Voy. la vignette à la fin du chapitre
4. Triglyphes, TpiY)voçoi, de vpeîç, trois, et graver, ornement caractéristique de la frise
dorique, ainsi nommé parce qu’il présente trois canaux parallèles gravés en creux. Les triglyphes représentent l’extrémité des solives qui faisaient saillie au-dessous du toit, dans la cahane, type primitif du temple grec. Dans le principe ils laissaient entre eux des espaces vides, témoin ce passage d’Euripide : « J’ai échappé au fer meurtrier des Argiens, et je fuis avec la chaussure phrygienne, en traversant les lambris de cèdre de la chambre nuptiale et les triglyphes doriques. » (Oreste). Plus tard, ces vides furent remplis et devinrent les métopes, p.£xÔ7îat, metopæ, qui souvent furent décorées de sculptures.
marbre blanc qui avaient été insérées à coulisses par le même procédé que nous verrons plus tard avoir été employé également au Parthénon. La corniche fort simple est en pierre comme les triglyphes.
L’autre fragment, placé dans la construction à quelque distance du premier, n’est composé que de deux triglyphes.
Tel se présente dans son ensemble le mur de Thémistoclè, s’élevant au-dessus des rochers de Cécrops, Kex,po7uiaç irsTpaç, des longs rochers, ptazpàç TTÉTpaç, comme les appelaient les Grecs. Son irrégularité même, expliquée par les témoignages de l’histoire , le rend la partie la plus intéressante de l’enceinte de l’Acropole.
Müii DE Conon. Une faible portion paraît avoir été refaite plus tard, avec le soin et la précision qui caractérisaient les plus parfaites constructions helléniques; elle n’est visible qu’à l’intérieur de l’Acropole, près de l’Erechthéion ; elle est formée de blocs de moyenne dimension, taillés avec la plus parfaite régularité, superposés pleins sur joints, et présentant sur tous ces joints une sorte de gorge étroite, une bande en creux qui la garantissait de tout choc, en encadrant chaque bloc dont la surface plane et légèrement saillante se trouvait former une sorte de bossage qui à la fois présentait plus de résistance, et, comme dit M. Beulé, « une réminiscence du puissant bossage qu’aimaient les âges les plus reculés. »
- Ifl -
Fragment de la muraille de Conon.
Cette construction dilférant de celle de la muraille de Cimon, nous pensons qu’elle a dû appartenir au commencement du iv® siècle avant Jésus-Christ, et faire partie de la restauration exécutée alors par Conon 2.
1. Cette différence de matériaux a fait croire à Hermann Hettner {Athen und der Pelopones) que dans l’ancien Parthénon les métopes étaient encore ouvertes, et que c’est seulement lorsque ce fragment de frise fut employé par Thémistoclè, qu’on les ferma par des plaques de marbre. Le savant allemand eût évité cette erreur par un simple rapprochement avec les métopes du Parthénon de Périclès.
2. « Conon (après le combat naval de Gnide) revint dans sa patrie avec une partie des vaisseaux, fit relever à la fois les murs d’Athènes et ceux du Pirée, détruits par Lysandre. »
Cornélius Népos. Conon, 4.
« Conon prend le chemin d’Athènes où il est reçu avec des transports de joie. Le plaisir de
ENTRÉE DE L’ACROPOLE
Nous sommes d’autant plus porté à le croire, c^ue nous retrouverons exactement le même appareil aux deux tours cjui, à l’occident, accompagnent l’entrée de l’Acropole, et que, selon toute apparence, ces tours sont l’œuvre de Conon.
Ce ne peut être que faute d’un examen suffisant, que le savant auteur de V Acropole d’Athènes a pu attribuer à la même époque un autre fragment de muraille, qui se voit également à l’intérieur de l’Acropole, mais plus à l’est (Pl. !'■% E), derrière une casemate turque. Cette muraille, qui est le revers de celle que nous avons déjà signalée comme un reste de la construction pélasgique, est d’un tout autre appareil.
Entrée de l’Acropole. Nous arrivons enfin au côté occidental de l’Acropole, le seul accessible, et celui où de tout temps se trouva son entrée (Pl. P^ K). Cette entrée avait disparu, et en 1852 encore, comme au temps de l’expédition des Français en Morée, ce côté ne présentait qu’un énorme bastion sans aucune ouverture, et à droite, vers l’angle sud-ouest, une petite porte moderne percée dans un massif de construction turcjue et conduisant à une porte (Pl. P^ a) percée dans la muraille du sud. Avant d’arriver à cette porte, on laisse à droite un espace qui surmonte l’Odéon. Legrand vit encore en cet endroit les ruines d’une mosquée, qui avait dû remplacer l’ancien temple d’Esculape, mentionné par Pausanias C’est encore par ce chemin qu’on pénètre aujourd’hui dans l’Acropole; nous verrons qu’il suit le tracé du passage réservé dans l’antiquité aux animaux destinés aux sacrifices.
