I. Cynosarge. T. Colonos Hippios
K. Alopece. V. Dipilon, Porte du Ceramique.
L. Porte Diocharis, X. Petite Porte du Ceramique. M. Porte Ithonia. Y. Hyera, porte sacrée.
N. Amazonion. Z. Hyera Siki, et Hyera Odos.
O. Chrysa. aa Heptachalcon.
P. Agra, ou Agræ. bb Oeon.
Q. Porte Melitide. ce Colonos,
4q. Cœla. dd Melite.
R. Porte d'Acharnæ. ee Colytos,
S. Hyppades, Porte aux Chevaux. ff Macra Stoa.
On a passé par mégarde dans la Planche l'ordre des Chiffres de quatre endroits remarquables, qu'on a remplis de petites Estoilles, particulierement la grosse Tour du Chasteau, qui est l'Arsenal que Lycurgue fit faire de marbre, La suitte des Chiffres indique la position des autres.
1 I] disait dans sa réponse à Spon : « La Guilletière estant > dans le Levant envoya les mémoires de ce qu'il avoit vu » dans Athènes et dans Lacédémone à son frère Guillet, qui » fit un tissu et un corps de ces mémoires et les donna au » public. » (P. 113.) Mettez les capucins d'Athènes au lieu et place du nom de la Guilletière (Guillet s’entêtait dans son roman), et vous aurez la vérité.
? Ce plan est celui-là même que les capucins de la mission d'Athènes avaient dessiné et qu'ils communiquaient en cachette aux voyageurs. Ils en envoyèrent une copie à Guillet, Je l'ai reproduit plus haut (p. 78) dans son état
our son temps d’une intellisence remarquable des [! O
choses de l'antiquité, avait ajouté des recherches érudites, exposées dans un style agréable. Il était ainsi parvenu à donner, à ce petit volume, un ensemble qui trompa tout le monde. La Guilletière était censé avoir visité Athènes en février 1669; c'était la
date de quelque mémoire parti de ce pays : seule-
primitif, et on le voit ici avec l’addition des signes et numéros de l’auteur d'Athènes ancienne et moderne. On comparera ces deux plans et on se convaincra qu'ils présentent trop peu de différence pour que le moindre doute puisse exister encore sur l'honnêteté de Guillet, malgré sa petite supercherie, et sur la confiance que mérite son ouvrage, malgré tout ce qu’il a fait pour inspirer la défiance. Il est un point qui demanderait une explication, mais les ressources me manquent pour la donner. A défaut de solution, je signalerai au moins la difficulté. Dans le plan des capucins (voy. p.78), tel qu’il se trouve dans le recueil de l'ingénieur Plantier ou de M. d'Otières, recueil formé en 1685 et 1686, toute la partie de Pancienne Athènes qui était occupée par la nouvelle Agora, le Céramique intérieur et le Céramique extérieur, est conforme à l'exactitude ou au moins à une exactitude approximative, tandis que cette partie a été changée sur le plan communiqué à Guillet, au point d’induire en erreur l’ingénieux archéologue, qui s’est vu forcé de porter, contre toute vraisemblance, au nord-est de la ville, du coté du mont Anchesmus où Lycabette, l'Académie (n° 139 de son plan), le temple de Thésée (n° 144) et son lion de marbre (n° 146). Il faut croire que les capucins n'avaient pas encore terminé leur plan, de ce côté de la ville d'Athènes, lorsqu'ils en envoyèrent la copie à Guillet, et qu'ils le complétèrent pendant les années suivantes
et avant l'arrivée de expédition maritime de M. d'Otieres.
ment, comme les renseignements sur le Parthénon étaient insuffisants, Guillet se tint sur la réserve : « J'espère vous en faire voir quelque jour le plan, » parmi les crayons que je conserve, et vous y dé-
couvrirez tout d'un coup tant de beautés , que » vous approuverez la résolution que j'ai prise de » ne pas perdre de longs discours à le décrire. : Dans ces sortes de supercheries, on est trahi au moins autant par ses aveux que par son silence. Ne rien dire du Parthénon, dans une description des antiquités d'Athènes, parce qu'on se réserve
d'en parler ailleurs, c'est déjà assez singulier; ce
qui le paraissait davantage, c'était de ne pas même
mentionner le charmant temple de la Victoire Aptère qui frappait tout d'abord la vue du voyageur à son entrée dans l'acropole. Un pareil silence démasquait mieux l'imposture que l'inscription au dieu inconnu ', mentionnée déjà par les voyageurs,
longtemps avant Guillet.
