‹ AthènesChapitre 33 sur 84 · AT H I-; XI-: S · texte numérisé non relu

AT H I-; XI-: S

peut guère hésiter à en attribuer la paternité à Phidias'. Il se peut qu'Ictinos ne lait pas acceptée sans remords, car, dans les temples ioniques, de pareilles frises sont toujours à l'extérieur, et le sécos du Parthénon avait des colonnes doriques. C'était donc une manière d'hérésie architecturale. Nous voyons un indice de ces scrupules dans un artifice assez singulier. L'architecte, sous sa frise ionique de bas-reliefs, a, du moins sur les façades à colonnes doriques du pronaos et de l'opisthodome, reproduit l'ornement appelé rcgiihi' qui n'a de raison d'être que comme terminaison du motif des triglyphes sur les frises doriques. C'est donc qu'il a senti le besoin d'un compromis conventionnel pour raccorder par un artifice discret la frise ionique avec Tordre des colonnes sous-jacentes : pur simulacre, sans doute, mais qui soulageait sa conscience d'architecte. Sur les côtés longs, où les murs étaient pleins, il s'est abstenu de cette transition inutile. Ajoutons que la seule place possible pour une pareille frise, au Parthénon, était celle-là. Phidias ne pouvait reprendre à son compte l'erreur de l'architecte d'Assos, qui avait superposé, à l'extérieur de son temple, une frise ionique à une frise dorique, sans aucun souci du désaccord de ces deux motifs. Comme Phidias tenait à sa frise, ]3arce qu'il y voyait un s\ mbole éloquent et nécessaire, il ne pouvait mieux la loger que sous le plafond des péristAdes, où sa présence ne rompait pas le rxthme fondamental de l'ordonnance dorique.

Ainsi, à ne considérer que le schéma du monument, le Parthénon bipartite de Périclès apparaît comme le dernier terme de cette filière issue du Pandroseion-Erechtheion primitif. Il continue directement son prédécesseur immédiat, le Parthénon d'Aristide ; il respecte la tradition locale, parce que le culte, conservateur par essence, a toujours dicté ses conditions aux constructeurs d'édifices religieux. Un temple d'Athéna Polias sur l'AcrojiJole ne pouvait plus que copier le Parthénon archaïque et l'Hékatompédon. à peine de se déconsidérer par des innovations sacrilèges. Mais il n'était pas interdit d'embellir le plan rituel en l'adaptant à l'idéal nouveau. C'est ce qu'on fit, en élargissant selon le goût ionien, le plan de l'ancien Parthénon qui se rattachait encore aux proportions allongées du canon dorique. Le Parthénon de Périclès, superposé à celui

I. D'après Schrader et Dœrpfeld, ce motif aurait été suggéré par le dernier état de l'Hékatompédon ionique, à qui ces savants attribuent une frise extérieure représentant déjà la procession des Panathénées ;V. ci dessus, p. 40) ; mais l'ordre ionique et la frise de cet Hékatompédon ne sont que des hypothèses, peut-être plus tendancieuses qu'objectives, pour rétablir la filière des antécédents du Parthénon.

L'ACROPOLE. — LK PAKTHENON.

L KRECHTHF.ION

d'Aristide, le dépasse en largeur de 7'". 2g, en longueur de 2°", 54 seulement, avec huit colonnes de façades au lieu de six. et six colonnes de sécos au lieu de quatre?.

Cette ampleur donnait au monument une assiette plus solide et une façade plus majestueuse. Mais la rai.son initiale de ce parti doit être cherchée au cœur même de l'édifice, dans ce réduit sacré de la relia où Phidias voulait abriter la colossale et somptueuse idole conçue par son génie et façonnée par ses mains comme le symbole de l'Athènes de Périclès. Il projetait une statue debout haute de douze mètres sur une base de trois mètres, chef-d'œuvre d'orfèvrerie qui devait être admiré sur toutes ses faces. Pour qu'elle fiit éclairée, il fallait la ]}lacer à une distance de la porte où elle serait encore baignée par une douce lumière de demi jour; pour qu'on pût en faire le tour, il fallait l'entourer d'une sorte de déambulatoire Les proportions en largeur et hauteur de la cella, ses subdivi- .sions furent donc calculées en conséquence. Dressée aux deux tiers de la longueur de la nef centrale, protégée par une l)aluslrade .scellée dans les entrecolonnements latéraux, la statue pouvait être vue de face, de côté et par derrière, quand on la contournait par les bas-côtés. Ce dispositif, subordonné à la mise en valeur du chef-d'œuvre, donna l'échelle à tout l'ensemble du monument. J,e Parthénon fut aménagé en vue de- la statue, à l'inverse du temple de Zeus à < )l\mpie. I,à. le temple avait été bâti pour al)riter

