‹ Athènes (volume 3)Chapitre 42 sur 234 · La sainte So])liie, 'Ayta Ibçîa · texte numérisé non relu

La sainte So])liie, 'Ayta Ibçîa

^. M. Briindsted, dans son VonnQP. m Grèce, donne uw récit frès-cirronstan<'i''' de ce sié;:e (pii fut si fatal aux nioninnents d'Atiiènes et surtout au Paiihiiinii.

cella. liiiil rolonnes de l'aile septentrionale du péristyle, six de l'aile méridionale, la pliipait des murs, et enfin toutes les sculptures appartenant à ces difi'érentes parties de l'édifice, furent anéantis ou renversés * .

Le fi'oiiton oi-ioiital avait déjà dû voir une partie de ses sculptures endommagées lorsque les chrétiens, pour laisser pénétrer plus librement la lumière dans l'abside du Parthénon transformé en église, en avaient abattu la partie supérieure. C'est ainsi échancré que ce fronton se présente dans le grossier dessin exécuté pendant le siège de 1687 par le capitaine ingénieur Verneda^.

Morosini. dans le dessein d'enrichir sa patrie des dépouilles de ce merveilleux monument, contribua encore à sa ruine, en voulant faire enlever du fronton oriental la statue de Minerve, son char et ses chevaux; par la maladresse des ouvriers, ces chefs-d'œuvre furent précipités et brisés en mille pièces ^.

Depuis ce désastre, le Parthénon semble avoir cessé d'être regardé comme un monument public. On éleva seulement dans la cella. un peu vers le sud, une petite mosquée placée obliquement par rapport au plan du temple, sans doute pour lui donner la direction de la Mecque^; mais on brisa les marbres pour les employer à la construction de cette

1. Il L'amas de matières explosibles était sans doute placé au centre de la cella, et un peu plus à l'est qu'à l'ouest, si l'on en juge d'après les parties ruinées du bâtiment. Les murs du sanctuaire, y compris celui qui le séparait de la salle de l'opisthodome, furent renversés, et avec eux les trois quarts de la frise de Phidias, toutes les colonnes du pronaos, excepté huit colonnes du péristyle du nord, et six au sud; mais, f[iiaiid on parle d'un mur de 350 pieds de longueur sur iO de hauteur, formé de blocs de marbre de 3 pieds d'épaisseur et de 6 pieds de longueur, quand on dit vingt et une colonnes hautes de plus de 30 pieds, composées chacune de onze tambours de marbre, on n'a donné qu'une faible idée de cet épouvantable bouleversement. 11 faut encore se représenter Tadmiraljle et énorme architrave qui surmontait les colonnes, ces blocs de marbre sculptés en caissons, et ces dalles assemblées en toit qui couvraient, les unes le péristyle, les autres l'intérieur du temple, et qui, rommi! un coup de foudre, vinrent fondre à la fois sur le sol et s'accumulèrent en désordre. L'explosion fut si forte (ju'elle lança des débris du temple jusque dans le camp des assiégeants, c'est-îi-dirc, à l'est, jusqu'au pied de la forteresse. Quelque violente que fût la commotion, elle n'atteignit cependant pas les statues des frontons; des parties seuliMucnt di'Jà alti'rées par le temps eurent i\ souffrir de l'ébranlement. » L. m: Laiiokde. Athènes aux xv% xvi'' et \\n^ siècles. T. II, p. IM.

2. Ce dessin a été reproduit par M. L. de Laborde dans le second volume d'Athènes aux xv% xvi' Pi wW siècles.

3. Ce siège, si funeste ;\ l'art, ik; profita guère aux Vénitiens, qui furent obligés d'évarucr l'Acropole et la ville dès le i avril 1088.

'». La mosquée, ainsi >\nr le iiiiiKnvt éli^vé également par bîs Turcs, ;\ droite du puslicuni, a été déninlje depuis la guerre de l'indépendance.

