HON. J.-E. TURCOTTE
UN rOLITICIEX FORT A BRAS
L'hox J.-E. Turcotte.
Fils du major Turcotte de Gentilly, et né dans cette localité, le 10 octobre 1808, celui qui devait être un jour l'honorable Joseph Turcotte et jouer un
rôle si important dans notre politique, se destina d'abord à la prêtrise. Avant eu le malheur de perdre l'usage du bras droit pendant qu'il était ecclésiastique, il résolut d'embrasser la profession d'avocat. Après avoir obtenu ce titre, il se laissa bientôt gagner par la politique et fut tour à tour député des comtés de St-Maurice, Maskinongé, Champlain et Trois-Eivières.
Comme il arrive souvent chez les manchots, obligés d'exécuter avec un seul bras la besogne qui incombe d'ordinaire aux deux, M. Turcotte avait développé la force de son bras gauche d'un façon extraordinaire, et en politicien habile qui ne néglige aucun de ses avantages pour triompher, il eut, une fois, recours à sa puissance musculaire ainsi qu'à sa superbe voix de baryton pour remporter une élection.
Cette aventure, unique, peut-être, dans les annales électorales du monde entier, a été racontée avec brio par notre poète national, Louis Fréchette, à qui je laisse la parole:
'• Quand il se présenta pour la première fois aux électeurs du comté de Saint-Maurice, il ne fut pas bien reçu partout. Dans une des paroisses du Xord, par exemple, on ne voulut pas l'entendre parler. On Ini fit un véritable charivari.
— (l'est inutile de vous entêter, uiousiciii- Turcotte, lui dit quelqu'un, ils uc vous laisstM-ont ]ias parler.
— Mais je ne vcmix pas parler, dit Turcotte, jo veux chanter!. . .
— Il veut chanter?
— Oui!
— Ah ben, c'est une auiiH^ ])aire de manches, ça; qu'il chante, si c'est un beau chanteux, on l'écoutera.
Et voilà Turcotte qui eîitonn(> de sa ])lus belle voix :
Si vous voulez ben m'écouter J'ai t'une histoire à V(^us raconl(M\
LES ATHLETES CANADTEXS ÎJ.)
Kl ainsi de suite. Il leur dit connue ea l^ut ^^^' qu'il avait à dire, en chantant.
— Cré mardi ! fit un hal)itant, il chante encore mieux que Xavier Baron.
— Ben sûr qu'il chante mieux que Xavier Baron! dirent les autres.
Xavier Baron était le chantre en renom de la paroisse; de plus il était d'une force herculéenne.
— Il peut bien chanter mieux que Xavier Baron fit quelqu'un, mais je gagerais bien qu'il tirerait pas au poignet avec lui !
— Est-il ici ? demanda Turcotte.
— Xon.
— -Allez le chercher.
— Vous voulez tirer au poignet avec Xavier Baron ?
— Pourquoi pas ?
— Dites donc, vous autres, il veut tirer au poignet avec Xavier Baron ! c'est pas mal effronté.
— Allez le chercher ! répète Turcotte.
On amène Xavier Baron, on apporte une table, des chaises et nos deux champions s'attablent face à face sur le perron de l'église. . .
— Ah ! ça, dit-il, un marché ! Xous allons tirer '" en trois coups les deux meilleurs ". Si Xavier Baron me renverse, je pars d'ici dans dix minutes et vous ne me verrez jamais de votre vie; mais si je le renverse, vous voterez tous pour moi?
— C'est correct.
— C'est-y fait ?
— C'est faite.
Et au grand ébahissement de la foule Joseph Turcotte amena trois fois de suite le poing de son adversaire sur la table. On le porta en triomphe, et c'est au vote de cette paroisse qu'il dut son élection ".
