Ne h'ienie voluptas impudica frigeret
» De peur que Thiver les impudiques plaisirs fussent troublés par le froid. »
Teutullien. Apol. C. VI.
:{. Plan de l'Acropole D',
4. Tibère-Claude-Hérode Atticus, rhéteur grec, naquit à Marathon vers l'an MO après J.-C, d'une riche et ancienne famille. Son père avait légué en mourant une mine (80 fr. 94 c.) à chaque citoyen d'Athènes, et n'en avait pas moins laissé à son fils une fortune considérable, que celui-ci accrut encore. Voici en quels termcîs Spon (T. M, p. 'ilo) rend compte de l'origine de ces richesses :
i< Atticus, père d'Hérode, vivait en particulier à Athènes dans une fortune très-médiocre; mais, ayant trouvé un grand trésor dans une maison qu'il possédait proche du théâtre, il devint tout d'un coup fort riche. Sa prudence ne le céda pas à son bonheur, car, appréhendant que cola ne vînt à être sceu et que, par l'obligation qu'o'i a de rendre les trésors qu'on a découverts aux souverains, il ne retombât dans sa première nécessité, il écrivit en ces termes à l'empereur iXorva : « Seigneur, j'ay « trouvé' un ti-i'sor dans ma niaisun. Ou'ordouni'^-tu ({ue j'en fasse? » Le prince lui fit r(''])onse (Ml ces termes : <i Use de ce que tu as trouvé. » Néanmoins, Atticus craignant encore qu'on ne lui list quelque affaire, veu l'importance de la chose, écrivit une seconde fois à rcnqiereur et lui avoua que ce trésor surpassait beaucoup la condition d'un liomme privé. Mais l'empereur lui répondit a\ec la même générosité : « Abuse même, si tu veux, du gain inopiné que tu as fait, car il est tien. » De cette manière, il devint très-puissant et é'pousa uin' léminr foit riche. »
Loin de s'abandonnrr au plaisir, à ["oisiveté que lui permettait i'in'ritage paternel, Hérode Atticus é'tudia sous les principaux rhéteurs de son temps, Scopelianus, l'avorinus, Secundus et Polémon ; il fut lui-même précepteur do Marc-Aurèle et de Lucius Vérus. Il avait écrit divers ouvrages qui ne
ODKOX Di: KKGILLA.
dont il déploi-ait lu prrtr. v\ ([iii avait appartenu à ruiic des pi-eniières familles de Rome L
Cet édifice, à Iqxxiue des invasions des Barbares. de\inl une espèce de forteresse où les habitants se réfut;-i('rent sous la protection de l'Acro- ])ole. Ce fut d'aprôs un ordre de Valérien ({ue. pour la première fois, on commença à le transformer en ouvrage de défense 2. Depuis, plusieurs
Vue extùiit'ure lie l'Oili'on.
générations n'avaient cessé de l'habiter, et des ruines entassées sur des ruines avaient à rintéi'ieui' élevé le terrain à une hauteur de j)his de
hoiit point parviiiis jusqu'à nous; quelques fragments (|iii lui «mit attribui's ont pourtant l'ti' ]uil»liOs à Lcipsig (Ml 1801.
Aulu-(ji'llc cite un grand nonilirc de mots et de disscrtiiiions (|u"il dit ;uiiir i-rciieillis ilc la linuclie iiiùine d'IIrrode Atticus, ([ii"il (lualilie toujours d'Iimiinir cniisulain', vir ciinsuldris.
Archonte en 11(7, consul en 1 iij, il se rcliia de la vie politi(|ui; d employa ses inuiicnses richesses à l'euihellisseineut (le la ville (rAlhi'Mies. Apr("'S avoir V('cu sous les n'eues di' \erva, 'l'rajaii, \drien, Antonin l(; Pieux et Marc-Aun'le, il mourut (;ii 180.
I. 'I L'OdiVin de l'atras est, sous tous les rapports, h', plus heau (pi"il y ail dans la (iièce, excepti'' '■■•lui d' Viliéne-, (|ui est bien au-dessus pour la grandeur et la magiiilicence; c'est un Atlii'nien nomnic' ll(!'rode qui l'a fait (!'riger pour honorer la mémoire de sa fiinme ([ue la mnrt lui avait enlevc'c. Je u'ai point parliî de cet Odi'on dans ma d(.'scription de I' \lti(|iic, parce (|u'elle était terminé(' a\ant (pi'lli''rode eût couuiienc('! cet édifice. » P.viswrvs. Acliaic. C \\.
I' Hérode oITrit aux Athéniens le tlK'àtre de llé'gilla, ayant nu |ilafond de ci'-dre; ce monument était enrichi de nonilireuses statues, n Puii osiu \ n . \'ir d'Ilfrode.
Il llérode coiislriiisit, pour les .\théniens, un IhéAtre couvert, OiaTpov 'Jn(i>^of.iov. »
Si iii\s. /,(>.r.
*.'. ZosiMK. L. 1, c. 'J".t. — ZoNAr.vs. 1,. Ml, c. 'j:!.