FXTÈRIErH \)V PARTHKXOX. 87

nouvelle mosqiu^e . aux réparations des maisons et des murailles de la forteresse. « Les petites maisons turques, grossières échoppes de bois et de torchis, avaient envahi l'enceinte sacrée; s'a|)puyant aux colonnes, remplissant les porlicjues, elles étaient comme uik^ l^pre hideuse attachée an (li\ in ('dilic(\ On comptait jusqu'à quatre cents de ces baraques informes au sommet de l'Acropole^. Dans cet état de désolation où se trouvait le |)lus beau monument du monde, on ne pouvait contempler ses IVontons. ses métopes, ses frises sculptées qu'avec un embarras extrême. 11 fallait ((ne la difTiculté lut bien grande poin" qu'un observateur connjio M. (le Chateaubriand eût pu écrire dans son lliiiéraim-, à propos du Parthénon, cette phrase inconcevable : <( Des morceaux de sculpture excellents, mais du siècle d'Adrien, époque du renouvellement de l'art, occupaient les deux frontons du temple ^. » Une pareille erreur, excusable jusqu'à un certain point chez un simple littérateur, cesse de l'être chez un artiste, et pourtant elle avait déjà été commise par l'architecte Leroy ^.

ExTÉKiELU Di Pautiiénon. Le Parthénon est entièrement construit de ce beau marbre blanc (jue fournissait la montagne du Pentéli([ue ([ui s'élève à quelques milles seulement au nord d'Athènes. Il repose sur un styk)bate formé de trois degrés. Ces degrés ont tous une profondeur égale de 0"'.70, mais les deux inférieurs ont 0'",52 de hautem- d le supérieur 0'",55. On voit que par leur élévation ils étaient en (lueUjue sorte inaccessibles et n'avaient jamais pu servir de marches pour monter au temple. Pour les i'en(h'e praticables, on avait formé à la façade orientale trois escaliers, N, M, N, composés d\me marche intercalée entre chaque degré en avant de l'entre-colonnement ceiiti'al et des deux avant-derniers entre-colonnements. Les marches intercalées ont disparu.

1. Aujourd'hui rAcropolc n'a i)lus d'autre-^ lialiituiits i\nr qiiil(iii('s invalides, ses gardiens. « Lu chouette, dit Ed. About dans sa Grèce contemiiorainr. haliiir imijours la ville de Minerve, mais elle n'y règne plus. L'Acropole est hahitrc en été par une cliarnianti- espèce d'épervier (pi'on appelle la crécerellette. Ce petit oiseau de proie ne poursuit pas d'autre gibier (|ne les saulerclles; cependant il no manque pas de courage; lorsqu'il arrive au mois d'avril, il coninn iicr par délivrer l' Acroimlr de tous l(!s corbeaux dont elle est infestée. »

On disait : porter des vhuuelles à Athènes, comme nous disons : porter de l'eau à la rivière. Cette locution était devenue proverbiale. V. Lk.ikn. \ifirinus. Ani'^roeiiwr. [.es Oiseaii.r. \. '.W'I.

■"2. Itinéraire de Paris à Jénts(drni. Partir 1.

;t. U.\N(.viii';. Anli(inilés helleniiiiies.

4. linines des plus beau r niiniiinienls de la Créée. In-fnjin. 1770.

mais leur trace est encore parfaitenient visil)Ie sui" le marhro des degrés. L'escalier |>riiicipal M avait /i"',295. largeur égale à la distance d'un centre de colonne à laulre. Les deux petits escaliers NN n'avaient que l"'.r)0 de largeur.

Plan antique du Parthénon.

Le Parthénon est dorique, octastyle ^, périptère et hypœthre; sa longueur, prise au sommet des degrés, est de 69 mètres; sa largeur de 31 mètres. Les ailes GH et I K ont dix-sept colonnes en comptant deux fois les colonnes d'angle, et les façades GK et 11 1 seulement huit, moins de la moitié, disposition qui paraît avoir été généralement observée par les Grecs. Les Romains firent leurs temples beaucoup moins longs.