L'honorablo .T.-E. Tiirfotto fut président do la Cliarnbre on 1861. Il est mort, le 20 décembre 18fi4, âgé de 56 ans, dans la ville des Trois-Eivières qu^il aima par-dessus tout et au progrès de laquelle il consacra beaucoup de son influence.
iK>4K>4K>4K>4K>4»o4»o4K>4»o»fro4K>4K>4K>4K>4»<>4»o4K>4K>^»o VITAL POITEVIN
Vital Emard dit Poitevin est né vers ISIO^ tout probablement dans une des paroisses baignées par le lac Saint-Louis, et il est décédé, en 1881, à Castor Blanc, petite localité située à douze milles de Maniwaki.
Durant plusieurs années, Poitevin a été réputé athlète non ordinaire et le récit de ses exploits défi ave encore la conversation, à Beauharnois ou sur les rives de la Gatineau,
Haut de six pieds, large de torse, cet homme avait une apparence presque fonnidable. Le travail constant des champs et des bois avait décuplé la puissance des muscles solides dont il était doué. Très affable dans son état naturel, il devenait tout autre lorsqu^on l'irritait, et malheur à celui qui provoquait son ire.
Il demeura une quinzaine d'années à Beauharnois, puis il alla terminer son existence sur les bords de la Gatineau dans les endroits qu'il avait parcourus maintes fois., lorsqu'il était bûcheron. Populaire comme il l'a été, le nombre des anecdotes qu'on cite r-:ur son compte est considérable; en voici f(uelquesunes :
Un dmianche, à Châteauguay, un de ces matamores qui faisaient loi autrefois, dans les campagnes, parce qu'ils avaient voyagé dans les Pays d'en Haut, déclara qu'il était prêt à se " matcher " avec n'importe quel homme des environs pour une gageure de 5 ou de 10 chelins. A cette époque, cette somme dérisoire paraissait suffisante pour amener deux individus à jouer du poing. Il convient d'ajou-
k'i- (juc les salaires étaient peu élevés, et ((iie les cultivateurs semblaient encore plus "proches de leui's piastres ^' qu'ils le sont de nos jours. A peine notre fanfaron avait-il lancé son défi que Fonde de Vital, qui était parmi ses auditeurs, l'informa qu'il acceptait ce défi pour un de ses neveux. Je ne suis pas riche, dit-il, mais je crois que Agitai Poitevin peut vous apprendre qu'il y a des bons hommes parmi les '•' habitants ".
— AU rightj cria le " bully ". Déposons l'argent et arrangeons la rencontre. On verra bien quel est celui qui chantera le coq.
La rencontre se fit le dimanche suivant, après la messe, dans la foret prochaine.
Vital n'avait alors que 17 ans, et bien qu'il n'eût pas encore atteint son complet dévelop])ement, c'était déjà un vigoureux jeune homme.
Mais, à côté de son adversaire, trapu, carré, et bouffi par le rlnim, il paraissait fluet et même grêle. lî^n voyant cet adolescent, le fanfaron fut pris d'une folle envie de rire, et les quolibets plurent drus à l'adresse de celui qui osait lui faire face. Vital fut un instant intimidé par ces ]U'opos; mais l'amourpropre le moi'dit au cœur et les plaisanteries ne servirent (pi'à doubler son désir de vaincre.
La bataille commença. Quelques attaques et quel- (|ues parades ayant fait voir que Vital était encore novice dans l'art de la boxe, le 'MjuUv '' en profita pour lui décocher un " swing " sur la mâchoire, coup qui étourdit, sans grand dommage toutefois.
En voyant tomber son neveu, l'oncle courut le relever, et avec l'aide d'un niiii il 1(> porta au pied d'uu arbre.
— J'ai fait une fui-ieuse bêtise. Vital, et si tu veux je vais lui donner gagné. 'l'u es i)eut-être aussi fort ({Lie lui, mais, sûrement, tu n'as pas sa "pratique".
— Je ue veux ])as abaudoiiuer. dit le jeujie brave.
LES ATHLÈTES CANADIENS îiU
\[ m'a fait mal. c'est vrai, mais je peux endurer encore, et si j'ai une cliance de Vattraper. . .
