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Dévissé à droite, 235 livres

Comme preuve de sa bonne foi, Mme Cloutier, avant de commencer ses exercices, invite toujours les spectateurs à venir soulever ses poids et ils ne sont pas communs ceux qui peuvent y arriver.

Mme Cloutier est une grande femme puisqu'elle a 5 pieds 10^2 pouces de hauteur; quant à son poids il est bien proportionné, car elle pèse 185 livres. Notre champion féminin est issu d'une famille qui possède la force musculaire en partage, et deux de ses frères, Elie et Arthur Sirois, sont des athlètes valeureux. Arthur, qui est âgé de 27 ans, a des prétentions au titre de champion leveur de poids, catégorie des hommes légers, et il a remporté une médaille pour avoir jeté 160 livres du bras droit. Elie, âgé de 29 ans, se classe parmi les bons leveurs de la catégorie des hommes moyens et il a, à son crédit: un jeté d'un bras de 50 livres, 75 fois consécutivement et un dévissé d'un bras de 200 livres.

Le mari de cette femme phénoménale, M. Henri Cloutier, est lui-même un hercule. Né en 1863, à Roxton Pond, Que., il s'occupa de sport et d'athlétisme dès l'adolescence. A 10 ans, il courut 20 milles en 21/2 heures, à travers champs, ruisseaux et forets, et à 18 ans il faisait de l'acrobatie.

Plus tard, alors qu'il pesait 275 livres, il prit pai't à une course entre hommes gras, à Granby, Que., et il arriva bon premier.

Aujourd'hui, M. Cloutier mesure 5 pieds, 7 pouces de taille, et il pèse 285 livres.

C'est à partir de 1890 qu'il abandonna l'acrobatie pour se livrer entièrement à l'athlétisme. 11 ouvrit un gymnase à Salem, Mass., et lit des poids. iVprès

LES ATHLETES CANADIENS

un an d'entraînement, il dévissa un haltère de 205 livres épaulé d'une main. A Woonsocket, E.-I., sans le prévenir, on lui présenta une fois, un haltère de 244 livres à dévisser, et il réussit le tour à la deuxième reprise. En 1896, à Salem, Mass., il a jeté 160 livres, 14 fois de suite, et il considère cet exploit, comme un de ses meilleurs.

Henri Cloutier.

A Québec, en 1903, dans un match avec .1. Y.. Eousseau, il souleva, avec des courroies, 1,185 livres, puis il essaya 1,600 livres, mais les courroies cédèrent.

M. Cloutier a porté longtemps le titre de champion des hommes forts des Etats-Unis.

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M. LE DOCTEUR GADBOIS

Dr J.-P. Gadbois.

l/apôti'o (lo la {'ullure ])]iysi((uo ot du vé<x6tai'isine parmi les Canadiens-Français est un médecin et un atlilète: Monsieur le docteur J.-P. Gadbois.

Avec une ténacité rare, une activité inlassable et une science réelle, cet bomme s'est attanué à nos préjuf^és et h nos babitudes; il a popularisé certaines notions d'iiygiène, il a enseigné le rôle de rexercice;

surtout, il a réveillé, chez les nôtres, le culte de la force et de la l)eauté plastique.

A ces titres, le lecteur me saura ^ré dVsquisser largement la carrière de ce compatriote distingué.

Monsieur le docteur Gadbois est né, à Saint- Urbain de Châteauguay, en 1868, mais il a été élevé à Saint-Jean d'Iberville qu'il considère comme sa patrie.

Après avoir fait ses études au collège de Montréal, il suivit les cours de la Faculté de Médecine des universités Victoria puis Laval, et il obtint le titre de docteur en 1892. Bien qu'il s'occupe de journalisme depuis six ans, et qu'il soit échevin de Montréal depuis 1906, il n'a pas dit adieu à sa profession.