13 mètres au-dessus du sol anticiue et jusqu'au niveau du second étage des arcades xisibles à rextérieur.
C'est un de ces arcs qui servit de passage au général Falnier, lorsqu'en 1825 le célèbre ])liillicllène pénétra dans l'Acropole, bloquée par les Turcs. L'Odéon était devenu une sorte d'ouvrage avancé dont ses arcs étaient les créneaux. Il y a peu d'années encore, les ruines de la
rian de l'Odoon.
scène^ GABG étaient seules visibles'-, et tout l'intérieur de l'édifice était encore caché sous des décombres dont la masse était évaluée à plus de 20.000 mètres cubes •'^.
Le 21 janvier 1857, des travaux de d('blayement ont été entrepris par ordre du roi Otlion, et conduits activement sous rintelligentc direction de M. Pittakis, l'infatigable conservateur des antiquités d'Athènes. et déjà, en avril 1858, l'intérieur de l'Odéon avait reparu au jour presque dans son entier, ou au moins dans un état de conservation sufTisant pour qu'on put parfaitement se rendre compte et de sa disposition et de sa magnificence.
1. Le thràtrc antique se composait de deux parties principales, dont les autres n'étaient c(ue les subdivisions : la iiartic scnii-cirrulaii'i', ajtpch'i' \o. xoO.ov, In rrpu.r ou riii'uiicycle réservé aux spectateurs, et la partie rectangulaire, rjy:r,-/ri, la srè)ie, destinée à la scène proprement dite et à ses dépendances.
2. En lSi8, cpielques fouilles y avaient été faites par les soins de M. Pittakis, aux frais de la Société archéologique d'Athùnes.
3. Dans cette masse figurait pour environ mille mètres cubes une immense quantité de coquillages dont la présence est hieii diflicile à expliquer. On ne peut rattiiliuer qu'à l"enq)lei qu'en en fit pour combler c[uelquc vide.
ODÉON Di: Rl':(;i!,[.A. 289
« Dans la marche successive des travaux, dit M. Christo])oulos*. l'on a pu s'assurer d'une manière certaine, aussi bien par la dllïérence des couches que par la découverte des monnaies appartenant à dilTérentes épocjnes. que cette masse de ruines et de terres est due à cinq dilterentes catastro])hes arrivées sans doute à de longs intervalles, depuis les siècles les plus reculés de la période byzantine jusqu'aux temps de la domination turcpie. M.iis la forme, la nature et la place de ces ruines témoignaient assez clairement de la miséi-able situation des générations (|ui y ont vécu et causaient à tout observateur un sentiment à la fois triste et consolant, eu ('tablissaiit un contraste frappant entre les jours heureux oîi nous vivons, et ces siècles de pleurs et de désespoir, heureusement bien éloignés de nous, où les hommes étaient forcés de se cacher dans les entrailles de la terre, et de changer les chefs-d'œuvre mêmes de rauti([uité en moyens de défense contre la férocité de leurs semblables. »
Le mémo rapjiort signale une grande quantité d'objets trouvés pendant le cours des travaux; outi-e de nombreuses inscriptions (|ni ont été publiées dans le Jounnil (uc/K'ologùjiic dirigé par M. Piltakis'-, les principaux sont de grandes jarres de terre cuite, des (lolia, et d'autres vases de diverses époques; d'énormes chevilles de fer longues de 0"',o(), {\cf^ anneaux oblongs de même métal, des masses de bois de cèdre calciné et plusieurs tuiles coloriées-'^ et couvertes d'ornonients analogues k ceux des bricjues de l'ancien Parthénon : tous ces objetîj. doivent avoir fait partie de la toiture''; inio ('nornio bombe encore pleine de ])oudre, pi'obabhMucnt runo de celles que Morosini v\ Ka'uigsniark lancèrent (•ontrr l'Acropole; (lil]'('rcnt('s scnl|)lui('s. telles ([u'une tète de femme peu i'einai'(|ii;il)le p;n- la l)(\'uit('' du tra\ail. mais dont l(\s cheveux sont don's et les som'cils peints, et dont les \en\ (TiMiiail on (ranire matière a\aienl ('t('' arr;ieli(''s ; mie l),i-e poil.ml (piel(|nes traces dinie longnc tnni(|ne. litniai hilaris, indlipLin! ime st;itne de fenune. peut-être celli^
I. ILriiosc siiciinrl présnilr au roi e» octobre lS."i7 par M. Cliristopoulds, ministre do {"iiisinictioii liiii)li(|ii(', sur {"état (l(;s fouillus faites jusqu'à ce jour dans riiitéricur de, rOdéoii.
'2. 'E^r|[A£pî; 'Apxaio),OYixri. ^^^
3. Plusieurs de ccstuilfts portent ce nionogranmie \(^j)qui parait so comixjser des In très (•)n . i I', probablement initiales du iiml H:a-f-ov et des nniiis irUcinilc ei d(! Héfiilla, à moins (|ur TU ci \r I' ne soient seulement les deux premières lettres du iimii d lli'rodi'.
