‹ AthènesChapitre 59 sur 84 · LA VII.I.K BASSE · texte numérisé non relu

LA VII.I.K BASSE

De 1 autre côté, à l'Est, une autre porte s'ouvrait sur une petite place où se tenait un marché à ciel ouvert. Au sud <le cette place, s'élevait VAgoranomion ou bureau des Agoranomes, inspecteurs des marchés. Au milieu se dresse l'octogone de marbre bien connu sous le nom de

Horloge UAiidronikos Kvrrhcstés, dite <■ Tour des Vents « fporte Nord-Ouest).

Tour des Vents, en réalité une tour diiorlooe jiydraulique construite au r siècle avant Jésus-Christ au.x trai.s du Syrien Andronikos de Kyrrhos. L'intérieur contenait les réservoirs et le mécanisme ; l'extérieur servait de rose des vents et de cadran solaire. Sur les huit faces de l'octogone, des bas-reliefs représentaient avec leurs attributs et leurs nom.s. les figures .symboliques des huit vents soufflant des points de l'horizon correspondants. Ils semblent voler à tire d'ailes : au nord, Boréas souffle

avec violence dans une conque ; au nord-ouest, Skiron épanche une urne ; à louest, Zéphyros secoue sa tunique pleine de tleurs. etc L'exécution est assez lourde. Sur la pointe du toit, une girouette découpée en forme de Triton désignait le vent régnant.

L'empereur Hadrien, archéologue et philhellène. offrit à Athènes « des portiques de loo colonnes en marbre j^hrygien. où les murs des galeries sont de même matière. On y voit aussi des salles aux plafonds dorés et revêtus d'albâtre, ornées de statues et de tableaux, et qui servent de bibliothèque' ». Ces portiques aux Cent colonnes de la Bibliothèque d' Hadrien ont été retrouvés dans un grand bâtiment rectangulaire paral-

Bibliothùque d'Hadrien façade Ouest).

lèle au marché romain, dont il reproduit l'orientation, les dimensions et le plan. Le péristyle à cent colonnes me.sure 122 mètres sur 8j La façade antérieure, à l'ouest, était décorée de colonnes corinthiennes avec un porche au milieu. Dans les galeries latérales étaient' logées les exèdres ou schohv. La bibliothèque occupait le pavillon central à deux étages du côté est : on y a reconnu la place des armoires aux livres, celle des statues allégoriques de V Iliade et de YOdyssce, protectrices de ce précieux dépôt. A droite et à gauche, des salles de conférences et de travail, plafonnées et voûtées en berceau, répondent à la description de Pausanias. Par cette fondation d'une somptuosité impériale, Hadrien rendait hommage à l'éclat de l'Université d'Athènes, alors illustrée par Hérode Atticus. jîllius Aristide, Alciphron, plus tard par Philostrate II, Fronton

I. Pausanias, i, iS. — Il v avait aussi un " gvmnase d'Hadrien » à 100 colonnes; il n'est pas encore identifié

LA VILI.K BASSE

dEmèse, Apsinès, Longin, enfin au iV siècle par Himérios et Libanios, dont les leçons attirèrent des disciples comme Lucien, Porphyre, Jamblique, Julien, saint Basile et saint Grégoire de Xazianze. Toute la jeunesse cultivée du monde gréco-romain se rencontrait dans la vieille métropole de l'hellénisme; les rivalités des professeurs et des écoles, les brimades, les joutes oratoires et les ébats bruyants des étudiants perpétuaient dans la cité scolaire les derniers échos de sa libre vivacité d'autrefois.

l'h..l,, Aliii.iu.

Bibliothcqiie d'H.idrien. Jntéricur. avec les colonnes d'une église byzantine.

h'immensité et la s\métrie de ces bâtisses rectangulaires, importées par les Romains au cœur de la ville, auprès de l'Agora du Céramique, transformaient tout le quartier central de la vieille Athènes en une contrefaçon de la Rome impériale, où les fora des Césars développaient l'enfilade de leurs péristyles à côté du ^'ieux Forum de la République.

