‹ Athenes (volume 2)Chapitre 82 sur 276 · Ibid-, n'” 62 à · texte numérisé non relu

Ibid-, n'” 62 à

M [NEUVE DU FARTHÉNON.

au Musée du Louvre , appartenait à la façade orientale. Il comprend sept figures de jeunes vierges athéniennes sur le point d’entrer dans le temple et de remettre aux Archithéores et aux N omophy laques, directeurs de la cérémonie, les instruments des sacrifices qu’ils avaient portés dans leur marche religieuse

Nous décrirons plus loin les quatorze fragments plus ou moins complets restés à Athènes et déposés dans l’opisthodome du Parthénon.

Il est facile de se convaincre, par l’examen de la frise qui nous occupe, que la composition formait un tout homogène qui dut être conçu tout d’un jet, et par un seul artiste, et cet artiste ne put être autre que Phidias. Quant à l’exécution, qui, aussi bien que celle des métopes, est d’un mérite fort inégal , elle ne tient plus en rien du style archaïque et doit être attribuée tout entière à l’école de Phidias. Peut-être même le maître a-t-il mis la main à quelques-unes des figures les plus parfaites, de même que Raphaël a retracé de son divin pinceau deux des cinquante-six compositions sacrées dont son génie a enrichi les loges du Vatican. Terminons cet examen par une remarque importante que nous emprunterons encore à l’excellent ouvrage de M. Beulé. « Les prédécesseurs de Phidias avaient décoré les temples de sculptures à haut relief qui n’étaient qu’une imitation de la nature. On dirait des statues en ronde bosse coupées par la moitié et appliquées sur un fond uni. Telles sont les sculptures du temple de Thésée, telles sont celles de la Victoire sans ailes, telles sont les métopes du Parthénon. Phidias fut proprement l’inventeur du bas-relief. Il sut avec une légère saillie donner aux surfaces et aux plans leur valeur apparente. La science de la perspective et le sentiment personnel l’aidèrent à produire cette illusion 2. ))

Minerve. Enfin, il nous reste à mentionner le chef-d’œuvre de Phidias, la fameuse statue de Minerve, placée autrefois dans le sanctuaire, sur le piédestal L , et que malheureusement nous ne connaissons que par la description que nous en ont laissée les auteurs grecs et latins. Cette statue, qui, au dire de Pline, avait 26 coudées (11"’, 70) de haut, et, en y comprenant le piédestal, au moins 15 mètres, choque

1. Comte de Glarac. Description du Mu^éedes antiques du Louvre, n” 82.

par sa grandeur toutes nos idées de proportion, puisque la lance de la déesse devait presque atteindre les caissons du plafond; mais on sait que les Égyptiens ne comprirent jamais la puissance séparée de la grandeur matérielle, et les Grecs, à Athènes comme à Olympie, ont prouvé ciu’ils n’avaient pas encore renoncé à la tradition apportée par Cécrops.

La Minerve du Parthénon était d’or et d’ivoire et les ornements faits de la première de ces matières ne pesaient pas moins de liO talents d’or (3 millions de francs 2) . Les chairs seules étaient d’ivoire ; les vêtements d’or de diverses couleurs étaient en outre rehaussés de peintures légères par Paninus, frère ou cousin de Phidias, qui paraît avoir également exécuté toutes les décorations peintes des autres ouvrages du grand sculpteur. 'Une légère teinte était passée sur l’ivoire lui-même pour adoucir et rendre harmonieuse sa blancheur qui eût été trop éclatante 3.

1. Les matières précieuses qui composaient les statues chryséléphantines (xpuffô;, or; eXÉça;, ivoire) étaient assemblées par une armature en fer et en bois à laquelle Lucien fait souvent allusion.

« Les plus magnifiques de ces dieux sont d’ivoire, relevé d'un peu d’or qui leur donne de l’éclat et de la couleur; mais, à l’intérieur, ils sont de bois, et recèlent de nombreux troupeaux de rats qui y ont établi leur république. » Jupiter tragique.