Les boxeurs prirent leur position de nouveau et le cercle des spectateurs se referma. Plus prudent. Vital sautillait et s'effaçait chaque fois que Tadversaire lui destinait un coup. Ce jeu exaspéra notre '' bully ", car il n'était pas d'humeur ni d'haleine à frapper dans le vide bien longtemps. Dès que Yital s'aperçut que son antagoniste était essoufflé et qu'il devenait imprudent, il choisit son moment et lui asséna un coup droit au creux de l'estomac, en plein plexus solaire, comme on dirait de nos jours. Etouffé, le " bully " s'effondra. Î^Te pouvant continuer la lutte, il s'avoua vaincu et donna la main à Yital en lui prédisant un brillant avenir.
Dès ce jour, le nom de Agitai Poitevin fut connu, ci: avec les années il se répandit partout.
Au nombre des autres combats qu'il a livrés dulant son existence mouvementée, on mentionne surtout ceux qu'il eut, il y a cinquante ans, avec Augustin Dicaire, de Coteau Station, et avec Berlinguet, le colosse dos environs do Papineauville.
Durant l'élection de M. Ovide Leblanc, en 1S51. le bureau de votation de Beauharnois qui occupait la ^■' Salle des Habitants ", vis-à-vis l'église actuelle, fut tout à coup envahi par un groupe d'Ecossais et d'Anglais. Leur but était d'empêcher les Canadiens de voter.
Comme il n'y avait pas d'agent de police dans la localité, des citoyens descendirent immédiatement à iliôtel Brossoit, quelques arpents plus loin, afin de prier Poitevin de venir rétablir l'ordre. Celui-ci était à causer avec divers amis, les Lapointe, les Roy, etc., hoinmes de valeur aussi. En apprenant ce qui se passait. Vital décida de se rendre au poil sans tarder et de le débarrasser des envahisseurs. L'évacuation se fit en peu de temps, car les Saxons
{( BIBUOTHECA
sortirent par les fenêtres et les j^ortes plus vite qu'ils étaient entrés.
Poitevin donna une autre fois un nouvel exemple de sa témérité, car il ne craignit pas de s'avancer parmi 400 Orangistes à Eussell, Ont., et de leur offrir de les battre deux par deux. Enfin, pour bien des anciens, il n'était second qu'à Jos. Montferrand, le maître incontesté des pugilistes durant la vogue de combativité qui régna au Canada de 1800 à 1865.
Mais Vital n'était pas que boxeur, il était aussi fort à bras, et M. David Èo.y, cousin de mon confrère Eégis Eo}^, raconte, qu'un jour de marché, à Ottawa, il a vu Poitevin porter deux quartiers de l)œuf, un au bout de chaque bras, à travers une foule de gens émerveillés de cette prouesse.
En 1877, dans le cours du mois de février, MM. Sauvé et St-Amour, deux marchands d'Ottawa, se rendirent à Castor Blanc pour faire la traite, et ils rencontrèrent Poitevin. Celui-ci était alors âgé de 67 ans, et malgré son âge relativement avancé, il leur ])rouva, un soir, à l'hôtel Laframboise, qu'il avait conservé tout son prestige, car la mention de son nom seulement apaisa un robuste gaillard qui sem- 1)lait prêt à faire du tapage.
Je passe sous silence, ici, la rencontre de Poitevin ot de Deschamps, parce qu'on la retrouvera dans la 1)iographie de ce dernier, et je terminerai en signalant un fait extraordinaire. Poitevin a été père de 29 enfants, 10 garçons et 10 filles, tous nés de son mariage avec Olive TTébert, une vaillante petite* femme replète f|ui a survécu à son mari.
MAXIME DUHAIME
Si tout ce qu'on raconte sur Duhaime est vrai, il serait supérieur à Grenon, notre hercule léo^endaire. et à ses côtés, nos hommes forts d'aujourd'hui seraient bien diminués.
On affirme, par exemple, que Duhaime mesurait six pieds, quatre pouces de hauteur, et que son torse avait une circonférence de cinquante-huit pouces î Ce dernier chiffre est étonnant, car Cyr et Barré qui ont du tissu adipeux mesurent respectivement 53 pouces et 58% pouces, alors que Duhaime était sec, tout en muscle. Ces mensurations sont-elles exactes? je vous avoue que j'en doute. Cependant, on ne peut nier que Duhaime devait avoir une carrure énorme pour accomplir les exploits qui sont à son crédit. Ecoutez-en quelques-uns.
