, des arcs de triomphe, et des autres superbes restes de antiquité, qui subsistent encores aprés tant de diverses guerres, dont ce païs a été affligé en divers tems.
» Si vous recevés quelque contentement lorsque vous entendés dire des choses qui ne sont plus, ou lorsqu'on vous parle de l’état de lAmerique ou du Canada, qui sont des païs sauvages : Je croy que vôtre satisfaction sera plus grande d'entendre parler de ce qui subsiste encore, et d'apprendre des nouvelles d’une ville qui a été et qui pourroit en quelque facon estre appelée l'œil et le soleil de la Grèce , qui se piquoit autrefois d’estre le païs le plus eclairé du monde , et qui ne donnoit point d’autres noms à toutes les autres Nations , que celuy de sauvages et de barbares.
» Vous pourrés trouver dans plusieurs livres la description de Rome, de Constantinople, de lerusalem , et des autres villes les plus considérables du monde, telles qu’elles sont
presentement; mais je ne say pas quel livre décrit Athenes’
1 En effet aucune description d'Athènes n'avait encore paru, lorsque le Père Babin écrivait sa relation.
de Saint-Just. Il commence par lui dire : « Vous
» pourrez trouver, dans plusieurs livres, la descrip-
telle que je Vay vüe , et l’on ne pourroit trouver cette ville, si on la cherchoit comme elle est representée dans Pausanias, et quelques autres anciens Autheurs, mais vous la verrés icy au même état qu’elle est aujourd’huy, qui est tel que parmi ses ruines elle ne laisse pas pourtant d’inspirer un certain respect pour elle tant aux personnes pieuses, qui en voyent les Eglises, qu'aux Savans qui la reconnoissent pour la mere des sciences, et aux personnes guerrieres et genereuses , qui la considerent comme le champ de Mars, et le theatre où les plus grands conquerans de lantiquité ont signalé leur valeur, et ont fait paroitre avec éclat leur force , leur courage et leur industrie: et ces ruines sont enfin assés précieuses pour marquer sa premiére noblesse, et pour faire voir qu'elle a été autrefois l’objet de l'admiration de PVnivers.
» Pour moy je vous avoüe que d'aussi loin que je la découvris de dessus la mer avec des lunettes de longue vüe, et que Je vis quantité de grandes colomnes de marbre, qui paroissent de loi, et rendent témoignage de son ancienne magnificence, Je me sentis touché de quelque respect pour elle.
» Sa Situation me parut fort belle et fort avantageuse sur une colline au milieu d’une vaste campagne longue de 5. ou 6. lieues, remplie en partie de vignes et de bled, et en partie d’'Oliviers, qui la firent autrefois consacrer à Hinerve , dont elle porte le nom, plütôt qu'à Neptune, d’où vient qu'on Îa batit à plus d’une lieüe loin de la mer, ses fondateurs a1mans mieux avoir des peuples qui cultivassent la terre, et eussent soin des Oliviers, que d’avoir des Mariniers, des Pécheurs, des Marchands ou des Pirates.
» Cette grande plaine est comme le milieu et le centre d'un vaste Amphitheatre, que font le mont Hymette, le mont
» tion de Rome, de Constantinople, de Jérusalem et
» des autres villes les plus considérables du monde,
Cithæron, la colline du Cheval", le mont Pentelius et quantité d’autres montagnes couvertes de quelques arbres, et de toutes sortes de simples ?, qui remplissent Pair d'une odeur fort agreable : d’où vient que le miel du mont Hymette passe encore pour le plus excellent qui soit au monde.
» On ne voit plus sur ce mont la statue de Jupiter, non plus que sur le mont Parnelhe, et sur la petite montagne d’Anchesmus ® : comme les autels de Minerve et de Neptune ne paroisseut plus sur la colline du Cheval,non plus que ceux de Pyrithoüs, de Thesée, d'Edipe, et d’Adraste. Toutes ces montagnes nempéchent pas que l'air d'Athenes ne soit excellent “; les Medecins ne peuvent $ y enrichir, les maladies y étans tres rares. La peste qui ravage souvent les villes voisines, comme Thebes et Negrepont , semble n'oser par respect s'approcher de cette illustre ville, qui en est rarement infectée.
» Le Port d’Athenes est fort beau et surpasse en largeur et en longueur celuy de Marseille : mais 11 a ce desavantage qu'il n’est defendu par aucune forteresse pour la sûreté des vaisseaux, qui y sont exposés aux courses des Pirates , et en ce qu'il est éloigné de la ville de plus d’une grande lieüe; les Italiens comptent cinq milles. On voit encore au bord de l’eau les fondemens d’un quay, et d’une ancienne Citadelle #,
1 Ilest difficile de saisir l'intention du Père Babin dans les deux paragraphes où il parle de la colline du Cheval; de quelle colline s’agit-il!
2 C'est un mérite vanté également par Zygomalas.
3 Le Père Babin trouva, dans la ville d'Athènes, une tradition qui désignait cette culline sous le nom d’Anchesmus, Spon (Voy. II, 93) et Wheler (page 345) l’admirent comme lui, et il fallut attendre M. Forschhammer et l’année 1832 pour associer ce nom à celui de Lykabettes.
# C’est ce que dit Cicéron au livre De falo : Athenis lenue colum, ex quo aculiores etiam pulantur Atlici; et Aristote dit la même chose, L'air de l’Altique est lres bon et tres pur, el particulierement celuy de la ville. (Note de Spon.)
> Sous les mots de fondements d’un quai et d’une citadelle, il entend les restes et les ruines de murailles sur le bord et à la partie la plus saillante de l’étroit pro-
» telles qu'elles sont présentement, mais je ne sais
» pas quel livre décrit Athènes telle que je l’av vue.
et les restes des piliers ou probablement étoit la chaine, qui sont maintenant à fleur d’eau comme deux écueils à l'entrée
du Port, qu’on appelle le Port Lyon, à cause d’un grand Lyon L Î Î | ? re]
de marbre blanc qui est à lextrémité du côté de la ville”,
proche d’une seule maison inhabitée que lon a bâtie, pour y mettre les marchandises avant d’en charger les vaisseaux : C’est là où le Douanter en fait peser une partie pour en tirer son droit. Quoy que ce Lyon soit assis sur son derriere, il porte sa tête aussi haut que sauroit faire un des plus beaux chevaux.
» Pausanias nous apprend que Themistocles fit faire ce Port, qui est appellé Pyrée par Plutarque, lequel dit que le Roy Cecrops fit bâtir une longue ruë entourée de murailles, desquelles les fondemens paroissent encore ?. L'endroit où étoit cette ruë est maintenant un grand chemin, aux côtés duquel on voit une campagne, où l’on seme du bled durant une bonne demvy lieue en suite on marche entre des vignes et sous des oliviers durant une autre demy lieüe; aprés quoy dans le reste du chemin, qui est le plus proche de la ville, l'on rencontre encore une campagne semblable à la premiere, l'espace d’un autre demie lieüe.
» L'on peut entrer dans la ville sans passer par aucune montoire Cetioneia (Thucyd., VIII, 90), au nord de l’entrée du Pirée, entre le port principal et le port nommé le Sourd, Kwgës Ayy. (Xénoph., Hell. II, 4, 31.) (Note de M. Ross.)
