‹ Athenes (volume 2)Chapitre 55 sur 276 · EXTÉRIEUR DU PARTI! ÉNON · texte numérisé non relu

EXTÉRIEUR DU PARTI! ÉNON

pas. Quoique nous regrettions de ne pouvoir partager son opinion, nous la reproduirons ici , tant pour mettre sous les yeux de nos lecteurs tous les éléments de la cause, que parce que, dans une page du brillant professeur, il y a toujours quelque profit pour l’imagination et pour l’esprit :

« Les courbes horizontales peuvent être considérées comme une conséquence des inclinaisons verticales. L’on sait à peu près l’époque où elles commencèrent à être employées : elles n’existent pas encore au temple de Corinthe ; on les voit déjà au plus récent des temples de Pæstum. C’est le cas , à ce qu’il semble , de se rappeler le mot de Vitruve : (( Blandimur voluptati visiis. » Charmer les regards, n’est-ce pas le but le plus immédiat, sinon le plus élevé de l’art?

« La ligne droite, sur un long développement, a quelque chose de sec et de froid; nous en avons des exemples frappants dans les monuments que les modernes ont copiés sur l’antique, avec plus de science que de sentiment. La ligne droite est une abstraction toute géométrique, que l’on ne retrouve jamais dans la nature. Les lignes mêmes des horizons décrivent une double courbe, déterminée par la forme du globe. La convexité du soubassement et des architraves donne au Parthénon quelque chose de vivant et d’harmonieux qui nous pénètre à notre insu. Il est si vrai que l’architecte n’a point prétendu redresser nos perceptions, qu’il a dû compter au contraire sur leur naïve exactitude pour nous transmettre la notion de ces belles courbes. Elles sont en effet parfaitement sensibles, pour peu que le regard s’y arrête et cherche le secret des impressions inconnues qu’un principe si nouveau éveille en nous. C’est toujours ce qui m’a frappé dans les temples doriques où les courbes existent, à Pæstum, en Sicile, en Grèce. Peut-être était-ce une complaisance des yeux pour l’esprit prévenu; mais aujourd’hui, chacun peut contrôler le témoignage de ses sens par les résultats que la science

démontre, et je ne crois pas qu’on trouve jamais en défaut leur sincé-

rité^. »

Un mot de cette citation a déjà appris à nos lecteurs que les courbes observées au stylobate se reconnaissent également dans les parties supérieures de l’édifice, aux architraves, aux corniches, aux bases des

AT HExXliS.

frontons. Nous trouvons également ce fait érigé en règle par Yitruve : (( Les chapiteaux des colonnes , dit-il , étant terminés , et n’étant point posés de niveau, bien qu’étant d’une égale proportion, les architraves doivent être tracées de telle sorte que le renflement qui a été ménagé dans le stylobate se retrouve dans les membres supérieurs de l’édifice^. »

Enfin, il est un troisième genre de courbes ([ui se trouve également au Partbénon et dans les autres édifices grecs. La face de rentablement forme une ligne concave sur chacun des côtés de l’édifice, de sorte que les angles ne sont pas absolument droits, mais un peu aigus. Cette disposition avait évidemment pour but d’ajouter encore à la solidité du temple, en opposant à l’écartement une plus grande résistance vers le centre des grandes lignes.

Les colonnes sont cannelées à vive arête dans toute leur hauteur, et les cannelures sont au nombre de vingt. Elles ne viennent pas, comme dans la plupart des autres temples grecs, se couper brusquement et à angle droit aux filets du chapiteau ; elles se rapprochent plutôt du système romain; seulement, au Partbénon, au lieu d’être terminées, comme en Italie, par un demi-cercle, elles le sont par une sorte d’arc surbaissé.

i.es joints des tambours qui composent les colonnes sont d’une telle perfection, qu’il faut la plus grande attention pour les découvrir; ils n’ont souvent pas l’épaisseur du cheveu le plus délié. Du reste, dans tous ses détails, le Partbénon offre la même perfection.