Le docteur Gadl)ois — - qui l'ignore? — est un petit homme trapu, vif, alerte, énergique et musculeux. Ses mensurations sont comme suit : taille, 0 pieds, 2 pouces; cou, I614 pouces: poitrine, 411/, pouces; biceps droit, 16 pouces; poids, 160 livres. Avec cette taille et ce poids, M. Gadbois n'est pourtant pas obèse; il remplace la graisse par des os solides et des muscles puissants.

Des Anglais disaient, un soir, près de moi, au Parc Sohmer, pendant qu'il arbitrait un match de lutte, que M. Gadbois était un real pocl^pf aihlrtc. Cette expression hyperbolique, qui pourrait se traduire en français par "véritable athlète en miniature", indiquait tellement d'admiration de la part de ces Saxons, qu'elle m'est restée gravée dans la mémoire et que je ne résiste pas au plaisir de la transcrire.

C'est dans sa famille que M. Gadbois a puisé son

goût pour les exercices pliysiques. Son père, un solide charpentier (1), tirait au poignet comme pas un, et il se classait dans la catégorie des intomhahlcs, aux genres de lutte " side hold '^ et " collar and elbow ^\ C'est lui qui enseigna ces sports à son fils, car il estimait qu'un garçon doit apprendre tous les exercices qui peuvent contribuer à le rendre vaillant, fort, sûr de lui. A cette école, le futur médecin se trempa un caractère ferme et un corps robuste. Voyons-le à l'œuvre.

Le jeune Gadbois s'adonna à presque tous les exercices: il connut la lutte, le saut, la boxe, la natation, le canotage, la balle au mur, et devint excellent en tout.

lA-u collège de Montréal, fait qui ne s'était jamais vu, il remporta, dès la classe de méthode, le titre de champion de la balle au mur, et il le conserva jusqu'à la fin de ses études. Etant ambidextre, il jouait de la gauche et de la droite sans la moindre difficulté.

Plus tard, il devint champion du district de Montréal et se rencontra plusieurs fois avec M. Lavoie, le champion de Québec.

A l'aviron, il. conquit le championnat amateur de la rivière Eichelieu, puis, un jour, dans un tournoi à Plattsburg, il devint champion frappeur à coup de poing de l'Etat de New- York. Le premier champion de cet Etat fut John L. Sullivan qui enregistra fiOO, le titre passa ensuite à un nommé Poek, un colosse de 240 livres.

C'est ce dernier que le docteur vainquit. Au tournoi en question, Rock frappa 360 et le docteur 400. Dans la suite, Fitzimmons a atteint 500, mais si Ton

(1) M. Gadbois i)ère, doit être Hgé de 0 8 ans aujourd'hui, et jusqu'à 55 ans, il a conservé une vigueur qui en faisait un adversaire redoutable.

considère la taille et le poids des deux grands pugilistes, on admettra que la performance de notre petit athlète est magnifique.

M. Gadbois est un combatif par excellence. Lorsqu'il a dû en venir aux mains, que l'adversaire fut moyen ou grand, mince ou large, il n'a jamais hésité et n'a Jamais été vaincu, pas plus à l'école qu'après. Céder, pour lui, est une ignominie dont il ne peut entendre parler. Quand il a décidé de batailler, il lui faut triompher, et il triomphe.

Pourtant, il en a vu de toutes les couleurs lorsqu'il dirigeait son sanatorium pour alcooliques, il y a quelques années. Je citerai un cas. Un pilote, homme superbe de o pieds, 10 pouces, pugiliste réputé, lui donna du fil à retordre. Quatre hommes de police l'amenèrent, une nuit, au sanatorium, et le livrèrent au docteur sans le prévenir qu'il avait affaire à un forcené. Le docteur donna une chambre au malheureux, lui fit servir la quantité de breuvage alcoolique réglementaire et le quitta. Une heure après, l'individu appela le docteur et lui demanda une autre rasade. M. Gadbois lui déclara qu'il en avait eu suffisamment pour le moment, et qu'il n'en aurait pas de nouveau avant un certain nombre d'heures. L'ivrogne pria, supplia, se fâcha, puis, voyant que le médecin était inébranlable, ferma soudain la porte à clef en le prévenant qu'il ne sortirait pas vivant de la chambre. La lutte s'engagea, lutte terrible qui dura plus d'une heure et dans laquelle le docteur dut faire appel à toute sa force, à toute son adresse, à toute son endurance. Finalement, il maîtrisa l'alcoolique et put sortir.