Duhaime était fils de cultivateur et il n'aurait pas été de sa classe et de son temps s'il n'eut été mordu, par la passion des voyages, durant sa jeunesse. Il a donc fait, lui aussi, son tour dans les pays d'en liant. et son voyage fut marqué d'un événement assez remarquable.
n arrivait au quai d'un petit port sur le lac Supérieur, quelque part près du Sault Sainte-Marie, lorsqu'il fut témoin d'une bagarre. Un nommé Pierre Morin voulait embarquer dans un navire en partance, mais pour une raison quelconque, le capitaine, aidé de son équipage, l'en empêchait. Morin, qui était robuste, luttait avec ténacité, mais sans espoir de succès.
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Après avoir entendu la version des spectateurs, Duhainie embrassa la cause de Morin et il pénétra dans la mêlée. Une terrible bataille s'en suivit, h laquelle un matelot crut mettre fin en assénant à Duliaime un violent coup de barre de cabestan. Notre colosse s'écroula^ tout ensanglanté, mais cette fail)lesse ne dura qu'ime seconde. Il se releva exaspéré, s'empara de la .barre du cabestan et en un rien de temps balaya le pont du navire. Une partie de réquipage était à l'eau tandis que l'autre occupait les haubans et les vergues. Les marins durent capituler ; Morin et Diihaime furent acceptés et le navire mit le cap sur Dulutli. alors un tout petit village.
Après son retour au pays, Duliainie épousa demoiselle Héloïse Lamarre et vécut dans le comté de Maskinongé jusqu'à sa mort. . La plupart de ses' antres exploits ont donc eu 'pour théâtre la région (fui s'étend à l'ouest du Saint-Maurice.
Notre compatriote se rendit, un jour, à Saint- François-du-Lac. Ayant fait la connaissance d'un nuKfuignon, celui-ci lui proposa de troquer de chevaux. Duhaime consentit, pour son malheur, car en échange d'une bonne bête, il reçut une haridelle qui mourut à peu de distance. Pour ne pas obstruer le chemin public, le géant prit le cheval dans ses bras et alla le porter dans un chnnip voisin: ensuite, il ])artit à la recherche du nuu|uignon qui demeura introuvable. Je vous laisse à jx'usor la tripotée monunuMitale ((u'il aurait reçue, si ]o géaul l'avait rejoint.
A l;i K*i\ièr(' i\u Loup (en hiiut), Duhainu» soul(>va, iiU(> l'ois, sur ses épaules seulenuuit. l'énonue
IJ-:S ATIILKTKS CAXAIHHNS lo;',
poids fie 1500 livres, jniis coi mue on discutait sa force et qu'on le disait meilleur pour lever que pour se battre, il offrit de rencontrer tous les spectateurs,. einc[ par cin(|. Personne ne voulut essayer.
Duhaime portait aisément deux quants de lard, un sur l'épaule et l'autre sous son bras droit.
xlu temps des sucres, il ne s'amusait pas à amener cheval et traîneau dans la forêt pour recueillir la sève des érables, il prenait tout simplement un gros chaudron de fonte de chaque main, faisait le tour de la sucrerie, et lorsque ses vaisseaux étaient rempli-s, il allait les mettre au feu. Ces chaudrons pèsent nne couple de cent livres, et peu d'hommes seraient capables de répéter ce tour de. force.
Les exploits de Duhaime comme '" homme de trait " sont phénoménaux : il tirait mieux qu'un cheval et il l'a prouvé en maintes occasions. Yoilà pourquoi il prit toujours ses chevaux en pitié et leur évita les gros efforts.