« Lorsque j’étais roi et que tout le monde enviait mon sort, je me comparais à vos statues colossales, chefs-d’œuvre de Phidias, de Myron et de Praxitèle. Au dehors, c’est Neptune, le trident à la main- c’est Jupiter, tout brillant d’or et d’ivoire, armé de foudres et d’éclairs; mais regarde au dedans ; des leviers, des coins, des barres de fer, des clous qui traversent la machine de part en part, des chevilles, de la poix, de la poussière et d’autres choses aussi choquantes à la vue, voilà ce que tu y trouveras, sans parler encore d’une infinité de mouches et de musaraignes qui y établirent leur république. Telle est à peu près la royauté. » Le Songe ou le Coq.

2. « Périclès établit qu’aux ornements d’or de la déesse il y avait 40 talents pesant d’or pur, et

que la totalité pouvait se détacher. Cependant il ajoutait que, si l’on en faisait usage pour le salut

public, il faudrait plus tard le remplacer par un poids égal. » r tt i o

* ’ iHUCYDIDE. L. Il, C. 13.

« Thucydide dit 40 talents; d’autres auteurs disent 44; d’autres enfin 50. Je m’en rapporte au témoignage de Thucydide. Eu supposant que, de son temps, la proportion de l’or à l’argent était de 1 à 13 comme elle l’était du temps d’Hérodote, les 40 talents donneraient 520 talents d’argent, qui, à 5,400 livres le talent, formeraient un total de 2,808,000 livres. Mais comme, au siècle de Périclès, la dragme valait au moins 19 sous, et le talent 5,700 livres, les 40 talents dont il s’agit valaient au moins 2,904,000 livres. » B.vuthélemy. Voy. d’Anach. T. II, note 11.

Une inscription trouvée, en 1857, dans les fouilles de l’Odéon semble se rapporter à la dépense faite pour l’achat de l’or et de l’ivoire de la Minerve de Phidias , dépense qui aurait eu lieu dans l’année où les fonctions de gardien du trésor de la déesse étaient remplies par Cratès, fils de Naupon, du bourg de Lambrée, Kpàxriç NauTtovo; ô Aap.up£Ùç.

3. Cet usage de peindre les sculptures était général. Praxitèle ne voulait laisser voir aucune de ses statues avant qu’elles eussent été peintes par Nicias. H est bien entendu que les anciens n employaient la peinture que sobrement et par teintes légères,- et non pas à la manière des sculpteurs du moyen âge.

.MFiNKRVK DU PART H K N ON.

U Minerve, dit Pausanias est debout, avec une tunique qui lui descend jusqu’aux pieds. Sur sa poitrine est une tête de Méduse en ivoire. Elle tient d’une main une Victoire-, qui a quatre coudées environ de haut, et de l’autre une pique; son bouclier est posé à ses pieds, et près de la pique est un serpent qui représente peut-être Érichthonius. La naissance de Pandore est sculptée sur le piédestal de la statue. »

« La Minerve d’Athènes, dit à son tour Pline a 26 coudées ; elle est d’ivoire et d’or. Sur la surface convexe du bouclier de la déesse, Phidias a gravé le combat des Amazones; sur la partie concave, la bataille des dieux et des géants; sur les semelles, celle des Lapithes et des Centaures; tant avec lui l’art se logeait dans les plus petits espaces. 11 a nommé Naissance de Pandore ce qu’il a gravé sur la base; là sont vingt dieux naissants. La Victoire surtout est admirable. Les connaisseurs admirent aussi le serpent, et sous la lance même le sphinx d’airain. »

Nous lisons dans Maxime de Tyr^ : u La Minerve de Phidias n’est pas inférieure au type qu’Ilonière décrit dans ses vers ; c’est une belle vierge aux yeux glauques 5, à la taille élevée, ceinte de l’égide, casquée, tenant la lance et le bouclier. »

<( J’ai vu, ajoute Apulée sur le bouclier de la Minerve qui préside à la citadelle d’Athènes, ce Phidias* que la tradition nous présente comme un habile sculpteur; il s’est figuré de telle sorte que, si l’on voulait retrancher son image du bouclier, l’ensemble serait détruit, et l’œuvre entièrement perdue. »

(( Enfin, dit Plutarque Phidias s’était représenté sous les traits d’un vieillard chauve qui soulève une pierre des deux mains; il y ajouta un portrait admirable de Périclès combattant une Amazone. Dans cette der-

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