" Ce lion est à Venise, c’est celui qui porte des inscriptions sur les deux épaules. On fera attention à la position que lui assigne le Père Babin, au fond du port regardant l'entrée. C’est ainsi que le décrivent aussi les missionnaires, Spon et Wheler, et que le représente le plan du port relevé en 1685 par l'ingénieur qui accompagnait M. d’Otières. Voyez le volume in-folio, supplément françois, n° 19, de la Bibliothèque impériale. J’en parle plus loin, et je le reproduis.
2 Ces longs murs étaient déjà en bien mauvais état lorsque Spon les décrivit, Les Vénitiens, comme nous le verrons plus loin, en ruinèrent une partie pour
construire leurs redoutes, et la nouvelle route du Pirée à Athènes, établie depuis 1835, les a plus bouleversés encore,
» et l’on ne pourroit trouver cette ville, si on la
» cherchoit comme elle est représentée dans Pausa-
porte, quoyque J'en ay remarqué deux ou trois qui ne se ferment jamais, n’y ayant point de murailles de Ville *, La plus part des ruës ressemblent à celles d’un village.
» Au lieu de ces superbes edifices, de ces trophées glorieux, et de ces riches Temples qui faisoient autrefois l’ornement de cette ville, l’on ne voit que des rües étroites sans pavé, que des maisons sans aucune magnificence , faites des ruines anciennes, ayans pour tout ornement quelques pieces de colomnes de marbre mises dans les murailles sans ordre, et à la facon des autres pierres; ou quelques degrez de marbre marquez de croix , qui ont servy autrefois sur les portes ou fenêtres des Eglises ruinées. Les maisons sont presque toutes de pierre, au lieu qu'à Constantinople la plus part sont de bois. On en void même quelques unes assés belles pour le pays , où 1l n’est pas maintenant permis d’estre magnifiques en bâtimens.
» Pour ce qui est des fontaines, j'en vis une fort belle avec diverses figures sur le marbre, je crois que c’est celle dont parle Pausanias, qui dit qu'il n’y en a qu'une , à laquelle on en a donc ajouté six ou sept autres qui ne sont pas si abondantes en eau que celle-cy, ny accompagnées de colomnes et figures de marbre, quoy qu’elles ayent pourtant quelques grandes pièces de marbre marquées et embellies de quelque croix, qui montrent qu'elles ont êté tirées des ruines de quelques Eglises anciennes.
» le ne vis point proche de cette fontaine la statue de
! Meursius, dans le livre intitulé Athenæe Atllicæ, fait mention de plusieurs Portes qu’elle avoit autrefois, dont voici les noms traduits du Grec : Porta Ægei. Acharnica, Diomeia. Eria. Thracia. Thriasia, quæ et Dipylus et Ceramica. Sacra. Equestris, Ilonia. Melitensis. Pyræea, Scæa. — Dicæarchus dans la description de la Grece, dit la même chose que l’Auteur, savoir que ses rües sont
mal commodes à cause de leur antiquité, nax@ç t£buuoromoumévn Ôtà +ny Goyatornte. (Note de Spon.)
1672. RELATION D'ATHÈNES PAR LE P. BABIN. 191 » nias et quelques autres anciens auteurs; mais vous
» la verrez icy au même état qu'elle est aujour-
Bacchus, ni le Temple de Xerces!, ou celuy de Proserpine, qui y étoit encore du temps de Pausanius, qui dit que cette fontaine que Pisistrate fit embellir de diverses figures, s’appelloit Enneacrunon?, à cause qu'elle avoit neuf tuyaux. Thucydide la nomme aussi de même, et ajoute qu’elle s’appelloit avant ce tems-là Calliroë, lors qu'il y avoit quelques fontaines dans la ville. Maintenant elle n’a que trois ou quatre tuyaux.
» Au dessus de cette fontaine , il y a une grande salle pleine de dorures soutenue par des colomnes de marbre, où lon dit qu'il vient des Esprits, ainsi que l’a voulu faire croire un Drogman qui y avoit couché. Monsieur le Consul de France qui demeure dans ce beau logis appartenant à un riche Turc, assure que souvent il y entend du bruit la nuit, et que le matin 1] trouve les hardes toutes sans dessus dessous.
» Avant que parler des autres antiquités qui restent dans Athenes, je veux dire quelque chose des principales Æalises,
que les Chrétiens de la Religion Grecque y conservent, aprés
que les Turcs leur en ont pris plusieurs des plus belles pour
les changer en Mosquées. La plus grande que jy ay vüe c’est celle qu'on appelle le Catholicon ; c'est la Metropolitaine où l’Archevêque Grec a son thrône *. Je vis dans cette Eglise deux grandes cigoignes de bois doré, et je m'étonnay de ce que les Grecs les tenoient là, puisqu'ils ont tant en horreur, les statues et 1inages en bosse, dont nous nous servons dans nos
Eglises, lesquelles ils appellent des Idoles.
1 Lisez Cérès.
2 L'auteur prend pour l’Enneacrunos une fontaine turque quelconque, construite au nord de l’Acropole, car il dit un peu plus loin que la demeure du consul français se trouvait auprès de cette fontaine. Or ce consul, nommé Giraud, habitait, suivant Spon (II, 168, 221), près de l’église de Saint-Démétrius. (Ross.)
3 C’est encore l'église métropolitaine et une des plus intéressantes églises byzantines qui se soit conservée. Elle est isolée sur une petite place.
5 d'huv, qui est tel que parmi ses ruines elle ne
» laisse pas pourtant d'inspirer un certain respect.
» L’Archevéque à son logis sur les anciens fondemens de la maison de S. Denys Areopagite, joignant les ruines d’une petite Eglise fort ancienne, dont les mazures et murailles paroissent encore toutes embellies de diverses peintures, et proche de jaqueile est un puits, où l’on assure que $. Paul demeura caché 24. heures, dans une persecution que ses ennemis exciterent contre luy, aprés la conversion de ce Senateur de PAreopage.
» Les Francs qui n’ont à Athenes que la Chapelle des peres Capucins, comme auparavant ils n’avoient que celle des peres Zesuiles, disent que des massons ayans trouvé sous terre parmy les ruïnes de cette ancienne Eglise Grecque, une statue de marbre, qui représentoit la sainte Vierge tenant son Fils entre les bras *, lArchevêèque defunt aussitôt qu'il la vist la mit en piéces, de peur que les Latins n’eussent cet Argument contre les Grecs, et ne leur objectassent que S. Denys honoroit les images en bosse, puisqu'on en avoit trouvé une dans les ruines de sa maison qui Joint cette Eglise.
» De cette maison de S. Denys on voit à quelque 150. pas de là un ancien Temple d’Idoles tout de marbre, qui depuis le regne de Thesée Roy d’Athenes qui le fit bâtir ?, est demeuré
en son entier. Les Chrêtiens le changerent en une Eglise qu'ils
1 Peut-être un groupe de Demeter et Iakchos, ou tout autre monument de ce
genre. On pourrait même penser, dans cette partie de la ville non loin des Eponymes, à l'ouvrage célèbre de Kephisodotos, Cyrène portant Plutos dans ses bras, suivant Pausanias, I, 8,3; IX, 16, 1. (Ross.)