1 Spon, et tous ceux que le docteur de Lyon ameuta contre Guillet, firent grand bruit de cette inscription, Nous avons vu cependant l’anonyme de 1460 dire en propres termes que le Parthénon est placé sous l'invocation du Dieu inconnu. Cette tradition remontait directement aux souvenirs laissés par saint Paul à Athènes, soit que les premiers chrétiens d'Athènes , désireux de rattacher le passage du grand apôtre à leur plus belle église, aient placé sous ses portiques quelques-unes des inscriptions de Phalère, où nous savons posi-
tivement que des autels étaient élevés À ce dieu incertain
Ces erreurs, ces maladresses étaient inséparables
de la rédaction d'un voyage exécuté sans sortir de
son cabinet; mais elles étaient compensées par l’inté-
rét puisé dans les relations vraies venues de Grèce
dont Guillet faisait usage honnêtement ”, c'est-à-dire
(Pausanias, t. 1, 4, Pollux, VIIT, 10), soit qu'on ait gravé l'inscription sur quelque pierre de la nouvelle entrée de l’église qu’on disposait dans l’intérieur du Parthénon en en changeant l'orientation. En tout cas cette tradition se maintient et persévère jusqu’à la fin du xvn° siècle. J'en ai encore trouvé des traces dans la correspondance de M. Girardin, ambassadeur à Constantinople , en 1686.
* Cette probité littéraire semble difficile à établir, et cependant quelques détails sur les travaux de Guillet prouveront la vérité de mon assertion. Le malaisé, c’est de trouver ces détails. Si Guillet n'avait été qu'un savant distingué, il serait fort naturel qu'on ne sût rien des particularités de sa vie, pareil sort étant le partage des plus illustres ; mais ses discussions avec Spon ont fait du bruit, il occupa, en outre, à l’Académie de peinture ,; pendant les vingt-trois dernières années de sa vie, une position qui le plaçait en évidence, et ses études biographiques sur tous les membres de la compagnie durent exiger de sa part des recherches dans les papiers de famille ou près des parents de tous les académiciens, recherches et questions qui le mirent en rapport avec nombre d'écrivains et d’artistes. Malgré tout, nous ne savons rien, à Paris, de la vie de Guillet,
J'espérais qu’on serait mieux instruit en Auvergne sur l'existence, quelque peu glorieuse, d’un enfant de cette province. J’ai donc écrit au bibliothécaire de Clermont-Ferrand, lérudit le plus capable de me répondre, parce qu’il possède
à la fois l'instruction et l’obligeance, deux qualités qui
en conservant les assertions des témoins dans leur
intégrité et en n'affirmant jamais plus qu'ils n'affir-
s'excluent d'ordinaire, ne sachant pas à quel point elles se font valoir. M. Desbouis me répond : « Guillet de Saint- » Georges est un des hommes de ma biographie auver- » gnate sur lesquels les histoires locales sont muettes. Je » vous dirai que, réduit à consulter des livres imprimés, J'ai » peur d’en savoir sur son compte un peu moins qu'on » n'en sait à Paris. »
Voyons donc ce que nous en savons à Paris. En tête du premier volume de lédition du dictionnaire de Richelet, publiée à Lyon en 1728, on a imprimé un Abrégé de la vie des auteurs citez dans ce Dictionnaire. L'article de Guillet, écrit par un contemporain, peut être considéré comme un document, et en effet il a été copié par Moreri et ses abréviateurs, par Evriès, dans la Biographie universelle de Michaud, et par tous ceux qui copient cet ouvrage. Le voici : « Guillet, dit de Saint-George (George), naquit à Thiers en » Auvergne, vers 1625. Il fut le premier Historiographe de
PAcadémie Royale de Peinture et de Sculpture, à Paris.
Il y fut recu en cette qualité le 31 janvier 1682, et mourut
le 6 août 1705. (Je tiens cela de M, Reynés, Concierge de
la même Académie.) Il est Auteur au moins en partie de quelques Ouvrages dont je parlerai dans l'article suivant.