Les colonnes soutiennent un entablement qui a 3”', 25 de hauteur et (pii n’est pas moins admirable par la beauté des marbres dont il est orné, que par le caractère mâle qui règne dans ses profils. Il paraît, conformément à la règle posée par Vitruve^, avoir été décoré de têtes de lion et d’antéfixes , dont on voit (iuel(:[ues échantillons au musée de Londres

La face du triglyphe est exactement à l’aplomb de celle de l’architrave, règle (pie Leroy pense avoir été suivie à Athènes jusqu’au temps d’Au-

1 . « CapituUs perfectis deinde columnarum , et non ad libeUam, sed ad æqualem modulum collocatis, ut quæ adjectio in stylobaüs facta fuerit, in superioribus menibris respondeat, epistyliorum ratio sic esthabenda . » Vitr. L. III, c. 5.

« In cymis capita leonina sunt scalpenda. » VniavE. L. III.

/prym Saloon. JN" .'591, trtc de lion. N"’ .'189 et Ü91), antéfixes.

EXTÉRIEUR DU l'ARTllÉNON.

guste , et dont les Grecs se seraient écartés alors , et après eux les Romains, en faisant la surface du triglyphe en surplomb sur rarchitrave.

La hauteur des triglyphes du Parthénon est de leur largeur

de 0'*',85. On remarquera encore qu’ici, comme dans tous les temples doriques grecs, l’angle de la frise est flanqué d’un triglyphe, tandis que chez les Romains cet angle restait nu , et le triglyphe était placé à l’aplomb de l’axe de la colonne.

Angle rie frise du Parthénon. Angle de frise romaine.

L’entablement du Parthénon ne suit pas la forme pyramidale des murs de la cella et des colonnes; au lieu d’incliner, comme eux, vers le centre, il se redresse et penche même légèrement vers l’extérieur du monument. M. Renié nous semble avoir donné de cette particularité l’explication la plus simple et en même temps la plus vraie. Si l’entablement renversé en arrière eût fui l’œil du spectateur, tout l’effet eût été perdu; ces ornements fussent devenus invisibles, d’autant plus ([u’au

Parthénon, comme dans tous les temples grecs, si tous étaient rehaussés de peintures^, plusieurs étaient simplement peints et non sculptés, et par conséquent sans saillie 2.

Nous avons déjà eu occasion de parler de l’emploi de la polychromie dans la décoration des édifices grecs Certaines couleurs étaient, comme par tradition, affectées à certains membres d’architecture : le bleu aux triglyphes et aux mutules, le rouge aux métopes et à la bande creuse qui sépare les mutules, etc.; les gouttes étaient dorées; le fond des frontons était généralement bleu , ainsi que celui des caissons sur lesquels se détachaient des étoiles ou des rosaces d’or. La frise de la cella du Parthénon était surmontée de canaux alternativement rouges et bleus ; au-dessous de la frise couraient un méandre sobrement peint et doré^, et des rais de cœur distingués par des filets rouges sur un fond bleu®; enfin, sur un chapiteau d’ante du posticum, M. Penrose dit avoir vu des oves blancs séparés par des fers de lance rouges, et des rangs de perles d’or sur un fond bleu

M. Paccard et quelques autres ont cru voir sur les fûts des colonnes des traces d’ocre jaune. Nous croyons, après examen attentif de l’espèce de croûte jaune qui recouvre en effet certaines parties du fût des colonnes, qu’il ne faut y voir qu’une sorte d’oxydation du marbre produite par l’ardeur du soleil , d’autant plus que les parties les plus abritées, et où par conséquent la peinture eût dû le mieux se conserver, sont justement celles où l’on en trouve le moins de traces.

Le portique est double à chacune des façades du Parthénon, et ce ne sera peut-être pas sans cjnelque étonnement qu’on remarquera dans le plan que les colonnes du second rang, exhaussées sur deux degrés et d’un plus petit diamètre que celles du premier, ne correspondaient pas toutes parfaitement à leur axe. Ces irrégularités, que la théorie de

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