2 Le temple de Thésée avait déjà son nom dans les traditions locales. Il est vrai que ni l’anonyme de 1460 ni les correspondants de Crusius ne le lui donnent, et que Cyriaque d’Ancône le nomme le temple d’Arès, (Epigr., p. 43, n° 96.) Babin a suivi l’opinion commune qui se trouve également consignée dans t.utes les relations des missionnaires de cette époque, On sait que M. Ross, adoptant l'opinion de Cyriaque d’Ancône, a publié une dissertation, écrite en grec et imprimée à Athènes en 1838, pour combattre l'opinion qu'avait acceptée l’érudition. Il annonce une traduction allemande de ce premier travail avec des additions qui maintiennent sa conviction et doivent corroborer ses arzuments,
» — Pour mov je vous avoue que d'aussi loin que
» je la découvris de dessus la mer, avec des lunettes
dedierent à $S. George : mais l’on m'a assuré que les Turcs, qui ne veulent pas s’en servir, parcequ'’elle est hors de la ville et éloignée des maisons, empêchent même les Chrèêtiens de faire leurs devotions dans une Eglise si magnifique, dont les portes qui sont de fer, ne s'ouvrent jamais si ce n’est peutestre le Jour de S. George avec une clef d'argent que les Grecs peuvent donner aux Turcs pour obtenir cette permission.
» On marche autour de ce Temple dans une galerie entre une muraille de marbre blanc, et de grandes colomnes de même matiére, qui supportent sur cette galerie des voutes plates larges d'environ dix pieds, où l’on voit d'excellentes architecture, de grandes pieces de marbre que l'on prendroit facilement pour de longues poutres. Entre les chapiteaux et la corniche qui regne tout autour il y a une belle frise de basse taille, où sont representés les exploits de Thesée et particuliérement le combat des Centaures et des Lapithes ‘, et
! Quoy que Pausanias dise que le Temple bâti par les Atheniens à l’honneur de Thesée, representoit la bataille des Centaures et des Lapilhes; qui lui fut dedié lorsque Cimon fils de Milliades eut vangé sa mort sur les Medes et eut raporté ses os à Athenes, je ne saurois me persuader que ce Temple qui subsiste encore soit le même. Il ne reste rien sur la face de la terre de si ancien, si nous en exceptons les pyramides d'Egypte, outre que Plutarche dit que ce Temple étoit au milieu de la ville proche des écholes, ce qui ne conviendroit pas à celuy cy; mais comme les Autheurs font mention de quatre temples de Thesée faits en difterens tems, celuy-cy en peut estre un. (Note de Spon.] Telle était l'opinion de Spon en 1674, à une époque où la médecine avait plus de place dans sa pensée que l'antiquité; mais lorsque ses études et son voyage l’eurent entièrement porté vers l’archéologie, il revint sur cette opinion et se rétracta ainsi dans le récit de son voyage, tome IT, page 189 : Je me retracte de ce que j’ay autrefois dit qu'il n’y avoit pas d'apparence, que ce temple fût celuy-là même qui avoit été bâti après la bataille de Marathon à l'honneur de ce héros. Le raisonnement le doit céder à la vûe, quoyque la vûe ne serve de rien sans luy, Il est bâti de marbre de Pentéli, et est de même fabrique que celuy de Minerve. J’oserois même assurer qu'ils n’ont eu l'un et l’autre qu'un même architecte. La bataille des Centaures et des Lapithes, dont Pausanias fait mention, est représentée sur la frise de la façade et du derrière, au dedans du portique qui l’environne, et aux côtés il semble que le sculpteur ait laissé imparfait les petits quarrez, où doivent être les principales actions de Thésée comme le même Auteur le remarque, On en void un, où il précipite dans la mer le voleur Sciron.
“ | p » 4 x » 1 à 11C ü : à » 211 3Q » de longue vue, et que je vis quantité de grandes
» colomnes de marbre, qui paroissent de loin et
celuy des Atheniens avec les Amazones. La longueur du Temple contient de chaque côté 12. colomnes , et la largeur en comprend cinq. La voûte que les Chrétiens avoient faite, et que l’on apercoit par un trou de la serrure, n’a rien qui approche de la magnificence de ce Temple.
» À cinquante pas de là il y a sur un grand chemin un Lion ‘ de marbre blanc comme neige, couché à terre sur ses pieds; il est plus gros et plus long qu’un cheval : on diroit qu'il a servi à quelque fontaine à voir sa gueule ouverte etun grand trou qui traverse sa tête, par où un homme pourroit passer la sienne. [Pollux nous parle d’un semblable Lion de bronze qui étoit à Athenes proche d’une fontaine , auquel on donnoit le nom de KonvooulaË, ou qarde-fontaine.]
» Il y a une autre Eglise dans Athenes qui est assés belle, c’est au grand Monastere des Religieuses de l’ordre de S. Basile : elle a deux aïles aux côtés de la nef; les piliers et les murs sontembellis dediverses peintures et d’images des Saints. Le devant du Sanctuaire est orné de quantité de dorures, et de petits tableaux ; mais si l'Eglise de ces Calogries est si belle il faut avoüer qu’il n’y a point d'Hôpital plus mal bâti que leur Monastère, que l’on peut appeller le Palais de la misere.
» Mais ce qui me semble plus déplorable, c’est l'ignorance de ces pauvres femmes, qui est si grande, que l’on peut bien se persuader qu'aucune d’elles n’est formellement heretique ni schismatique, quoy qu’Athenes, aussi bien que le mont Athos et Constantinople , soit le Thrône et comme la forte-
resse du schisme Grec.
1 Guillet savait l’existence de ce lion par les relations des missionnaires (Athènes ancienne el mod., p. 254), mais il se trompe sur sa position, qui est exactement marquée dans le plan des Capucins (voyez plus haut, page 78). Spon le vit et le décrit (Voy. 11, 190). Morosini le transporta à Venise, etil en parle dans ses dépêches, qu'on trouvera plus loin,
1672. RELATION D'ATHÈNES DU P. BABIN. 195 » rendent témoignage de son ancienne magnificence,
» je me sentis touché de quelque respect pour elle.»
» I va plusieurs autres Monasteres de Religieuses dans
Athenes, et outre cela dans plusieurs familles il y a une fille
qui renonce au mariage, et qui demeurant parmy ses parens prend un habit et un voile noir à la facon des Religieuses, entre lesquelles je ne voy pas beaucoup de difference, puisque ni les unes ni les autres ne gardent point de clôture, et que tout le monde entre dans ces Monasteres sous pretexte d'acheter des étoffes ou des ceintures qu’elles font plütôt pour gaigner leur vie, que pour fuir l’oisiveté.
» C’est assés parlé de ces Religieuses et des Eglises; car je ne prétens pas parler de toutes celles d’Athenes, il me suffit de dire ce que plusieurs m'ont assuré, qu'il reste encore aux Chrétiens environ trois cent Eglises , tant dans Athenes qu’à une lieüe à la ronde, ce qui ne sembleroit incroyable, si Je ne m'étois étonné moy même en voyant un si grand nombre de petites Églises, dont quelques unes sont de marbre, le crois que la pluralité des Eglises des Grecs, vient de ce qu’ils n'ont pas coutume de dire deux Messes le même jour dans une même Eglise, et afin que la pluspart des Prêtres pussent dire leurs messes, ils batissoient ainsi diverses Chapelles éloignées les unes des autres !.
