ACROPOLE
LE l'AKXllÉXON. — L' EK EC HT H E ION
fragments mutilés, le cortège sacré d'une fête autre que les Panathénées. Mais les deux merveilles les plus fameuses de lErechtlieion sont la porte Nord et le portique des Carj^alides. Si l'on jugeait la valeur d'une œuvre d'art par le nombre de pastiches qu'elle a inspirés, il faudrait décerner la palme à la porte ionique du porche Nord. Qu'elle vienne à disparaître tout à coup, on la retrouverait reproduite à la grosse par l'imitation inlassable des architectes néo-classiques de l'Athènes moderne et des capitales européennes : même les villes d'Amériqueles plus lointaines ne se font pas faute de l'accommoder à la sombre horreur de leurs « gratte-ciel >i. Il s'en faut pourtant que ce cadre tant admiré, tant copié.
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Ereclitlieion. Fragment de la cvmaise.
soit, tel qu'il nous est parvenu, un pur modèle de la facture impeccable du V siècle. Sa perfection première a été gâtée et alourdie par des restaurations romaines et byzantines. Au l^'' siècle avant Jésus-Christ, le linteau original, brisé, fut remplacé par une copie qu'il fallut, plus tard encore, soutenir par des consoles. Les Byzantins durent renforcer le tableau intérieur disloqué, à l'aide des tablettes de marbre qui rétrécissent l'ouverture et altèrent les proportions. De là aussi des disparates dans l'exécution des détails : les palmettes du faux linteau semblent des fleurs fanées comparées aux fraîches ciselures des chapiteaux d'antes et des corniches du portique. Seules quelques rosaces des jambages ont gardé leur finesse native, encore que dépouillées du bouton doré qui brillait au centre de leur corolle de marbre. Malgré tout, ce chef-d'œuvre profané mérite la faveur des vrais artistes par la saveur de son atticisme discrètement fleuri.
Il faut y être contraint par les faits pour admettre que le portique dit <■ des Caryatides » n'était qu'une cage d'escalier. Il est vrai que cet
escalier servait à des usages sacrés. Peut-être était-il réservé aux Arrhéphores quand elles rejoignaient les cortèges sur la Voie sacrée ? Il était, en tout cas, impossible d'imaginer >c)luti()n plus élégante d'une difficulté pratique. La cage d'escalier devint un motif vivant, admirablement adapté à son rôle architectural par sa faible hauteur et par l'horizontalité de ses lignes qui ne coupaient pas le couronnement du mur. et à
l'iKjtu FapaiaQopoulo
Ereclitheion ; Porte Nord.
son rôle symbolique par les figures de femmes qui y faisaient office de colonnes. La substitution de semblables figures aux supports architecturaux semble originaire de l'Ionie. Les trésors de Cnide et de Siphnos à Delphes en offraient déjà des modèles aux artistes athéniens. De bonne heure, l'art religieux fut convié à perpétuer par des S3'mboles durables le pieux hommage des fêtes et des sacrifices : guirlandes, bucranes, d'abord appliqués en nature aux parois des temples, y furent ensuite immobilisés et pétrifiés par la sculpture décorative Puis ce fut le tour des jeunes porteuses d'offrandes, canéphores. h\drophores, dont
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la présence dans les cortèges était la plus agréable aux divinités virginales, comme Athéna et Artémis. C'est pourquoi les hj-drophores figurent sur le fronton archaïque où est représenté le Pandroseion-Erechtheion : c'est pourquoi l'Hékatompédon fut entouré d'une cour de korai en marbre ; c'est pourquoi Phidias avait fait, sur sa frise, une place d'honneur à ces belles canéphores, sœurs aînées des Caryatides de l'Erechtheion.
Carvatidcs de l'Ereclnheion.
Celles-ci ne sont donc pas, comme on le répète d'après la tradition fantaisiste recueillie par Vilruve dans les ateliers gréco-romains, des danseuses sacrées de la ville de Carj-se en Laconie. Ce sont des servantes de la déesse, des korai athéniennes, qui se tiennent là, près d'elle, en permanence, comme immobilisées sur la \'oie sacrée par la dernière halte du cortège.
L'idée du motif n'était donc ])as plus nouvelle que celle de la procession adaptée par Phidias au Parthénon. Aux yeux des Cirées, l'originalité résidait moins dans l'invention d'un sujet que dans la manière de le traiter. Entre le cortège du fronton archaïque et celui de la frise des
Panathénées, il y a la même différence qu'entre un bégaiement enfantin et un chant sublime. De même, l'artiste de l'Erechtheion, en s'emparant du motif des Caryatides, l'a recréé à sa manière, en le poussant à ce degré d'achèvement qui ne laisse plus rien à faire après lui. Le rythme de ces supports vivants, l'aisance et la dignité qu'elles mettent à porter sur leur calathos ^corbeille'^ la charge de l'architrave, leur mouvement harmonieux et contenu, leur grâce sévère et robuste font d'elles une seconde et non moins admirable édition du type virginal consacré par Phidias. Comment admettre, avec le savant Dœrpfeld. que ce chœur incomparable, conçu comme le suprême ornement de l'Acropole, que l'Erechtheion lui-même tout entier, aient été masqués pendant toute l'antiquité par le perpétuel provisoire de l'Hékatompédon ' ? HeureuseTnent, aucune raison péremptoire ne nous contraint à subir cette prétendue hérésie esthétique des Athéniens ; on peut trouver dans les textes de quoi en éluder la fâcheuse obsession. La construction de l'Erechtheion. interrompue durant l'expédition de .Sicile, avait été reprise en 409 par l'architecte Philoclès et terminée en 407. Ainsi s'achevait la grande œuvre de rajeunissement de l'Acropole. Désormais, la chapelle provisoire de l'Hékatompédon n'avait plus aucune raison de subsister ni d'interposer sa misérable architecture de tuf devant les marbres de l'Erechtheion. 31ais, pour vaincre les scrupules des conserv'ateurs à outrance, il fallut là-propos — ou plutôt, sans doute, le subterfuge — d'un incendie libérateur. Cet accident opportun survint dès 406 ; mais il n'alla pas sans quelques dégâts qui firent payer à 1 Erechtheion sa libération ; ils furent réparés seulement en 395.
5; 4. — l'acropole après le V siècle
Une fois terminée l'œuvre réparatrice de Périclès et de Xicias. l'Acropole entra pour de longs siècles dans la sérénité d'une vie spirituelle que troublèrent à peine les méfaits de Démétrios Poliorcète et du tyran Lacharès. Les offrandes ne cessèrent d'affluer. La plus notable fut celle des 60 statues de deux coudées offertes, après 201, par le roi de Pergame, Attale I''^ Elles se répartissaient en quatre groupes exposés le long du parapet nord-est de l'enceinte : combats contre les Amazones, bataille de ^Marathon, Gigantomachie. victoire d'Attale sur les Galates. Les 31usées d'Europe, en particulier ceux de Venise et de Xaples, possèdent une dizaine de statues de Perses, de Galates et d'Amazones, spécimens
1. Athenische Mitteilungen des K. arch. Instituts, XXII, 189;. p. 159. — XXXVI. 1911, p. 42.