‹ Athenes (volume 2)Chapitre 57 sur 276 · Voyages et recherches dans la Grèce · texte numérisé non relu

Voyages et recherches dans la Grèce

2. Spon et Wheler. Voyage en Grèce, 1G76. Chandler. Voyages. T. II, p. 390.

OPISTHODÜME.

au soleil, dont les effets désastreux n’eussent pas tardé à se faire sentir. Nous serions donc tenté de croire que la partie du temple en avant de la statue était seule hypœthre. Il est probable aussi que les chrétiens achevèrent de couvrir la nef centrale lorsc^u’ils la transformèrent en église; cela expliquerait la nécessité dans laquelle ils se trouvèrent de periîer une fenêtre dans l’abside qu’ils substituèrent au pronaos. Bien C{u’il y ait peu de foi à ajouter aux dessins des voyageurs du xvii® siècle, on pourrait cependant en tirer un indice en faveur de notre hypothèse. Dans le plan d’Athènes, dessiné par les capucins français vers 1670, aussi bien que dans la vue générale donnée par Spon en 167/|. et dans celle cpii accompagne la relation de Wheler nous trouvons le Parthénon couvert dans toute son étendue. Notre conjecture se trouverait encore confirmée par cette obscurité du temple, qui étonna La Guilletière et que remarquèrent aussi Spon et Wheler.

Opisthodome. Nous avons dit que la partie occidentale ou postérieure de la cella était occupée par l’opisthodome F. Dans celui-ci, outre l’argent provenant des revenus publics et des contributions des villes de la Grèce, du çopoç, destiné primitivement à soutenir la guerre contre les Perses 2, on conservait toujours au moins mille talents (5,400,000 francs), poulies dépenses imprévues de l’État^.

Au commencement de la première guerre du Péloponèse (432 avant

1 . Ces planches sont reproduites dans le bel ouvrage de M. de Laborde, Athènes aux xv% xvP et xviP siècles.

2. « Les Athéniens, investis du commandement que les alliés leur avaient déféré en haine de Pau-

sanias, fixèrent l’apport de chaque ville dans la lutte contre le barbare; aux uns, ils demandèrent de l’argent, aux autres des vaisseaux. Le prétexte était de ravager les terres du roi de Perse, en représailles de ce qu’on avait souffert, C’est alors que fut instituée chez les Athéniens la magistrature des hellénotames chargés de percevoir le phoros. On désignait sous ce nom la contribution en argent. Le premier phoros fut fixé à 400 talents. Ce trésor était déposé à Délos, et les assemblées se tenaient dans le temple. » Thucvoide. L. 1, § 90.

« Aristide conseilla à tous les alliés de convoquer une assemblée, et d’y proposer le transfèrement et le dépôt du trésor général à Délos. Cet argent était le fruit de l’Impôt que chaque ville, pour faire face aux dépenses d’une guerre probable avec les Perses, devait payer selon ses moyens. La somme totale de ce trésor était de 560 talents. Chargé lui-même de la fixation de cet impôt, il en fit la répartition avec tant d’exactitude et d’équité qu’il s’attira l’estime de toutes les villes. »

Diodore de Sicile. L. XI, 46-47.

Cf. Cornelils Nepos. Aristide, 3.

Nous avons vu, déposées dans le musée des Propylées, les curieuses inscriptions qui ont fait connaître la part que chacun des peuples de la Grèce prenait à cette contribution.

3. « Les Athéniens décrétèrent que, sur les sommes déposées a l’Acropole, 1,000 talents seraient prélevés pour être mis à part sans qu’on pût les dépenser, et que le reste serait consacré aux frais

AT H k N E S.

Jésus -Christ), époque de la plus grande puissance d’Athènes, six mille talents (32,A00,000 francs), selon Thucydide, étaient déposés dans ropisthodome Quelques années auparavant, le dépôt avait atteint l’énorme somme de 10,000 talents (5A millions de francs 2), mais on sait qu’une partie de ces trésors avait été détournée de sa destination et employée par Périclès à rembellissement d’Athènes ^ Là aussi étaient inscrits les noms de tous les débiteurs de l’État , nommés pour cela £Yy£yp(j^(/,f7^£voi £v T'fl AîcpoTcoT^si, inscrits (IciHS l Aci opolc^ et, api es 1 acquittement de leur dette, ÀxpoTirolew; i^ak-nki[jp.é'Joi, efjacés de l Acropole. Les particuliers mettaient en dépôt dans ropisthodome les sommes d argent et les objets précieux qu’ils n’osaient garder chez eux L On y conservait

de la guerre (du Péloponèse). La peine de mort fut prononcée contre quiconque parlerait de toucher à ces 1,000 talents ou proposerait un décret dans ce sens, à moins que ce ne fût pour repousser une armée d’invasion venant par mer attaquer la ville. » Thucydide. L. Il, § 24.