» Aprés avoir parlé des Eplises des Chrêtiens il faut dire quelque chose des Mosquées des Turcs. Ie n’en say pas le nombre ; mais il n’en paroit que huit ou neuf qui ayent des minarels , bu petites tours, d’où un homme ou quelquefois trois ou quatre ensemble crient et chantent en musique à
leur façon , quatre ou cinq fois le jour à divers tems reglés,
1 Beaucoup de villes ont eu la prétention de posséder autant d’églises que l’année a de jours. La seule ville d'Athènes a pu réaliser cette ambition. Encore aujourd'hui on les compterait facilement en étendant sa recherche aux environs de la ville. Ce sont d’ailleurs plutôt des chapelles que des églises.
Tout d'abord on est f appé du caractère nouveau
de cette admiration, qui est autre chose que de
pour appeller les Tures à la Mosquée. Ces cris servent aussi d’horloges vivans en ces pays, où il n’y en a point d’autres, si ce n’est chez quelques particuliers.
» Je ne suis entré que dans une des Mosquées d’Athenes, laquelle a été premierement un Temple bâty par les Gentils à l'honneur de la Deesse Pallas, avant la venue du fils de Dieu, et en suite dedié par les Chrêtiens à la Sagesse eternelle, aprés la predication des Apôtres.
» Ce Temple qui paroit de fort loin, et qui est l’edifice d'Athènes le plus élevé au milieu de la Citadelle , est un chef d'œuvre des plus excellens Architectes de l'antiquité. I est long d'environ de cent vingt pieds et large de cinquante ®. On y void trois rangs de voutes soutenues de fort hautes co- Jlomnes de marbre, savoir la nef et les deux ailes ?, en quoy il surpasse sainte Sophie batie à Constantinople par l'Empereur Justinian, quoy que d’ailleurs ce soit un miracle du monde : mais Jay pris garde que ses murailles par dedans sont seulement encroûtées et couvertes de grandes pieces de marbre, qui sont tombées en quelques endroits dans les galeries d'en haut , où l’on void des briques et des pierres, qui étoient couvertes de marbre.
» Mais quoy que ce temple d’Athenes soit si magnifique pour sa matière, il est encore plus admirable pour sa facon et pour l'artifice qu'on y remarque ; materiam superabat opus. Entre toutes les voûtes qui sont de marbre, 1l y en a une qui est la
plus remarquable, à cause qu'elle est toute ornée d'autant
1 Cette mesure, qui n’est qu'approximative, se rapproche cependant de l’exactitude parce que la cella et l’opisthodome étaient alors réunis par une grande porte
pratiquée violemment dans le mur de séparation.
2 J] me serait impossible de discuter ici cette description, dont les mots doivent être pesés, parce qu’ils ont leur importance dans la question si délicate de la couverture primitive du Parthénon.
l’étonnement, on se sent transporté en pleine érudi-
tion moderne; l'œuvre mise sous nos yeux n’est
de belles figures gravées sur le marbre qu’elle en peut contenir À.
» Le vestibule ? est long de la largeur du Temple, et large environ de quatorze pieds, au dessous duquel il y a une longue voute plate , qui semble estre un riche plancher, ou un magnifique lambris; car on y void de longues pièces de marbre, qui semblent de longues et grosses poutres, qui soutiennent d’autres grandes pieces de même matiére, ornées de diverses figures, et personnages de marbre avec un artifice merveilleux $.
» Le Frontispice du Temple qui est fort elevé au dessus de ce vestibule, est tel que J’ay de la peine à croire, qu’il y en ait un si magnifique et si bien travaillé dans toute la France. Les figures et statues du Château de Richelieu #, qui est le miracle de la France et le chef d'œuvre des ouvriers de ce tems, n’ont rien d’approchant à ces belles et grandes figures d'hommes, de femmes et de chevaux, qui paroissent environ
au nombre de trente, à ce Frontispice, et autant à l’autre côté
1 Plus d’un passage de cette description demande à être longuement étudié et offre encore une énigme.
2 Ce vestibule est le pronaos occidental. Il faut avoir toujours présent à l’esprit que depuis la transformation du Parthénon en église chrétienne, l'entrée du temple étant à l’ouest, aucun voyageur, jusqu’à la fin du xvirie siècle, n’eut l’idée de se demander s’il en avait été ainsi dans la disposition primitive.
3 Ces figures et ces personnages de marbre ne sont autre chose que la frise au haut du mur occidental de l’opisthodome.
4 Cette comparaison de l’œuvre de Phidias, avec la décoration du château de Richelieu, choque, tant elle est inattendue. Elle provoque ensuite le sourire. Elle n’est pourtant pas aussi déplacée qu’elle le paraît au premier abord. Le Père Babin avait vu ce miracle des arts en France, construction toute nouvelle et dans tout l'éclat de sa fraîcheur. Il avait pu admirer sur ses façades une collection remarquable de statues antiques que ne déparaient pas quelques statues modernes, telles que les deux prisonniers de Michel-Ange, I1 comparait donc les plus belles statues, qu’on eût jusqu'alors appliquées à la décoration menumentale, avec les statues du Parthénon, et il ajoutait comme correctif : « Les figures et statues du » château de Richelieu, n’ont rien d’approchant à ces belles et grandes figures, »
plus une de ces descriptions faites au hasard, où
l’auteur, dans sa naïveté, fournit, sans s’en douter,
du Temple, derriere le lieu où étoit le grand Autel du temps des Chrétiens.
» Le long du Temple il y a une allée ou galerie de chaqu côté, où l’on passe entre les murailles du Temple, et dix sept fort hautes et fort grosses colomnes canelées, qui ne sont pas d’une seule piece; mais de diverses grosses pieces de beau marbre blanc, mises les unes sur les autres. Entre ces beaux piliers, il y a le long de cette galerie une petite muraille {
qui laisse entre chaque colomne,un lieu qui seroit assés long et assés large pour y faire un Autel et une Chapelle, comme l’on en void aux côtés, et proche des murailles des grandes Eglises.
» Ces colomnes servent à soutenir en haut avec des arcsboutans les murailles du Temple, et empêchent par dehors qu'elles ne se démentent par la pesanteur des voûtes. Les murailles de ce Temple sont embellies en haut par dehors d’une belle ceinture de pierres de marbre travaillées en perfection ?, sur lesquelles sont représentés quantité de triomphes, de sorte qu'on y void en demy relief une infinité d'hommes , de femmes, d’enfans, de chevaux et de chariots representés sur ces pierres qui sont si élevées , que les yeux ont peine à en découvrir toutes les beautés et à remarquer toute l’industrie des Architectes et des Sculpteurs, qui les ont faites. Vne de ces grandes pierres, qui composoit cette ceinture s’est detachée de son lieu, et étant tombée a été portée dans la Mosquée derrière la porte, où l'on void avec admiration quantité de personnages qui y sont representés avec un artifice nompareil *.
Y Il y a là une disposition que je ne comprends pas et qu’il faut étudier,
2 C'est la frise.
3 Ce respect des Turcs pour des figures sculptées est à noter. Au reste il s'é-
des renseignements à l'archéologue; nous rencon-
trons ici l'homme instruit, admirateur vrai et en-
» Toutes les beautés de ce Temple que je viens de décrire, sont des ouvrages des anciens Grecs Payens. Les Afheniens ayant embrassé le Christianisme changerent ce Temple de Minerve en une Eglise du vray Dieu, et y ajoutérent un Thrône Episcopal! et une chaire de Predicateur qui y restent encore, des Autels qui ont été renversés par les Turcs, qui n'offrent point de sacrifices dans leurs Mosquées. L'endroit du grand Autel est encores plus blanc que le reste de la muraille : les degrés pour y monter sont entiers et magnifiques.
