‹ Athlètes canadiens-françaisChapitre 16 sur 44 · JULIEN DESCHAMPS · texte numérisé non relu

JULIEN DESCHAMPS

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Que dites-vous d'un homme qui, traversant une friche et voyant, soudain, venir sur lui, à fond de train, un taureau furieux, ne songe pas une mmiiÉe à prendre la fuite, mais attend l'animal de pied ferme, empoigne littéralement le taureau par les cornes, lorsque celui-ci est rendu à sa portée, et le renverse sur le sol?

Que dites-vous encore d'un homme qui, ne voulant pas atteler son cheval à la voiture, parce que cela lui paraît une besogne fastidieuse, se i^lace un de ces lourds cribles d'autrefois sur le dos et va le remettre au voisin, demeurant à dix arpents, lorsque deux ou trois cultivateurs ont d'ordinaire de la difficulté à porter un semblable fardeau ?

Vous direz, sans doute, qu'un tel homme est-puissamment fort, très courageux et très maître de lui!

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Eh bien! ce soni In deux exploits an crédit de Julien Descluiinps de Tllc Pei-iol, nu gaillard soc, tout en muscles et qui juesnrait six j^ieds, trois pouces de taille.

Julien Descliamps naquit le 19 octobre 1817, du mariage de Jean-Baptiste Descliamps et, de Catherine Leduc. Ses parents avaient leur domicile à Beauharnois, mais comme cet endroit n'était ])as encore érigé en paroisse. Deschamps fut baptisé à l'Ile Perrot, où il devait habiter peu après.

Deschamps a beaucoup voyagé, d'abord dans le nord du Canada, puis dans l'ouest américain. Il se rendit même jusqu'en Californie, lorsque la découverte des mines d'or eut enflammé l'imagination de tous ceux qui avaient un peu de sang d'aventurier dans les veines. Maintes fois, il eut des démêlés, mais jamais personne ne l'a fait reculer, car il avait cette noble confiance en lui que donnent la force, la santé et l'endurance.

La tradition, malheureusement, n'a relaté aucune des batailles de Descliamps, elle n'a conservé que le récit d'une rencontre . . . manquée, mais d'une rencontre qui aurait pu être épique, puisqu'elle mettait en présence deux " lieavy weights " comme on n'en voit plus, deux antagonistes qui ont été les émules du grand Jos. Montferrand.

C'était entre 1855 et 1860, Vital Poitevin et Julien Deschamps demeuraient, le premier à Beauharnois, le second à l'Ile Perrot, deux localités enchanteresses, qui se font de l'œil par-dessus le lac Saint- Louis, et d'où sont sortis quantités de '' voyageurs " et de " bûcherons " robustes et audacieux. Poitevin était le champion de la côte sud, tandis que Deschamps possédait ce titre parmi les insulaires, mais les deux localités étaient trop voisines pour qu'il ne vînt pas aux gens friands de combats, l'idée de faire décider lequel des deux champions était supérieur à l'autre.

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Comment s'y prit-on, je l'ignore, mais la rencontre fut décidée. Elle devait avoir lieu à Beauharnois, dans la cour d'une spacieuse hôtellerie, tenue par Cliarles Eapin. Beauharnois. à cette époque, était un centre remarquablement affairé, surtout à cause de son volumineux commerce de blé, et la plupart des grands édifices en pierre qui frappent de nos jours les regards des touristes étaient alors des magasins ou des entrepôts très achalandés.

La nouvelle de la fameuse bataille avait été répandue n?'hi et orhi, et grande était l'assistance, lorsque les champions furent en présence.

Poitevin avait alors près de 50 ans, et Deschamps dépassait la quarantaine. Le premier était plus lourd, le second plus agile. Tous deux possédaient une superbe structure. Poitevin espérait triompher par son poing, tandis que Deschamps comptait sur son pied. Et afin de frapper mieux, en débarquant du canot qui l'avait transporté à Beauharnois. Deschamps s'était, tout de suite, rendu au vaste magasin de Ul3'sse- Janvier Eobillard, pour se procurer une forte paire de bottes ferrées, comme en portaient les " vo^'ageurs ".

Les champions venaient de se donner la main et de se regarder dans les veux lorsqu'il se produisit un événement : le shérif Huneault arriva inopinément, accompagné d'un nommé Leduc, oncle ou beau-frère de Deschamps, et le combat des deux Alcides fut empêché. Bien des racontars existent sur cette rencontre. Les citoyens de Beauharnois ont leur version, ceux de l'Ile Perrot aussi. Après avoir interrogé plusieurs témoins oculaires, je crois que le résultat de cette joute aurait été la mort certaine d'un des combattants, et ceux-ci durent, dans leur for intérieur, être presque satisfaits qu'elle n'eut pas lieu, sans que leur honneur en souffrît.

Quoi qu'il en soit, ce combat qui aurait pu être

sanglant et tragique, se termina comme la plupart des duels d'aujourd'hui : adversaires et amis pénétrèrent dans riiôtcl Eapin et tout le monde fraternisa en vidant quelques ^^ coupes '' de rhum. Au cours de la discussion amicale qui suivit, Deschamps, à l'instar de Montferrand, donna une preuve de sa souplesse en imprimant fortement son talon dans un plafond élevé de dix pieds au-dessus du plancher, et c'est le dernier exploit que l'on rapporte sur ce compatriote herculéen, hien qu'il ait vécu encore longtemps.

Sur ses vieux jours, il alla demeurer quelque part dans le Haut-Canada, et il y est mort paisiblement.

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