TIRYNTHE
Pausanias et Strabon ont dit que Tirynthe fut l’ouvrage des Cyclopes amenés de Lycie par Prœtus, on a le droit d’exiger qu’il soit prouvé que Tirynthe existait avant le règne de ce prince. Or, Pausanias lui-même en fournit la preuve.
« Les anciennes traditions, dit-il, portaient que Pirasus avait consacré à Tirynthe une statue de poirier existant encore de son temps ; elle était considérée comme la plus ancienne de toutes celles conservées dans VHœreum d’Argos ; elle représentait Junon. »
La ville existait donc dès lors, et ce fait s’explique par sa fondation par Tiryns, fils d’ Argus. Si, au contraire, Prœtus en avait été le premier fondateur, Tirynthe daterait seulement de l’an 1379 environ ^ avant Jésus-Christ; mais tout concourt à nous prouver que c’est à l’époque de Pirasus, roi d’Argos, c’est-à-dire vers l’an 1710 avant Jésus-Christ, qu’il faut placer la fondation de Tirynthe.
Pausanias nous apprend encore que cette ville fut détruite par les Argiens, qui en transportèrent les habitants à Argos qui avait besoin d’être repeuplée. Suivant les traditions mythologiques. Hercule passa son enfance à Tirynthe, et y fit dans la suite un assez long séjour. C’est là qu’il amena d’Espagne les troupeaux enlevés à Géryon.
« Les murs de Tirynthe, dit Pausanias, sont construits en pierres brutes, toutes d’une telle dimension, que deux bœufs attelés au joug n’ébranleraient pas même la plus petite. Les interstices sont remplis par de plus petites pierres qui servent de liaison aux grosses. »
Tels Pausanias les vit au second siècle de notre ère, tels ces murs se présentent encore aujourd’hui à nos regards étonnés ; car il ne paraît pas que la ville ait été rebâtie ou repeuplée après sa destruction par les Argiens, environ /|.68 ans avant Jésus-Christ. On ne peut douter que les ruines actuelles n’appartiennent à la citadelle existant du temps d’Homère , et que ces murailles ne soient celles qui firent donner par le poète à la ville le nom de T'ipuvÔa T^lyl6^c(jlxv, Tirynthe entourée de murs. Quelque longue que soit une pareille durée, elle ne présente rien d’incroyable, lorsqu’on considère les masses gigantesques dont ces murs sont composés, et la force invincible de résistance qu’ils opposaient aux causes ordinaires de destruction.
1. M. Petit-Radel fixe cette première date à l’an 1450 avant l’ère chrétienne.
L’Acropole de Tirynthe, dont la « masse indestructible a fatigué le temps, » est construite sur un rocher oblong qui, dans sa plus grande hauteur, ne s’élève pas à 10 mètres au-dessus de la plaine, et qui, dans plusieurs endroits, se confond presque avec elle; sa direction est du nord au sud. Au nord, elle fait face à Nauplie; au sud, à Mycènes. Les murs de l’Acropole renferment une superficie d’environ 60 mètres de longueur sur 18 mètres de largeur; ils sont construits en lignes droites, mais brisées, a Une forteresse si petite, dit Dodwell^, peut nous paraître indigne du héros de Tirynthe; mais, malgré le peu d’étendue de terrain qu’elle occupe, son mur d’enceinte nous offre des dimensions que, sans exagération, on peut nommer herculéennes. Il a, en général , 6 mètres d’épaisseur, et dans quelques endroits 7"’, 70. Sa hauteur actuelle, dans les endroits où il est le mieux conservé, est de 13 mètres. »
Les blocs qui les composent semblent avoir été assemblés à peu près dans 1 état où ils étaient en sortant de la carrière. Les plus volumineux ont de 3 à A mètres de longueur sur 1"’,33 d’épaisseur ; leur grandeur ordinaire est de 1 mètre à 2'", 35. La hauteur primitive des murs n’était probablement pas moindre de 18 mètres. On trouve dans l’intérieur de l’Acropole un petit nombre de blocs détachés qui ont été taillés et qui paraissent avoir appartenu aux portes. La citadelle, suivant W. Gell-, qui en donne une description très-détaillée, avait trois entrées : l’une à l’est , l’autre à l’ouest, la troisième à l’angle sud-est. L’entrée de l’est est dans un état passable de conservation ; un chemin . oblique de 5 mètres de large, ou plutôt une rampe soutenue par un mur également de construction cyclopéenne, monte de la plaine en suivant les murailles orientale et méridionale d’une forte tour, large d’environ 7 mètres et haute de 7'", 70, et aboutit à une porte composée d’énormes blocs de pierres, l‘architrave seule ayant 3'", AO de longueur. La porte a 5 mètres de hauteur. Elle jouait sur un pivot placé au centre, et qui entrait dans des tourillons creusés dans l’architrave et dans le seuil, de sorte qu’un des côtés s’ouvrait en dedans et l’autre en dehors, disposition qui est une nouvelle preuve de la haute antiquité de cette porte, et de la
\. Dodwell (Edw). Wiews and descriptions of Cyclopian or Pelasgic remains in Greece and Italy. 2. Argolis. The itinerary of Greece with a commenlary on Pausanias and Strabo, etc.
