Antiquités d'Athènes. T. III
ATHÈNES
auquel fut élevé un mausolée de cette importance. N'est-il pas plus naturel de le reconnaître dans celui dont la statue occupe la niche principale, entre son père Antiochus IV Épiphane et quelque autre roi de ses ancêtres, au-dessus d'un bas-relief représentant, non le triomphe de Trajan, comme on Ta cru S mais celui de Titus après la prise de Jérusalem à laquelle Antiochus IV avait pris une part glorieuse. Ce serait donc aux règnes de Titus, de Domitien où de Nerva, c'est-à-dire aux vingt dernières années du i" siècle qu'appartiendrait notre monument. Plus tard, un autre membre de la famille ayant été déposé dans le mausolée, son nom et ses titres furent gravés sur le pilastre, seule surface restée lisse. Quant à cette dernière inscription, sa date se trouve indiquée d'une manière précise. Trajan fut salué du titre d'Optumus en 109, et il portait déjà celui de Dacicus; dans sa seconde expédition en Orient, après avoir chassé Chosroès du royaume des Parthes, il reçut, en 111, le surnom de Parthicus, et. comme l'inscription ne fait pas encore mention de celui-ci, il est clair qu'elle dut être tracée entre les années 109 et lU .
Nous sommes encore obligé de combattre une autre supposition de Stuart, qui croit que le pilastre qui porte l'inscription était surmonté d'une statue. Il n'y avait point place pour une statue sur le chapiteau corinthien sur lequel reposait l'entablement. Le pilastre entier, par un déplacement qu'un tremblement de terre pourrait seul expliquer, est sorti pour ainsi dire de son alvéole, et venu en avant, ainsi que le prouvent son inclinaison hors d'aplomb, sa position par rapport à son chapiteau resté en arrière à sa place primitive, et l'aspect des surfaces latérales du pilastre, dont le marbre est poli dans les parties destinées à être vues et simplement dégrossi dans celles qui devaient être renfermées dans la muraille.
Le monument, composé de marbre pentélique, reposait sur cinq assises de pierres du Pirée, surmontées d'un soubassement enrichi de bas-reliefs malheureusement très-mutilés. Au centre, la composition principale, haute de 2^,60, large de2'",80, offre un triomphateur, sans doute Titus, sur son char attelé de quatre chevaux ; derrière lui, au-dessous du pilastre de droite, est une figure isolée, qui, bien que fruste, peut encore être
i. Au temps de Spon, ce bas-relief avait fait donner au Musée le nom de colline de l'arc de Trajan.
MONUMENT DE PHILOPAPPUS.
reconnue pour un prisonnier barbare. Le bas-relief de droite, qui a dis^ paru , représentait probablement quelques autres prisonniers suivant le char du vainqueur. Le bas-relief de gauche, haut de 2"',60 et large de J-'", 90, existe encore, ainsi que celui que surmonte le pilastre F; ces sculptures réunies offrent quatre figures dont les draperies sont assez bien conservées. Vus de face, ces personnages semblent faire la haie sur le passage du triomphateur.
Derrière la façade de marbre que nous venons de décrire, existent les restes de l'enceinte quadrangulaire G, qui complétait le monument et formait la chambre sépulcrale, depuis longtemps renversée et réduite à quelques assises de pierres du Pirée.
Nous voici arrivé au terme de notre course à travers les ruines de la ville de Thésée et de Périclès. Du haut de la colline de Musée donnons un dernier regard, disons un dernier adieu à ces merveilles de l'art, que trop souvent, hélas! notre imagination a du reconstruire. Notre œil embrasse du pied du monument de Philopappus un panorama plus complet encore que celui que nous avons admiré du sommet de l'Acropole. C'est qu'ici nous avons pour motif principal de notre tableau l'Acropole elle-même et le Parthénon se détachant sur le Lycabette; à l'ouest, sous nos pieds, se dressent l'arc d'Adrien et les colonnes du temple de Jupiter Olympien, et, fraîche oasis au milieu de ces campagnes sèches et poudreuses, se développe le ravissant jardin de la reine, précédant le Stade d'Hérode et le mont Hymette aux bruyères parfumées. Au sud, au delà du golfe Saronique, sur la mer Egée, nous voyons se dessiner à l'horizon le promontoire de Scylla, extrême pointe de l'Argolide. En allant vers l'ouest, voici Égine, les ports de Phalère, de Muynchie, du Pirée, et derrière eux Salamine; au nord-ouest, l'antique bois d'oliviers consacré à Minerve est traversé par la voie sacrée d'Eleusis, qui, passant au pied du mont Saint-Élie, s'enfonce dans le pittoresque défilé de Gaïdarion, entre les monts Icare et Corydalus; au nord, le Parnès nous étonne par son immense fissure qui semble produite par la hache de quelque Titan ; en avant, enfin, s'étend l'Athènes moderne, à laquelle servent de premier plan le temple de Thésée, le Pnyx et l'Aréopage.
Pourquoi faut- il qu'un regret se mêle aux sentiments d'admiration qui font ici battre le cœur? Combien il est triste de penser que c'est plutôt la main de l'homme que le temps, si peu destructeur sous le beau
ATHÈNES
ciel de la Grèce, qui a fait ruines ces miracles de Tart qu'après vingtquatre siècles nous eussions pu contempler encore tout brillants de jeu-, nesse. Consolons-nous pourtant par la pensée qu'au moins ce qui reste est sauvé , et remercions la Providence d'avoir confié ces merveilles à un prince qui, comprenant sa mission, veille avec sollicitude sur ces inappréciables trésors et conquiert ainsi chaque jour de nouveaux droits à réternelie reconnaissance de tous ceux qui ont conservé dans leur âme l'amour du beau, le culte des grands souvenirs.
QUATRE JOURS