Voy. la vignette, p
3. « Les colonnes qui soutionnent le temple (les propylées) par dedans, dit Spon, sont ioniques, parce qu’étant plus hautes de toute l’épaisseur de l’architrave, pour en soutenir le lambris, la proportion de l’ordre ionique, qui fait la colonne plus haute que le dorique, lui convenait mieux. »
PROPYLÉES
reusement ont perdu leurs chapiteaux, et plusieurs ciuelques-unes de leurs assises supérieures; la dernière à gauche n’en conserve même que deux , y compris celle qui forme la base. De ce coté , les tambours des trois colonnes ont été déplacés par la violence de l’explosion , et ce dérangement permet d’apprécier la perfection de leur poli intérieur, aussi bien que divers morceaux épars sur le sol. Les cannelures,, au nombre de 24 , ne sont point à vive arête , mais séparées par des baguettes, selon la règle de l’ordre ionique. Le diamètre de ces colonnes est de 0'",97.
L’entre-colonnement a 2™, 63, environ 2 diamètres 2/3. Des fragments assez importants des chapiteaux ont été retrouvés et ont permis aux architectes d’en donner des restaurations exactes Ces chapiteaux sont d’un style beaucoup plus simple et plus sévère que ceux que nous trouverons à l’Érechthéion. On y reconnaît encore des traces très-visibles de peintures, qui, circonscrites à la pointe, remplaçaient une partie des ornements qui à l’Érechthéion étaient sculptés, bien qu’également coloriés. Dans le siècle qui précéda celui de Périclès, les ornements d’architecture ne sont parfois composés que de traits profondément creusés et remplis de rouge, ainsi qu’on le fait pour les inscriptions antiques, l’espace qu’ils circonscrivent restant incolore. On trouve des exemples de ce genre de décoration dans le petit musée de l’Acropole; ce sont des fragments découverts dans des fouilles faites autour de l’Acropole en 1836; on ignore à quel monument ils ont pu appartenir.
Sous le vestibule des Propylées , sont déposés de nombreux fragments d’architecture, de sculpture et d’inscriptions. On y remarque une des poutres de marbre du soffite des Propylées , qui n’a pas moins de 6'", 40 de longueur 2. Dans les dalles que supportaient ces énormes poutres, étaient creusés les caissons, ç^irvcoyaTa, lacunaria, à double rang, dont le fond était occupé uniformément par des étoiles.
Nous avons dit que le portique principal était flanqué de deux ailes
\ . Revett, n’ayant pas vu ces restes de chapiteaux ioniques, a proposé la plus malheureuse des restaurations, des colonnes sans chapiteaux, portées par des piédestaux.
Voy. Stuart et Revett. T, II, pl. 43.
2. « Les Propylées, dit Pausanias, ont leur faîte en marbre blanc, et c’est l’ouvrage le plus admirable qu’on ait fait jusqu’à présent, tant pour le volume des pierres que pour la beauté de l’exécution- » AU. C. XXII.
en saillie G et H qui, par une de ces heureuses hardiesses que présentent si souvent les Propylées, offraient un petit ordre dorique à côté même du grand ordre central, auquel Mnésiclès avait voulu conserver toute son importance. Les ailes étaient en apparence symétriques, bien qu’elles fussent en réalité de profondeur fort inégale. Chacune d’elles était ornée de trois colonnes.
Pinacothèque. L’aile gauche est restée la partie la plus intacte des Propylées, ayant conservé son architrave et sa frise, et par conséquent ses colonnes et leurs chapiteaux. La frise avec ses triglyphes se prolonge sur les murs qui forment les trois autres côtés de l’édifice, murs qui, bien que criblés de boulets et de balles, ont conservé en place
toutes leurs assises. A cette aile, comme au portique central, les entrecolonnements étaient murés à l’époque du voyage de Stuart et Revett 2.
1. Chandlcr, ainsi que Stuart et, d’après lui, Legrand, l’ont prise pour le temple de la Victoire Aptère. « Le premier objet, dit-il, qui se présente au-dessous de Vaile droite des Propylées ou temple de la Victoire, est une grotte consacrée autrefois à Apollon et à Pan, etc. »
Cbandler redescendait alors de l’Acropole, et par conséquent les monuments s’offraient à lui en sens inverse; c’est pour cela qu’il nomme aile droite la partie des Propylées que nous appelons aile gauche. Nous verrons que c’est en effet au-dessous de celle-ci que se trouve la grotte de Pan.
‘2; Voy. la vignette, p. 43.
Ici, les colonnes sont inscrites dans un rond en creux, et non dans un carré, comme au portique central, et on n’avait pas eu la précaution d’y ménager le petit déversoir pour l’écoulement des eaux. Le diamètre des colonnes est à la base de l''’,025, et au sommet de 0'", 784. La hauteur du fût est de 5'", 366, celle du chapiteau est de 0'", 41; total 5‘", 776, environ 5 diamètres 2/3.