» On void à la voute qui est au dessus de ces degrés une image entiere de la Vierge, à laquelle quelque Turc tira un coup de mousquet, qui en gâta un peu le visage, qu’on a aprés recouvert de chaux. Les Turcs mêmes avoüent que le bras de celuy qui tira ce coup se secha aussitôt après son peché : comme ils tiennent par tradition qu'un autre Turc mourut sur le champ pour avoir voulu ouvrir une des deux grandes armoires fermées avec de grandes plaques où pieces de marbre , qui sont au dessus des degrés dans les murailles, pensant y trouver quelque thresor. D'où vient qu'aucun autre Turc, ni même aucun Grec n’oseroit entreprendre d'ouvrir
les armoires de cette Eglise, ni celles qui sont semblables à ; I
o ‘U celles-cy dans l'Eglise de sainte Sophie à Constantinople. Il se peut faire qu’il y ait quelques saintes Reliques, ou quelques
livres propres pour l'Eglise, cachés dans ces murailles ?.
tendit à toutes les parties du Parthénon, puisqu'ils conservèrent même dans l’intérieur les dispositions introduites par les chrétiens, et jusqu’à leur maître-autel, que Spon trouva encore intact.
{ On a retrouvé, en 1836, ce siége antique, sculpté en marbre, dont tous les voyageurs ont parlé après Babin.
2 Ces légendes sont dans l'esprit grec et circulaient depuis longtemps. M. le baron de Saint-Blancard passant à Corfou, en 1537, fit ses dévotions à Notre- Dame-de-Casope. I1 trouva l’église dévastée, les peintures souillées : fors l'y-
thousiaste, qui comprend un peu les beautés de l’art,
et qui cherche, non sans bonheur, dans les don-
» On void aussi au lieu où étoit le grand Autel, du côté de l'Evangile une pierre de marbre transparente dans la muraille, laquelle étant troüée suffisamment pour mettre un pois, reçoit la lumière et le trou paroit rouge comme une riche escarboucle. Quoy que quelques uns attribuent cela à un miracle de S. Paul, je crois pour moy, que c’est la nature de cette pierre, qui étant opposée aux rayons du Soleil, et probablement peu épaisse paroit ainsi transparente : Jen ay vü une entièrement semblable dans Sainte Sophie à Constantinople, aux galeries d’enhaut.
» Dans le vestibule de ce Temple, il y a une fort grande pierre de marbre, ronde et creuse, et bien qu’on m'asseurât
que chaque Chrètien entrant autrefois dans cette Eglise, laissoit là quelque present, je crois qu’elle servoit plutôt pour baptiser avec l’immersion à la facon des Grecs, ou peut-étre pour faire de l’eau benite, quoy que les Grecs n’en gardent point aux portes des Églises, et que plusieurs en acheptent maintenant quelque fiole pour porter à leurs maisons, aussi tôt qu'elle est faite *.
» Aprés avoir parlé du Port d’Athenes, des bâtimens, des fontaines, des Eglises, et des Mosquées de cette ville, nous
sans sortir si tôt de la
considérerons ses autres antiquités, s
Citadelle, qui n’est pas maintenant en état de soûtenir un long siege, quoyque son assiete soit fort avantageuse.
» On y void un ancien Palais fort magnifique tout de mar- J [0]
maige Nostre-Dame qui estoit au coslé dextre de la voulle de l’aullel auquel ung Turc voulut arracher ung pelile ymage d'argent que selon les couslumes du pays les pellerins y apportent el font affirer audicl ymaïige, subitement devint aveugle qui fut cause que nul des autres Turcs osa loucher ne oultrager ledict ymage. {Voyage raconté par Jean de Véga. Voyez plus haut, page 47, et ce même voyage décrit poétiquement, à la fin de ce volume.)
1 Pour tous ces détails, je renvoie aux Voyages de Spon et Wheler, ainsi qu'aux diverses observations répandues dans ce volume.
nées d’un Pausanias ou de tout autre écrivain de
l'antiquité, les indications qu'il aurait vainement
bre, que quelques-uns disent avoir été l’Arsenal ‘, avec une tour quarrée extrêmement haute, et fort belle, Sur la porte de la Citadelle au dedans paroit encore une Aigle Romaine gravée sur le marbre ?,
» De dessus les murailles de la citadelle du côté qui regarde la mer, on void sur le panchant de la colline où elle est située , les restes de l’Areopage *, qui consistent en quelques murailles et fenêtres, qui ont encore quelque belle apparence.
» Quand on sort de la citadelle, on void assés proche de là à main gauche sur une colline, un arc de triomphe érigé à l'honneur de l'Empereur Hadrian *.
» À la maison qu'ont acheté depuis peu les Peres Capucins, il y a une antiquité bien remarquable, et qui depuis le temps de Demosthene est demeurée en son entier , on l'appelle ordinairement la lanterne de Demosthene *, et les plus habiles Atheniens m'ont dit que c’étoit le lieu, où ce grand Orateur se retira, s'étant fait raser la barbe, et les cheveux , pour se contraindre soy-même par ce moyen à garder la solitude, afin d’acquerir par la meditation et dans le stlence, les plus belles connoissances et les plus belles lu-
1 C'est-à-dire l’arsenal de Lycurgue qui, selon Plutarque, aurait entassé des provisions d’armes et de munitions de guerre dans l’Acropole. On voit dans la topographie, écrite par l'anonyme de 1460, que ce fut la manie des beaux esprits d Athènes, au moyen âge, de donner des noms célèbres à tous les édifices de la ville. Plusieurs de ces noms ont été recueillis par Babin et les autres voyageurs. L'arsenal de Lycurgue, substitué aux Propylées, est de ce nombre.
2 Babin a oublié, à Smyrne, le temple de la Victoire Aptère qu'il avait certainement vu à Athènes.
# Comme il n’y a pas d’édifice pareil sur la colline de l’Aréopage, il faut croire que Babin désigne ainsi le théâtre d'Hérode Atticus,
4 Le monument de Philopappus sur la colline du Musée.
» Cette description du monument choragique de Lysicratès et les conjectures qu’il suggère au Père Babin ne font point honneur à sa sagacité, mais elles
expliquent comment une aussi sotte désignation, recueillie et acceptée déjà par l’anonyme de 1460, a pu se maintenir si longtemps
demandées aux traditions locales, pour déterminer
l'origine et la destination de chaque ruine, Sans
mieres de la Philosophie, comme aussi les traits les plus subtils de l'Eloquence.
» Cette lanterne ou ce fanal est une petite tour, toute de marbre blanc, maintenant un peu noircy par dessus, tant par la pluye que par les incendies, qui ont consumé les maisons voisines, et les sales et chambres où ce grand Orateur étoit retiré : Car Je ne puis me persuader qu’il füt toujours enfermé comme dans un cachot dans cette petite tour, qui n’est que de la hauteur d’un homme, et qui ne peut contenir que trois personnes.
