‹ Athenes (volume 2)Chapitre 253 sur 276 · C. IVLIVS G. F · texte numérisé non relu

C. IVLIVS G. F

FAB. ANTIO CHVS PHILO PAPPVS COS FRATER AR YALIS SVLLE GTVS INTER PRAETORI an OS AB IMP CAESARE NERVA T RAI A NO OPTV MO AVGVS TO GERMA NIGO DAGICO

« Caïus-Julius Antiochus Philopappus, fils de Gains, de la tribu Fabia, consul frère ArvaU, agrégé aux prétoriens par l’empereur César Nerva Trajan très-bon,

Auguste, Germanique, Dacique. »

Stuart ^ croit trouver dans cette inscription la date de l’érection du monument; nous pensons qu’il est dans l’erreur. L’inscription latine nous paraît avoir évidemment été ajoutée après coup et ne désigner nullement, reléguée qu’elle est au sommet d’un pilastre , le personnage

1. On chercherait vainement le nom de Philopappus dans les fastes consulaires; peut-être ne fut-il que consul désigné, designatus, sans avoir eu le temps d’entrer en fonction, ou consul subrogé, suffectus, c’est-à-dire remplaçant un consul mort pendant la durée de sa charge.

2. On nommait fratres arvales des citoyens chargés de sacrifier deux fois par an à Gérés dans les fêtes nommées Amharvalia ; ils étaient au nombre de douze, appartenant aux familles les plus distinguées de l’empire. Ils avaient été institués par Romulus qui lui-même fit partie de leur collège. Cette dignité, très-considérée à Rome, était à vie, et ne pouvait se perdre ni par l'emprisonnement ni par l’exil.

« Sabinus Massurius, au premier livre de ses Mémoires, prétend, d’après quelques autres historiens, qu’Acca Larentia fut la nourrice de Romulus. « Cette femme , dit-il , était mère de douze enfants du sexe masculin : l’un d’eux étant mort, Romulus prit sa place et fut nourri par Acca Larentia. Il les appela ses frères, dans la suite, fratres arvales, et prit ce nom lui-même.

« Telle est l’origine du collège des douze frères Arvales. Les insignes de ce sacerdoce sont une couronne d’épis et des bandelettes blanches. » Aülu-Gelle. L. VI, c. 8.

Cf. Varhon. De ling, lat. 83.

auquel fut élevé un mausolée de cette importance. N’est-il pas plus naturel de le reconnaître dans celui dont la statue occupe la niche principale, entre son père Antioclius IV Épiphane et quelque autre roi de ses ancêtres, au-dessus d’un bas-relief représentant, non le triomphe de Trajan, comme on l’a cru^, mais celui de Titus après la prise de Jérusalem à laquelle An-tiochus IV avait pris une part glorieuse. Ce serait donc aux règnes de Titus, de Domitien ou de Nerva, c’est-à-dire aux vingt dernières années du i'' siècle qu’appartiendrait notre monument. Plus tard, un autre membre de la famille ayant été déposé dans le mausolée, son nom et ses titres furent gravés sur le pilastre, seule surface restée lisse. Quant à cette dernière inscription, sa date se trouve indiquée d’une manière précise. Trajan fut salué du titre à'Optumus en 109, et il portait déjà celui de Dacicus; dans sa seconde expédition en Orient , après avoir chassé Chosroès du royaume des Parthes , il reçut, en 111, le surnom de Parlhicus^ et comme l’inscription ne fait pas encore mention de celui-ci, il est clair qu’elle dut être tracée entre les années 109 et 111.

Nous sommes encore obligé de combattre une autre supposition de Stuart, qui croit que le pilastre qui porte l’inscription était surmonté d’une statue. Il n’y avait point place pour une statue sur le chapiteau corinthien sur lequel reposait l’entablement. Le pilastre entier, par un déplacement qu’un tremblement de terre pourrait seul expliquer , est sorti pour ainsi dire de son alvéole, et venu en avant, ainsi que le prouvent son inclinaison hors d’aplomb, sa position par rapport à son chapiteau resté en arrière à sa place primitive, et l’aspect des surfaces latérales du pilastre, dont le marbre est poli dans les parties destinées à être vues et simplement dégrossi dans celles qui devaient être renfermées dans la muraille.

Le monument, composé de marbre pentélique, reposait sur cinq assises de pierres du Pirée, surmontées d’un soubassement enrichi de bas-reliefs malheureusement très-mutilés. Au centre, la composition principale, haute de 2"', 60, large de 2"’, 80, offre un triomphateur, sans doute Titus, sur son char attelé de quatre chevaux; derrière lui, au-dessous du pilastre de droite, est une figure isolée, qui, bien que fruste, peut encore être

1. Au temps de Spon, ce bas-relief avait fait donner au Musée le nom de colline de l’arc de Trajan.

MONUMENT ÜE PHILOPAPPÜS.

reconnue pour un prisonnier barbare. Le bas-relief de droite, qui a disparu , représentait probablement quelques autres prisonniers suivant le char du vainqueur. Le bas-relief de gauche, haut de 2'", 60 et large de i'“,90, existe encore, ainsi que celui que surmonte le pilastre F; ces sculptures réunies offrent quatre fi gures dont les draperies sont assez bien conservées. Vus de face , ces personnages semblent faire la haie sur le passage du triomphateur.

Derrière la façade de marbre que nous venons de décrire, existent les restes de l’enceinte quadrangulaire G, qui complétait le monument et formait la chambre sépulcrale, depuis longtemps renversée et réduite à quelques assises de pierres du Pirée.

