XVIII ATHÉNIENNE
en quelques lettres. L'histoire entière de notre langue, tous les grands événements qui ont modifié la race ou bouleversé les institutions se dressent devant l'imagination de l'écrivain qui a eu la conscience d'étudier à fond son instrument, avec chacune des notes qu'il tire de ce clavier d'une richesse inouïe. Ceux-ci, portant la fraise aux mille plis et la petite toque à plume blanche, ont été apportés d'au delà des cAlpes par la sombre Catherine de zMédicis. Ceux-là, Castillans hautains à la voix sonore, nous viennent de la cour des Ti^is Catholiques. Les uns, austères et rudes, ont des allures farouches de guerriers revêtus de mailles d'acier et la croix rouge au côté; les autres, drapés dans la toge romaine, se tiennent avec une harmonieuse élégance où l'on reconnaît l'influence de la divine Hellas.
Comment ne pas se sentir choqué par exemple de rencontrer le mot « assassin » dans le monument carthaginois de Flaubert? C'est comme si l'auteur avait emprunté une des pierres dont il a construit son édifice à quelque mosquée de Tramas, et l'ombre du « Vieux de la ^Montagne » malencontreusement évoquée se dresse au milieu du Sénat de Carthage. Ce sont là de légères imperfections, sans doute, et les personnes habituées à la littérature à quatre sous la ligne se récrieront probablement que l'abondance et l'impétuosité de l'inspiration ne leur laissent pas le