Cependant, en l’an 412, après les désastres de l’expédition de Sicile et de la guerre du Péloponèse, les Athéniens se servirent de cette réserve pour reconstruire leur flotte.

Le trésor du temple de Minerve fut, plusieurs siècles après, pillé par Verrès, et ce sacrilège est Tun des crimes que Cicéron ( Verr. II, or. I, 17) reproche à 1 avide proconsul.

1. « Périclès dit aux Athéniens qu’il fallait avoir toujours les alliés sous leur main; car, disait-il, c’est d’eux que dépend la puissance de la république, grâce au tribut qu ils payent; et à la guéri e, c est la prudence et l’abondance d’argent qui, en général, assurent la supériorité. Comme motif de confiance, il leur dit que le tribut payé à la république par les alliés s’élevait en moyenne à 600 talents, sans compter les autres revenus, et qu’il restait encore à l’Acropole 6,000 talents d argent monnayé. ( Le maximum avait été de 9,700 talents, dont une partie avait été employée aux Piopylées de 1 Acropole, à d’autres constructions et au siège de Potidée. ) Il ne comprenait pas, dans cette somme, 1 or et l’argent non monnayé, résultant des offrandes privées ou publiques, les vases sacrés affectés aux cérémonies et aux jeux, les dépouilles des Mèdes et d’autres richesses du même genre qui n’allaient

^ pas à moins de 500 talents. » Thucydide. L. II, 13.

2. « Ces hommes, vos pères, qui ne caressaient pas leurs orateurs, qui non étaient pas cbéiis aussi tendrement que vous l’êtes des vôtres, commandèrent quarante-cinq ans à la Grèce, libiement soumise, et déposèrent au delà de 10,000 talents dans la citadelle. » Démosthènes. 3" Phihpp-

Le mot opisthodome était devenu synonyme de trésor^ et c’est dans ce sens qu’il est employé par Démosthènes, lispi (tuvtoEsw;, et dans son discours contre Timocratc.

3. Le <pop6; avait été apporté de Tîle de Délos à Athènes sous prétexte de le mettre plus en sùicté; Périclès crut pouvoir en disposer. « Il remonstroit aux Athéniens qu ils n estoyent point tenus de rendre conte de ces deniers à leurs alliez, attendu qu’ils combatoyent pour eux et qu ils tenoyent les Barbares loin de la Grèce, sfns qu’eux contribuassent pour ce faire vn seul homme, vu seul cheval ni vn seul vaisseau, ains seulement de l’argent, lequel n’est plus à ceux qui le payent, ains à ceux qui le reçoivent, et qu’estant leur ville bien prouueuë de toutes choses nécessaires pour la guerre, il estoit honneste d’employer le surplus de ces finances en choses qui, à l’avenir, quand elles seroient paracheuées, leur apporteroyent gloire sempiternelle. » Plutarque. Périclès.

4. « Nous les mettrions en dépôt dans l’Acropole, sous un sceau, comme, on fait pour l’or. »

Platon. Dial. Menon.

11 paraît qu’il y avait aussi des trésors déposés dans d’autres temples, d’après ce passage de 1 hucydide, qui fait suite à celui que nous avons cité ci-dessus, note \ ;

« Il énuméra aussi les ricliesses des autres temples, qui étaient assez considérables, et dont ils

OPISTHODOMH.

les offrandes faites à la déesse, les ex-voto, àvaOvijj.aTa^^ enfin les dépouilles précieuses enlevées aux Perses, et entre autres le trône à pieds d’argent sur lequel Xerxès s’était placé pour assister au combat de Salamine^. Les deux divinités gardiennes du trésor déposé dans l’opisthodome étaient Jupiter Sauveur, Zéuç SwTvip, et Plutus, représenté avec des ailes et par exception jouissant de la vue^. Ces richesses étaient confiées aussi aux soins, sans doute plus efficaces, des hellénotames caissiers qui étaient changés tous les quatre ans, et c^ui transmettaient à leurs successeurs des inventaires gravés sur marbre, dont le musée des Propylées renferme encore de nombreux fragments

La largeur de l’opisthodome était naturellement la même que celle du temple, 19"', 35, et sa longueur atteignait c’est-à-dire près du

tiers de la mesure totale de cella.

pourraient se servir, y compris même les ornements d’or qui couvraient la statue de la déesse, si toutes les autres ressources faisaient défaut. » L. II, 13.

Un usage analogue existe encore aujourd’hui chez les musulmans qui déposent dans les mosquées leurs richesses en des coffres à peine fermés. Il est sans exemple que l’on ait violé ces dépôts placés sous la sauvegarde de la religion.

1 . « Les offrandes ou dons sacrés, àva6yi[j.aTa, sont, le plus souvent, des couronnes, des coupes,

des encensoirs, des vases d’or et d’argent, des amphores, etc. »

PocLux. Onomast. L. I, c. I, § 25.