En 1852, par l’examen des lieux et l’étude approfondie des textes, M. Beulé , alors élève de l’Ecole de France à Athènes, fut amené à penser qu’il était impossible qu’un monument magnifique, tel que les Propylées, eût fait face à un simple rempart qui le masquait entièrement, et n’eût été accessible que par un chemin détourné. C’était dans l’axe des Propylées qu’avait dû exister une entrée conciliant les besoins de la défense et la nécessité de permettre à l’œil d’embrasser dès l’abord le chef-d’œuvre de Mnésiclès; mais une question restait à résoudre :
rentrer dans son pays, après tant d’années d’exil, lui fut toutefois moins sensible que la douleur d’avoir vu Athènes brûlée et détruite par les Spartiates. Aussi répara-t-il les ravages du fer et du feu avec les dépouilles de l’ennemi et par la main des Perses. » Justix. L. VI, c. 5.
1 . « Le temple d’Esculape mérite d’être vu à cause des statues du dieu, de ses enfants et des peintures dont il est orné. Il renferme la fontaine près de laquelle Ualirrbotius, fils de Neptune, fut tué par le dieu Mars. » Pai satvias. Alt., c. XXL
l’entrée antique existait-elle encore sous les fortifications modernes? en avait-elle même jamais occupé l’emplacement, ou s’était-elle éltevée en avant, ayant depuis longtemps disparu ? Des fouilles seules potuvaient donner la solution de ce problème; elles furent commencées par M. Beulé au printemps de la même année C’était à tort qu’avant M. Beulé on avait cru devoir chercher l’entrée de l’Acropole ailleurs que dans l’axe des Propylées. « Le plan des Propylées, dit M. Guigniaut^, la forme des terrains et des rochers, le caractère même du génie grec visant à l’harmonie dans ses créations, indiquaient à l’avance que le grand escalier devait descendre à l’occident vers la plaine, et non pas s’arrêter au pied du temple de la Victoire sans ailes , sur le rocher du midi. Ce n’est toutefois qu’après avoir rouvert la tranchée pratiquée autrefois de ce côté par feu Titeux^, et s’être assuré qu’il avait fait fausse route aussi bien que son successeur, que M. Beulé a entrepris sa première fouille, précisément dans l’axe de la porte principale des Propylées, espérant trouver ainsi du même coup le mur d’enceinte, la porte d’entrée, le grand escalier et la continuation , s’il se continuait , du chemin creux qui le sépare en deux moitiés. Après avoir défoncé le bastion moderne sur sa longueur qui est de 68 pieds, après s’être avancé dans les profondeurs du sol exhaussé de près de 30 pieds, et à travers les constructions diverses des âges successifs jusqu’aux murailles byzantines, il a enfin découvert la partie inférieure de l’escalier à lii pieds en avant du temple de la Victoire. »
(( Il faut donc, bon gré mal gré, ajoute M. Guigniaut, renoncer à cette hypothèse gratuite qui, terminant l’escalier un peu en avant du temple de la Victoire, cherchait la porte d’entrée de la citadelle sur son flanc droit et en faisait une sorte de porte dérobée complètement indigne
1. Dans son excellent ouvrage sur l’Acropole d’Athènes, M. Beulé, par une modestie louable sans doute, mais regrettable, n’a pas cru devoir donner l’bistorique de sa précieuse découverte; mais on trouvera dans le IIP volume des Archives des Afissions scientifiques les rapports qu’il avait adressés alors au ministre de l’instruction publique, ainsi que ceux faits à cette occasion par M. Guigniaut.
2. Rapport fait le 12 novembre 1852, à l’Académie des inscriptions, sur les travaux des membres de l’École d’Athènes. {Archives des Missions scientifiques. T. III, p. 267.)
3. M. Titeux, architecte, pensionnaire de l’École de Rome, en étudiant les Propylées, avait voulu rechercher l’escalier qu’il avait bien pensé aussi devoir les précéder. Il avait fait ouvrir une tranchée en avant du soubassement du temple de la Victoire Aptère; mais, n’ayant rencontré que le rocber, il avait renoncé à des fouilles qui furent reprises au même lieu et sans plus de succès par M. Desbuisson. Les traces de ces travaux ont été effacées par les fouilles de M. Beulé.