L'hiver, par exemple, quand il devait aller porter du blé au moulin, il chargeait d'abord son traîneau dans sa grange, mettant, suivant l'halntude, une vingtaine de minots de blé, soit un poids de 1200 livres, puis comme l'aire était en bois et qu'il craignait de faire forcer son cheval, il se plaçait dans les brancards, sortait le fardeau sur la neige, et ce n'est que là qu'il se décidait à atteler. Si la société protectrice des animaux eut existé en ce temps, elle lui aurait décerné une médaille !
Au printemps, lorsque le charroyage se fait sur la croûte avec beaucoup de difficulté, parce que les
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cdicvaux sont trop pesants et enfoncent eontinuellenient dans la neige, JDuhaime remplaçait son cheval, lorsqu'il fallait aller chercher du bois dans la forêt. Ces excentricités surprenaient tellement ses voisins qu'ils se signaient en le voyant passer, car ils attribuaient à une origine diabolique la puissance prestigieuse de leur concitoyen. Pour Duliaime, il en riait à gorge dé|)loyée.
Un ancien trifluvien se rappelle l'avoir vu, en 1858, charger, seul, un gros "moulin à battre" à bord La Punaise, petit bateau qui faisait le service entre les rives nord et sud du Saint-Laurent.
Un journaliste, M. A. Marchand, a rapporté, en 1906, dans la Patrie, qu'un jour Grenache et Duhaime se rencontrèrent sur le perron de la vieille église de Maskinongé et furent présentés l'un à l'autre.
Les deux hommes forts se pressèrent la main. Les habitants qui faisaient cercle autour des deux plus forts Canadiens du temps entendirent craquer les os de la main de Grenache. Au bout d'une minute, ce dernier demanda quartier. Il avoua, sans fausse honte, qu'il avait été réduit à l'impuissance, et qu'après la terrible poignée de mains qu'il avait échangée avec Duhaime, il lui aurait été impossible de se défendre contre un enfant.
Duhaime était pauvre, et comme sa réputation d'iiomme fort ainsi que sa taille gigantt^s(|ue en im-
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posaient, on l'employait frécpieinment pour maintenir la paix dans les endroits où il y avait agglomération d'individus. Ainsi, lorsqu'on construisit le chemin de fer d'Arthabaska, il fut engagé pour maintenir l'ordre parmi les terrassiers, gens venus de partout et pas toujours commodes, mais le plus souvent c'était dans les assemblées politiques et durant les élections que ses services étaient requis.
Avant 18 75, la votation ne se faisait pas au scrutin secret, mais de vive voix dans les poils; il s'en suivait qu'on savait toujours quel candidat avait le devant, et cela donnait lieu à des tumultes et à des bagarres, car chaque parti essayait de bloquer les poils afin de ne laisser voter que ses amis.
Au mois d'août 1867 eut lieu, aux Trois-Eivières, la première élection sous le régime de la Confédération. Les citoyens avaient à élire un député à la Chambre des Communes d'Ottawa et un déjDuté à l'Assemblée législative de Québec. Le double mandat existait à cette époque, c'est-à-dire que la même personne pouvait être député aux deux chambres.
M. Charles Boucher de Xiverville, avocat et ancien député des Trois-Eivières à la défunte chambre d'assemblée de la province du Canada, se portait candidat aux deux sièges. M. Charles Borromée Genest, avocat, était son adversaire ponr le parlement fédéral et M. Sévère Dumoulin lui disputait le siège du parlement provincial.
Pour protéger et favoriser leurs amis, MM. Genest et Dumoulin s'étaient acquis les services de Duhaime.
. M. Georges Gouin, marchand de bois, très populaire pamii les bûcherons, était l'organisateur des forces de M. de N"iverville.