Le Livre qui lui a fait le plus d'honneur est en trois volu-
mes in-douze, et fut imprimé, pour la première fois, à
Paris, en 1678, sous ce titre : Les Arts de l'Homme d'Épée.
Guillet, dans le remerciement qu'il fit à l'Académie, le jour » de sa réception, s’engagea en quelque facon à en donner
un jour l’histoire; maïs il n’a point tenu parole, quoiqu'il
ait vécu depuis, plus de vingt-trois ans. »
Comme on le voit, sans le concierge de l’Académie, nous
risquions fort de ne pas savoir grand’chose sur le compte
maient. Son respect pour ses guides, les capucins
d'Athènes, est tel, qu'on sent, à travers l’arrange-
de Guillet; avec son secours même nous sommes en assez grande hésitation quant à la date de sa naissance , qui paraît bien reculée, si on la place en 1625. Admettons-la cependant, et convenons que nous ignorons absolument, depuis sa naissance à Thiers, en Auvergne, quelle fut son existence Jusqu'au moment où elle nous est révélée par l’ouvrage intitulé : Les Arts de l'Homme d'Lpée ou le dictionnaire du gentilhomme, trois volumes in-12, qui parurent à Paris en 1670 (et non pas 1678).
Un ouvrage de ce genre n’a pu étre concu, composé d’éléments si divers et écrit qu’à Paris. Il faut admettre que Guillet habitait cette ville depuis longtemps et y faisait certaine figure. Les informations du grand monde forment le fond de son travail. Elles ne pouvaient lui venir que d’un commerce habituel et familier avec les gens de la bonne compagnie. Il est probable que ces circonstances enfantèrent l'ouvrage plutot que l’idée de l'écrire ne fit naître ces circonstances, Nous verrons en effet que Guillet, avec assez d'imagination pour composer des romans, avec assez d’esprit pour les rendre amusants, avait un bon sens qui le portait à l'exactitude et à m'écrire que sur des sujets dont il se sentait maitre, soit par des rencontres heureuses, soit par les documents nouveaux qui s’offraient à lui. Le Dictionnaire du gentilhomme est déjà un spécimen de sa manière de travailler, On Py voit remontant aux meilleures sources d'informations, s'adressant aux gens compétents et qui font autorité dans la matière, se faisant même un peu noble pour mieux traiter des occupations dont il forme Pattribut du gentilhomme; peut-être même que la pensée fixée sur ce
sujet lui persuada qu’il l’anoblissait; ce qu’il y a de certain,
c’est qu'il changea, candidement ou effrontément, son nom Il [e) ) ,
ment parisien, respirer l'air de leur couvent, leurs
pieux intérêts, leurs mesquines rivalités, et qu'il
un peu commun de Georges Guillet en celui de Guillet de Saint-Georges, forme plus aristocratique. Passons-lui cette faiblesse de jeunesse, comme on semble, de son temps, l'avoir excusée en l’acceptant. Dans ce même livre des Arts de l'Homme d'Épée, où il fait entrer assez arbitrairement la marine, il indique ses ressources pour traiter cette partie de son ouvrage : À l’égard des termes de marine, je me suis souvenu , aulant qu'il m'a élé possible, des remarques que j'ai faites autrefois dans nos ports du Levant et du Ponant. Avaitil été employé dans ladministration de la marine royale? On pourrait supposer qu'une position de ce genre, à Toulon ou à Marseille, l’a mis en rapport avec nos missions du Levant; eten effet, vers 1672 ou 73, les capucins missionaires, qui rentraient en France après avoir fait un long séjour à Athènes et voyagé dans différentes parties de la Grèce, mettent à sa disposition des notes, des mémoires, un plan ou vue cavalière de la ville célèbre, et enfin, ce qui valait mieux, des souvenirs encore présents que Guillet savait, à merveille, réveiller et saisir. Fort de ces documents, il se mit à l’œuvre et parvint à produire une description d’Athènes qui eut le mérite d'offrir plus d'exactitude qu'aucune autre, et le mérite plus grand de se faire lire avec plaisir par un public nombreux, assez étranger d'ordinaire à ces études classiques. La description d'Athènes est de 1675, celle de Lacédémone de 1676, les années 1677 à 1681 furent occupées par sa discussion avec Spon et par la mise au jour de l'histoire des grands vizirs Mahomet Coprogli et son fils, ainsi que de celle du sultan Mahomet If. Ces consciencieux ouvrages, témoignages de la grande variété de ses connaissances et d’une facilité très-agréable de style, ses relations
personnelles avec les membres de plusieurs académies,
238 \THÈNES AU XUIL‘ SIÈCLE. 1675.