Nous voici arrivé au terme de notre course à travers les ruines de la ville de Thésée et de Périclès. Du haut de la colline de Musée donnons un dernier regard, disons un dernier adieu à ces merveilles de l’art, que trop souvent, hélas! notre imagination a dû reconstruire. Notre œil embrasse du pied du monument de Philopappus .un panorama plus complet encore que celui que nous avons admiré du sommet de l’Acropole. C’est qu’ici nous avons pour motif principal de notre tableau l’Acropole elle-même et le Parthénon se détachant sur le Lycabette; à l’ouest, sous nos pieds, se dressent l’arc d’Adrien et les colonnes du temple de Jupiter Olympien, et, fraîche oasis au milieu de ces campagnes sèches et poudreuses, se développe le ravissant jardin de la reine, précédant le Stade d’IIérode et le mont Hymette aux bruyères parfumées. Au sud, au delà du golfe Saronique, sur la mer Égée, nous voyons se dessiner à l’horizon le promontoire de Scylla, extrême pointe de l’Argolide. En allant vers l’ouest, voici Égine, les ports de Phalère, de Muynchie, du Pirée, et derrière eux Salamjne; au nord-ouest, l’antique bois d’oliviers consacré à Minerve est traversé par la voie sacrée d’Éleusis, qui, passant au pied du mont Saint-Élie, s’enfonce dans le pittoresque défilé de Gaïdarion, entre les monts Icare et Corydalus; au nord, le Parnès nous étonne par son immense fissure qui semble produite par la hache de quelque Titan ; en avant, enfin, s’étend l’Athènes moderne, à laquelle servent de premier plan le temple de Thésée, le Pnyx et l’Aréopage.

Pourquoi faut-il qu’un regret se mêle aux sentiments d’admiration qui font ici battre le cœur ? Combien il est triste de penser que c’est plutôt la main de l’homme que le temps, si peu destructeur sous le beau

ciel de la Grèce, qui a fait ruines ces miracles de l’art qu’après vingt quatre siècles nous eussions pu contempler encore tout brillants de jeunesse. Consolons-nous pourtant par la pensée qu’au moins ce qui reste est sauvé, et remercions la Providence d’avoir confié ces merveilles à un prince qui, comprenant sa mission, veille avec sollicitude sur ces inappréciables trésors et conquiert ainsi chaque jour de nouveaux droits à l’éternelle reconnaissance de tous ceux qui ont conservé dans leur âme l’amour du beau, le culte des grands souvenirs.

Temple d’Égine.

OUATRE JOURS

PÉLOPONÉSE.

voyage dans rintérieur de la Grèce ne ressemble guère aux promenades que les touristes peuvent faire sans danger, sans privations et presque sans fatigue, dans la plupart des autres contrées de l’Europe. Rien n’est plus rare, dans cet ancien berceau de la civilisation, qu’une auberge quelconque, si ce n’est une route, ou même un sentier. Force est donc d’imiter ce philosophe qui portait tout avec lui et qui, devançant les siècles, semblait donner un conseil prophétique aux voyageurs qui plus tard voudraient parcourir sa patrie.

LE

Petite porto, à Mycènes.

En compagnie d’un ingénieur français que des travaux importants avaient appelé en Grèce, sous la conduite d’un guide nommé Manuel, parlant passablement l’italien et même un peu le français, l’anglais et le russe, je quittai Athènes le 12 mai 1859, à quatre heures et demie du matin. Notre guide, qui, moyennant quarante francs par jour et par tête, s’était chargé de toutes les dépenses, emportait avec lui lits de fer, matelas, batterie de cuisine, comestibles, etc. En trois quarts d’heure notre calèche franchit la plaine poudreuse qui sépare Athènes du Pyrée, et nous déposa sur le port où nous attendait VHydra, beau steamer grec, qui devait partir à cinq heures et demie, mais qui, selon l’usage du pays, ne manqua pas d’être en retard d’une heure.

A sept heures quarante minutes nous rasions la côte occidentale de l’île d’Égine, située dans le golfe auquel elle a donné son nom, et qui portait aussi celui de mer Saronique. Égine fait face à la fois à l’Attique et à l’ancienne Epidaure qui, fameuse autrefois par la guérison que les malades y venaient chercher dans le temple d’Elsculape, vient d’acquérir une nouvelle et bien différente célébrité par la mort du savant et à jamais regrettable Charles Lenormant, qui, victime de l’amour de l’archéologie, y contracta la funeste maladie qui, quelques jours plus tard, tranchait à Athènes cette existence si bien remplie déjà, et pourtant encore si riche d’avenir. La forme de l’île d’Égine est celle d’un triangle irrégulier dont les côtés auraient environ 10 kilomètres; son diamètre moyen est d’un peu plus de 8 kilomètres; son sol, très-inégal, paraît peu cultivé, et n’otîrait à nos regards que quelques chênes verts, clair-semés et rabougris. Une sommité domine toutes les autres; c’est le mont Saint-Élie, qui porte une chapelle construite des débris d‘un monument antique. ■Sur l’une des collines, à l’extrémité orientale de l’île, nous apercevons très - distinctement le fameux temple de Jupiter Panhellénien. Encore debout, en grande partie, il conserve de nombreuses colonnes, la plupart surmontées de leurs architraves

On sait que les sculptures de ses frontons, ces sculptures, type le plus complet de l’art auquel on a donné le nom d’Éginétique, sont le plus précieux trésor de la glyptothèque de Munich.

Le temple de Jupiter Panhellénien avait été fondé vers la tin du

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