‹ Athlètes canadiens-françaisChapitre 39 sur 44 · ARTHUR GIROUX · texte numérisé non relu

ARTHUR GIROUX

A. GiRorx.

C'est après avoir cueilli tous les lauriers possibles, à la lutte libre, que Giroux voulut tâter de la boxe, et son désir fut accueilli par un cri général de réprobation. Il semblait à la plu])art des sportsmen qu^un lutteur aussi hal)ile ne devait pas abandonner un sport dans lequel il s'était illustré pour risquer de perdre au pugilat tout le prestige qu'il s'était acquis.

Mais Giroux pensait autrement, et conmi€ il avait de l'ambition et surtout une grande confiance en lui — qualité nécessaire pour atteindre le succès — il résolut de laisser dire et de s'inscrire quand même au grand tournoi de boxe de Toronto, en 1905. Il démontra immédiatement qu'il avait eu rais'on, puisqu'il remporta la victoire sur son concurrent, en trois assauts.

Giroux, après avoir pratiqué avec patience et ténacité, marcha d'abord de progrès en progrès conmie le témoigne la liste chronologique de ses premières rencontres :

1905, 22 avril. — Toronto, décision contre Harry McDonald, 3 assauts.

1906, août. — Montréal, décision contre A. Beaulieu, 3 assauts.

" septembre. — Montréal, nul contre A. Beaulieu, 8 assauts.

" octobre. — Montréal, victoire sur Geo. O'Mally, ex-champion du Canada, 4 assauts.

" décembre. — Nul contre Jack Eegan qui a rencontré les meilleurs hommes des Etats-Unis, 6 assauts.

1907, 12 janvier. — Montréal, nul contre Billy Allen, champion du Canada, 15 assauts.

" 11 février. — Montréal, victoire sur Bert. Cliff

d'Angleterre, 2 assauts.

" 15 avril. — Fraserville, victoire sur Kid La-

gassé de Fort Kent, 2 assauts.

" 24 avril. — Montréal, victoire sur Bert. Cliff,

Angleterre, 2 assauts.

" 25 juin. — Electric Park, perd contre Kid

Dufresne, etc.

Arthur Giroux a maintenant 29 ans et il est né à Québec le 19 mars 1880. C'est à l'âge de 16 ans

qu'il a coinmeucé à s'occuper d'athlétisme : la baseball, la crosse et les haltères l'attirant tour à tour. Aux haltères il a fait des exploits qui le classent parmi les champions poids légers. Il s'adonna ensuite à la lutte et arriva rapidement au premier rang en décrochant le titre de champion du Canada à 125 livres qu'il a conservé durant trois ans. Depuis, nous l'avons dit, il s'est tourné vers la boxe et sa bonne étoile ne cessa de le protéger avec une constance rare jusqu'au jour de sa rencontre avec '' Kid " Dufresne qu'il était certain de défaire. Contrairement à l'attente de la majorité des spectateurs qui assistaient à ce combat dans le cadre poétique d'un sous-bois, près du Sault-au-Récollet, le " Kid " se montra fort supérieur en habileté et en agilité, et le vaillant Giroux fut knocked out dans la huitième ronde.

Giroux est exigu de taille, mais il est bien proportionné. Sa musculature est superbe et ses mouvements réunissent la force à la souplesse.

Qu'il lutte ou qu'il boxe, il y va de tout cœur, et dès que l'arbitre a prononcé le solennel " allez ", le bal commence et c'est lui qui le mène. L'ardeur et le courage, l'audace et l'endurance dont il fait alors preuve dans l'arène lui valent les sympathies et l'admiraîîon de tous les vrais amateurs, à quelque clan qu'ils appartiennent.

HECTOR DECARIE

Hector Décaiue.

Ijorsque M. Eaphaël Ouimet, rédacteur du Sport, à, la Patrie, et Farbitre du match Cyr-Décarie, eut annoncé, à la fm de la mémorable soirée du 26 février 190G, que la joute était nulle, il se produisit quelque tumulte dans la nombreuse foule. On n'était pas satisfait.

LES ATHLETES TAXAT)! EN" S

Louis Cvr s'avança, alors, snr It' devant do l'estrade et, dominant les spectateurs du regard, du geste et de la voix, il leur expliqua que le dénouement de la rencontre ne pouvait être attril)ué qu'au mode adopté pour décider lequel des deux athlètes aurait la palme. Puis, il termina par ces paroles qui furent

Louis Cyr nommp: le jeuxe Décakie

son successeur.

(Caricature parue dans la Patrie de 189G.)

très applaudies : " Je reconnais, en Décarie, l'un des hommes les plus forts que j'ai rencontrés, depuis que je suis dans l'arène. Aussi, il me fait plaisir de lui concéder mon titre qu'il saura défendre, je l'espère, avec autant de succès que je l'ai défendu moimême ".