d'abord quelque rigide statue archaïque de taille moyenne; puis, trente ans plus tard, les Eléens, jaloux du prestige de l'Athéna du Parthénon. commandèrent à Phidias de rivaliser avec lui-même en exécutant pour leur compte un nouveau colosse d'or et d'ivoire, aussi grand que possible. Phidias, pour les statisfaire, fit une statue de Zeus qui remplissait, à la faire éclater, la prison trop étroite et trop basse de la cella : le crâne du dieu assis touchait presque le plafond et l'on ne pouvait contourner le colosse, reculé tout au fond de la cella par les nécessités de la perspective.

Athén.i P.irtIiéiios, d'.iprcs une rcplique romaine dite ; Athéna du Varvakion (Musée NaiionalV

8o atiiknp:s

Au Parthénon. du moins. Phidias était libre de donner de l'air à sa statue. Il n'y manqua pas. et ce fut le principe rénovateur de l'architecture dorique à Athènes. Le même génie qui élargissait la raideur des idoles archa'iques en aisance et en souplesse, déraidissait du même coup et amplifiait le canon du temple dorique. L'architecte du Parthénon, invité par le sculpteur à proportionner l'édifice à la statue qui lui était destinée, fut amené à renouveler les formules traditionnelles. Il découvrit la solution dans une adaptation harmonieuse des proportions ioniques à l'ordonnance dorique, solution conforme au rôle de latticisme, conciliateur prédestiné entre la Grèce d'Asie et celle d'occident. L'originalité du Parthénon lui vient de cet éclectisme souverain par lequel il s'élève au-dessus des canons d'écoles pour associer en lui des qualités jusqu'alors isolées et considérées comme contradictoires, la sévérité robuste du dorisme et l'ampleur élégante et souple de l'ionisme II réalisait ainsi un type encore inconnu de grandeur, de plénitude et d"eur\thmie, où les meilleurs éléments de l'hellénisme se fondaient en une beauté largement synthétique.

La statue de Phidias — Peut-être sommes-nous trop portés à méconnaître ou à oublier le rôle de la statue de Phidias en toute cette affaire. Il y a contre elle un préjugé défavorable. D'abord nous ne la connaissons pas directement, comme la frise ou les frontons, mais seulement d'après des copies médiocres et incomplètes : enfin, cette statuaire chrj-séléphantine déroute notre goût formé à 1 admiration exclusive de la sculpture unicolore. Mais, le fait que Phidias s en était réservé l'exécution, le témoignage des anciens qui la vantent comme son principal chef-d'œuvre nous commandent de ne pas la traiter à la légère. En réalité, elle était l'àme même du monument, le fover intérieur dont le rayonnement illuminait la cella et s'épanouissait au dehors dans la décoration de la frise du sécos, des frontons et des métopes. Car, si Phidias orna le Parthénon d'une profusion de sculptures telle qu'aucun temple n en avait encore offert le spectacle, c'était pour chanter sur des thèmes variés la gloire d'Athéna. protectrice et personnification idéale de la cité. Sculpteur réfléchi, tout pénétré de la valeur édifiante et expressive de son art, il lui attribua un rôle éminent. non pas celui d'une décoration inerte et froide, mais plutôt d'un hymne gonflé de lyrisme et de pensée. Il y eut là autre chose que la tendresse professionnelle d'un statuaire pour sa spécialité : il y eut l'enthousiasme profond de l'artiste qui a des sentiments et des idées à exprimer, un enseignement à répandre, quelque chose de ce transport sublime qui échauffait 31ichel-Ange quand il

ACROPOr,E.

].R PARTHKNOX.

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