‹ Athènes (volume 3)Chapitre 218 sur 234 · QUATRE JOURS DANS LE PELOPONESE · texte numérisé non relu

QUATRE JOURS DANS LE PELOPONESE

celles ([iii décoraieiil le temple de Vénus. La ville, habitée jiar (mi\ iroii 4,500 Albanais, est bâtie sur un rocher uni à File par une langue de terre tivs-basse et très-étroite, ([ui est couverte par les eaux quand les vents du nord o\ du midi sounient avec violence. Siu" la plus haute montagne, nommée aujourd'hui Palatia, sont les ruines d'un temple de Neptune, célèbre par la mort de Démostliène, dont on montre, près de là. le j)n>tendu tombeau. Poros est l'arsenal maritime de la Grèce moderne ; l'île et la terre ferme forment un grand et beau port à l'abri de tous les vents, et l'un des meilleurs de ces parages; il a deux entrées, l'une au nord, l'autre au midi ; c'est devant cette dernière que notre vapeur a stoppé, pour prendre et débarquer les voyageurs. Parmi les nouveaux venus, nous remarquons un assez grand nombre de femmes hydriotes, reconnaissables au grand fichu ([ui leur enveloppe entièrement la tête, se croisant sous le menton et sur la poitrine.

Après un arrêt de dix minutes, le steamer se remet en route pour s'arrêter, à onze heures, devant la ville d'IIydra, située au côté nord de l'île du même nom, l'antique Hijdrœa, terre longue et étroite qui s'étend du sud-ouest au nord-est, parallèlement à l'extrémité sud-est de l'Argolide. L'aspect de l'île est aussi aride de ce côté que de celui du sud, que j'avais rangé en arrivant à Athènes; à peine aperçoit-on quel([ues traces de végétation ; mais l'ensemble est pittoresque et plein de caractère. La ville, dont l'aspect rappelle Alger à l'époque de la conquête, s'élève, avec ses maisons blanches et ses moulins à huit ailes, jusqu'à une grande hauteur sur le penchant d'un amphithéâtre de montagnes que couronne un vaste couvent. Connue jNice, Hydra tourne autour d'un rocher qui, s'élevant au bord de la mer, la partage en deux. C'est à gauche de ce rocher que se creuse un porf naturel, dont l'entrée est défendue par plusieurs batteries élevées par les Turcs.

A l'extrémité occidentah^ d'IIydra, nous laissons à droite l'île aride et déserte de Doko. et ini peu plus loin, à gauche. Trikeria, autrefois Tricnina, îlot pyramidal, accompagné de deux plus petits. Entre Doko cl Trikcri;!, nous apfM'ccvons de\anl nous Spcz/.o-Poiilo . et l'île plus grande de Spdzia. jadis Ti/xircntis, où nous arrivons à uwc li(Mir(>, après avoir doublé le caj) Milona. poiiile basse (|ui forme re\lr(''inil(' la plus mi'ridionale de l'Ai'golide. La vill(> de Spetzia, troisième station de rilydra, est située sur la cote septentrionale de l'île, sur le bras de mer

IIVORA. NAUPLIK.

assez étroit (|iii la sépare du continent ; son aspect est à peu pivs le même (lue celui d'IIydi-a, (\uo nous avons coiiipai-ée à Alg-ei'; seulement ses maisons l)lanclies et sans tuils s"élèvent en amphithéâtre triangulaire sur une pente moins abrupte. A gauche est un joli port naturel, foi-mé par une presqu'île couverte de moulins à huit ailes, aussi l)ien que les collines auxquelles la ville est adossée.

En quittant Spetzia, nous entrons dans le golfe de Nauplie ou d'Argos; à droite, par-dessus les terres peu élevées qui forment la côte de l'Argolide. nous apercevons la haute montagne d'Ortholiti , à huiuelle sa double cime avait valu, dans l'antiquité, le nom de DIdj/nir {double ou jumeau).

A deux heures un ([uart, nous laissions à droite l'île d'IIypsili, Tancienne Éphyrr, qui ne présente c|u'une côte escarpée et aride.

Al rivée 'i Naiiiil'c.

