‹ Athenes (volume 2)Chapitre 232 sur 276 · ApYii;, Mars; Tràyo;, colline ou rocher · texte numérisé non relu

ApYii;, Mars; Tràyo;, colline ou rocher

4. « L’Aréopage est aussi au-dessous de la citadelle; on le nomme ainsi parce que Mars est le

premier qui y ait été jugé. » ^NVIII.

« Dans le temple d’Esculape, Halirrhotius, fils de Neptune, avait, dit-on, fait violence à Alcippe, fille de Mars, et fut tué par ce dieu, meurtre qui devint le sujet d’un procès, le premier de ce genre.

Ibid. C. XXL

Le sophiste Libanius, qui vivait au iv” siècle de notre ère, avait écrit deux déclamations sur le jugement d’Halirrhotius.

ARÉOPAGE

une autre tradition, ce fut en faveur d’Oreste que le premier jugement fut rendu sur cette colline déjà consacrée à Mars et à Minerve

M. Pittakis pense que l’Aréopage dut faire partie de l’Acropole, et c{ue leur séparation est le résultat de quelque tremblement de terre dont les hommes n’ont pas conservé la mémoire; s’il est impossible de constater la vérité de cette conjecture, il est au moins certain que la constitution des deux rochers est identique, et que tous deux sont formés d’un même calcaire blanc et rouge d’une grande dureté.

Le rocher de l’Aréopage est peu élevé; long et étroit, il s’étend de r ouest-nord-ouest à l’est-sud-est; escarpé de toutes parts, il est presque inaccessible, et on ne pouvait y monter que par des escaliers taillés dans sa masse même.

Vue (le l’Aréopage,

Avant d’en visiter le plateau qui, du reste, ne nous olfrira guère que des souvenirs , nous lerons le tour de sa base , en commençant par l’extrémité nord-est et en suivant le côté septentrional.

Nous trouvons d’abord près de deux gros blocs détachés du rocher, et au-dessous d’une caverne, la muraille méridionale et les restes de l’abside d’une église construite en pierres et en briques, et placée autre-

1. On trouve même dans quelques auteurs l’indication de trois jugements qui auraient précédé celui d Oreste; d abord, celui d Halirrhotius, puis celui de Céphale, accusé d’avoir tué sa femme Procris, et enfin celui de Dédale qui, jaloux des découvertes de son neveu Talus, l’avait précipité du haut de l’Acropole.

fois sous l’invocation de saint Denis l’Aréopagite Là aussi existait l’habitation de l’archevêque d’Athènes. L’église, qui n’était déjà qu’un monceau de ruines au temps de Spon et de Wheler, et l’archevêché lui-même, furent démolis par les Turcs, qui en employèrent les matériaux à la constrùction de la mosquée voisine du portique d’Adrien. Un puits, aujourd’hui comblé, passait pour avoir donné asile à saint Paul pendant un jour. Du palais archiépiscopal il ne reste, en avant de l’église et sur le penchant de la colline , que trois petits massifs de construction en blocage et une dalle de marbre à moitié enterrée 2,

A l’extrémité occidentale du mur de l’église et à droite de l’entrée de la grotte, on voit une niche ruinée qui avait été creusée dans le roc. Un peu plus loin, vers le milieu du côté septentrional et de la hauteur du rocher, on voit entaillé un siège en hémicycle ayant pu recevoir de huit à dix personnes^. En avant de ce siège, le rocher est coupé à pic, un gros bloc qui formait esplanade s’étant détaché.

C’est quelques pas plus loin que l’on retrouve assez difficilement de faibles restes d’un escalier taillé dans le roc, indiqué sur le plan de Leake. Le rocher à droite de l’escalier avait été coupé verticalement; à gauche, il présente l’indication d’un renfoncement ayant dû contenir une grande dalle de marbre portant une inscription. C’est en haut de cet escalier qui décrivait une courbe serpentine, et par lequel on croit que montaient les accusés, que l’on pense reconnaître l’emplacement du célèbre tribunal dans les traces de plusieurs salles entaillées dans le roc.

Continuant le tour de la base de l’Aréopage, on trouve à l’angle nordouest quatre marches parfaitement conservées qui terminaient l’escalier; elles ont 0"’,80 de long, 0"’,32 de large et de hauteur. Partout

1. Saint Denis l’Aréopagite était l’un des juges de l’Aréopage lorsque saint Paul y parut. Il se convertit, devint le premier évêque d’Athènes et souffrit le martyre vers l’an 95.

« Paul, se tenant au milieu de l’Aréopage, dit : Je vous vois en tout les plus superstitieux des hommes.

