L. IV, c. 2, s
2. « Il n’y avait pas, dans toute la Grèce, un seul temple construit avec soin qui ne fût plus ou moins coloré, c’est-à-dire peint de manière à contribuer à l’effet et au riche aspect du monument par la couleur harmonieuse des parties symétriques, et surtout des parties supérieures de la construction. L’application était de trois espèces : 1“ la couleur était employée comme couche et sans aucun effet d’illusion pour soutenir l’architecture proprement dite, c’est-à-dire pour relever la teinte insignifiante et monotone de la pierre; 2“ la couleur servait pour produire de l’illusion dans certaines parties de la construction, c’est-à-dire pour l’effet des ombres et des jours, des reliefs et des enfoncements sur un plan uni, en un mot pour faire de véritables tableaux, et par conséquent pour remplacer la sculpture; enfin, on employait la couleur comme achèvement des parties proprement plastiques. Dans ce cas, l’application des couleurs, entièrement subordonnée aux lois de la sculpture polychrome, n’appartenait à l’architecture qu’autant que ces ouvrages y tenaient comme décoration essentielle. »
Buondsted. Voyages et recherches dans la Grèce.
bande en creux, semblable à celles c|ue nous avons signalées à la portion de la muraille de l’Acropole que nous avons dit avoir fait partie de la restauration par Conon, nouvelle preuve à l’appui de l’opinion c|ue nous avons émise sur l’époque de la construction des tours qui nous occupent. Un autre rapprochement, qui n’a point échappé à la sagacité de M. Beulé, est tiré de ce c^ue les murailles des tours ont une épaisseur de O™, 56, exactement égale à celle du pan de mur voisin de l’Érechthéion.
La partie inférieure des tours, qui autrefois était cachée dans le sol et formait les fondations, n’est composée que de blocs grossièrement équarris, rangés par assises, dont la hauteur varie de 0"‘,A0 à 0’",90.
Comme, dans le principe, ces fondations ne descendaient qu’à une assez faible profondeur, il devint indispensable, lorsqu’on les mit à découvert, de les reprendre en sous-œuvre pour les conduire jusqu’au roc ; il en résulta un troisième mode de construction plus grossier encore dans la partie la plus basse des tours. « On la revêtit, dit M. Beulé, de larges assises pour que l’appareil extérieur de la nouvelle construction ressemblât à l’appareil ancien; mais la négligence du travail, l’état des matériaux, la forme des scellements trahissent la différence des époques; le mortier qui double le revêtement apparaît çà et là; on en voit même une couche épaisse de plusieurs centimètres unir la partie supérieure de la tour à la partie nouvelle; car le dernier rang du revêtement n’arrivait point à soutenir la base ancienne, et l’on glissa dans cet intervalle tout un lit de mortier^. »
En avant des deux tours antiques s’élèvent deux contre -tours E F, deux espèces de contre-forts simplement appuyés contre elles sans les pénétrer.
La contre-tour E est composée d’assises en retraite de 0'",07 à 0'",08 les unes sur les autres, et par conséquent sa face présente une inclinaison beaucoup plus marquée encore que celle de la tour antique. Les assises horizontales et assez régulières sont formées de grands blocs de pierre ou de marbre blanc assez mal appareillés. Cette tour est parementée du côté du sud regardant l’espace cju’elle enferme en avant de la porte, et du côté du nord elle se relie à un mur de même style, faisant partie de l’enceinte septentrionale.
ENTRÉE DE L’ACROPOLE
Quant à la contre-tour de droite F, appuyée contre la tour antique C, sa construction est toute différente et bien plus barbare ; elle n’est pas formée d’assises en retraite comme celle du nord-ouest, et sa face présente une ligne un peu moins éloignée de la verticale ; elle est composée d’une réunion de matériaux de nature et de grandeur diverses, grossièrement assemblés. A 3 mètres environ du sol, elle présente un cordon en saillie d’une forme usitée au moyen âge et qui, n’existant pas sur l’autre contretour, se retrouve au contraire sur un contre-fort K, attenant à la première. Cette contre-tour n’est pas parementée du côté G, donnant sur l’entrée, et, si on eût voulu la revêtir d’un parement, celui-ci se fût trouvé tout entier en saillie sur celui de la tour antique, comme nous l’avons indiqué par une ligne ponctuée. Il nous semble donc hors de doute que la muraille de face de la tour de droite se prolongea toujours jusqu’à la tour de gauche , contre laquelle elle venait s’appliquer sans s’y incorporer, au moins dans sa partie inférieure et ancienne, et qu’elle fut toujours dans l’état où M. Beulé la trouva, lorsqu’il démolit ce prolongement pour faire reparaître au jour le mur et la porte de Valérien, la partie H, comprise entre les deux murs et les deux tours, ayant été comblée pour la métamorphoser en bastion. Le raccordement des deux contre-tours ne put être parfait, leur mode de construction étant différent et leur inclinaison n’étant pas tout à fait la même. M. Blouet, dans la planche de V Expédition de Morée, n’a pas reproduit cette particularité, omettant aussi le cordon que nous avons dit régner sur la contre-tour et le contre-fort de droite. M. Beulé ne paraît pas non plus avoir remarqué la différence de construction des deux avant-tours ; aussi leur assigne-t-il une seule et même date, celle de la conquête d’Athènes par Mahomet II. Nous croyons, au contraire, qu’elles doivent appartenir à deux époques peu éloignées peut-être l’une de l’autre, mais aussi à deux civilisations différentes. L’avant-tour E, dont la construction plus régulière et à assises en retraite rappelle, de loin à la vérité, celle de la muraille de Cimon, pourrait être, selon nous, l’œuvre d’architectes ayant encore conservé quelque vague souvenir des saines traditions de l’art. La tour de droite F et la muraille attenante I indiquent au contraire l’oubli complet de toutes les règles et paraissent l’œuvre de la barbarie. Nous ne croyons donc pas nous tromper en supposant que vers le milieu du XV® siècle, un des ducs d’Athènes de la famille florentine des Acciajuoli,