» Ma pensée est qu'elle luy servoit de Temple, où il adoroit ses idoles, à l'honneur desquelles il allumoit des lampes qui ont aidé à noircir ce marbre, et à cause desquelles probablement on appelle ce lieu lanterne ou fanal. Il est vray aussi que sa figure luy peut avoir procuré ce nom; car cette petite tour est faite comme un fanal !, avec six colomnes canelées hautes de huit pieds, qui soûtiennent un cercle épais et pros d’un pied, et haut de deux et demy, autour duquel sont des bas reliefs d’une riche sculpture, qui représentent des Dieux marins. Entre ces colomnes il y à de grandes pieces de marbre fort larges et de même hauteur que les colomnes. Ce cercle est couvert d'une seule pierre en coquille, qui a un chapiteau de fucillages, fort bien faits de la hauteur de deux pieds.
» Vers le milieu de la ville il y a un ancien Temple de
marbre , tout entier en Octogone : à chaque côté des Angles
* Les colomnes canelées, à ce que dit Vitruve, ne sont en usage que depuis le siècle de Néron, ainsi cette tour n’est pas si ancienne que Demosthene. Celles qui sont dans la grande Mosquée, qui étoit un temple de Minerve peuvent y avoir été ajoutées par Hadrian, qui à ce que remarquent les Auteurs avoit rebâty presque tous les Temples d'Athenes ; car les colomnes qui sont entre les murailles de ce Temple, sont toutes unies, (Note de Spon.)
doute il eût fallu secouer de sottes indications d’une
main plus vigoureuse encore et plus sûre; mais
par déhors il y a une figure humaine fort bien faite en bas relief, couchée et de six pieds de long, avec des fleurs ou semblables choses à la main. Chaque figure est differente , et toutes representent les huit vents, ausquels ? probablement étoit consacré ce beau Temple, qui sans ces huit angles ressembleroit à un pigeonnier.
» Ce Temple que quelques uns disent estre le tombeau de Socrate, est en quelque facon comme ces anciens Temples des Ægyptiens Idolatres, qui étoient beaux à l’exterieur , mais l’on ne voïoit dedans que des rats, des crocodiles et toutes sortes de serpens : ainsi il peut estre le hieroglyphe des hypocrites, puis qu'il fut consacré aux vents, et qu'il est beau à l'exterieur, au lieu que dedans si l’on excepteles murailles et la voute de marbre en facon de dome, l’on ne void en bas qu’un cloaque et une infinité d’ordures.
» Proche du marché, que l’on appelle du nom Turquesque Bazar, il y a une rue fort belle et fort large, et assés près de là on trouve une des plus belles antiquités de cette ville. C’est une des plus magnifiques portes que Jaye vües : il y en a trois l’une après l’autre, comme l’on en void à l'entrée des Citadelles. La solidité y est jointe à la magnificence, puisque cette triple porte est bâtie de grosses pierres de marbre bien poly.
» Joignant cette superbe porte, il y a une autre reste fort
1 Aprés ce que dit Vifruve, (lib. I, cap. 8) on ne peut pas en douter. Voicy le sens de ses paroles. Ceux qui ont recherché plus exactement la nature des vents ont estimé qu'il y en avoit huit : comme Andronicus Cyrrhestes la voulu témoigner, en bâtissant à A/henes une tour à huit angles de marbre , et dans chacun des côtés de l’octogone, les représentations des vents, chacun vis à vis de l’endroit d’où il a accoutumé de soufler. An dessus de cette tour, il y fit une petite pyramide de marbre, soutenant un Triton de bronze qui tenoit une baguette à la main, et étoit fait avec cette adresse, qu'il tournoit selon le vent, et tenoit toû jours
la baguette du côté de celui qui soufloit. (Note de Spon.) Cette judicieuse attribution fait honneur à Spon. Guillet le partage avec lui.
c'est déjà un début remarquable, et, dans cette
profonde obscurité, une lumière inattendue. Le
remarquable de cette illustre Ville. C’est une assés longue muraille de beau marbre blanc avec huit ou neuf colomnes de même matière, hautes de 24. pieds, assés éloignées les unes des autres, et qui Joignent la muraille de même facon et avec aussi bonne grace que l’on en void en France aux Autels des plus magnifiques Eglises. Je fus surpris en voyant la beauté de cette muraille , qui est de la longueur d’une ruë, et voyant qu'elle enferme maintenant un cartier de la ville, dans laquelle on entre de ce côté par cette triple porte, au delà de laquelle on est dans la campagne, je crus d’abord que c’étoit une porte de l’ancienne ville d’Athenes, et un reste de ses anciennes et superbes murailles, dont on ne decouvre point de marques ailleurs, cette ville étant presentement comme un grand village, et les murailles même de la Citadelle, n’approchant pas de la beauté de celle-cy.
» Mais aprés avoir consideré que ces colomnes n’ont point de rapport avec les murs d’une ville, je me persuade que c'est plutôt la porte et la face du Palais de Themistocles, ou peut-estre un reste de ce superbe Temple de Jupiter Olympien, que l'Empereur Hadrian y fit bâtir *.
» Ce même Empereur fit faire pour soy un Palais fort magnifique, dont on void encore des restes dans un champ entre la ville et une petite rivière, On dit qu'il y avoit autrefois six vingt colomnes de marbre, il en reste encore environ seize , extremement hautes, et si grosses que deux hommes ne sauraient en embrasser une, et sur chacune desquelles, on void des restes d’une petite galerie voutée. Entre
1 Le Père Babin consacre ces trois paragraphes à la description du gymnase d'Hadrien, vaste et imposant édifice romain, dont les beaux restes se voient encore près du bazar, mais qui semble avoir eu alors une bien plus grande étendue. Le
nom de palais de Thémistocle lui a été donné par les Athéniens du moyen âge, et l’'anonyme de 1460 l'avait déjà recueilli.
1672. RELATION D'ATHÈNES DU P. BABIN. 205 Père Babin procède méthodiquement. S'il eût fait ce
travail à Athènes, il eût sans doute adopté la forme
quatre de ces colomnes il y a une petite Chapelle des Grecs toute entière , mais qui n’est J'amais fermée et dont ils ne se servent point f,
» Fort proche de ces colomnes composées de grosses pierres rondes les unes sur les autres, il y a un grand portail de marbre, sur le frontispice duquel on lit des mots Grecs en gros charactéres qui signifient, CE N’EST PLVS ICY LA VILLE DE THESÉE, C'EST CELLE DES HADRIANS.
C’est le même Empereur qui bâtit Andrinople, appellée autrefois Hadrianopolis.
» On dit qu'une rangée de ces Colomnes allait de là jusqu’à la Citadelle, proche des murailles de laquelle on en void encore deux sur la colline, qui sont un peu moindres que les autres. On en void 2. autres de même grosseur que ces deux dernieres, sur le panchant d’une autre colline, et l’on asseure qu'il y avoit encore une autre galerie ou rangée de colomnes, depuis le Palais jusqu'à cette colline ?, sur la pointe de laquelle il y avoit autrefois un Temple de Pallas, en la place duquel il y a maintenant une Chapelle des Grecs ÿ.
