‹ Athenes (volume 2)Chapitre 49 sur 276 · La sainte Sophie, 'Ayia Xoçia · texte numérisé non relu

La sainte Sophie, 'Ayia Xoçia

^ 4. M. Bründsted,.dans son Voyage en Grèce, donne un récit très-circonstancié de ce siège qui fut si fatal aux monuments d’Athènes et surtout au Parthénon.

cella, huit colonnes de l’aile septentrionale du péristyle, six de l’aile méridionale, la plupart des murs, et enfin toutes les sculptures appartenant à ces différentes parties de l’édifice, furent anéantis ou renversés^.

Le fronton oriental avait déjà dû voir une partie de ses sculptures endommagées lorsque les chrétiens, pour laisser pénétrer plus librement la lumière dans l’abside du Parthénon transformé en église, en avaient abattu la partie supérieure. C’est ainsi échancré que ce fronton se présente dans le grossier dessin exécuté pendant le siège de 1687 par le capitaine ingénieur Verneda^.

Morosini, dans le dessein d’enrichir sa patrie des dépouilles de ce merveilleux monument, contribua encore à sa ruine, en voulant faire enlever du fronton oriental la statue de Minerve, son char et ses chevaux; par la maladresse des ouvriers, ces chefs-d’*œuvre furent précipités et brisés en mille pièces^.

Depuis ce désastre, le Parthénon semble avoir cessé d’être regardé comme un monument public. On éleva seulement dans la cella, un peu vers le sud, une petite mosquée placée obliquement par rapport au plan du temple, sans doute pour lui donner la direction de la Mecque mais on brisa les marbres pour les employer à la construction de cette

1. « L’amas de matières explosibles était sans doute placé au centre de la cella, et un peu plus à

l’est qu’à l’ouest, si l’on en juge d’après les parties ruinées du bâtiment. Les murs du sanctuaire, y compris celui qui le séparait de la salle de l’opistliodome, furent renversés, et avec eux les trois quarts de la frise de Phidias, toutes les colonnes du pronaos, excepté huit colonnes du péristyle du nord, et six au sud; mais, quand on parle d’un mur de 350 pieds de longueur sur 40 de hauteur, formé de blocs de marbre de 3 pieds d’épaisseur et de 6 pieds de longueur, quand on dit vingt et une colonnes hautes de plus de 30 pieds, composées chacune de onze tambours de marbre, on n'a donné qu’une faible idée de cet épouvantable bouleversement. Il faut encore se représenter l’admirable et énorme architrave cjui surmontait les colonnes, ces blocs de marbre sculptés en caissons, et ces dalles assemblées en toit qui couvraient , les unes le péristyle , les autres l’intérieur du temple, et qui, comme un coup de foudre, vinrent fondre à la fois sur le sol et s’accumulèrent en désordre. L’explosion fut si forte qu’elle lança des débris du temple jusque dans le camp des assiégeants, c’est-à-dire, à l’est, jusqu’au pied de la forteresse. Quelque violente que fût la commotion, elle n’atteignit cependant pas les statues des frontons; des parties seulement déjà altérées par le temps eurent à souffrir de l’ébranlement. » L. de Laborde. Athènes aux xv% xvi'- ef xvii® siècles. T, II, p. 151.

2. Ce dessin a été reproduit par M. L. de Laborde dans le second volume d’Athènes aux xv% xvi® et XVII' siècles.

3. Ce siège, si funeste à l’art, ne profita guère aux Vénitiens, qui furent obligés d’évacuer l’Acropole et la ville dès le 4 avril 1688.

4. La mosquée, ainsi que le minaret élevé également par les Turcs, à droite du poslicum, a été démolie depuis la guerre de l’indépendance.

EXTÉRIEUR J)U PARTE RNON.

nouvelle mosquée, aux réparations des maisons et des murailles de la forteresse. « Les petites maisons turques, grossières échoppes de bois et de torchis, avaient envahi l’enceinte sacrée; s’appuyant aux colonnes^, remplissant les portiques, elles étaient comme une lèpre hideuse attachée au divin édifice. On comptait jusqu’à quatre cents de ces baraques informes au sommet de l’Acropole^. Dans cet état de désolation où se trouvait le plus beau monument du monde, on ne pouvait contempler ses frontons, ses métopes, ses frises sculptées qu’avec un embarras extrême. Il fallait que la difficulté fût bien grande pour qu’un observateur comme M. de Chateaubriand eût pu écrire dans son Itméraire^, à propos du Parthénon, cette phrase inconcevable : « Des morceaux de sculpture excellents, 7nais du siècle d’Adrien^ époque du renouvellement de l’art, occupaient les deux frontons du temple » Une pareille erreur, excusable jusqu’à un certain point chez un simple littérateur, cesse de l’être chez un artiste, et pourtant elle avait déjà été commise par l’architecte Leroy

Extéuielr du Parthénon. Le Parthénon est entièrement construit de ce beau marbre blanc que fournissait la montagne du Pentélique qiii s’élève à quelques milles seulement au nord d’Athènes. Il repose sur un stylobate formé de trois degrés. Ces degrés ont tous une profondeur égale de 0"’,70, mais les deux inférieurs ont 0'",52 de hauteur et le supérieur' 0'", 55. On voit que par leur élévation ils étaient en quelque sorte inaccessibles et n’avaient jamais pu servir de marches pour monter au temple. Pour les rendre praticables, on avait formé à la façade orientale trois escaliers, N, M, N, composés d’une marche intercalée entre chaque degré en avant de l’entre-colonnement central et des deux avant-derniers entre-colonnements. Les marches intercalées ont disparu,

1. Aujourd’hui l’Acropole u’a plus d’autres habitants que quelques invalides, ses gardiens. « La chouette, dit Ed. About dans sa Grèce contemporaine, habite toujours la ville de Minerve, mais elle n’y règne plus. L’Acropole est habitée en été par une charmante espèce d’épervier qu’on appelle la cï’écerellette. Ce petit oiseau de proie ne poursuit pas d’autre gibier que les sauterelles; cependant il ne manque pas de courage; lorsqu’il arrive au mois d’avril, il commence par délivrer l’Acropole de tous les corbeaux dont elle est infestée. »

On disait : porter des chouettes à Athènes, comme nous disons ; porter de l’eau à la rivière. Cette locution était devenue proverbiale. V. Lucien. Nigrinus. Aristophanf. Les Oiseaux, v. 302.

Page 1