« En passant, j’ai vu vos idoles, et j’ai trouvé aussi un autel sur lequel était écrit; Au dieu inconnu. Celui que vous adorez sans le connaître, c’est celui que je vous annonce...

( Et quelques hommes, s’attachant à lui, crurent en sa parole, et, parmi eux, Denis l’Aréopagite, une femme nommée Damaris et quelques autres. »

Actes des Apôtres. C. XVII, v. 23, 24 et 25.

2. Avant la guerre de l’indépendance, les étudiants d’Athènes se réunissaient dans ces ruines pour faire des repas; en 1820, ils en furent chassés à coups de pierres par les Turcs; ils jurèrent de s’en venger, et, en 1821, la révolution commençait.

3. M. Pittakis parle de Irois sièges du même genre; celui-ci seul est reconnaissable.

ARÉOPAGE

le rocher, clans sa partie occidentale, porte les traces du travail humain; mais il serait bien difficile, pour ne pas dire impossible, d’en comprendre la destination . De ce coté se trouve une grande caverne , et à droite de celle-ci le rocher, taillé verticalement sur une large surface , semble avoir dû recevoir une décoration architecturale. A côté est un second renfoncement plus profond et moins large, dont la paroi présente les trous de scellement des poutres qui y avaient été fixées. En avant, la colline descend par un plan incliné vers la vallée qui la sépare du Pnyx.

Enfin, au sud de l’Aréopage, nous trouvons un escalier assez bien conservé ^ ; il était composé d’une vingtaine de marches de 2 mètres de longueur taillées dans le roc, dont la paroi verticale s’élève jusqu’à l'",30. On croit que cet escalier est celui par lequel descendaient les accusés absous par les aréopagites. C’est à peu de distance cpie devait se trouver le temple de Mars, entre l’escalier et l’Odéon.

Le sommet de l’Aréopage présente une esplanade inégale, où l’on reconnaît partout des espaces creusés et aplanis c{ue durent surmonter des constructions , dont les derniers restes ont disparu depuis longtemps. A 1 extrémité du plateau voisin de l’Acropole, un rocher saillant et grossièrement équarri porte les traces d’un autel, peut-être celui qu Oieste éleva à Minervè Areia , AO'/fva Apsià, après son absolution.

L esplanade est de peu d’étendue , et on a peine à comprendre que les Amazones aient pu y asseoir leur camp lorsqu’elles envahirent l’Attique au temps de Thésée 2. Ce fut de ce sommet, le plus rapproché de 1 Acropole, que les soldats de Xerxès commencèrent l’attaque de la citadelle

Le tribunal de l’Aréopage était le plus ancien et le plus célèbre des tribunaux d’Athènes. La date de son établissement est incertaine ; quelques auteurs en font honneur à Cécrops ; d’autres ne se reportent qu’aux temps cpii ont suivi la guerre de Troie; d’autres enfin, tels que Cicéron^,

\. Voy. la vignette, p. 307.

2. « C est sur cette colline que les Amazones, jadis, fixèrent leur séjour et leurs tentes, lorsque,

pleines de courroux contre Thésée, elles attaquèrent la ville, nouvelle encore, et à ses hautes tours opposèrent des tours ennemies. » Eschyle. Les Euménides.

3. « Les Perses assirent leur camp sur la colline qui est vis-à-vis de la citadelle et que les Athé¬

niens appellent Aréopage, et en firent le siège de cette manière. Ils tirèrent contre les barricades des flèches garnies d’étoupes auxquelles ils avaient mis le feu. » Héeodote. L. VUI, c. 52.

4. « La gloire de Thémistocle est certes très-légitime ; le nom de ce grand capitaine est môme plus illustre que celui de Solon. On cite avec éclat la victoire de Salamine, on la met au-dessus de

rattribiient à Solon. Ces derniers sont évidemment dans l’erreur, et il est hors de doute que cette institution est bien antérieure à la législation de Solon, qui ne fit qu’augmenter son importance en attribuant à l’Aréopage certains pouvoirs judiciaires et politiques qu’il n’avait jamais possédés jusque-là^.

L’assertion la plus généralement admise est que l’Aréopage fut établi pour juger Oreste, qui, non content d’avoir été purifié selon les rites religieux après le meurtre de sa mère, dut encore, par ordre d’Apollon, se soumettre à un jugement 2.

C’est ce jugement qui a fourni à Eschyle le sujet des Euménides , troisième partie de sa grande trilogie, intitulée VOrestie. Poursuivi par les Furies, malgré ses expiations, Oreste s’est réfugié sur l’Aréopage, et, embrassant la statue de Minerve, demande à être jugé"^. La déesse

l’établissement de l’Aréopage, création du sage législateur ; et cependant l’œuvre de Solon n’est pas moins admirable que l’exploit de Thémistocle. » De Officiis. L. I , § 22.