est facile de distinguer tout ce qu'il leur emprunte,
tout ce qui vient de lui. Que veut-on de plus? Qu'il
comme Francois Charpentier, directeur perpétuel de PAcadémie francaise, et Charles le Brun, tout puissant dans l’Académie de peinture et sculpture, disposèrent Colbert, alors protecteur de cette dernière compagnie, à lui donner Guillet pour historiographe.
L'Académie lagréa, et voici ce qu'on lit dans les procesverbaux de ses séances, conservés aujourd’hui au secrétariat de l’École des beaux-arts. Séance du samedi 31 janvier, xvi quatre-vingt-deux. — À la même assemblée, M. André George Guillet, dit de Saint-George, nommé par Monseigneur le protecteur (Colbert) pour Historiographe de l'Académie, y a pris séance en sa qualité. — Au premier jour d'assemblée , les lettres de provision de M. de Saint-George lui seront délivrées. On remarquera la forme régulière de son nom, ce qui n'empêche pas Guillet de signer avec ses collègues, sur
les registres de l'Académie,
ed A co ryt) de PEN
Des proces-verbaux sont naturellement très-laconiques ;
et de n’en pas démordre.
le Mercure galant , une des gazettes littéraires du temps, qui s'occupait souvent de l’Académie de peinture , parle plus longuement de la réception du nouvel historiographe : « Ma » dernière lettre vous a instruite de l’établissement et du » progrès de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture, » et ce détail vous a fait connoistre les diverses fonctions de
» ceux dont ce corps est composé. Il y manquait un Histo-
» riographe qui prist soin de ramasser ce qui se dit d’utile
dise franchement : « Je n'ai pas été à Athènes, on
nr'a envové les descriptions et le plan dont je me
et de curieux dans leurs Conférences, et M. Guillet de Saint-Georges vient d’estre choisy pour cet employ. M. Le Brun , Chancelier et principal Recteur de l'Académie, s'appliquant toujours à la maintenir dans le haut degré où ses merveilleux talens l’ont élevée, le présenta à M. Colbert, qui, estant informé de son mérite, approuva le choix qu'il en avoit fait. L’agrément d’un si éclairé ministre est un éloge si grand qu'il m'est presqu'inutile de vous dire que M. Guillet s’est acquis beaucoup de réputation par plusieurs ouvrages qu'il a donnés au public, et entre autres par son Athènes ancienne et nouvelle, le Dictionnaire des Arts de l'Homme d’Epée et l'Histoire du Sultan Mahomet IL. Il fut receu en pleine Assemblée de l’Académie en qualité de son Historiographe, le samedy, 31 de l'autre mois, el fit connoistre par un éloquent Discours que c’estoit avec justice que les suffrages de tous ces illustres luy avoient esté donnez. — Il finit en disant, que si le détail des conférences et des observations de l’Académie avoit mérité d’estre donné au Public, il ne falloit pas douter que PHistoire de son origine et le dénombrement de ses excellents Ouvrages ne fussent receus avec autant de satisfaction que d'utilité; Qu'il se faisoit une espérance agréable de voir cette histoire tenir un jour une place parmy ses autres Écrits ; qu’il la regardoit avec des réserves plus délicates, puisqu'outre la noblesse de son sujet, ce sujet lui estoit prescrit par une puissance que tout le monde devoit réverer ; Que quoy qu'il se sentoit étonné quand il songeoil que sa plüme estoit destinée à cet employ, il recevoit cet honneur avec une très-respectueuse soumission ; et que s’il ne pouvoit s’en rendre digne par le secours de l’éloquence, 1] autoit recours à la force de la vérité et soutiendrait l'o-
sers? » Mais c'est vouloir lui interdire une petite
supercherie littéraire, tellement usitée alors et si
» pinion qu'on avoit de luy par la dignité de sa matière. » (Le Mercure qalant de février 1682, page 23.)
