LE QUARTIER DES ACORAS
Le rocher de l'Aréopage se prolonge au nord jjar un d()s de terrain qui s'appelait Kolonos Agoraios (Butte de l'Agora). Il dominait en effet d'une dizaine de mètres l'aire de l'Agora du Céramique. Il formait à l'occident
Tlicseion façade Est et côté Xord . A aauche. l'Observatoire.
de la place un bourrelet, au ]iieil duquel s'alignaient les monuments delà bordure ouest. « ^Vu dessus du Céramique et du Portique appelé Royal, il y a le temple d'iléphaistos'. » Ces termes de Pausanias permettent de reconnaître VHcphaistcion dans le temple à qui le sujet de ses sculptures a fait couramment attribuer le nom impropre de « Théseion - ». Il se dresse encore presque intact sur une esplanade surélevée, d'où il commande le ])an()rama de la ville basse. C'est le mieux conservé des temples grecs. 11 ne lui manque ([uc sa toiture ancienne ; ses périst}"les. ses murs de cella, ses métopes, ses frises, presque tout subsiste. Il offre donc un spécimen complet d'un temple dorique de la bonne époque : les Byzantins qui le transformèrent en ('glisc de Saint-fieorges se sont bornés à rema-
T. Pausanias. \, i), 6.
2. Le véritable Théseion se trouvait sans doute au sud df l'.Agora, Pausanias I. 17. 2). ne décrit e]ue les fresques murales, œuvre de Micon, dont il était décoré.
nier en conséquence les murs du pronaos et de l'opisthodome. Il faut leur pardonner cette métamorphose assez discrète; sans elle, le monument n'aurait pas survécu au paganisme.
D'après le style de rédifîce et des sculptures, on voit en lui un frère cadet du Parthénon, et un contemporain des Prop}dées. Il dut être élevé par Pèriclès, entre 437 et 432, comme un hommage au dieu plébéien, confrère d'Athéna Ergané (l'Ouvrière) et patron des artisans du feu, forgerons et potiers du Céramique. Sur Tesplanade, la plèbe ouvrière célébrait la fête bru3-ante des Hépliaisteia ; on serait tenté d'en retrouver le souvenir dans les danses qui s'y donnent encore aujourd'hui.
De près, il faut avouer que ce temple, pourtant si normal et si complet, malgré la science des proportions qui le grandit au delà de ses dimensions réelles, malgré sa belle patine dorée, nous enthousiasme lîeaucoup moins que les restes du Parthénon , du temple d'Egine, ou même que la vétusté massive des temples de Paestum et d'Agrigente. Peut-être lui manque-t-il précisément cet air de souffrance qui fait le prestige émouvant des ruines? Il parait froid, correct, académique. On entrevoit derrière lui toute la lignée des pastiches néo-grecs, gloire de .^lunich. Ici, le voisinage de l'Acropole l'écrase. .Mais il reprend toute sa valeur avec le recul ; vu de loin, le rythme de ses colonnades, sur la nudité de son tertre, ajoute au panorama d'Athènes de la noblesse et de l'harmonie.
Comme celui du Parthénon, le dorisme de l'Héphaisteion est mêlé d'éléments ioniques. L'ordonnance extérieure est toute dorique. Les métopes du triglyphon ne sont sculptées que sur les façades et les retours d'angles : elles représentaient les exploits d'Héraklès et ceux de Thésée, son doublet attique. 3Iais, sous le péristyle, on retrouvait, comme au Parthénon, le motif de la frise ionique, limitée ici aux fronts du pronaos et de l'opisthodome et aux retours d'angles : les reliefs figuraient des scènes de combat entre Grecs et barbares, entre Lapithes et Centaures. Toutes ces sculptures sont de bonnes œuvres de pratique, sans grande originalité A ce motif ionique du couronnement des murs du sécos correspond à la base une moulure de plinthe analogue à celle qui décore les murs
Tliéseion Fraomciit de la trise Ouest.