Une heure après, nous apercevons le fort Palamidi (jui domine Nauplie. et la citadelle dont les murailles modernes ont |)our base (Taiituiues conslniclions liell(''ni(iues, et bientôt nous jelons l'ancre (le\ant \auplic. Cette ville n'a ni (juai ni poil, el le débarciuement ne peni se t.iire (|ne l)ar canots. La mer avait été très-calme pendant toute la journée; mais (lueUjues instants avant notre ari-i\ée. nn vent violent s'.'tail élevf-, cl les

flots étaient deveinis tout à coup fort agiles. Au momeni («i Ire l.'gere

embarcalion passail sous Taxant du steamer, celui-ci- |)ar im mou\ement de tangage, engagea son beaupri' dans nos hanhans. et noir-^ iMileva. en s(> redressant, à plus (Tmi mètre li(.r> de Tean; s,,n retour eu axant n.uis

remit à llol, et lienreiisemenl non> p;ir\ nnne

,1 imns (h'-'j-ager axani mie

seconde ascension. Ciiui minutes apre>. iioii> loiilion> le .-ol ^\u i'elepo-

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nèse, et nous cuirions (,l;ius la seule auberge de Nauplie, l'hôtel île la Paix, le bien mal nommé.

iVauplic et le moût Palamicli. ([ui la domine, ont conservé leurs noms anti(|ues; cependant on désigne aussi la ville sous ceux d'Aiiaplie et de Napoli di Romaui.

Outre la citadelle et le fort Palamidi, elle est défendue par le fort Grec ou llsclikalé, et par le fort Saint-Théodore ou Bourd/y. construit par les Turcs sur un Ilot isolé, en face de la ville. Située dans la partie orioiitale du golfe d'Argos, sur une langue de terre très-étroite, Nauplie s'avance dans la mer dans la direction du sud-est au nord-ouest. L'isthme de cette petite i)resqu'île est occupé par un rocher très-haut et trèsescarpé, qui ne laisse (lu'un passage étroit poui' arriver à la ville. Le fort Palamidi a été remis en état de défense, en 1687, par les Vénitiens auxquels la ville doit aussi la plupart des bastions qui la protègent. Ces diverses constructions portent en bas-reliefs des lions de Saint-Marc et des inscriptions faisant connaître les noms des provéditeurs qui ont pris part à ces travaux. Nauplie, depuis les premières années du xiu" siècle, n'a cessé de passer successivement des Turcs aux Vénitiens, des Vénitiens aux Turcs. Enfin, après un siège de trois mois, les Grecs y entrèl'ent eu vainqueurs, le 3 janvier :182.3, et, après la proclamation de l'indépendance, cette ville fut le siège du gouvernement jusqu'au 13 décembre J83/| , époque où Athènes fut déclarée capitale. Nauplie est aujourd'hui le chef-lieu de la préfecture de l'Argolide; sa population est dç* 6,000 âmes, compris le faubourg de Pronia.

f.es rues sont en général éti'oites et souvent rétrécies encore par d'anciennes maisons tm-ques dont les étages s'avancent en encorbellement. Nous avons été étonnés de la beaut('' (h^s femmes qui paraissaient aux fenêtres; on n'est pas habitué en Grèce à de semblables surprises. Toutes les rues ([ui ne se trouvent pas dans le voisinage de la mer sont très-esrai'pées et ont souvent môme des degrés. A chaque pas on y rencontre des fontaines tur([ues dont (lueUpies-unes sont assez (Méganles. Dans la pai'tic basse de la ville sont deux belles places rectangulaires. l/iuie est plantée d'arbres et borih'o de cafés des deux longs cotés; à rinic (les extrénn'tés est uue caserne, à l'autre sont une ancieuue mosquée convertie en école |)ul)li(|U('. et, le monument fuuéraii'e de Déinétrius Ypsilanti. l'un (\i'> Ik'm'os (\o la giKM'ie (\o riud('pendance ; ce

NMIM.li:. :U3

mausolée est composé d'un p;rand dé de marhi-e suniKnilé (run n\)\)t' j)(irlaiil une croix, et ruppelaiil le lumbcau de Nd'xoleia T\clir, à l'ompi'i.

Sur l'autre place se trouvent l'arsenal et le i^alais du p;()Uvorn('ni('nt. construit par ('apo d'lstria<. ('c n'csl (|ii'ini(' «grande maison perc.(''(' d'iui passage public. Le roi Otliou y résida depuis son d(''l)ar([uement . le 6 février ISoo, jusqu'au 13 décembre 183Ù.