» Assés proche de ce Palais et au delà de la petite rivière, il y a sur une eminence une fort belle Eglise toute bâtie de fort beau marbre; mais abandonnée et toute ouverte, les voutes de laquelle sont embellies de peintures, où je remarquay même quelque reste d’une image en bosse, contre la coutume des Grecs ‘
1 L'Olympiéion ou temple de Jupiter Olympien s'élève près de l'Ilissus, au sud de la ville d'Athènes.
2 Le Père jésuite accepte, avec une facilité par trop candide, les légendes populaires qui, en Grèce, rêvent des colonnades sans fin, comme dans nos campagnes elles annoncent des communications souterraines indéfinies, Les deux co lonnes proche des murailles de l’Acropole sont des monuments choragiques isolés, et les deux autres appartenaient à l’aqueduc d'Hadrian.
3 La chapelle de Saint-Georges sur le Lycabette.
4 Les chrétiens avaient changé, en église, ce petit temple ionique qui s'élevait
de l'itinéraire, comme Pausanias et l'anonyme de
1460; mais, écrivant de souvenir, à tête reposée et
» En descendant un peu on trouve environ à 60. ou 80. pas delà, sur la rivière un fort beau Pont,qui a par dessous deux longues voutes bâties de grosses pierres de taille toutes égalles en largeur et en longueur. Il y a une muraille qui sépare ces deux voûtes, qui sont comme deux grands et larges canaux, par où coule l’eau sur ce pont.
» Il est aisé de juger par la beauté, et par la largeur et longueur de ce pont, que l’Aissus étoit autrefois plus abondant en eau qu'il n'est presentement, car maintenant l’une de ces voutes et l’un de ces canaux est plus que suffisant même en hyver pour toutes les eaux de cette petite rivière.
» Dessus ce pont paroïssent les ruines d’une Eglise et d’une maison, d’où l’on peut conjecturer que c’étoit un monastère avec son Eglise bâty ainsi sur l’eau, et surtout puis qu’il ne paroit aucune marque de chemin pour les chariots, ni même pour les chevaux , et que l’on entre sur ce pont du côté de la ville, seulement par le Portail de cette Eglise, dont quelques murailles restent entières !,
» De l’autre côté de la riviere l’on void dans une ouverture qui se fait entre deux collines, le reste de l'Amphitheatre, et de la muraille qui le fermoit du côté qui regarde le pont. Les trois autres côtés étans fermés par la colline ?.
» Comme lon monte plus haut en suivant le lit de la riviere , l'on rencontre à demy lieue de la ville, quantité de
jardins plus beaux que ceux qui sont proche de la ville un
sur la rive gauche de l’Ilissus du côté du Stade. I1 fut détruit en 1771. J'en ai parlé plus haut, page 126.
X L’anonyme de 1460 avait omis de parler de ce pont, il citait seulement cette porte voûtée que le Père Babin transforme en dépendance de monastère. Il y a plus d’une obscurité sur ce poiut de la topographie athénienne, mais ce n’est pas le lieu pour s’en occuper.
2 L'assiette du Stade est bien marquée, mais on devait s'attendre à plus de détails.
16072. RELATION D'ATHÈNES DU P. BABIN. 207 froidement, il fit un mémoire dans lequel il traite
d'abord des ports d'Athènes, des constructions pri-
peu plus bas que le Palais d'Hadrian, et qui tiennent beaucoup plus d’étendue, d’où vient que Pausanias fait mention d’un lieu proche d’Athenes appellé les Tardins. Chacun à une maison pour loger ceux qui en ont soin et plusieurs ont de hautes Tours carrées pour loger leurs maîtres pendant une partie de l’année.
» L'on n’y voit ni cabinets, ni allées : tous les arbres sont sans ordre et en confusion; mais on a de l'adresse pour les arroser durant l'été, l’eau des puits ou des ruisseaux ne leur manquant jamais.
» Je ne vis point dans ces jardins le Temple de Venus qui y étoit du tems de Pausanias, n1 la statue de cette Déesse, que cet Autheur, au livre premier de la description de la Grèce, dit estre un ouvrage qui ravissoit en admiration ceux qui la voyoient Le
» On y voit pourtant encore des restes fort considérables d’une ancienne tour ?, bâtie de marbre rude, grossier et mal poly : elle est à peu près comme sont les colombiers en France. La vote en est tombée, chaque pierre est de même grosseur, elles avancent et sortent toutes en dehors en facon de pointe de diamant.
» On m'a assuré que cette Tour était autrefois l’Ecôle et l’Académie de Platon #, et cela s'accorde bien avec ce que J'ay lu dans quelques Autheurs, que ce fameux Philosophe se retira hors d'Athenes à la campagne, et assés proche d’une montagne: cette Tour est à demy lieue de la ville, et n’est éloignée du mont Hymette qu'environ un quart de lieue,
1 1] faut chercher ces jardins dans les environs d’Ampelokepi, au sud-est d’Athènes,
2 Il n’y a plus trace de ce monument.
L'anonyme de 1460 marque aussi de ce côté des écoles de célèbres philosophes.
vées de cette ville, de ses fontaines, de ses églises,
de ses mosquées (le Parthénon compris), de ses
» Aprés avoir rapporté ce qui reste des antiquités d’Athenes, et representé cette ville telle qu'elle est aujourd’huy, il ne sera pas mal à propos d'écrire quelque chose des Atheniens. Si ces peuples Joüissoient de la liberté qu'ils avoient autrefois, ils seroient encore tels que les depeint saint Luc, au chap. 17. des Actes des Apôtres. Athenienses aulem omnes ad nihil aliud vacabant, nisi aut dicere aut audire aliquid novi. Les Atheniens, ditl, et les étrangers qui demeuroient à Athenes, ne passoient tout leur tems, qu'a dire et à entendre quelque chose de nouveau.
» Ils montrent encore cette inclination de dire ou d’entendre quelque nouveauté ; et ne tiennent pas seulement cette curiosité par héritage de leurs ancêtres; mais encore une grande estime d'eux mêmes, nonobstant leur servitude, leur misère et leur pauvreté sous la domination Turquesque.
» Que si Solon disoit autrefois à un de ses amis, en regardant de dessus une montagne cette grande ville, et ce grand nombre de magnifiques Palais de marbre, qu'il considerast, que ce n’étoit qu'un grand, mais riche hôpital remply d’autant de misérables, que cette ville contenoit d’habitans : J'aurois bien plus sujet de parler de la sorte, et dire que cette ville rebâtie des ruines de ces anciens Palais, n’est plus qu’un grand et pauvre hôpital, qui contient autant de misérables que l'on y void de Chrétiens.
» 1] faut pourtant avoüer qu'il y a encore des marchands Grecs riches de plus de cinquante mille écus. Et pourc qui est de la science, J'y ay vü un Religieux Grec qui savoit un peu de Latin. IT y en a d’autres sans parler de l’Archevèque, qui savent le Grec literal.
» L’Eloquence ni la Philosophie n’en sont pas entierement
bannies, et Jay parlé au Signor Dimitry Beninzeles, qui
antiquités, puis en dernier lieu de la population.
Cette lettre, la première description d’Athènes,
ayant appris l’une et l'autre dans l’état de Venise, en faisoit des lecons dans sa patrie à deux ou trois Auditeurs seulement;t{tout le monde s’occupant maintenant à amasser un peu d'argent, qui tombe enfin presque tout dans les mains des Turcs.