LA l'ciRTi: DII'YLK ET LA XECKorOLE DU CERAMIOL'E

De l'Agora du Céramique, la rue très commerçante du Dromos conduisait à la Porte Uipyle, principale entrée de la ville sur les routes du

Pirée et d'Eleusis. L'enceinte hâtive de Thémistocle avait été remaniée de ce côté par Conon et par L3'curgue. C'est Lj-curgue (338-326) qui remplaça l'ancienne porte de Thria par celle qui prit le nom de Dipylon (porte double). Elle se composait d'une cour rectangulaire avec portes jumelles du coté de la ville et du côté de la campagne. Le Dipylon était aussi le point de départ du cortège des Panathénées, qui se formait près d'un local contigu, le Poinpc/on. dépôt du matériel des pompes sacrées,

et se rendait par le Dromos à l'Agora, et de là à l'Acropole. Au dehors, bifurquaient trois routes importantes : la route de Thria.

qui conduisait en Béotie; l'avenue de l'Académie, plantée d'arbres, que suivaient les processions dionysiaques aux Grandes Dionysies; la route commerçante du Pirée, distincte de la route stratégique enfermée entre les Longs-Murs.

La Voie sacrée d'Eleusis débouchait par une porte spéciale, la Porte sacrée Hier a PyJc), qui s'ouvrait à 50 mètres au sud du Dipylon : elle servait aussi d'issue au torrent de l'Eridanos, descendu du Lyca luette.

].e long de toutes ces routes, en dehors des murs, s'alignaient les tombes de la principale nécropole d'Athènes, dite du Céramique, sur le territoire du dème suburbain appelé Céramique extérieur. La proximité des quartiers les plus populeux, le caractère sacré des voies qu'elle bordait, et aussi sa position à l'occident de la ville, en ont fait le plus important « Campo-santo » d'Athènes. Il y avait d'autres nécropoles à la sortie des autres portes, puisque les règlements interdisaient l'inhumation intra niuros ; mais l'Occident était la région funéraire par excellence. Déjà, bien avant que la ville fût entourée de murs par les Pisistratides et par Thémistocle, c'est de ce côté que, dès le Vlir siècle, s'étendait la plus grande nécropole de l'Athènes archa'ique. On en a reconnu la zone restée en dehors de l'enceinte de Thémistocle : c'est d'elle que proviennent ces grands vases funéraires du viiT et du VIT' siècle,

Vase funéraire du Dipylon (Musée National)

A \'ll,r,K BASSE

connus sous le nom de vases du Dip3'lon. Ils surmontaient la tombe en i^uise de stèles Leur déc(5ration mi-géométrique et mi-figurée représentait des scènes de funérailles, l'exposition du mort, des convois et lamentations funèbres

Au VI" siècle, les stèles de marbre avec l'effigie du mort peinte ou sculptée en bas-relief, souvent peinte et sculptée à la fois, des figures symboliques d'animaux gardiens de la tombe, sphinx, sirènes, lions, remplacent les grands vases de terre cuite. Xumbre de ces monuments, renversés par les Perses, furent employés par Thémistocle dans la maçonnerie de ses remparts, où on en a retrouvé quelques-uns.

I.a nécrnjiole du V siècle s'élentlait surtout de charpie côté de l'avenue

Le Cimetière du Céramique.

Avenue des Tombeaux. A gauche, stèle d'Hégéso et église d'Haghia Triada).

de r.Vcadémie : c'était là le cimetière du Grciiid Cira))iiqHc. célèbre par la beauté de ses monuments funéraires privés et publics. L'Ktat y avait élevé les tombeaux collectifs des soldats morts à la guerre. Il célébrait en leur honneur la cérémonie commémorative des Epitaphici. durant laquelle un orateur désigne jjar la Cité prononçait l'oraison funèbre des guerriers ("est dans cette circonstance que Périclès. L}sias, Démosthène. liypéride prononcèrent les éloges funèbres qui leur sont attribués.