Le seul édifice de (lueUpie intérêt cpie présente Nauplie est l'ét^lise de Saint-Spiridion , et encore seulement par le sou\enir (jui s'y rattache; elle n'a qu'une seule nef peu étendue avec une coupole fermée; ses murailles sont revêtues entièrement de peintures byzantines modernes. C'est en sortant de Saint-Spiridion, par la porte latérale de droite, (pie, le 9 octobre 1831, le président Jean Capo d'istrias, à six heures du matin, l'ut assassiné par les frères Constantin et Ceorges MaNromiciialis. Ce dernier le frappa d'un coup de poignard dans le C(Mé. et Constantin lui tira <à boni i)()rtant un coup de pistolet, et on voit encore dans l'ini des piédroits de la porte la trace profonde de la balle." Constantin fut sur-le-champ massacré par le peuple indigné, et Georges fut condamm'' et fusillé peu de temps après.

Hors de Nauplie s'étend le faubourg de IVronia, à rextrémité diupiel, sur le flanc d'un rocher, on voit un monument exécuté par le sculpteur allemand Siegel , en l'honneur des soldats bavarois morts (mi Crèce. C'est un lion colossal couché, taillé dans le roc. à l'imitation du fameux lion de Lucerne. Au-dessous est gravée cette inscription :

o V V 1 z 1 1-: w !•: l; n d sol d a r !•;

KOiNIGLICn BAYERISGIIEN B R I G A 0 H

1 H 11 EN K A M E l\ A D E N

f 183 3 UNO 183i

ZUM VOLLENDUNG GEBUACMT

DURCn L U D W 1 G I K 6 M G VON W \\ 1 . 1'. N.

(' Les oITiciers et les soldats tic la rdyalo hrij^adc haxami'^i' à leurs i;iiii;irai!r>

morts eu IS33 et IS3',.

Toriiiiiii' par Louis I'"", mi ilc lJa\irre. »

A gauche (In nioninncnt est un grand cinictièiv nnMlmir. cntoun' d<'

murs; à droite, un autre cinielièrf^ ne contient (|n"u;i pelil ubre de

lombes dont plusieiu's portent i\r> noni> li.uic;i -. Celiu-ci ••>t domine p;ir une cli.ipejle en grande p.n'tie creusi-e ^\:\\\< le roc.

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De ce point assez élevé au-dessus de la |)laiiie, le regard embrasse à la fois la rade, la ville et les forts de Nauplie. et sa campagne verdoyante, pi.iiitée de vignes, d'oliviers, de mûriers, d'amandiers, de trembles, de figuiers et de cyprès. Dans le fond, on aperçoit Argos et le mont Ciiaon.

. Le 13 mai, après une nuit abominable passée sur d'affreux grabats, et pendant laquelle une chasse, hélas ! trop fructueuse, les chants des buveurs séparés de nous par une cloison, des joueurs de hillai-d qui ne cessèrent de s'escrimer sous notre chambre, les miaulements des chats amoureux, les aboiements des chiens, les cris des sentinelles, ne nous ont pas laissé fermer l'œil un instant, et qu'a couronnée, à cjuatre heures du matin, une fanfare de trompettes avec accompagnement de tambours, nous avons quitté avec joie Y hôtel de la Paix. A cinq heures, nous sommes partis de Nauplie dans une calèche antédiluvienne, et, contournant le golfe d' Argos, nous sommes arrivés en vingt-cinq minutes à une ferme -modèle qui avait été créée par Capo d'Istrias, mais qui depuis a été partagée et affermée à divers cultivateurs. A côté s'élèvent les ruines de Tirynthe, aujourd'hui Palseo-Anapli.

Tirynthe était située dans une plaine, autour de l'éminence qui portait son Acropole appelée, selon Strabon, Lycimnœ ; cette Acropole est restée seule, et en vain aujourd'hui chercherait-on d'autres vestiges de cette anti(iue cité dont les fortes murailles sont vantées par Homère * et par Hésiode ~.

(( La forteresse de Tirynthe, dit M. retit-lladeP, est un des monuments les plus remarquables de l'anticfuité ; on y a trouvé des constructions moins irrégulières les unes (jue les autres; ce sont évidemment des ouvrages de divers règnes. J'attribue à Prœtus la plus l'égulière, et je considère les autres comme devant dater de la fondation de la ville par Tii'yns, (ils d'Argus. »

Suivant Pausanias, et dans le langage des anciennes traditions, une ville ;ivait loiijours été primilivement fondée ])ar le héros le })lus anciennement iionuné dans Tliisloire de sa xillc; mais connue Apollodore,

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