■4. On pense que ce toit fut inrendié lors de la imisiènie in\asinu des (intjis sous la loiiduile dWlaric, en iO'2. (Zosimk. L. V, c. :>. )
21)0 A'I'IIKNHS.
que siiniiDiitait la \c\r aux clicvcux dorés, li'oiure non S)in de là; une statue sans tète, renversée, ayant à ses pieds une cassette taillée dans le niènie bloc avec sa serrure, ses charnières et la corde croisée qui paraissait l'attacher; un assez grand nombre de cippes funéraires cpii, appurt(''s du cinietièi-c, du -o^uàv^piov , avaient ser\ i de ina((''rJau\ aux maisonnettes construites dans l'enceinte de TOdéon; des fragments d'architecture, colonnes, chapiteaux, corniches, etc.. dont phisieiu's étaient tombés de l'Acropole, etc. Enfin, vers la partie orientale du monument, on reconnut les restes d'une petite chapelle chrétienne, à des traces de peintures représentant des images de saints; on y trouva quelques débris dune ci'oix de bronze, un phylactère ou anuilelle j)orlant l'image de la Vierge, une médaille de même métal avec une croix, deux monnaies de Constantin le Grand; enfin, un vase de terre que les ouvriers brisèrent croyant y trouver un ti(''sor. et qui ne contenait que des ferrailles agglomérées par la rouille.
Les constructions de la scène avançaient de 2^2 mètres vers le sud en avant de ce qui subsiste encore, ainsi (jue l'indiquent plusieurs gi'andes pierres restées en place et qui durent appartenir au soubassement de la muraille (|ui formait la façade. On xoil aussi ([uel({ues restes des autres constructions du postsœnium B^. Aux extrémités, deux vomitoires G G servaient dCntrée aux spectateurs.
La construction de l'Odéon est en l)elles piei'res de taille jirovenant des carrières du Tirée, mais plusieurs intervalles avaient été remplis par des murailles crénelées en blocage, lorsque le monument avait été transformé en ouvrage de défense.
A l'intérieur, l'hémicycle, le y.o11ov~, \a. cdvea DDDD, (juc nous appelons à tort l'junphithéàtre et (pii, destiné au public, est nonmii'' par Aristophane cuvOsaTp-.a, et par Platon Oearpo/tpaxia, s'appuyait sur la pente de l'Acropole comme au théâtre de Bacchus ; il était garni de plusieurs rangs de gradins -^ sépai'és en plusieurs ordi'es ou (Mages.
1. Lfï jXJSlsceniiDii, ou TrapaT/.Tivi^., ('tait rom|)osi' du dcriirrc et des rot('s nxtôrieurs di^ la sciMie proprement dite. Derrière lui étaient nrdiiKiircmi'nt des pi)rli([iies, des jardins ou une ])lace JMlljliquc.
'2. On donne aussi à renscnible des pradiiis le nom tràvâSaOfiov, mais dans un sens moins déterminé, moins spécial, ce mot s'appliqnant également :\ toute réunion de degrés ou de constructions quelconques étagées en retraite les unes au-dessus des autr(>s.
'\. 'Kor.')),ia et parfois aussi àv(xpaO|j.oi, jîâOfia ou sopat. Poi.i.i \. Oikiiii. I,. I\', c. l'.t, J^ I.
OUfiOX DE KÉGILLA. :29l
par des passages également semi-circulaires, appelés (îia(^to|xa. prœcinclioneSj, ceintures, nom que l'on donne aussi parfois abusivement aux étages de gradins, appelés plus régulièrement hémicycles, -riiu-A^-Akiy., en grec, et mœniana en latin.
Le premier hémicycle \\VA\ était composé de dix-huit gradins ^ de marbre gris de l'Ilymette. qui ont été ]M'otégés par les décombres qui les recouvraient-; mais dans la partie supérieure de l'édifice, les marbres avaient disparu depuis longtemps, enlevés et mis en pièces pour faire de la chaux, ou employés à la construction des murs de l'Acropole au moyen âge et sous la domination turque.
M. Pittakis'^ évalue à 10,000 le nombre des spectateurs qui pouvaient prendre place sur les gradins de l'Odéon, mais Leake ^' croit que ce nombre ne pouvait pas dépasser 8,000. Le plus grand diamètre de l'édifice, suivant Leroy, est. hors œuvre, de 247 pieds (80'", 235).
Dans les théâtres grecs, chaque classe de citoyens avait ses sièges distincts. Les premiers rangs étaient occupés par les agonotliètes-^, par les géïK'raiiv d'armée, par les magistrats et par les prêtres^; les citoyens aisés occupaient les rangs intermédiaires, et le commun du peuple, Yignohilc nihju.s, était relégué aux places les plus élevées^.
A l'Odéon d'Athènes, l'orcliestre F était entouré d'une sorte de banc
1. Lfi;;raiul ne (lonin' eu tout que vingt gradins à, TOdé-on; mais, de son temps, cet édifice u"avait pas encore été fouillé.
•2. L'état de conservation de ces gradins indique qu'ils ont servi pru (!,■ trmps; les escaliers mêmes sont loin d'être usés roninn' les di'grés des autres édilices anlifiues d'Atiiènes.