L’entre-colonnement est de l‘ri45 ou 1 diamètre 5/6 environ. Entre les colonnes sont les traces de scellement d’une grille, qui probablement n’était qu’un simple garde-fou. Ce portique n’a en dedans des colonnes que 4 mètres de profondeur sur 10'", 75 de largeur. Le mur du fond est percé d’une grande porte 13 et de deux baies ou fenêtres 14. La porte est large de 2'", 35 et haute de 4'", 60. Son seuil de marbre noir d’Éleusis est élevé de 0'", 31. A 2'", 33 au-dessus du pavé du portique, règne un bandeau de ce même marbre, large de 0'", 13, et s'ervant d’appui aux deux fenêtres hautes de 2'", 40 et larges seulement de 0'", 85, accompagnées chacune de deux pilastres doriques ; les impostes portent encore des traces d’oves peintes, dont les contours avaient été d’abord dessinés à la pointe. Ces fenêtres, aussi bien que la porte, ouvrent sur une grande salle N, de 10'", 75 de largeur sur 8"‘,92 de profondeur. On donne à cette pièce le nom de Pinacothèque, et tout nous paraît justifier cette dénomination*. Pausanias dit, en effet, qu’en regard du temple de la Victoire Aptère, et par conséquent à la gauche des Propylées, se trouve un petit édifice orné de peintures. Depuis la découverte du temple de la Victoire , aucun doute n’est plus possible sur ce que Pausanias entend par la gauche des Propylées, et par conséquent nous n’avons pas à nous arrêter à discuter l’opinion de Stuart, qui place les peintures de Polygnote dans une salle derrière l’aile droite, salle que nous prouverons n’avoir jamais pu exister. Revenons donc à la partie gauche des Propylées. Les fouilles faites en 1845 et 1846, en avant de cet édifice et à gauche du piédestal d’Agrippa, ont prouvé qu’en ce lieu il n’y avait jamais eu aucune construction. Il ne reste donc plus que la grande salle de l’aile gauche à laquelle puissent s’appliquer les paroles de Pausanias. M. Beulé suppose que sa destination primitive ne fut peut-être pas de servir de galerie de tableaux, et il en donne pour raison que les deux
1. Leroy {Monuments de la Grèce) avait déjà, en 1770, reconnu la Pinacothèque.
fenêtres hautes et étroites dont nous avons parlé n’eussent pu suffire pour éclairer les peintures , et en même temps eussent nui à leur effet, si, comme il est probable, la salle eût été éclairée par le haut. Quel eût alors été l’emploi de cette salle dans la pensée de Mnésiclès? Disons avec M. Beulé lui-même : « Hypothèse pour hypothèse, ne vaut-il pas mieux se figurer dans ces beaux murs de marbre, avec ces élégants pilastres et cette corniche d’un profil si pur, une galerie de tableaux qu’un corps de garde ou un dépôt d’armes ? »
Dans la supposition de M. Beulé, qui rapprocherait de nous l’époque de la décoration de la salle des Propylées, nous trouverions une preuve de plus à l’appui de notre opinion dans une autre controverse qu’a soulevée le passage de Pausanias. Les peintures de la Pinacothèque étaientelles des tableaux portatifs ou des peintures murales ? Suivant notre voyageur, plusieurs étaient dues au pinceau de Polygnote. Or, cet artiste, le Giotto de l’école grecque^, qui avait peint le Pœcile d’Athènes en l’an Û78 avant Jésus-Christ, devait avoir au moins quatre-vingts ans lorsque en /iSO, ou plus tôt, il eût pu commencer la décoration des Propylées; à plus forte raison n’eût-il pu y travailler, si la salle n’eût été destinée que plus tard à recevoir des peintures. De plus, à l’époque de la construction de la Pinacothèque, il y avait vingt-cinq ans au moins que Polygnote avait quitté Athènes pour ce voyage triomphal à travers la Grèce, pendant lequel il sema tant de chefs-d’œuvre sur son passage, et qu’il termina par la décoration de la Leschè de Delphes. Nous croyons donc, avec MM'. Raoul Rochette et Beulé, que les peintures que vit Pausanias étaient de véritables tableaux sur bois, sur marbre, ou sur toute autre matière, qui avaient été rassemblés dans cette espèce de musée.
Harpocration^ nous apprend que Polémon le Périégète avait écrit un ouvrage sur les peintures des Propylées^, et le titre de cet ouvrage,
1. « Les premiers peintres célèbres, dont les ouvrages ne se recommandent pas seulement par leur
antiquité, sont, dit-on, Polygnote et Aglaophon. Quoiqu’ils n’employassent qu’une seule couleur*, leur peinture a encore aujourd’hui des amateurs si zélés qu’ils préfèrent ces ébauches presque grossières et où l’on ne peut guère qu’entrevoir les germes de l’art, aux productions des plus grands maîtres qui les ont suivis, mais sans autre raison, selon moi, que la prétention de passer pour habiles connaisseurs. » Quintiuen. De l’Inst. or. L. -XII, c. 10.