‹ Athlètes canadiens-françaisChapitre 26 sur 44 · M. C. E. LECLERC, N, P · texte numérisé non relu

M. C. E. LECLERC, N, P

XOTAIRE C. E. LeCLERC.

Ceux qui n'ont qu'entrevu le notaire Leclerc savent qu'il est affable pour tous, distingué de manières, correct en sa tenue et d'apparence plutôt frêle. Ceux qui le connaissent intimement, seront prêts à vous affirmer, en plus, qu'il est un homme absolument charmant, un causeur agréable, un esprit délicat et un lettré. Tous ses confrères ajouteront qu'il aime

sa paisible profession et qu'il en est un des membres les plus éminents.

Eh bien ! voilez-vous la face, ô vous dont Féducation sportive est à faire. M. Leclerc est non seulement un pugiliste, ce qui est grave, mais encore, il est l'auteur du premier et peut-être du seul traité de boxe anglaise publié en français en Amérique. C'est épouvantable, n'est-ce pas?

Ce qu'il y a de plus bizarre, c'est que lord Byron, le poète génial, était grand amateur de la boxe; c'est que le célèbre écrivain belge, Maurice. Maeterlink, a consacré à l'éloge du "' noble art ", tout un chapitre de son ouvrage intitulé " L'Intelligence des fleurs " ; c'est que l'ex-président Roosevelt, le plus tendre des époux et le meilleur des pères, est également épris de ce sport qu'on vous a enseigné à considérer comme brutal et indigne de l'homme civilisé- ■ ':0n raconte même qu'il arrivait souvent au populaire Teddy, après une séance de son cabinet, d'inviter un des secrétaires à prendre lestants contre lui et qu'il se délassait des affaires publiques, en encaissant et en distribuant des " Upper cuts '', des " swings " et des " jabs ".

Il faut donc croire que le pugilat n'a pas la vertu de rendre tout le monde méchant ou imbécile? Qu'il y a des boxeurs qui sont de fort honnêtes gens et des boxeurs qui sont des mécréants ? Qu'il en est ainsi dans tous les sports, dans tous les métiers, dans toutes les professions ? Alors ? Il n'y a plus qu'à modifier l'opinion toute faite qu'on nous a glissée dans l'intellect.

D'ailleurs, voyons comment M. Leclerc explique ce problème; "On accuse la boxe, dit-il, d'amener la dureté, de cœur^ l'insensibilité vis-à-vis les maux d'au-, trui. Cette prétention n'eut jamais le moindre fondement. Il faudrait, pour la soutenir, prouver que la bonté et hi charité sont l'apanage de toutes les

races, de toutes les nations qui repoussent ou ignorent la boxe, à* l'exclusion absolue de celles qui la cultivent. Or. les faits et les statistiques sont là) pour établir que les peuples les plus féroces sont ceux où cette sorte d'athlétisme est inconnue . . .

" L'Angleterre est le sol de prédilection des luttes avec l'aide unique des avant-bras. Elles y ont refleuri, importées de l'Orient, et ne cessent de passionner les aristocrates, aussi bien que les plus humbles citoyens. On y boxe comme on y mange ; par besoin, par nécessité. Qui a jamais osé dire que les Anglais sont enclins à fermer les yeux sur les misères qui les environnent, et n'ouvrent jamais la main pour un bienfait?... Presque à toute heure, on apprend qu'en déposant ses gants de combat, quelque millionnaire signe le chèque qui dotera richement telle ou telle institution de secours, ou qui ramènera l'aisance dans les familles que le sort a frappées.

" Et puis, ne côtoie-t-on pas journellement des passionnés de la boxe, dont on sait à fond l'existence et qui passent leur vie à se rendre utiles. Et si on les surprend, faisant usage, au dehors, de leur science, de leur adresse, de leur intrépidité, on est d'avance persuadé que ce n'est que pour prêter main forte au plus faible contre le plus fort, pour châtier un insulteur, pour sauver un passant de quelnue péril. . ."

On ne saurait être plus convaincant, n'est-ce pas. et si le sujet vous a intéressé, procurez-vous l'ouvrage de M. Leclerc et lisez tout le chapitre d'où nous avons tiré cet extrait. Tous verrez que l'auteur a trouvé réponse à toutes les objections qu'on soulève d'habitude, lorsqu'il est question de boxe.

Mais puisque vous savez maintenant à quels titres ce compatriote doit prendre place dans notre galerie d'athlètes, j'en profiterai pour vous donner les renseignements biographiques qui vous le feront connaître davantasre.

riéophas-Edoiiarcl Leclerc est né à Montréal, le 26 septembre 1844. Il descend de Gilbert Barbier, un compagnon de Maisonneuve et d'Abraham Martin, dont le prénom reste attaché aux plaines où s'est déroulé le dernier acte du plus grand drame de notre histoire. Sa famille était allée demeurer à Sainte-Thérèse, et c'est au collège de cette localité qu'il suivit le cours d'études classiques qui devait lui permettre d'embrasser la profession de notaire. Après son stage chez M. F. S. Bastien, de Yaudreuil, il fut admis à pratiquer le 15 octobre 1866, mais il quitta notre pays presqu'aussitôt, pour se fixer à Xew-York. C'est durant son séjour de huit années dans la grande métropole américaine, qii'il donna libre cours à son goût pour les exercices physiques et l'art militaire. Dans ce but il fréquenta les g3Tnnases et s'enrôla dans le fameux corps des Gardes de Lafayette. Il partagea ses loisirs entre l'étude de l'escrime et de la boxe et devint si habile dans ce dernier sport qu'il n'aurait pas craint de se mesurer avec n'importe qui de son poids, lorsqu'il revint à Montréal, en 1875.

Constatant que les Canadiens-Français avaient complètement oublié un exercice qu'il qualifie avec raison " d'art national ", il projeta alors de publier un manuel qui remettrait son sport favori en vogue. Mais diverses circonstances l'en empêchèrent, et ce n'est qu'en 1899 qu'il a réalisé un rêve caressé pendant des années.

Son ouvrage a pour titre: " La boxe. Traité français des règles anglaises, Montréal, 1800. 1 br. cart. de 106 p. illustrée.". Il est précédé d'une préface où Ton trouve une brève histoire des exercices physiques en général, et de la boxe n\ particulier. Viennent ensuite l'apologie du pugilat, les positions, les attaques, les parades et les ripostes: quelques prises de luttes, quelques mouvements de boxe française, puis les règlements des combats.

LES ATHLÈTES CANADIENS lî'

L'auteur s'est inspiré des meilleurs traités anglais ou américains et son travail a une réelle valeur. On sent que celui qui l'a écrit connaît son sujet a fond et qu'il en est enthousiasmé. Il devrait être entre les mains de tous ceux qui veulent faire connaissance avec un sport qui fut à la mode en notre pays, dans les cinquante premières années du XIXe siècle, mais dont les générations actuelles n'ont conservé qu'un souvenir légendaire.

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