» Si je voulois prouver qu’il s’y trouve aussi des personnes considérables pour leur vertu et pour leur courage, je ne manquerois pas d'exemples; et J'en trouverois deux fort beaux et fort recents, l’un dans la personne d’une fille Grecque, qui étant attaquée par des Turcs dans sa maison, aima mieux recevoir plus de soixante coups de couteaux, que de perdre la fleur de sa Virginité, Monsieur Castenier Marseillois Consul de France, et Monsieur Giraud Consul pour les Anglois natif de Lyon, eurent la charité de faire penser ses playes, et de l'envoyer dans une Isle, comme dans une azyle, aprés luy avoir fait de bonnes aumônes, sans que les Grecs fissent rien en sa faveur.
» L'autre Exemple fut dans la personne d’un jeune enfant, lequel aima mieux perdre la vie, que de faire banqueroute à la Religion Chétienne, pour laquelle il eut le courage de souffrir dans sa propre maison une courageuse mort, qui le mit au rang des Martyrs de la Grece.
» Ce sont deux histoires qui meriteroient d’étre racontées au long avec toutes leurs circonstances et particularités ; mais ce peu que j'en écris suffit pour faire voir, que dans Athenes il se rencontre encore des personnes courageuses et remarquables par leur vertu !,
» On voit encore de tems en tems des prodiges et des Monstres dans cette ville, aussi bien qu'auparavant. L’an 1665.
1 Tous ces détails sur la population athénienne sentent un peu le Latin parlant du Grec, mais on ne peut refuser à Babin une certaine finesse dans ses jugements.
doit donc être lue avec attention, avec précaution
aussi, car les erreurs s'accroissent de l’indécision
au mois d'Octobre, une femme Turque enfanta à la Citadelle d'Athenes, un épouvantable monstre qu’elle avoit conceu depuis neuf mois. Quand il vint au monde, il sauta aussitôt en terre et commença à marcher, à crier et à marmoter certains mots qui approchoient de labbayement d'un chien. Il avoit les oreilles de lievre et droites, son museau ressembloit à celuy d’un Lion, ses yeux etinceloient, deux grosses dents luy sortoient de la bouche, ses pieds paroissoient comme ceux d’un enfant, et ses mains étoient comme celles d’un grifon : à peine pouvoit-on discerner son sexe.
» Le Vaivode et le Cadis, c’est à dire le Gouverneur et le juge de la Ville, allerent le voir trois jours aprés sa naissance, et porterent sentence de mort contre luy, ordonnant qu’on feroit une grande fosse, et qu’aprés y avoir été Jetté on la rempliroit de pierres. Ce qui fut executé le 8. d'Octobre.
» Monsieur Fouchon Chirurgien Francois demeurant pour lors à Athenes, pria ces Messieurs de luy laisser embaumer ce corps monstreux , afin de l'envoyer en France, ce qu'ils luy refusérent disant que c’étoit un diable, et qu'il n’en faloit pas conserver la mémoire, ni même s'approcher de la fosse où il étoit, de laquelle tous les Turcs fuyoient comme d’un écueil dangereux ‘.
» Voila, Monsieur, ce que j'ay à vous écrire d’Athenes, pour vous la representer telle qu’elle est de nos jours : en quoy vous voyés qu’elle est bien differente de ce qu’elle étoit autrefois; puisqu'on n’y voit plus tous ces Temples, tots ces mausolées, et toutes ces statues dont parlent les Historiens. On ne sçait pas même en quel endroit étoient les Temples de
1 Spon raconte de nouveau ce commérage, seulement il rapporte que quelquesuns altribuent à l'imagination frappée de ces lions (les différents lions sculptés
en marbre) Ze monstre dont une femme turque accoucha à Athènes. I1 n’ajoute aucun détail de nature à donner plus de consistatice à te cotte.
1672. RELATION D'ATHÈNES DU P. BABIN. 211 des termes de Babin, qui jettent dans l'esprit du lecteur plus d'obscurité qu'il n'y en avait probablement dans le sien.
L'abbé Pécoil, à son retour d'Orient, s'établit à Lyon. L'homme le plus instruit de cette ville, de tous temps riche en hommes distingués, était alors Jacques Spon, fils de Charles Spon, l'ami de Guy Patin. Médecin, comme son père, il avait su faire
dans les occupations que lui donnait une clientele
Iunon et de Ceres, n1 les magnifiques sepulchres de Menandre, d'Euripide, de Pericles et de Phormion ; ni les statues de Cecrops, de Pandion, de Philippe de Macedoine, d'Alexandre le grand son fils, de Brutus, et de Cassius, et de plusieurs autres grands personnages : ni le College que fit bâtir Ptolomée où étoit sa statue, ni les Autels de la misericorde, de la pudeur, de la renommée et de la Joye. Il ne reste pas même aucune marque de ce fameux Autel d’où Saint Paul tira le sujet de la premiere predication qu'il fit dans cette ville, qui étoit consacré au Dieu inconnu.
» Il est tems de finir. l'espere que vous aurés la bonté d’excuser la longueur de cette lettre, puis que je ne l'ay fait que pour m'acquiter de ma promesse et vous donner satisfaction, vous priant en échange si vous avés quelque piece nouvelle touchant les Hollandois, et les victoires de nôtre I]lustre Monarque, de m'en faire part, et vous obligerés sensiblement celuy qui est avec sincerité de cœur,
» MONSIEVR, » Votre tres-humble et tres-obeïssant Scrviteur Jaques Paul Babin D: L. C.D.I. (De la Confrérie de Jésus.) a Smyrne ce 8. Octobre 1672.
7 mr
nombreuse, une large part, trop large peut-être, à ses études de prédilection. La philologie, l'épigraphie ! et l'archéologie, dans une pente décidée vers les monuments de l’art, occupaient tous ses loisirs. Une lettre datée d'Athènes, une description des monuments de cette ville étaient donc bien faites pour exciter sa Curiosité, pour être appréciées par lui. L'abbé Pécoil lui communiqua celle qu’il venait de recevoir du Père Babin. Le docteur Spon fut frappé du caractère de vérité et de judicieuse cri tique, par suite de l'intérêt tout nouveau offert par cette description. I l’annota et la publia à Lyon en 1674? sous le titre de Relation de l’état présent de la ville d'Athènes,
1 I] dit lui-même dans la préface de la relation du Père
Babin : « C’est mon feu, c’est ma passion que les inscriptions ) 1
» antiques. »
2 Spon s'exprime ainsi dans son voyage :« J'ai donné au jour » une relation de l’état présent d’Athènes écrite par le R. P. Ba- » bin, à quoy j'avois ajouté quelques remarques sur ses anti- » quités.»(T.If, p.100.) IT publia plus tard, dans cet ouvrage, une lettre du mème jésuite sur le flux de l'Euripe, et il annoncait d’autres travaux de ce savant zélé. (T. I, p. 328.) Sans le prévoir et contrairement à ses loyales intentions, il a accaparé tout le mérite qui revenait à Babin. Dans aucune bibliographie le révérend Père n’est cité; dans la meilleure, celle de M. Quérard, il n’a pas d'article, et il faut chercher sa re-
; | ; lation d'Athènes sous le nom de Spon. Il en est de même dans les catalogues de la Bibliothèque impériale et de la biblio- 6 | Ï
thèque de la ville de Lyon, ainsi que dans le catalogue de la bibliothèque de M. Coste, un Lyonnais, et dans le Manuel du libraire de M. Brunet, qui l’a inscrit sous le n° 22,854.