ARGOS
moyenne de 0"‘,70, et hauts de O'", 35 à O'", 38. Le premier deambulacrwn ou passage, large de était surmonté d’un gradin de
hauteur double, sur lequel personne ne prenait place. La deuxième précinction était formée de 16 gradins, y compris le gradin inférieur; au-dessus de celle-ci, le passage était beaucoup plus large; il n’avait pas moins de 2'”, 55, et, pour conserver à l’ensemble des gradins sa ligne d’inclinaison, le premier gradin de la troisième précinction avait i'”,30 de hauteur. Dans celui-ci sont entaillés des espèces de sièges de distance en distance ; ils servaient sans doute de poste aux employés du théâtre, aux designatores chargés d’indiquer à chacun la place qu’il devait occuper. La partie du xoilov, de la cavea ou amphithéâtre, conservée dans sa plus grande longueur, se trouve à la deuxième précinction ; elle n’a pas moins de mètres.
Au sud et près du grand théâtre sont, suivant l’usage, cjuelques gradins d’un théâtre plus petit, d’un odéon; des restes de constructions en blocage doivent avoir appartenu à la scène.
Au pied du grand théâtre, à l’extrémité méridionale de son hémicycle, est un édifice romain en briques, qui paraît avoir été un temple ; c’est une vaste salle rectangulaire terminée par un hémicycle en culde-four. Le coté sud, la voûte et une partie du cul-de-four sont écroulés. Devant le temple est une piscine carrée, un bassin également en briques et d’époque romaine.
Au nord, et toujours à la base de la montagne qui porte l’Acropole, est une autre ruine romaine au fond de laquelle est une niche que l’on reconnaît pour le débouché d’un aqueduc ; elle a pour base un plateau que soutiennent des murs de construction cyclopéenne, et a dû remplacer quelqu’un des temples mentionnés par Pausanias.
En ville, sur la place où s’élève en ce moment une grande église, se trouve la mairie, dont l’une des salles contient un petit musée de vases, de sculptures et autres fragments recueillis dans les fouilles.
A huit heures un quart nous cjuittons Argos, toujours en voiture, car la route en plaine est encore assez bonne. A peu de distance de la ville, près d’un moulin, on nous signale un cimetière des plus primitifs; il n’a pas d’enceinte, et les tombes ne sont indiciuées que par un amas de cailloux ou par un simple piquet. A neuf heures nous arrivons à un khanij, misérable hutte isolée, bâtie au point où la route cesse d’être
praticable aux voitures. On nous y fournit en plein air une table boiteuse, des escabeaux, et de l’eau d’une propreté douteuse, et nous déjeunons des provisions apportées par notre guide. Pendant notre modeste repas, cinq chevaux que Manuel avait retenus à Argos arrivent sous la conduite de deux agoyates; c’est le nom que l’on donne en Grèce aux loueurs de chevaux qui accompagnent les voyageurs auxquels ils ont fourni des montures. Deux de ces chevaux étaient destinés à porter les bagages. L’aspect de ces pauvres bêtes n’était pas engageant, mais leur harnachement l’était moins encore. Pour selle, un large bât de bois sur lequel Manuel sangle une de ses couvertures; pour étriers, des cordes doubles; pour bride, une corde simple attachée à un anneau, sous la ganache du cheval : tout cela ne composait pas un ensemble bien satisfaisant, et cependant nous vîmes le moment où même ces tristes moyens de transport allaient nous manquer. Tout paraissait prêt pour le départ, quand une querelle violente s’éleva entre Manuel et les deux agoyates que paraissaient soutenir les habitants du khani, comme eux porteurs de poignards et de figures peu rassurantes. Déjà les agoyates commençaient à décharger les chevaux, c{uand nous parvînmes à comprendre c|ue cette querelle, qui semblait menacer de devenir sanglante, avait pour cause 5 drachmes (à fr. 50 c.) c{ue les agoyates exigeaient au delà du prix convenu pour nous laisser passer par Némée, ce qui allongeait le chemin de deux ou trois heures. On conçoit qu’alors l’affaire fut bientôt arrangée, et, à dix heures un quart, nous pûmes monter à cheval et nous diriger vers Mycènes, pendant que les agoyates, avec les chevaux de somme, se rendaient directement à Corinthe. En dix minutes nous étions au village de Kharvati, et un quart d’heure après nous mettions pied à terre devant la Trésorerie d’Atrée, l’un des monuments les plus intéressants de l’antique Mycènes. On lui donne communément ici le nom de Tombeau d’Agamemnon.
Pausanias cite, parmi les édifices qu’il vit à Mycènes, des chambres souterraines où l’on dit qu’Atrée et ses enfants cachaient leurs trésors. Il ne donne pas la description de ces chambres souterraines , mais ce c[u il dit ailleurs du trésor de Minyas à Orchomène s’applique si parfaitement à l’édifice de Mycènes , qu’il est impossible de méconnaître l’identité de leur destination. Nous croyons, du reste, c[u’il est plus que probable que le monument qui nous occupe fut à la fois un trésor , et un
MYCÈNES
tombeau. A l’exception de sa façade, il est entièrement souterrain, et son aspect extérieur était celui d’un tumulus.
plan de la Trésorerie d’Atrée.