Il avoua, plus tard, qu'à aucune époque de sa vie, il n'avait senti la mort d'aussi près et n'avait con-

centré si étroitement tout ce qu'il avait de vigueur physique et morale. A deux autres reprises, il lui fallut en venir aux mains avec le même individu, et chaque fois il réussit à le subjuguer sans Faide de personne, ce qu'il s'était d'ailleurs promis.

Tout en ne comprenant pas par quoi miracle ce petit homme avait le dessus sur lui, le pilote dut céder . . .

Mais s'il fallait raconter tous ses exploits de ce genre, il faudrait un volume, car il n'a pas livré moins de mille batailles depuis sa jeunesse.

L'année 1894, doit être celle où la lutte s'introduisit à Montréal pour y rester. Des matchs réunissaient des spectateurs dans divers endroits, au nombre desquels il faut surtout citer V Atlantic, un café chantant du bas de la rue Saint-Laurent.

M. le docteur Gadbois favorisa ce mouvement dès le début, et il ne dédaigna pas d'enseigner la lutte et la boxe à de jeunes compatriotes qui le priaient de se faire leur professeur. C'est à l'Atlantic que la plupart de nos vétérans de la lutte libre firent leurs débuts, c'est là que tour à tour furent proclamés cham- ])ions de la catégorie des poids légers: Crevier dit Lavigne, de Toronto; Odilon Bourbon (né à Québec on 1874) ; Hébert, Eobillard et Tremblay, si ma mémoire est fidèle.

Chez les Anglais, le champion était George Kennedy, mais après sa défaite aux mains de Tremblay, Kennedy se fit imprésario de lutte, et dans cette carrière il a été particulièrement heureux.

Quant à Tremblay, on sait qu'il ne s'en est pas tenu à ce cliampiouuat et qu'il a fini ])ar décrocher le titre suprême,

A la lutte gréco-romaine notre meilleur homme de l'époque a été Conthier, qui finit par être supplanté par Littlo (McLeod).

Constatant que la lutte plaisait beaucoup aux Canadiens-Français, M. Gadbois décida d'appliquer son énergie et son activité à propager ce sport. Pour cela, en 1903, il devint rédacteur à la " Presse ".

Vers ce même temps, avec quelques amis, il instituait, au Parc Sohmer, des tournois de lutte qui depuis se sont continués avec un succès de plus en plus grand.

Mais ce n'était pas tout de lancer les nôtres dans les sports, il voulait aussi qu'ils apprissent à se développer scientifiquement et à acquérir une excellente santé.

Il commença donc une campagne en faveur de la culture physique dans le grand quotidien montréalais, mais comme il annonçait un évangile nouveau, le public fut étonné.

Jusqu'alors la masse avait cru que le travail physique n'était une nécessité que pour les illettrés ou les pauvres. Tous ceux qui le pouvaient évitaient les exercices et la fatigue; fuyaient l'eau froide, le soleil et l'air. On tâchait de manger à ventre déboutonné, au moins trois fois par jour: on s'habillait le plus chaudement possible; on dosait les maisons hermétiquement et l'on s'arrangeait pour vivre dans une atmosphère de serre-chaude.

M. Gadbois attaqua ces préjugés de front. Xon seulement il glorifiait l'exercice, le bain, l'air pur: non seulement il ridiculisait les gloutons, les bonnes fourchettes, les obèses ; il faisait plus : il préconisait le régime végétarien.