C'était en effet sa ferme résolution de consacrer entièrement ses facultés et son temps à ces difficiles et laborieuses fonctions. On lit dans les procès-verbaux de l’Académie, séance du trente may 1682 : « A été résolu que dans la pre- » mière assemblée, Monsieur de S'-George y fera lecture de » ce qu'il a faict sur les conférences pour y servir de sujet » d'entretien, Du sivième juin : Mons. de S'-George , Histo- » riographe de l’Académie, a faict lecture à la compagnie de » quelques abrégés qu’il a faicts sur trois conférences, l’une » sur le tableau de Rebecca, de Mons. Poussin, faicte par » Mons. Champagne le jeune, l’autre, sur le tableau de » St-Etienne, faicte par Mons. Loir, et la troisième sur le » tableau de Raphael, représentant la Vierge et l'enfant » Jésus, faicte par Mons. Nocret, ce qu'ila faict pour sçavoir » de la compagnie si elle trouveroit agréable qu'il continuast » de la mesme manière à reduire par abrégé toutes les au- » tres conférences de l’Académie, La Compagnie ayant exa- » miné son ouvrage a approuvé ce qu’il a faict et l’a prié de » continuer, »
Ainsi donc, à peine installé, il se fait l'organe de lAcadémie, et pendant vingt-trois ans suffit à ses conférences, en méme temps qu’il réunit les éléments de la biographie de tous ses membres, et rédige avec soin un grand nombre de notices du plus grand intérêt. Et cependant, dès 1728, on lui reprochait sa paresse et son manque de parole, ainsi qu'on vient de le lire dans la citation extraite du dictionnaire de Richelet. Comment un reproche aussi injuste a-t-1l pu peser pendant près d’un siècle et demi sur la mémoire d’un homme aussi consciencieux ? Comment justice lui est-elle faite de nos
1675. DESCRIPTION D'ATHÈNES PAR GUILLET. 241 transparente aujourd'hui, qu'il serait oiseux de pren-
dre part à l'irritation et aux rivalités des contempo-
Jours seulement? Je vais le dire. En 1844, alors que Je réunissais les éléments de mon ouvrage sur le Parthénon, je dus chercher dans les procès-verbaux de l’Académie de peinture et de sculpture des renseignements sur Guillet, et les allusions qui pouvaient être faites à ses travaux. Des dates précises, des indications sommaires me suffisaient ; mais trois années plus tard, quand je m'occupai d’une histoire de l’art francais, J'allai plus avant dans ces investigations, et je fus étonné de la nouveauté, en même temps que de l'abondance, des documents de diverses natures, conservés à l’École des beaux-arts. Je résolus alors de clore mes travaux par une histoire de l’Académie de peinture et de sculpture, dans laquelle entraient naturellement les excellentes notices de Guillet. J’annoncai ce projet dans la préface de mon ouvrage sur la Renaissance des arts à la cour de France, mais je fus prévenu dans cette entreprise par M. L. Dussieux, qui deja connaissait ces documents. Je ne m'en plains pas. Lui et ses collaborateurs sont à la hauteur de leur tâche, et ils allégeront d'autant la mienne. Le premier volume, le seul qu'ils aient publié jusqu’à ce Jour, est intitulé Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l’Académie royale de peinture et de sculpture. J'aurais voulu qu’on ajoutât : rédigés en grande partie par G. Guillet, et qu'on placät en tête une notice biographique digne de celui qui avait été l'âme et le véritable créateur de cette collection de mémoires. J'extrairai de l’avertissement des éditeurs, mis au commence-
ment du premier volume, le passage suivant : « En présence
» des curieux renseignements que renferment les notices bio-
> graphiques contenues dans ces deux volumes, on se de-
» mandera comment de tels trésors ont pu rester si longtemps » ignorés et perdus pour les historiens de l'art. — Il y a là
rains. Mieux vaut se demander si le livre peut être
utile; et si on sait le lire, on répondra affirmative-
quelque chose de singulier et pourtant de bien facile à expliquer à ceux qui ont quelque idée des difficultés qui s’attachent, en France, à une publication relative aux arts et aux artistes. En 1682, un écrivain, connu alors par quelques ouvrages profondément oubliés de notre temps , Guillet de Saint-George, est choisi par l’Académie de peinture et de sculpture pour être son historiographe. Il prend ce titre au sérieux et se met immédiatement en devoir de recueillir tous les faits relatifs à l’histoire et aux travaux de l’Académie et de ses membres. I] lit régulièrement, dans les séances du premier samedi de chaque mois, le résultat de ses recherches, et prend soin de recopier ses mémoires dans un