‹ Athenes (volume 2)Chapitre 141 sur 276 · Lettres d'un antiquaire à un artiste · texte numérisé non relu

Lettres d'un antiquaire à un artiste

TEMPLE DE THÉSÉE

des Byzantins qui, après avoir effacé au marteau les sujets païens, leur ont substitué une couche de stuc où s’exerça leur pinceau^.

Quoi qu’il en soit de ces diverses conjectures, il n’en est pas moins certain que Micon, soit seul, soit en compagnie de Polygnote, avait exécuté sur les murs du ïhéseion trois compositions tirées de l’histoire du héros, et que chaque sujet couvrait la muraille depuis le plafond jusqu’cà 0’",80 du pavé. Sur une des parois était représentée, la bataille des Athéniens et des Amazones^; sur une autre était le combat des Centaures et des Lapithes; c’est dans ce tableau que Thésée seul a vaincu son ennemi tandis qu’entre tous les autres la fortune est égale. « Le tableau peint sur le troisième mur du temple, dit Pausanias par lequel seul nous connaissons ces peintures qui ont entièrement disparu , est presque inintelligible pour ceux qui n’en connaissent pas le sujet, ce qui vient, ou de ce que le temps en a détruit une partie, ou de ce que Micon n’a pas peint l’histoire entière. Minos, ayant emmené dans l’île de Crète Thésée et d’autres jeunes gens des deux sexes, devint amoureux de Péribée; comme Thésée s’opposait fortement à sa passion, il s’emporta contre lui, et, entre autres propos injurieux, il lui dit qu’il n’était pas fils de Neptune et qu’il ne pourrait pas lui rapporter un anneau qu’il se trouvait avoir au doigt s’il le jetait dans la mer. Et il jeta, dit-on, au même moment cet anneau dans les flots; Thésée s’y précipita et en ressortit bientôt avec l’anneau et une couronne d’or qu’Amphitrite lui avait donnée »

1. Nous ne voulons pas renouveler ici la querelle trop vive qui préoccupa le monde savant de 1833 à 1840, et dans laquelle M. R. Rochette soutenait, d’un côté, que les grands maîtres grecs n’avaient jamais peint que sur bois, tandis que, de l’autre, M. Letronne affirmait que tous avaient peint exclusivement sur mur; nous profiterons seulement de l’occasion pour consigner une observation de M. Beulé {Cours de 1860) qui nous semble donner la véritable solution de la question. Selon lui, jusqu’au temps de Périclès, les grands maîtres tels que Polygnote, Micon, Paninus, exécutant sur une large échelle des sujets empruntés aux poëmes d’Homère ou aux fastes de l’iiistoire, et destinés à la décoration de vastes édifices, ne peignirent que sur mur; mais quand, après Périclès, le temps des grandes entreprises étant passé, l’art fut forcé de restreindre son vol et de se mettre au niveau du goût et de la bourse des particuliers , les artistes durent substituer la perfection de l’exécution au grandiose de la composition , et l’ère de la peinture portative commença. Alors Zeuxis peignit sur bois sa Cenlauresse allaitant ses petits, Parrbasius son Archigalle, Tinianthe son Cyclope endormi, Apelle son fameux Cheval et sa Vénus Anadijomène.

2. Se fondant sur un mot d’Harpocration, M. Beulé suppose que ce sujet, qui prêtait à la grâce, avait pu être exécuté par Polygnote qui excellait à peindre les femmes. {Cours d'archéologie. 18G0.)

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