‹ AthènesChapitre 34 sur 84 · I.KRIiCHTIlEIOX · texte numérisé non relu

I.KRIiCHTIlEIOX

peignait la Genèse sur les fresques de la Sixtine, ou les imagiers gothiques quand ils faisaient d'une cathédrale le miroir sj'mbolique de la Création. Le thème initial de la glorification d'Athéna. concentré dans l'idole de la cella, puis développé dans le déroulement triomphal de la frise du sécos, repris dans les multi]jles variations des métopes, finissait par s'exalter et se magnifier au faîte du monument dans le cadre dominateur des frontons.

Ce qu'exprimait l'idole de la Parthénos d'or et d'ivoire, c'était l'idée d'une perfection suprême et éternelle dont l'image substantielle ne pouvait être réalisée que par l'assemblage des matières les plus précieuses et les plus incorruptibles. Imbu de la doctrine qui proclamait l'excellence des dieux . Phidias répudiait les icônes grossières, parce que leur aspect contrastait avec l'idée de perfection divine, et qu'elles ne devaient leur prestige qu'au ravonnement d'une crédulité fervente. Il pensait que le rayonnement doit émaner de la divinité elle-même, se manifestant sous des dehors dignes de sa propre précellence. Chez lui, les exigences de l'idéalisme n'allaient pas sans un optimisme confiant, sans la foi au progrès. Estimant l'art capable d'exprimer l'inexprimable, alors qu'il traduisait en réalité les anticipations de sa pensée intuitive, il voulut façonner dans l'éclat de l'or pur et dans la blanrlieur polie de l'ivoire une déesse d'une beauté telle que l'imagination des hommes, loin d'j- pouvoir

ajouter quelque chose, restât confondue par la réalité d'une splendeur supérieure à tous ses rêves. Chimère généreuse et féconde d'un noble esjirit, mais trop haute, trop transcendantale pour le commun de l'humanité. Ce chef-d'œuvre, (|ui résumait en les magnifiant les aspirations des esprits supérieurs, était i)lus fait ]i<)ur intimider que pour échauffer la piété des âmes simples. Le culte et la foi ont leurs raisons que la raison ne connaît pas ; leurs sources jaillissent de l'inconscient. Il n'appartient pas au génie de consacrer des idoles par le seul prestige d'une beauté rationnelle. 11 en fut de la Parthénos comme des

IMioto Siiiiiriottis.

Aihéna Lenormant, réplique de la Partlicnos, avec l'indication des reliefs du bouclier et de la base (.■Vmazonomacliie, naissance de Pandore] 'Musée Nationall.

madones de Raphaël, comme du Créateur de Michel-Ange. De même que Prométhée avait dérobé à Zeus le feu céleste. Phidias, Raphaël. Michel-Ange semblent avoir surpris le secret de la divinité contemplée face à face. Mais l'art qui prétend à dévoiler Tincompréhensible et le mj'Stérieux, oblige le fidèle à un effort d'analyse qui tend toutes les forces de l'esprit vers la compréhension. L'art religieux, quand il est trop intellectuel, cesse d'être religieux et tourne à la philosophie. La perfection matérialisée arrête devant ses chefs-d'œuvre l'élan des cœurs naïfs, prêts à se prosterner dévotement dans l'humble abdication de toute pensée. Elle incite à l'orgueil, à l'admiration du génie humain ; elle est trop personnelle et. somme toute, moins agissante que la laideur hiératique et anonvme de l'icône tombée du ciel et consacrée par la superstition.

Aussi la Parthénos fut-elle saluée comme la plus noble personnification anthropomorphique que la statuaire eût réalisée pour faire descendre le ciel sur la terre. La Cité entoura d'une admiration patriotique cette olympienne effigie d'elle-même, mais elle ne lui prodigua que les hommages d'un culte officiel. On n'osait l'aborder que dans la pompe collective des Panathénées. Elle resta l'idole abstraite de cette abstraction, la Cité. Le simple particulier, en quête d'une faveur personnelle, allait de préférence confesser ses vœux et présenter ses modestes victimes au vieux xoaiion en bois de l'Erechtheion. à qui la Cité elle-même réservait l'offrande rituelle du péplos.