cahier évidemment destiné à l’impression. Mais c’est peine perdue; celui qui a trouvé des libraires pour les Arts de l’ Homme d’Épée et Histoire du règne de Mahomet IL, n’en trouvera pas pour ses notices sur les artistes français. À Guillet succèdent Dubois de Saint-Gelais, Hulst, Ca ylus, Lépicié, Gougenot, Valory, etc., qui, guidés par le même zèle, s'efforcent de recueillir tous les renseignements relatifs aux membres de l’Académie et pensent à les publier. Seulement chacun veut refaire le travail de son prédécesseur. Les mémoires de Guillet ont vieilli par la forme et par le style, on les reprend pour les rajeunir ; mais cette refonte ne sert àrien, et, sauf quelques notices éditées par Lépicié, les travaux des successeurs de Guillet ne voient pas plus le jour que les siens. »
Guillet remplissait donc consciencieusement, depuis vingt-
trois ans, ses devoirs d’historiographe, ou plutot de secrétaire
perpétuel de Académie, en apportant, le premier samedi de
chaque mois, soit un article biographique sur l’un des mem-
bres décédés, soit, pour les conférences, un discours sur
ment. Qui en douterait en rencontrant de tels passa-
ges : « Nous fûmes voir un petit édifice que les Athé-
quelque sujet de son choix, et qui servait, pendant la séance, de sujet d'entretien. Le 7 juillet 1703, il traita devant ses co!lègues du tableau de Parrosel, représentant le siége de Dunkerque. Il avait alors plus de soixante-dix-huit ans. Depuis ce Jour, des infirmités le retinrent chez lui, et s’il continua à composer les discours qui servaient de thème aux conférences, le secrétaire Guérin était chargé de les lire en son absence. Le 2 mai 1705, on lut encore à ses confrères une dissertation, rédigée par lui, sur une statue de Van-Clève, mais, deux mois plus tard, on trouve dans le procès-verbal de la séance du 22 aoust 1706 ce passage : M. Georges Guillet, dit de S' Georges, nalif de Thiers, en Auvergne, qui estoit historiographe de l'Académie, est décédé le six de ce mois, et comme la charge d'Historiographe vaque par sa mort, la Compagnie a résolu unanimement de l'unir à la charge de secrétaire en la personne de Guérin, sans tirer à conséquence pour l'avenir.
Ainsi se termina la carrière dignement remplie d’un homme qui s’acquit,sa vie durant,une renommée éphémère, contestée autant qu’elle était contestable, pour la partie la moins sincère de ses travaux, et qui obtiendra à l’avenir une réputation durable et méritée pour la partie consciencieuse de ses ouvrages sur Athènes, sur la Grèce et sur l’Académie de peinture et de sculpture.
Je ne quitterai pas l'Académie et Guillet sans faire remarquer qu’à la fin de sa biographie de J.-B. Champagne, il dit : M, Carrey a donné son portrait pour sa réceplion dans l’Académie. Or, ce peintre de portrait signe ainsi:
Carre
niens appellent To Phanari lou Diogenis, c'est-à-dire
la lanterne de Diogène. C'est le réservoir des eaux d’une fontaine. Les Anciens le nommoient Analogœæon, parce qu'il est basty en pulpitre. Mais, parce qu'il y a au-dessus une couppe faite en lanterne, le vulgaire dit aujourd'huy que c'est la lanterne de Diogène, faisant allusion à un trait plaisant
et satyrique de ce Philosophe .» Ce monument
disparu ; il n'existait déjà plus trois années après
les procès-verbaux de l’Académie dans lesquels sa nomination est rapportée comme il suit : Séance du 30 mai 1682. — A l’esgard du $° Carré qui doit apporter pour son ouvrage de réception le portrait de feu Monsieur de Marsy, at- » tendu que ledit portrait n’a pu estre achevé du vivant du dist sieur de Marsy, luy a esté permis d’en copier un autre qui se trouvera plus ressemblant. Séance du 27 juin 1682. Le S' Jacques Carré, peintre en portraict, qui a cy-devant présenté à la Compagnie le portraict de Mons. de Champagne, y a ce Jour d’huy apporté le portraict de Mons. de Marsy, qui sont les deux portraicts qui Jui avoient esté ordonnés de faire pour sa réception. Les deux tableaux estant agréez, a esté receu Académicien pour avoir séance et jouir des priviléges, et après avoir satisfaict au présent pécuniaire, a presté serment à l'ordinaire. » Cet académicien mourut à Paris le 23 octobre 1694. Ainsi donc, quoique s'appelant Jacques, quoique son nom soit écrit Carrey par Guillet; il est évident que ce peintre de portrait, membre de Académie, et le peintre de M. de Nointel n’ont de commun que des rapports de nom, de surnom, de carrière et de contemporanéité. C’en était plus qu'il ne fallait pour motiver une confusion et m'autoriser à présenter ces détails.