La date de l'élection approchait : le 23 août, à 1 heure de l'après-midi, eut lieu nne grande assemblée publique aux Trois-Eivières. La présence de Du-
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liaiine à cette assemblée déplut beaucoup à M. Gouiii (pli se rendit à la maison de 2^<^'nsion de Duhaime, tenue par Pierre Descoteaux, et sise rue du Fleuve, pour tâcher de gagner le colosse à sa cause. Mais Duliaime avait donné sa parole, et aucune offre, si alléchante t'ut-elle, ne pouvait le détourner de son devoir. Irrité par son refus, M. Gouin, qui était aussi violent que brave, osa, quoique de taille ordinaire, frap23er son énorme interlocuteur. Celui-ci l'empoigna, le serra rudement, puis le mit à la porte. Croyant que cela n'aurait i^as de suite, Duhaime reprit sa chaise et continua de fumer paisiblement. Soudain une troupe d'hommes fait irruption dans la maison Descoteaux en proférant des cris de mort contre Duhahne. En voyant ces forcenés qui venaient venger leur chef Gouin, Duhaime fit le mouvement d'enlever son habit pour se défendre plus à l'aise, mais il commit là une erreur qui lui coûta la vie.
En effet, prompt comme la pensée, ses assaillants profitèrent du moment où il avait les bras embarrassés dans les luanches de son veston à demi descendu, pour l'assommer à l'aide de bâtons et de manches de fouet plombés. Duliaime résista en Sanison, il saisit l'un des assaillants et le lança comme une balle sous le poêle, mais affaibli par les coups, terrassé par le nombre, il s'affaissa. Ses inhumains adversaires le piétinèrent, lui lai gourèrent le figure du talon de leurs bottes, en sorte qu'il était horriblement ineurtri et " n'avait plus que le souffle ", remarque un témoin. Le vain(|ueur de tant de combats avait connu son Waterloo.
Dans la soirée, des mandats d'ari-estations furent émis par le juge de paix, H. G. Fearon, et les personnes suivantes furent ari'étées: G. A. Gouin, marchand; Peter llealy, j()ui-nali(M- : ^1. Wliitty, journalier ; J()se])h A\*dlée, cbai'retiei' ; Joscpli Frenette,
LES ATHLÈTES CANADTEX^^ ^^*'
c«H..; Honoré K.ava,d.ar^-;^-^{;«;;;^,-
tremaîtro de ^l^''""--''- ; ^- , * ^,^" , ^^ des assaillants SéïSrrt— rlsonn-ava
''^i:f::e::^ti\— devant la c^^l^j;^ août 180T, mais la cause iut ajournée au sux septen^
t:rrie:te:^sCL^&ir-^^^^^^^^^^
'^nXr^'i:: en rnLnnisant libéralement
Duhaime. . ^ ^
Le iucre Fearon ne voulut pas reconnais cet arrangement, et ri soumit le cas aux autorités qui répondirent <iu-elles ne pouvaient intervenu.
Duhaime mourut le 30 juin 1871 environ quatre ans après l'événement que .le viens de ''el^tei et non pas un an, comme on le dit couramment Se» pa JTnts ont toujours prétendu qu'il mourut des suites des coups reçus en cette terrible circonstance.
L'acte de sépulture de Duhaime à Saint-Didace (% juillet 1871), déclare qu'il était âge de cinqua. ehnit ans (2), ce qui le ferait naître vers 1813, ma » malcrré mes recherches dans les registres de la Ki-
(1) M. Boucher de XiverviUe fut élu pour les deux chlmbres. Il résigna ces deux mandats e 30 septemb e 180^ et fait bizarTe. ce sont MM. Dumoulin et Oenest qu. lui succédèrent, l'un après l'autre, a Québec.
(2) Le frère de Maxime Dubaime qui demeure a Saint- «exis des Monts, et qui m'a communiqué diverses notes p;.r la voie de sou curé M. labbé .1. A. Les.eur. croit que Maxime n'avait pas beaucoup plus de quarante ans lois de son décès. Où est la vérité ?
vière-du-Loiip, Saint-Léon, Louiseville et Maskinongo, il m'a été impossible de trouver son acte de naissance. Peut-être a-t-il été baptisé sous un autre prénom.
Maxime Duliaimo était fils d'Au^ii-iistin Dubaimo ot vl^ de Judith Bergeron. Il a laissé trois fds plus forts que des hommes ordinaires ot qui domoui-ont aux alentours de Bulstrode.
^JUy-^ }M^^ ât^n^^t^M^ It^do-