LA VILLE BASSE
de riirechtheion et du temple de la Victoire Aptère. On en i^eut conclure que le parti éclectique adopté pour le Parthénon et les Propylées fit décidément école chez les architectes athéniens : .il est comme la marque propre de l'atticisme en architecture'
On est encore très peu fixé sur la forme et l'étendue de l'Agora du Céramique. On admet qu'elle formait un rectangle, mais sans être d'accord sur son orientation en longueur; les dimensions et la superficie
Portique, dit 0 des Géants ..
qu'on lui attribue varient entre 120 et 380 mètres de longueur, entre 7.200 et 64.000 mètres carrés de surface'. Des systèmes fort contradictoires ont été proposés p<3ur la répartition, sur les rjuatre côtés du pourtour, des monuments cités par les auteurs : édifices administratifs des archontes, tels que le I.éocorion. le Portique royal, le Portique Pœcile;
1. Nous avons développé ce point de vue dans un article {Hommage à Louis Olivier, u)ii,p. I2i-i32lsur les ori<;ines du Parthénon et l'influence de lionisme dans l'architecture dorique à Athènes. Comme autres e.xemples, nous citons la frise et les colonnes ioniques du temple de Bass;e, œuvre d'Ictinos, et la frise du temple de Sounion .
2. Voy. Judeich Topogriif'liif von Atlicti. — C. Robert. Patisaiiias .;/s SclirifIsIcUcr. p. 309-3.(4.
tribunaux de 1 lléliée. Bouleutérion ou Chambre du Conseil; sanctuaires et temples. 31étrôon '. Théseion. Anakeion. temple d'Apollon Patrôos. Le plus certain, c'est que la place était empierrée, plantée d'arbres, platanes, saules, peupliers, ornée de nombreuses statues, encombrée de baraques foraines. Les Athéniens s"}- attardaient à flâner et à bavarder, oubliant de se rendre aux assemblées. Lautel des Douze Dieux, consacré
Portique d'Attale angle Sud .
par les Pisistratides. s'y dressait, marquant le point de départ des grandes routes de l'Attique. comme le Milliaire doré à Rome.
Il subsiste pourtant, vers le milieu de la place, les restes d'un monument singulier, connu sous le nom de Portique des Géants. Ce ne peut être qu'une sorte d'arc décoratif de basse époque romaine, orné avec des matériaux empruntés à un édifice plus ancien. Le plan comporte trois passages encadrés de quatre piliers, dont la face nord était décorée de sculptures. Sur le socle, un bas-relief représentait un olivier entouré de serpents; au-dessus, se dressait, adossée à un poteau de marbre, une figure moitié homme, moitié serpent, la ceinture entourée d'algues
1. Des fouilles récentes (igii) font croire que le Métroon était situé en contre-bas de l'Héphaisteion.
LA VILLE BASSE
marines. Ces « Géants » p. 133) ressemblent plutôt à des héros attiques anguipèdes, du genre de Cécrops, Erechthée, Erichthonios, Erysichthon. On paraît leur avoir donné les traits d'empereurs romains, peut-être des Antonins. On peut reconnaître dans une des têtes un portrait d'Hadrien. De la bordure orientale de l'Agora, si tant est que la place s'étendît
Porte JAthOna Archégctis ou Propylée Ouest de l'Agora romaine.
jusque-là, subsiste un immense portique, long de 1 1 2 mètres, cadeau du roi de Pergame Attale II (159-138 av. J.-C). Il servait de promenoir et de halle commerciale. Chacun de .ses deux étages était divisé en deux galeries séparées par un rang de colonniides : la galerie du fond abritait une suite de vingt et une boutiques, où les commerçants resserraient, le soir, les marchandises qu'ils avaient étalées, pendant le jour, sur îles tables sous les galeries (p. 134 .
L'Agora marchande formait tout un ([uarlier. situé à l'Kst du Céra-
mique. Ce n'était pas une place, mais un bazar à la mode orientale, un labyrinthe de ruelles dont les échoppes à auvent de Vu Agora » moderne, qui occupe la même région, peuvent donner quelque idée. Il était divisé en autant de marchés ou cercles qu'il y avait de spécialités : poterie, quincaillerie, friperie Agori.1 des Cercopes ou des Fripons;, esclaves, chevaux, poissonnerie et denrées alimentaires, huiles, vins. etc. Les Romains y construisirent une spacieuse halle aux huiles et aux vins
.Agora rornaine côté Sud-Est) et » Tour des Vents <>.
On l'appelle VAgo/'ii romaine. C'était un vaste péristyle ionique rectangulaire long de 1 1 2 mètres et large de gô mètres Les galeries en étaient doubles et garnies de boutiques : il y avait une fontaine, alimentée par l'eau de la Clepsvdre. L'entrée principale, à l'ouest, formait un Propylée monumental dorique, d'un bon style gréco-romain. Il était consacré à x\théna Archégétis Crouverneresse) : Jules César et Auguste contribuèrent à sa construction, qui date de l'an 12 avant Jésus-Christ. Sur l'un des piliers est gravé un long règlement d'Hadrien sur la vente des huiles. Cette porte communiquait par une large voie avec l'Agora du Céramique p. 135