1 Page 212.
cette publication, lorsque Spon visita Athènes !. A côté de monuments décrits dans cet ouvrage et dont il ne reste pas trace sur les lieux , il y a les monuments et les localités défigurés par les traditions, et dont l'archéologue, par des rapprochements ingénieux, a découvert la destination premiere et le vrai nom. Guillet, sous ce rapport, a été plus d'une fois très-heureux dans l'usage habile qu'il a fait des ressources de l’érudition ?.
Ainsi donc cet ouvrage était curieux, et Guillet
n'avait pas tort de se réjouir de son succès *. Il
ajouta bientôt un nouveau fleuron à sa couronne,
quelque peu usurpée , en publiant le volume inti-
Spon avait à Athènes le livre de Guillet, et il s’en servit comme d’un guide. Recherchant avec soin tous les monuments que celui-ci décrit, il s'exprime ainsi : « Nous
ne pumes rien apprendre du Phanari tou Diogenis, et le
bonhonime Capitanaki, à qui nous en parlämes, en lui disant l’endroit où nous avions lu qu’il devoit estre, nous dit qu'à la vérité il y avoit eu quelque fabrique ancienne qui est détruite à présent, mais qu’il ne sçavoit pas com- > ment on la nommoit, ni ce que ce pouvoit avoir esté. » C’est bien là, cependant, Pindication importante d’un monument disparu, car on ne peut supposer une confusion avec le monument choragique de Lysicrate, dit la Lanterne de Démosthène. Guillet le décrit quelques pages plus loin.
? Les éloges que j'ai donnés à Spon à propos de lattribuuon de la tour des Vents (p. 203) reviennent au même titre à Guillet, car il n'avait pas connaissance des notes aJoutées par le docteur lyonnais à la relation du P. Babin.
5 Je dirai quelques mots des éditions et des traductions de
246 \THÈNES AU XUIL° SIÈCLE. 1675.
tulée : Lacéedémone ancienne et nouvelle '. Ici encore mêmes sources d'informations, même habileté ?, mêmes erreurs. Nous aurions eu d'autres produc-
tions du même genre, le fond en étant intarissable”,
cet ouvrage. La première parut sous ce titre : Athènes ancienne et nouvelle et l’estat présent de l'empire des Turcs, contenant la vie du sultan Mahomet IV, le ministère de Coprogli Achmet Pacha, Grand Vizir,ce qui s’est passé dans le camp des Turcs au siège de Candie et plusieurs autres particularités des affaires de la Porte, avec le plan de la ville d'Athènes, par le sieur de la Guilletière. Paris, M. DCLNXXV, in-12% de 446 pages. La seconde édition parut trois mois après; on à ajouté au titre, qui est un peu modifié, après le nom de l’auteur : Seconde édition, augmentée en plusieurs endroits sur les Mémoires de l'Autheur. Deux autres éditions suivirent celle-ci, et il parut une traduction anglaise : AL. de la Guilletière : Account of a late Voyage to Athens with an account of ancient and new Athens. London, 8°, 1676.
1! Format in-12. Paris, 1676.
? On remarque dans cet ouvrage, outre le mérite du style de la partie descriptive, qu'il compare avec sagacité nonseulement les mœurs anciennes et modernes, létat présent et celui de l'antiquité , mais qu’il eut aussi un des premiers l’idée de comparer les littératures : les tragoudis, chansonnettes du grec vulgaire qui retentissent aujourd’hui dans les bourgades du Parnasse et dans les grottes de l'Hélicon ne seront peut-être pas indignes d'être comparées avec les poëmes excellents de l'antiquilé. Examinera qui voudra la différence de leurs caractères sur les exemples qu'on en donnera.