« Polémon le Périégète a écrit quatre livres entiers sur les offrandes qui étaient consacrées dans le Parthénon. » Strabon. L. IX, c. I.

Ce Polémon avait laissé plusieurs autres ouvrages également perdus, mais dont le souvenir nous a été conservé par Athénée. Après avoir cité (L. IX) son traité sur les ex-voto do l’Acropole, il extrait des passages d’un ouvrage sur les peintres, dédié à Antigonus, et de plusieurs autres sur les voiles consacrés dans le temple de Carthage (L. XII), sur le Pœcile de Sicyone, et de deux livres intitulés flelladiques at Réponses à Néanthe (L. XIII).

2. IIabpocratiox et SiiioAS. Eschyle, les Perses. Plutarque, Vie de Thémistocle.

3. « Nous allons mettre Plutus à la place de Jupiter, qui gardait le trésor de la déesse. »

Aristopii. Plutus.

« Le plus grand bonheur est arrivé à Plutus : il était aveugle; ses yeux brillent d’un vif éclat, grâce aux soins d’Esculape. » Id. kl.

La fable de cette comédie roule tout entière sur la vue rendue à Plutus.

Cf. Thucydide. L. IL — Philostrate, Elxov, 42. — Démosthènes. Schol. Orat. 3 in Timocrat.

4. Ce mot, qui signifie trésorier de la Grèce, indique que, dans le principe, ces fonctionnaires avaient été institués seulement pour surveiller la contribution de la Grèce déposée à Athènes.

5. Cinq de ces inscriptions, plus ou moins complètes, figurent au Dritish Muséum, Elgin Saloon, sous les numéros 185, 2G7, 276, 282 et 370.

Les auteurs anciens font fréquemment allusion aux trésors de l’opisthodome.

Deméas. « Oui, tu t’es enrichi en entrant par dessous terre dans l’intérieur du Parthénon. »

Tijion. « Je n’y suis jamais entré, et personne ne croira ta langue. »

Deméas. « Alors tu veux y entrer, et tu as déjà volé le trésor qui s’y trouve. »

Lucien. Timon le Misanthrope.

» N’y compte pas, tant que l’on gardera des sommes immenses dans le temple de Minerve. -i

Aristoph. Jjysistrate.

Par une erreur difficile à justifier, Spon et Wheler, et après eux Stuart et Ghandler, ont avancé que le plafond de l’opisthodome était soutenu par six colonnes disposées sur deux rangs. Or, l’opisthodome ayant encore moins de profondeur cjue de largeur, il eût été impossible d’y placer six colonnes espacées selon les règles dont les Grecs ne se sont jamais entièrement départis. Nous devons donc admettre, avec tous les architectes et archéologues modernes, c|ue les colonnes n’étaient qu’au nombre de quatre; et si l’on n’acceptait pas l’opinion de M. Paccard, qui croit le pavé de l’opisthodome une restauration de l’époque romaine , cette hypothèse serait encore justifiée par la remarque que fit M. Gockerell de quatre dalles carrées régulièrement placées sur le sol, et ayant dû porter autant de colonnes; l’architecte anglais dit aussi avoir vu sur l’une d’elles une trace ronde de quatre pieds de diamètre qu’il pense être l’indication d’une colonne ionique. Mais le diamètre de ce cercle, qui, du reste, a depuis longtemps cessé d’être visible, ne serait même pas égal à celui des colonnes doriques du posticum, qui ont l'”,70. Nous ne croyons donc pas qu’on doive en tenir compte, car il conviendrait bien moins à une colonne ionique dont la base eût laissé une trace encore plus large.

Avec les données fort restreintes et contradictoires c^ue nous possédons, pouvons-nous décider auquel des deux ordres appartenaient les colonnes de l’opisthodome ? Nous pensons qu’il y aurait peut-être témérité à le faire jusqu’au jour où un heureux hasard aura fait retrouver quelque élément de ces colonnes entièrement disparues, aussi bien cju’un pilier de briques que les Turcs avaient substitué à l’une d’elles déjà brisée au xviG siècle. Spon et Wheler, qui virent les colonnes en place, les disent de même ordre et de même grosseur que les colonnes doriques du posticum^ et Stuart a accepté leur témoignage. D’un autre côté , M. Penrose , dans ses Principes d’ architecture athénienne , et M. Paccard, dans sa Restauration du Parthénon, les supposent ioniques, et l’exemple de l’ordre intérieur des Propylées semble justifier cette hypothèse. De plus, la hauteur du plafond de l’opisthodome, indiciuée encore par des restes de corniche, paraît en effet exiger l’emploi d’un ordre de proportion plus allongée que le dorique, le plus court des ordres grecs

1. Au British Muséum, Elgin Saloon, on montre, sons le miméro 400, une partie d’une volute corin-

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