Pour le coup, on crut que ce médecin divaguait. A la rigueur, des gens sensés pouvaient admettre que l'exercice fut favorable à une bonne digestion, à entretenir l'activité, mais ou: pouvait devenir fort et sam sans viande ? La foi dans le régime carné était tellement enracinée que plusieurs se scandalisaient de ces propos. Xul ne songeait que quantité de cul-

tivateurs sont aujourd'hui semi- végétariens, sans le savoir, et qu'un plus grand nombre d'entre eux ont, autrefois, vécu sans viande, pendant plusieurs mois par année.

M. Gadbois néanmoins ne s'émut pas de la clameur qu'il soulevait. Il fit un pas de plus : il recommanda le jeûne fréquent comme moyen de se débarrasser des poisons et des déchets qui s'accumulent fatalement dans le svstème de ceux, surtout, qui ne travaillent point ou font trop peu d'exercice.

La coupe était pleine et le public se demanda si l'homme qui agitait ces questions était sincère, s'il pratiquait à tout le moins ce qu'il enseignait. Et voici ce que les curieux apprirent :

M. Gadbois est végétarien depuis 1898; toute sa famille a adopté le même régime deux ans plus tard. La cause de cette réforme est intéressante à connaître. M. Gadbois avait un fils qu'il adorait, mais comme le pauvre petit était tuberculeux, il menaçait de mourir comme deux autres de ses frères aînés. M. Gadbois lui procurait bien l'huile de foie de morue, les steaks, les œufs, les toniques, les élixirs, sans compter les soins les plus assidus, mais il ne cessait pas de dépérir. Le père désespéré eut alors l'idée d'essa3'er le régime végétarien, le grand air et l'hydrothérapie. Mais auparavant il voulut expérimenter sur lui-même. Il s'en trouva bientôt si bien, qu'après quelques mois, il mettait son enfant au même régime et le sauvait ; les autres membres de la famille profitèrent alors de l'exemple.

L'enfant qui a été cause de cette révolution... culinaire est maintenant fort, vigoureux, plein de santé, et ceux qui jurent par le rosbif auraient peine à croire qu'ils ont devant eux un gaillard qui n'a pas touché une bouchée de viande depuis neuf ans. La fillette et le garçon qui suivent et qui eux ne connaissent même pas ce que c'est que d'être Carnivore, sont robustes comme peu d'enfants de leur Age.

Mais je reviens à sa propagande journalistique. Pendant trois ans, M- G ad bois a servi, tous les jours ou presque, un bref sermon sur un des points de sa doctrine. Et comme l'auteur employait un style coulant, fortement imagé; que le sujet traité était nouveau, que chaque prône avait une saveur originale qui forçait l'attention, il captiva le public tout en contrecarrant des idées reçues. Il fit des adeptes.

L'impulsion qu'il a donnée alors à la culture physique a été considérable, et si aujourd'hui ces questions sont familières à plusieurs, c'est beaucoup grâce à lui.

Après la culture physique, M. Gadbois aborda les sports, mais en faisant une distinction, car si quelqu'un lui demandait comment il les placerait par ordre de gradation, voici ce qu'il répondrait: la natation (1), la lutte, la balle au mur et la course. Cependant, il ajouterait: pratiquez le sport ou l'exercice que vous aimez davantage s'il provoque en vous la transpiration. Ceux qui gagnent leur pain à la sueur de leur front sont pour lui des privilégiés; les autres doivent trouver le moyen de transpirer autrement.

Quelle que soit l'opinion de certains intellectuels à son sujet, je ne saurais cacher que j'éprouve la plus grande admiration pour l'œuvre du docteur Gadbois, parce que j'ai la conviction qu'il a rendu un service inappréciable à notre race. A mon avis, c'est un l)ienfaiteur public à qui nous devons de la reconnaissance.

(1) M. E. Weber dans f^ports athlétiques (p. 20), place également la natation en premier lieu, parce quelle " exige le fonctionnement de tous les muscles, de tous les membres et en outre facilite l'exercice du sang-froid, de la présence d'esprit, de la hardiesse ".

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