ENTRÉE DE L’AGROPOLE.
de la majesté des Propylées, complètement en désaccord avec leur plan et leur orientation. »
Ce fut au mois de juillet 1852 que M. Beulé envoya à l’Académie un mémoire^ qui fit connaître le résultat de ses premières fouilles. Au mois d’août, sur un rapport de l’Académie, un crédit de û,000 francs ^ lui fut alloué pour continuer les fouilles aux frais du gouvernement français. A l’aide de cette subvention, les travaux furent repris le 18 octobre 1852 ; ils occupèrent tout l’hiver de 1852-1853, et, au printemps de cette dernière année, ils étaient terminés; M. Beulé put dès lors faire placer la grille et auprès d’elle l’inscription constatant sa précieuse découverte. Un nouveau crédit de 1,000 francs avait été accordé avant l’achèvement des travaux, en prévision de la nécessité de reconstruire la partie inférieure du grand escalier; cette partie ayant été retrouvée presque entière , ce crédit devint inutile et l’argent fut restitué par M. Beulé.
L’Ennéapyle ou l’entrée aux neuf portes successives, construite par les Pélasges, avait dû subir déjà quelques modifications, d’abord lors de la destruction des monuments de l’Acropole par Xerxès et Mardonius, et de la restauration de l’enceinte par Thémistocle et Cimon, puis lors de la construction des Propylées sous Périclès. Il est probable que le plan adopté à cette époque ne dut guère s’éloigner de celui que nous voyons aujourd’hui. Lorsque, après la guerre désastreuse du Péloponèse, Lysandre renversa les murailles d’Athènes au son des instruments de musique qui célébraient la gloire de Sparte et la honte des vaincus, il paraît avoir à peu près respecté l’enceinte de l’Acropole, et probablement il se contenta de détruire les fortifications qui, du seul cpté accessible, protégeaient la citadelle. Conon, en relevant les murailles d’Athènes au commencement du iv* siècle avant Jésus-Christ, ne pouvait manquer de commencer par rétablir l’entrée de l’Acropole et la remettre en état de défense. C’est donc à lui qu’avec toute vraisemblance nous croyons pouvoir, ainsi que l’a fait M. Beulé, attribuer la construction des deux tours que ses fouilles ont mises à découvert. Conon, probablement, imita la porte qui avait été élevée par Périclès en même temps que les Pro-
1. On doit regretter que ce premier mémoire n’ait point été publié, non plus que les dessins de M. Garnier qui l’accompagnaient.
2. 1,200 francs par le ministère de l’instruction publique, et 2,800 francs par le ministère de l’intérieur, section des beaux-arts.
pylées, et dont le souvenir était trop récent encore pour s’être effacé. Alors, comme aujourd’hui, les deux tours étaient réunies par une muraille en retraite dans laquelle s’ouvrait la porte Telle était l’entrée de l’Acropole au moment où Sylla s’empara d’Athènes, mettant fin à son indépendance et à son existence politique. Rasant à 3 mètres environ du sol les deux tours qui accompagnaient la porte, il détruisit la porte ellemême et la muraille dans laquelle elle était ménagée; et pendant toute la longue période de la domination romaine, l’intervalle des deux tours ne fut plus fermé. Enfin, Valérien (253-260 après Jésus- Christ), craignant l’invasion des Goths, voulut remettre l’Acropole en état de défense, et fit relever à la hâte la muraille et la porte que nous voyons aujourd’hui^. Telles paraissent être les données les plus probables de l’histoire; voyons maintenant si elles sont confirmées par l’inspection du monument.
La porte A se trouve dans l’axe et à 36 mètres en avant des Propylées, dont le soubassement est à 15 mètres environ au-dessus du niveau du seuil. Le mur, haut lie 6'",7/|. et large de 7‘",20, dans lequel elle est percée, est composé, à l’exception de l’une des assises inférieures qui est de tuf, de blocs de marbre disposés par assises horizontales, mais de hauteur inégale. Les blocs tirés de divers monuments plus anciens sont grossièrement assemblés et leurs joints ne sont pas toujours verticaux. Cependant une sorte d’intention décorative paraît avoir présidé à cette construction, souvenir lointain sans doute de celle qui l’avait précédée. Un bandeau de marbre noir d’Éleusis règne à 1™,65 du sol. La porte, à l’imitation des portes
1. A l’Acro-Corinthe, ou Acropole de Corinthe, une porte bien conservée, et appartenant à la plus parfaite construction hellénique, présente la môme disposition.
2, Voy. la vignette en tête du chapitre.
