Vie de Périclès
nière figure, la main lançant un javelot était placée avec tant d’habileté qu’elle cachait une partie du visage, mais qu’on en voyait encore assez des deux côtés pour que la ressemblance fut évidente. »
Les Athéniens n’eussent pas souffert qu’on inscrivît sur la statue le nom de son auteur, non plus que celui de Périclès qui l’avait fait faire, et Phidias avait trouvé ce moyen ingénieux d’éluder la défense faisant même, comme nous venons de le voir, de son propre portrait la cheville ouvrière du colosse entier, afin qu’il ne pût jamais en être détaché.
Nous verrons au temple de Thésée une statuette dans laquelle M.-Ch. Lenormant a cru reconnaître une réminiscence de la Minerve du Parthénon. Ce colosse figure sur un beau tétradrachme qui appartient à la plus brillante époque de l’art athénien.
La Minerve de Phidias fut placée dans le Parthénon la première année de la 85® olympiade (Û38 ans avant Jésus-Christ), sous l’archontat de Théodore. Cent trente ans après, l’or en fut pillé par le tyran Lacharès, qui enleva le manteau de la déesse et le remplaça par un manteau d’étoffe, disant qu’il serait plus léger pour l’été et plus chaud pour l’hiver.
Chandler croit que la statue fut détruite définitivement vers l’an hOO avant Jésus-Christ, par les Visigoths, conduits par Alaric. Il est vrai que, si l’on en croyait Zosime, Alaric marchant contre Athènes aurait aperçu Minerve armée sur les créneaux, et Achille debout devant les remparts de l’Acropole, et, effrayé par ces apparitions, aurait renoncé à son entreprise et traité avec les Athéniens. Mais toute cette histoire,
1. « Les artistes veulent être célébrés après leur mort. N’est-ce pas pour cette raison que Phidias plaça son portrait sur le bouclier de Minerve, parce qu’il ne lui était pas permis d’y inscrire son nom? » Cicéron. Tuscul, I, 15.
MINERVE DU PARTHÉNON
dit avec raison Chandler^, n’est que le dire d’un païen zélé pour ses divinités, qui cherche à les soutenir dans leur proscription et même à relever leur crédit anéanti. 11 est au contraire prouvé qu’ Athènes eut, ainsi que les autres villes de la Grèce, beaucoup à souffrir de la part de ce conquérant féroce; et tout porte à croire que l’idole puissante et révérée de Minerve fut alors enveloppée dans la dévastation générale qui fit main basse sur toutes les statues sans distinction, comme sans examiner si elles étaient descendues du ciel ou si elles étaient l’ouvrage de Phidias. »
En tout cas, si l’assertion de Zosime devait être acceptée, la Minerve qui, du haut des remparts, fut apparue aux regards épouvantés d’Alaric n’eût point été celle du Parthénon, mais un autre colosse de Phidias, la Minerve Promachos, qui, en effet, était visible du dehors, \ élevée qu’elle était sur un énorme piédestal dont nous retrouverons les restes.
M. Beulé ne partage pas l’opinion de Chandler; il pense au contraire que la Minerve ne fut enlevée du Parthénon que par les chrétiens, sous le règne de Justinien, et que probablement elle alla orner l’hippodrome de Constantinople avec d’autres œuvres de Phidias, et faire pendant au Jupiter Olympien
Si nous n’entrons pas dans de plus grands détails sur cette œuvre, l’une des merveilles de l’antiquité, c’est que ce serait sortir de notre cadre , qui n’embrasse que les monuments encore existants , au moins en partie. Quant à la statuaire chryséléphantine en général, et à la Minerve du Parthénon en particulier, on pourra consulter à leur sujet le magnifique ouvrage de Quatremère de Quincy, le Jupiter Olympien, l’intéressant chapitre que M . Beulé a consacré à la statue de Phidias et voir dans le Magasin pittoresque ^ le dessin et la description de la reproduction qui en a été faite d’après les textes par M. Simart, aux frais et sur les indications de M. le duc de Luynes, et qui a figuré à l’exposition universelle de Paris en 1855.