peut-être l’infortuné Francesco, le dernier d’entre eux, avait entrepris d’augmenter les défenses de l’entrée de l’Acropole et avait élevé la contre-tour de gauche; il n’avait pas eu le temps de construire celle de droite quand Athènes tomba, en 1^56, dans les mains de Mahomet IL Ce conquérant continua alors l’entreprise, en modifiant le plan précédemment adopté ; il éleva la contre-tour de droite et la réunit à celle de gauche , renfermant dans ce nouveau bastion la muraille et la porte de Valérien. Celles-ci n’avaient guère pu d’ailleurs être masquées beaucoup plus tôt, et avaient dû rester à découvert jusqu’à une époque postérieure à celle de l’invention de la poudre; car M. Beulé, avec sa sagacité ordinaire, a reconnu sur leurs marbres des traces de balles aplaties. Tout l’intervalle compris entre le rempart turc et la muraille de Valérien fut rempli de terre et forma une plate-forme armée de canons. Ceux-ci y étaient amenés par un plan incliné qui, à l’intérieur de la citadelle, commençait au palier central des Propylées , palier où, comme nous le verrons, s’ouvrait la porte méridionale dont nous allons parler.
A dater de la clôture de la principale entrée antique, on ne pénétra plus dans l’Acropole que par une porte moderne située au sud, qui avait dù remplacer une porte antique dont il ne reste plus de traces, mais qui, dominant les ruines de l’Odéon, conduisait au passage que nous verrons avoir été destiné aux victimes.
Intérieur de l’ Acropole. Entrés dans l’Acropole, et observant à revers la muraille de Valérien, nous la verrons se prolonger sur une étendue de 22 mètres, et fermer le côté oriental des tours antiques qui primitivement était resté ouvert. Ce prolongement est, comme le mur lui-même, formé de grands blocs dont plusieurs, entourés d’une bande creuse, proviennent de constructions helléniques de la plus belle époque. Nous remarquerons que, dans toute l’étendue de cette muraille, les blocs qui la composent avaient été choisis et ajustés avec moins de soin, les faces les mieux conservées et formant l’appareil le plus régulier ayant été réservées pour l’extérieur de l’enceinte. Aucune entrée ne fut alors ménagée à la tour du sud qui dut être remplie, et dont la plate-forme, à laquelle on arrivait du sommet des remparts, fut utilisée pour les besoins de la défense; mais cette tour, à l’époque où elle était ouverte d’un côté, avait eu un dallage dont les traces ont été constatées par M. Beulé, et qui se trouvait de niveau avec le premier palier des Pro-
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pylées, avant que son niveau eût été abaissé. C’est à l’extrémité de ce palier, près de la tour méridionale, que sont déposés deux bas-reliefs, trouvés et publiés par M. Beulé^; ils sont d’un assez bon style et représentent, l’un une danse pyrrhique, l’autre un chœur cyclique.
A la tour du nord est une porte L que M. Beulé croit être moderne; je ne partage pas son opinion à cet égard, et je pense au contraire que cette porte fut ménagée dès l’époque de Valérien. Un de ses jambages est formé en partie par un cippe de marbre gris du mont Hymette, qui porte une inscription grecque et romaine 2; et un autre bloc du même marbre, orné de deux couronnes de laurier et engagé plus loin dans la muraille même, me paraît avoir dû appartenir au même cippe. Je trouve une autre preuve à 1 appui de mon opinion dans la longueur du linteau de la porte qui, faisant parfaitement corps avec la muraille, ne me paraît pas avoir pu y être introduit après coup. Il était du reste assez naturel qu’au moins 1 intérieur de 1 une des tours fût resté accessible afin de servir de corps de garde ou de logement aux portiers de l’Acropole, aux À/.po(piiXa>c£ç, ainsi qu ils sont nommés dans les inscriptions grecques des époques de décadence.
Lors de la construction de 1 avant-tour du nord-ouest et du grand mur attenant au nord, on agrandit ce réduit B aux dépens du mur septentrional de la tour antique. Celui-ci fut démoli, et non-seulement son emplacement fut ajouté à l’étendue du corps de garde, mais en outre un renfoncement fut ménagé dans la nouvelle muraille qui, de ce côté, fut revêtue de matériaux antiques provenant de la démolition de l’ancienne. On comprit que, minces comme elles étaient, les murailles de la tour n eussent pu supporter la voûte dont on voulait couvrir le réduit ménagé dans sa partie inférieure, voûte qui devait ensuite être surchargée de I terres ou de matériaux quelconques pour l’amener à former terre-plein ; aussi quatre pilastres d’angle et quatre autres appliqués aux parois les plus longues divisèrent-ils la pièce en trois espèces de travées voûtées, celle du milieu à plein cintre et les deux autres en ogive. Cet emploi de la voûte ogivale est une preuve de plus à l’appui de notre opinion sur 1 époque de cet agrandissement sous les Acciajuoli, au même temps où