Un corridor ou passage à ciel ouvert A, de 6"“,25 de largeur et 19'", 50 de longueur, formé par deux murailles de construction cyclopéenne, à assises régulières, conduit à la porte B, large de 3'", 17 à la base et de 2"b32 au sommet; sa hauteur est de 6'", 30.
Porte de la Trésorerie d’Alrée.
La partie la plus remarquable de cette porte est le linteau, qui est formé de deux énormes pierres juxtaposées ; la plus grande a 8"*, 15 de long sur 6'", 50 de profondeur, et l''*,22 d’épaisseur; ce qui donne un cube de OA"', 63, dont on peut évaluer le poids à 168,68A kilogrammes. Au-dessus du linteau est une ouverture triangulaire qui put contenir ciuelque bas-relief ou qui, plus probablement, ne fut qu’une sorte de soupirail destiné à donner de l’air et de la lumière. Lorsqu’on a franchi la
porte, on est étonné de l’énorme épaisseur des murailles, formées d’une brèche grossière provenant des rochers du voisinage. Ces murailles n’ont pas moins de 6 mètres, et forment un corridor C par lequel on pénètre dans l’intérieur de l’édifice.
Intérieur de la Trésorerie d’Atrée.
On se trouve alors dans une grande salle circulaire D, de l/i"',3ü de diamètre, surmontée d’une voûte de forme parabolique, dont la construction dénoté la haute antiquité. Les voussoirs qui la composent sont simplement des assises horizontales, taillées circulairement à l’intérieur et posées en encorbellement les unes sur les autres. La hauteur de ces assises est partout d’environ 0"’,66. Des travaux que l’on exécutait ont dû mettre à découvert le sol antique qui se trouve à 1"',40 au-dessous du sol actuel, et en même temps un soubassement formé d’assises plus hautes que les autres. L’élévation de la voûte sera de i3"h80. Cette salle était entièrement revêtue de lames de bronze, retenues par des clous de même métal longs de 0‘“, 11 et fichés dans les interstices des pierres. Nous possédons un de ces clous, qui en fut détaché par M. Raoul Rochette; il en reste encore en place un certain nombi’e dans la partie la plus élevée de la voûte, où l’on ne peut atteindre ; ils sont peu visibles, la voûte étant tout enfumée par les feux de bruyères sèches que les paysans allument pour éclairer les voyageurs. A droite de la rotonde est une salle plus petite E, creusée dans le roc, qui put être une sépulture ; la hauteur de sa porte est de 2'", 90, et sa largeur de L",50 à la base et au sommet. Au-dessus du linteau est une
MYCENES.
cavité triangulaire, comme à la grande porte; le caveau, entièrement creusé dans la brèche, est de forme rectangulaire, long de 8'”, 60, large de 6'",25. Sa hauteur sera de 6 mètres lorsque le sol sera entièrement déblayé
En quittant la Trésorerie d’Atrée , nous sommes passés près d’un autre édifice du mçme genre entièrement enterré, et un quart d’heure de marche nous a conduits devant l’Acropole de Mycènes et la fameuse Porte des Lions.
Mycènes passe pour avoir été fondée par Mycénée dix-sept cents ans environ avant Jésus-Christ, puis, plus tard, considérablement augmentée et en quelque sorte fondée de nouveau par Persée, frère de Prœtus, vers l’an 1390. Le nom pluriel de Mycènes, Mu5v?ivai, serait lui-même une preuve de cette double fondation, quand Apollodore ^ ne la confirmerait pas encore plus positivement en disant que Persée éleva des fortifications en avant de Mycènes et de Midéa. Plusieurs passages de Thucydide pourraient encore venir à f’ appui de cette assertion.
On fait dériver le nom de Mycènes, soit de celui de son premier fondateur, soit du mot yu/v/iç qui signifie en même temps garde d’épée et champignon. Selon plusieurs auteurs, ce serait à cette dernière signification qu’il faudrait s’arrêter, une source qui désaltéra Persée ayant été découverte sous un champignon. Dodwell ^ propose une étymologie moins admissible selon nous, quand il croit en avoir trouvé l’origine dans l’aspect de l’Acropole, qui rappellerait un peu, dit-il, la forme d’un champignon. Je préférerais sans doute, et comme plus vraie et comme plus poétique, la pensée de Nonnus qui compare l’Acropole de Mycènes à une couronne murale.
Mycènes était une des plus belles villes du Péloponèse; Homère parle de la largeur de ses rues et lui donne l’épithète de bien bâtie, eùx.Tiyevov TTTo'XieGpov. L’histoire nous apprend qu’elle commença à perdre sa célébrité, sa puissance et sa population, dès l’époque de la destruction de la famille d'Agamemnon et le retour des Iléraclides dans le Péloponèse,
1. Voir, pour plus de détails, notre notice dans les Monuments anciens et modernes de J. Gailhabaud.