1. « Si voulut Solon que la cour souueraine de l’Aréopage eust l’auctorité et la charge d’enquérir

de quoi vn chacun des habitants viuoit, et de chastier ceux qu’elle trouueroit oisifs et ne rien faisans. » Plutarque. Vie de Solon.

Périclès, au contraire, s’efforça d’affaiblir l’autorité de ce tribunal dont il n’était pas membre, (; pour ce qu’il ne lui estoit onc escheu par le sort d’être ni préuot annuel {archonte)., ni conservateur des loix ( thesmothète) , ni roi des sacrifices {archonte-roi),’ ni maistre des guerres {polémarque), qui estoyent offices lesquels de toute ancienneté se créoyent par le sort; et ceux à qui le sort touchoit, s’ils s’estoyent bien portés en l’administration de leurs magistrats, montoyent et venoyent à estre du corps de la cour d’Aréopage. Périclès donc, ayant acquis grand crédit et grande auctorité entre le menu peuple, embrouilla tellement ce sénat d’Aréopage qu’il lui fist ester la conoissance de plusieurs matières. » Plutarque. Vie de Périclès.

« Éphialte et Périclès abaissèrent la puissance de l’Aréopage. »

Aristote. Polit. L. II.

A partir de ce moment (149 ans après Solon), l’Aréopage ne fut plus qu’un tribunal chargé exclusivement de prononcer sur les crimes entraînant la peine de mort.

2. « Apollon : Tu iras dans la ville d’Athènes, ofi tu auras à rendre compte de ton parricide aux

trois Euménides. Les dieux seront juges du procès et rendront leur sentence dans l’Aréopage où tu dois triompher. » Euripide. Oreste.

3. « Puissante Minerve! c’est l’ordre d’Apollon qui m’amène. Reçois avec bienveillance un malheureux persécuté qui n’est plus impur, dont les mains ne sont plus souillées. Le meurtre est expié; bien des temples m’ont déjà reçu; bien des mortels m’ont salué au passage. J’ai traversé et la terre et les mers, fidèle aux ordres fatidiques de Loxias*, et je viens, ô déesse! vers ton temple; j’y reste, j’y attends ma sentence. »

* Loxias, qui rend des oracles obscurs, surnom d’Apollon.

Macrobe {Saturn. L. V, c. 23) cite deux passages d’une autre tragédie d’Eschyle, aujourd’hui perdue, les Prêtres, où se retrouve ce même surnom d’Apollon.

Il II faut partir le plus tôt possible, car voici les oracles que Jupiter dicte à Loxias... n

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Ziùç AoÇla OjantaixaTa.

« Jupiter est le père prophétique de Loxias. »

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ARÉOPAGE

apparaît; Oreste expose sa défense, les Furies l’accusent et refusent de lâcher leur proie. C’est alors que Minerve, ne voulant point prononcer elle-même, dit : « Je vais prendre des juges du meurtre, les lier par le serment, fonder un tribunal qui dure à jamais. » Ce tribunal, c’est celui de l’Aréopage qui « doit être à jamais l’arbitre d’Athènes... Ce tribunal imprimera toujours aux citoyens le respect et la crainte L’homme n’osera plus commettre l’injustice, le jour ni la nuit... Ayez donc, ajoute Minerve, pour ce tribunal une crainte respectueuse. Ce sera le rempart de votre pays, le salut d’Athènes, une magistrature comme n’en possède aucun peuple au monde, ni les Scythes ni les habitants de la terre de Pélops. Incorruptible, vénérable, sévère, sentinelle éveillée même quand la cité dort : tel sera ce nouveau tribunal. Ce cjue je viens de dire à mon peuple, c’est ce qui doit être dans l’avenir 2. »

L’absolution d’ Oreste est prononcée, les voix des juges s’étant également partagées^.

« La fin de cette cour de justice , dit Chandler n’est pas moins obscure que son origine cfui néanmoins remonte bien certainement à l’antiquité la plus reculée. Ce qu’il y a de sûr à cet égard, c’est que du temps de Pausanias elle existait encore , ainsi que les autres magistratures ; mais rieb n’est moins constaté que le terme de sa durée après cette

1. (( Pisistratus garda lui-même inuiolablement et fist garder à ses amis les loix de Solon; telle¬

ment qu’estant appellé en iustice deuant la cour d’Aréopage pour un meurtre, lorsqu’il estoit ia tyran, il se présenta fort modestement pour respondre aux charges qu’on lui mettoit sus et s’en iustifier; mais l’accusateur ne poursuiuit pas. » Plutarque. Vie de Solon.

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