* « Si les observations de la Guilletière, dit11 dans Ja pré- » face de son ouvrage, continuent de plaire au publie, on » pourra donner dans peu de temps le reste du voyage de la
» Grèce. »
1679. SPON PART POUR ATHÈNES AVEC TROIS ANGLAIS. 247 si la critique, à la fin, ne s'en était mélée; mais la cruelle déchira le voile d'autorité dont Guillet avait cherché à entourer son prétendu frère à titre de voyageur, Pour faire connaitre ce revirement d'opinion, il convient de parler de l'exploration vraiment scientifique qui le produisit.
Il s'agit, comme on le pressent, du voyage de Spon, qui fait époque dans l'histoire d’Athènes. Avant de raconter comment le docteur , qui s'était embarqué à Venise avec trois Anglais, continua son voyage à Constantinople avec le seul M. Wheler, après avoir laissé les deux autres à Zante, en août 1675 *, je dois parler ici de ces Anglais; car l’un d'eux écrivit de Smyrne une relation de son voyage, qui parut en 1676 dans les Transactions
philosophiques de Londres”, deux années plus tôt que
1 « Nous ne continuâmes pas nôtre voyage comme nous » l’avions commencé, et notre compagnie n'étant pas de bonne » intelligence se partagea en deux à notre départ de Zante. » Monsieur Wheler et inoy primes la résolution de pousser » Jusques à Constantinople par mer, et les deux autres voulu- » rent aller en Grèce, C’étoient deux Gentilshommes Anglois, » dont l’un s'appelloit le chevalier Gilles Etscaurt, et Pautre » M. Francois Vernhon, astronome et bon mathématicien, Is » allèrent droit à Athènes et de à firent le tour de la Morée, » imais 1] en couta la vie au pauvre chevalier, — Son com- » pagnon poursuivit Son voyage, — mais On à appris depuis » qu'il avoit été misérablement tué en chemin par des gens » AVEC qui il s’étoit pris de querelle, » (Voyage, t. [, p. 153.)
? Cette lettre, adressée à un libraire de Londres, est du
le voyage de Spon. Ces deux voyageurs étaient le
chevalier Gilles Eastcourt et M. Francois Vernon.
24 avril 1676. Elle a paru dans les Philosophical transactions, n° 124, p. 575, et elle a été traduite en francais par Spon, p- 284 de sa réponse à Guillet. Je me sers de sa traduction et jy ajoute quelques notes. Après avoir annoncé son départ de Venise, sans mentionner ses compagnons de voyage, il décrit les quelques points de la Dalmatie où il a touché; parle de Corfou, où il est resté quinze Jours, de Zante et de Patras, et arrive à Athènes: « Jay demeuré deux mois à Athènes. De toutes les villes que J'ay vüës, je l'estime après Rome, la plus considérable pour les antiquitez. Le temple de Minerve est aussi entier que la Rotonde ‘, Jy fus trois fois et J'en pris les mesures avec toute l'exactitude possible : quoiqu'il soit extrémement difficile de le pouvoir bien faire; car il est enfermé dans le chasteau d'Athènes, où il y a garnison de Tures, qui sont extrémement jaloux et qui traitent cruellement ceux qu'ils s’'apercoivent en lever le plan. La lonsueur du corps du temple est de 168 pieds anglois en œuvre et sa largeur de 71. Le portique est d'ordre dorique et tourne tout autour du temple. Il a huit colonnes à Ja facade et autant derriere, et dix-sept sur les costez. La Jongueur du portique est de 230 pieds anglois, Jay pris toutes les dimensions en dedans, mesme celles du pronaos ? et du portique; mais cela est trop long pour estre compris dans une lettre. Les fustes vers le chapiteau des colonnes sont de 19 pieds et 1/2 de circonférence. L’intercolomnium ou espace entre les colonnes est d’un pied et demi de plus que
le diametre des colonnes.
! Le Panthéon de Rome.
2 L'entrée à l'occident, résultat du changement de destination du Parthénon, faisait de son Opisthodome un Pronaos. Spon tomba dans cette confusion aussi bien que Vernon, et quoiqu'il fût bien mieux préparé que le voyageur anglais pour en découvrit la cause.