Mais la nécrojjole se dévcloiipail aussi sur les côtés de la \'oie sacrée et sur les berges de l'Mridanos. Au début du IV siècle, les tombes débor- <lèrent sur les terrains contigus au sud ; une allée funéraire latérale fut détachée de la Voie sacrée, à 100 mètres de la Porte sacrée. C'est cette Avenue des Tombeaux, annexe du cimetière du Céramique, qui a été retrouvée sous les couches de terre accumulées par la superposition des tombes au cours des siècles. Aujourd'hui dégagée et partiellement restau-

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rée ', avec ses monuments encore en place, elle nous offre l'équivalent attique de la Via Appia romaine, de la Voie des Tombeaux pompéienne et des Aliscamps arlésiens.

Sur une longueur de go mètres, les talus de la voie sont bordés de petites terrasses limitées par des murs ou périboles en gros appareil : ce sont là autant de concessions appartenant à des familles athéniennes ou métèques. Dans ces enclos se répartissent les tombes des membres de la

l'holo Ithoiiuiiili!

CimctiL-rc du Céramique. Avenue des Tombeaux (côté Sud;.

famille et de leurs esclaves, signalées par divers emblèmes : stèles, édicules ornés de frontons et de sculptures, vases en marbre, loutrophes et lécythes, insignes des tombes de célibataires, simples cippes ronds pour les esclaves. Des animaux symboliques, tantôt couronnant de hauts piédestaux un taureau, par exemple, tantôt posés sur les angles du péribole, tels que lions, chiens, sphinx ou Sirènes, gardaient l'enclos. Des inscriptions rappelaient les noms et la généalogie des défunts.

Quant aux thèmes de la décoration sculpturale, ils se ramènent le plus souvent à des scènes sjmiboliques d'adieu et de réunion, qui se

I. Voy. Brùckner et Struck. Der Frit-Jhof ain Eridanos fiqng) et Wzt/.-.y.'x Je hi Socicit- nrclièoL. 1910. p. loi.

BASsr;

pussent censément dans la maison mortuaire ou dans la région élyséenne'. J.e mort ou la morte, assis ou debout, échange une poignée de main avec ses parents et amis, ou, rêveur mélancolique et comme déjà détaché de ce monde, écoute les consolations de son entourage Tantôt il parait bien vivant, au milieu des êtres qui lui sont rhcrs. l-"emme, elle s'occupe de sa parure, ouvre la cassette à bijoux que lui présente une esclave, tlomme, il figure accompagné de son chien ou dun jeune serviteur ; il tient les instruments de sa toilette athlétique, ou liien joue avec im animal favori, ou encore, fantassin ou cavalier, il est représenté dans l'attitude du combat. Parfois un tableau plus réaliste évoque une scène douloureuse d'agonie " . Mais, en général, l'euphémisme le plus digne ennoblit ces œuvres de métier, exécutées par de modestes marbriers, qu'inspirait encore l'idéalisme des grands maîtres.

La gravité des attitudes et la noblesse des physionomies, affranchies de toute démonstration excessive, n'ont plus rien qui ra]Tii<41e l'affliction véhémente des pleureuses sur les vases archaïques tlu Dipylon. Le sentiment de la mort s'est épuré et mué en une impassibilité philosophique. Les morts héro'isés gardent la plénitude de la jeunesse et de la beauté ; leur indivi-

Moniimcnt de DcxilOos, au Céramique.

1. Nous parlons ici non seulement des stèles funéraires restées en place au Céramic|uc, mais aussi de celles qui sont réunies au Musée national.

2. Stèle de Plangon (d"Oropos>, au Musée national, n" 479. .Sur une stèle peinte de PagascC,en Thessalio. est représentée une scène d'accouchement (Musée deN'olo).

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