LE PÉLOPONÈSE
U N voyage dans l'intérieur de la Grèce ne ressemble guère aux promenades que les touristes peuvent faire sans danger, sans privations et presque sans fatigue, dans la plupart des autres contrées de l'Europe. Rien n'est plus rare, dans cet ancien berceau de la civilisation, qu'une auberge quel- % conque, si ce n'est une route, ou même un sentier. Force est donc d'imiter ce philosophe qui portait tout avec lui et qui, devançant les siècles, semblait donner un conseil prophétique aux vojageurs qui plus tard voudraient parcourir sa patrie.
Petite porte, à Mécènes.
En compagnie d'un ingénieur français que des travaux importants avaient appelé en Grèce, sous la conduite d'un guide nommé Manuel, parlant passablement l'italien et même un peu le français, l'anglais et le russe, je quittai Athènes le 12 mai 1859, à quatre heures et demie du matin. Notre guide, qui, moyennant quarante francs par jour et par tête, s'était chargé de toutes les dépenses, emportait avec lui lits de fer, matelas, batterie de cuisine, comestibles, etc. En trois quarts d'heure notre calèche franchit la plaine poudreuse qui sépare Athènes du Pyrée, et nous déposa sur le port où nous attendait VHydra, beau steamer grec, qui devait partir à cinq heures et demie, mais qui, selon l'usage du pays, ne manqua pas d'être en retard d'une heure.
A sept heures quarante minutes nous rasions la côte occidentale de l'île d'Égine, située dans le golfe auquel elle a donné son nom, et qui portait aussi celui de mer Saronique. Égine fait face à la fois à l'Attique et à l'ancienne Epidaure qui, fameuse autrefois par la guérison que les malades y venaient chercher dans le temple d'Esculape, vient d'acquérir une nouvelle et bien différente célébrité par la mort du savant et à jamais regrettable Charles Lenormant, qui, victime de l'amour de l'archéologie, y contracta la funeste maladie qui, quelques jours plus tard, tranchait à Athènes cette existence si bien remplie déjà, et pourtant encore si riche d'avenir. La forme de l'île d'Égine est celle d'un triangle irrégulier dont les côtés auraient environ* 10 kilomètres; son diamètre moyen est d'un peu plus de 8 kilomètres; son sol, très-inégal, paraît peu cultivé, et n'offrait à nos regards que quelques chênes verts, clair-semés et rabougris. Une sommité domine toutes les autres; c'est le mont Saint-Élie, qui porte une chapelle construite des débris d'un monument antique. Sur l'une des collines, à l'extrémité orientale de l'île, nous apercevons très -distinctement le fameux temple de Jupiter Panhellénien. Encore debout, en grande partie, il conserve de nombreuses colonnes, la plupart surmontées de leurs architraves^.
On sait que les sculptures de ses frontons, ces sculptures, type le plus complet de l'art auquel on a donné le nom d'Éginétique, sont le plus précieux trésor de la glyptothèque de Munich.
Le temple de Jupiter Panhellénien avait été fondé vers la tin du
i. Voy. la vignette en tête du chapitre.