ENTRÉE DE L’ACROPOLE
doriques qui, elles-mêmes, avaient eu pour modèle la porte égyptienne, est plus étroite dans sa partie supérieure ; son chambranle est formé de deux pieds-droits, chacun d’un seul morceau de marbre portant un linteau de 2'", 80 de longueur. Ce linteau et ces pieds-droits proviennent, comme le reste de la muraille, d’édifices plus anciens, ainsi que l’indiquent des trous de scellement sans objet dans la nouvelle construction. La hauteur de la baie est de 3'", 87 ; sa largeur, dans la partie inférieure, est de i'",89, et dans sa partie supérieure de L",73 seulement. « Le seuil de la porte, dit M. Beulé, le dallage sur lequel il repose, les trous carrés où les gonds s’engageaient, le conduit ménagé pour l’écoulement des eaux, tout s’est retrouvé ; il y avait même encore dans les trous des gonds du plomb qui avait servi à les assujettir. »
Le mur est surmonté d’une sorte d’entablement haut de 2'", 57, formé de pièces rapportées. « Ce soiiL en effet, ajoute M. Beulé, des entablements d’édifices doriques placés de la même manière que les débris du vieux Parthénon sur le mur de Thémistocle. Les architraves de marbre pentélique supportent une frise en pierre de tuf ; des métopes en marbre blanc ont été glissées dans les coulisses des triglyphes. Ce sont des plaques sans traces de sculptures ni de couleurs. Au-dessus de la frise, on a mis une corniche de marbre qui appartenait à un autre monument, car les mutules sont d’une proportion sensiblement plus petite et ne s’arrangent point avec les triglyphes » Enfin, on a surmonté le tout d’un attique composé d’une espèce de seconde architrave terminée par une petite moulure très-peu saillante, en forme de corniche. Cette décoration pourrait bien être un lointain souvenir de la décoration primitive de l’entrée de l’Acropole, et ce n’est pas sans vraisemblance que M. Beulé suppose que les tours elles-mêmes ont pu se terminer par une rangée de triglyphes, comme celle dont nous voyons encore que Mnésiclès avait couronné les murs des ailes des Propylées.
Tous les fragments qui ont servi à composer la muraille appartiennent à des époques différentes, et qu’il ne serait pas impossible de déterminer, approximativement pour quelques-uns , avec certitude pour quelques autres. En examinant les triglyphes de la frise, on leur trouve la même proportion ramassée et les mêmes caractères archaïques que l’on recon-
I 1. E. Beulé. Acropole d'Athène.^. T. I, p. 101.
naît à ceux de l’ancien Parthénon ou au temple d’Égine, et on peut en conclure que cette frise décora quelque ancien édifice de l’Acropole, détruit par Xerxès, et remontant au vi® siècle avant notre ère. Pour l’architrave, nulle incertitude; les blocs qui la composent proviennent d’un monument choragique^, et furent apportés, soigneusement numérotés avec des lettres dont la forme appartient au iii® ou iv® siècle après Jésus- Christ. Sur ces marbres, longs d’environ 2 mètres, on lit encore une inscription qui en fixe la date :
... APISTO AHMOÏ SrnETAIQN ANE0HKEN NIKHSA2 XOPH] QN KEKPOniAI HAIAtlN EAIAAXKE liANTAAEQN SIKÏ QNIOS HÏAEI AISMA EAnHNlîP TIMOOEOr NEAIXMOS HPXE
(( N***, fils d’Aristodème du dème de Xypété (dans la tribu cécropide), a consacré ce monument, ayant remporté la victoire comme Chorége des enfants de la tribu cécropide. Pantaléon de Sicyone a composé le chœur; Elpénor, fils de Timothée, a joué le chant sur la flûte. Néæchmus était archonte. »
L’archontat de Néæchmus répond à la 115* olympiade, l’an 316 avant Jésus-Christ. Nous verrons, lorsque nous décrirons le monument de Thrasyllus, que celui-ci fut vainqueur dans la même année, au concours des hommes faits.
Quant à la partie inférieure de la muraille , plusieurs des blocs qui la composent portent des inscriptions visibles à l’intérieur, qui ont été publiées par M. Beulé , et dont les plus modernes appartiennent au 11* siècle après Jésus- Christ.
11 n’est plus permis aujourd’hui de douter de l’emploi que firent les Grecs de la peinture dans la décoration de leur architecture 2 ; les travaux des Hittorlï, des Kugler, des Raoul Rochette, des Letronne, des Brôndsted , les recherches récentes sur les temples doriques de la Grèce et de la Sicile, ne laissent plus aucune incertitude; elles ont