TIRYNTIIE.
simplicité des temps où elle a été construite. La porte de l’angle sudest est entièrement détruite.
La partie la plus curieuse de l’Acropole se trouve à l’est.
Auprès d’un pan de muraille bien conservé, s’ouvre une galerie ogivale formée de cinq à six assises, dont les deux supérieures s’avancent en encorbellement et se réunissent au sommet. Dans sa partie la plus élevée, la galerie, malgré l’exhaussement du sol, a encore S'", 15 de hauteur; sa largeur est de 1"',80, et la longueur totale de la partie conservée est de 25 mètres. Du coté du levant s’ouvrent cinq fenêtres ou meurtrières également ogivales, s’élevant jusqu’à la naissance des deux assises inclinées de la galerie principale. Au tiers de celle-ci, on voit deux pierres en face l’ime de l’autre, où sont creusés deux trous qui durent recevoir une barre de porte. Les blocs qui composent cette galerie sont généralement plus grossiers encore que ceux dont sont formées les murailles et surtout les portes du reste de l’enceinte. La voûte est probablement le plus ancien exemple, en Grèce, de l’emploi de la forme ogivale. Dans l’intérieur même de l’Acropole, on trouve une porte également surmontée de pierres , se rapprochant par encorbellement , et formant une sorte d’angle aigu au sommet. On reconnaît encore quelc^ues exemples de ce mode de construction à Mycènes, aux environs de Missolonghi, en Étolie, à Thoricos, dans l’Attique, enfin en Italie, aux ruines d’Arpino, de Segni et d’Alatri.
Partis de Tirynthe à six heures et demie, nous traversons la plaine d’Argos, fertile en orge et en tabac très-renommé. Bientôt nous franchissons le petit fleuve Inachus, père de la fabuleuse lo 4, et le Xerias, rancien Charadrus, assez près du point où ces deux maigres cours d’eau se réunissent pour se jeter à la mer. La partie sud-ouest de la plaine, sur le bord du golfe et à gauche d’Argos, est le fameux marais de Lerne, célèbre par la victoire d’Hercule sur l’hydre à sept têtes 2.
A sept heures nous arrivions à Argos, située à 6 kilomètres environ de l’extrémité nord-ouest du golfe, dans une plaine, au pied du mont Chaon, qui porte sa forteresse du moyen âge reposant sur des murailles cyclopéennes, que, dans la guerre achéenne, Cléomènes essaya vainement de renverser. Cette Acropole, qui portait le nom de tarisse , contient encore quatre belles citernes antiques .
Incendiée trois fois pendant la guerre de l’indépendance, la moderne Argos a un air de propreté assez rare dans ces contrées ; les rues sont larges, bien alignées; mais les maisons n’ont, pour la plupart, qu’un rez-de-chaussée, et quelques-unes seulement ont un étage. Presque toutes sont bâties en bois avec des boutiques ouvertes au rez-de-chaussée; aussi Argos ressemble-t-elle moins à une ville qu’à un vaste champ de foire. De ce mode de construction il résulte que, bien c|u’elle ne renferme guère plus de 8,000 habitants, la ville moderne a une étendue presque égale à celle de la ville antique.
Argos a conservé peu de restes de sa splendeur première. Le monument le plus important qui s’y trouve encore est le théâtre situé à l’ouest de la ville et creusé dans le flanc du mont Chaon. Il ne reste rien des constructions de la scène, mais on voit une grande partie des gradins taillés dans le roc et partagés en trois précinctions et quatre cunei. La première précinction se compose de 33 gradins, larges en