La longueur extérieure de la cella ABCD, non compris les antes qui font saillie à ses deux extrémités, est de 47'", 30; la largeur de 2i'",70. L'intérieur est divisé en deux parties d'inégale grandeur. La principale E est le temple, c/utoç ou vaô;; l'autre, à laquelle on entrait ])ar la façade postérieure et le poslicum 0 était l'opisthodome. oTrtaGo^ofxo; 2, que Leroy et quelques autres ont pris pour ]e pronaos '^ P, trompés par l;i nouvelle destination que lui avaient donnée les chrétiens, en changeant l'orientation du lemple dont, suivant le rite, la façade était

I. Jusqu'au PartlK'iion, les temples grecs n'avaient eu au plus que six colonnes ;\ la façade. M. Bouli' remarque que le temple octastyle de Sélinonte paraît de la m{ïme ('■poque que le Parthénon . '2. 'OttitOev, derrière, et ôôixoç, conslriictioii, salle, (''difice. 3. nf.ôvao; nu Tt(v65o(j.oi;, vestibule on porche dn li'ni|ili'.

EXTKRÎEFR DU PARTHÉNON. 89

primitivement tournée au levant. Lors(|u'on entrait dans l'Acropole ])ar les Propyh'o.s. e'éluil la l'açade postérieure ou occidentale lil (jui se présentait d'ahord aux regards.

Autour du temple règne, ainsi que nous l'avons dit, le péristyle GHIR, composé de quarante-six colonnes, huit à chaque façade et dix-sept à cha({ue aile. Toutes ces colonnes sont légèrement inclinées vers l'intérieur du temple, aussi bien que les murs mômes de la cella; leurs lignes verticales, en les supposant suffisamment proloiigées. se réuniraient dans le ciel à un point imaginaire fort éloigné, il est vrai, et leur ensemble constituerait une sorte de pyramide très-aiguë dont le temple formerait seulement les assises inférieures.

Cette tendance vers la forme pyramidale, symbole de solidité plutôt que type d'élégance; cette déviation de la perpendiculaire, très-prononcée dans les édifices archaïques; cette disposition que nous trouvons dans les portes de la trésorerie d'Atrée à Mycènes. édifice des temps héroïques, et que nous signalerons encore dans celle de l'I^lrechthéion, qui appartient à r(>poc[ue la plus raffinée, sont une preuve de plus des emprunts faits par rarcliitecture grecque à l'art égyptien, dont cette forme lut toujours le caractère le plus saillant. M. Penrose^ cite, à Taiipui de la généralité de cette coutume, un passage de Cicéron ffui soi'ait fort curieux, en effet, s'il était bien certain (|iril eût absolument le sens (|u'il lui attribue, mais nous croyons qu'il en a un peu forcé la traduction pour les besoins de sa cause. Voici ce passage, tel ciue nous le comprenons; on poui'ra comparer notre ti'aduction au texte; nous la croyons littérale. Chargé, comme préteur urbain, de l'entretien des édilices de Rome, « Verres vient hii-mème dans le temple de Castor; il le considère; il voit partout le plafond richement orné et tout 1(> reste de ri'dilice neuf et en parfait état. Il se tourne et relourne, cherclianl ce (|iril pourrait faire. Vn de ces limiers, dont il entretenait, cominr il l'aNail dit à Ligur, une meule autour de lui, lui dit : Verivs. lu n as ri(Mi à l'air(^ ici, à moins ffue. par hasard, tu ne veuilles i-aniener les cdlniiiies à la perpendiculaire. Cet hoinine, protoiidi-inenl igiioraiil. dein.iiide ce (|u en entend par rdiiicDcr n la perpcndifiihiin'. On loi dil ;iliiis (|n il ny a presfjue aucune colonne (|iii puisse être part'aitcnieni piMpcndicnLiire.

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