Les textes et les monuments figurés nous permettent de comprendre la vision de féerie qu'offrait le colosse de Phidias dans la pénombre de la cella. La déesse se tenait debout, fixe dans les plis droits de son péplos d'or, la main gauche posée sur le bouclier, dont l'orbe abritait les replis du serpent Erichthonios et maintenait la lance appuyée contre l'épaule gauche; la main gauche, tendue dans le geste de la divinité qui porte son attribut distinctif ou reçoit son offrande favorite, soutenait une "Victoire d'or et d'ivoire. Le casque, surchargé de figures en reliefs, se terminait par un haut cimier. Sur le rabat du péplos, s'étalait l'égide en or repoussé où, dans un pullulement de serpents enroulés, grimaçait le médaillon d'ivoire du (iorgoneion. Dans ce lourd cadre d'or, apparaissait la blancheur du visage au profil pur, à la beauté pleine et régulière, dont un air de jeunesse illuminait la sérénité. L'œil fixe, sous le contour net des sourcils, le front étroit et lisse continué en ligne droite par le nez, étaient le siège de la volonté forte et de la pensée profonde; mais le modelé virginal et reposé de la bouche, des joues, du menton exprimait une grâce sans émoi, une pudeur limpide et calme comme le

I, ACROPOLE. — LE PARTHKNON. — l/ HR I-X" HTH E I ON

miroir d un lac sans ride. Phidias avait à jamais fixé, avec l'intuition du génie, le type idéal de la ^'ier^•e guerrière et pacifique, qui était la Toute-Puissance, l'Intelligence et la Pureté.

I.i's ilieu.K grecs valaient ce que valaient leurs adorateurs. ],a personnalité d'un peuple s'accusait dans celle de ses dieux ; chaque cité grecque avait dû adapter .ses patrons divins à ses destinées et à son caractère. De toutes les créations d'Athènes, Athéna est peut-être celle qui lui fait

HouclicT Strangford. réplique en marbre du bouclier de la Panhénos (Musée Britannique' '.

le plus honneur. Une heureuse prédestination lui avait donné pour marraine, dès son berceau, une figure d'élite, la ])lus blanche de l'Olympe hellénique, la Vierge prudente issue tout armée du cerveau de Zeus. Rarement on vit pareil exemple d'harmonie préétablie. Entre la protectrice avisée et son intelligente protégée, se développa une entente d'esprit et de cœur qui rappelle la camaraderie admirative de la déesse

I. Il représente le combat des .\tbcni' ns contre bs .\m;i/iinc>. I ) .iprcs Plut.irque {Pèn'clès, 31), on a cru reconnaitre. sous le médaillon de la Gorgone, le portrait de Phidias dans la figure d'homme chauve en costume de travail (une simple i-xomis flottante) qui brandit une hache, et celui de Périclés dans la figure en uniforme d^' stratège, dont le visage est à demi caché par le geste du bras droit.

Frise Est du Partliénon : Dieux assis.

et d'L'lysse dans ï Ody.ssc't'. Elles réagirent l'une sur l'autre à leur mutuel avantage.

La Cité trouvait déjà dans ce personnage divin, tel qu'il lui venait du fonds commun de la mythologie, une beauté morale préexistante, une variété de dons que ne possédaient ni les Héras, ni les Artémis, ni les Aphrodites. 3Iais. de son côté, la République athénienne, une fois qu'elle eut pris son essor, eut le mérite de restituer avec usure à la déesse ce qu'elle en avait reçu. D'autres cités adoraient une Athéna: aucune ne sut en tirer une figure comparable à l'Athéna athénienne. Celle-ci était bien l'œuvre et l'image idéalisée de la ville modèle. Athènes avait le droit de se reconnaître elle-même dans cette déesse exemplaire qu'elle avait façonnée du meilleur de ses rêves, enrichie de ses propres noblesses, épurée par les infinies délicatesses de son esprit et de sa conscience. Athéna Parthénos divinisait la certitude suprême de l'àme attique. Sans elle, le monument d'Ictinos n'eût sans doute ]5aru. comme le temple de Bassae,

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Frise Est du Partliénon : Dieux assis.

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