Celui que Louis Cyr venait de sacrer roi de la

force et à qui il transmettait, magnanimement, la plus lourde succession qui soit, n'était qu'un jeune homme de vingt-sept ans, mais ce jeune homme avait déjà à son crédit plusieurs victoires importantes, car il avait vaincu TAllemand Ronaldo, le 18 mai 1904, Eousseau, de Québec, le 25 janvier 1905, et Auvray, de Belgique, le 5 décembre 1905.

Hector Décarie est né à Saint-Henri de Montréal, le 27 mars 1880, du mariage de Jean Décarie et Lucie Fichaud, et il descend d une des premières familles établies à Montréal.

Son père et surtout sa mère sont remarquablement vigoureux ; ses deux frères, Arthur et Adélard, sont tous deux très forts, et ce dernier, qui pèse 227 livres, mesure 6 pieds de taille.

A treize ans, rapporte la " Culture physique " (1), le directeur du collège où était le jeune Décarie, avait organisé un tournoi de lutte au poignet. Hector en sortit le premier en renversant même quelques instituteurs qui y avaient pris part. A cet âge, Décarie était un garçonnet fluet. Cependant, dans ce petit corps, les muscles étaient d'une solidité et d'une puissance telles que les gens ne pouvaient comprendre où il puisait la vigueur qui lui permettait de soulever des fardeaux déjà lourds. Profitant de sa mine illusionnante pour jouer de bons tours aux gens qui se fient à l'apparence, le gamin se présentait chez des bouchers et offrait de parier qu'il jetterait un cochon qu'il désignait, au bout de ses bras ; ou bien il allait chez des marchands de grains et proposait le même pari, au sujet d'une balle de foin. La plupart du temps, on commençait par rire de ce qu'on croyait être une forfanterie d'enfant,

(1) Ann^e 1907. p. 104.

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mais comme il insistait, on le prenait parfois au mot dans le but de s'en débarrasser et de lui donner une leçon. Au grand ennui des parieurs, le gringalet soulevait tous les poids, conmie s'il eut été un homme, et un fort, et il fallait le voir ensuite s'amuser de la tête de ses victimes.

A dix-sept ans, Décarie s'adonna sérieusement aux poids de diverses sortes et sa force augmenta rapidement. A vingt et un ans, déjà renommé, il se rencontra dans un match de lutte au poignet avec Chapleau, le fameux champion, qui n'avait jamais connu de maître et il le battit. Ce fut de la stupéfaction.

Vinrent ensuite ses matchs avec les athlètes déjà nommés, qui ont mis son nom dans toutes les bouches. Aujourd'hui, Hector Décarie est un magnifique athlète ; il faut l'avoir vu de près et avoir palpé ses muscles saillants, gros comme des câbles et durs comme l'acier, pour éprouver l'impression que la puissance de cet homme doit être terrible. Voici ses mensurations :

Taille, 5 pieds 7^4 pouces.

Cou, 18 pouces.

Poitrine, 47 pouces.

Ceinture, 35 pouces.

Cuisses, 26 pouces.

Mollets, 17 pouces.

Avant-bras, 181/4 pouces.

Biceps, 17.1^ pouces.

Poignet, 81/2 pouces.

Poids, 191 livres.

Depuis leur match fameux, Cvr et Décarie ont fait une couple de tournées dans la Xouvelle-Angleterre, le Michigan et la province de Québec. Dans ces exhibitions, Décarie exécute le numéro suivant :

Jeté à deux mains.

Lever un homme au bout du bras.

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Lever un poids étant assis sur une chaise. Dévisser d'un bras, épaulement facultatif.

Devant M. liapliaël Ouiniet qui Ta attesté officiellement, Décarie a dévissé 275 livres du bras droit, ce qui bat le record de Cyr et il peut faire mieux, dit-on.

Pourrait-il vaincre xirthur Saxon surnommé le roi du dévissé, et dont les records sont extraordinaires, s'ils sont authentiques. Il serait curieux de voir ces hercules aux prises. En tout cas, on ne saurait nier que Décarie a fait du dévissé une spécialité et qu'il accomplit des exploits extraordinaires. On lui a même reproché de s'adonner trop à cet exercice qui, aux yeux de quelques-uns, passe pour du truquage. Ceux qui pensent ainsi se trompent et nous n'en voulons pour preuve que l'opinion de l'ancien bâtonnier de Toulouse, maître Eichard Andrieux, un expert en la question.

" Le mérite du dévissé, dit-il, est absolu et ceux qui en font fi sont de mauvaise foi. Pour faire agir son corps sous un épaulement de 20U livres tenues dans une seule main et pour le diriger dessous, comme on voudra, il faut des qualités de puissance, de force, de courage, d'endurance et de résistance à la désarticulation peu ordinaires. De plus, qualités combinées qui manquent à tant, il est indispensable d'avoir des reins à la fois forts et souples.

" Pourquoi donc le dévissé est-il en défaveur ? C'est de la carotte, dit-on, de l'escamotage, on passe dessous, c'est un truc . . . très bien quand on a cent livres en mains, mais quand on a deux cents livres et plus, c'est tout bonnement un terrible et merveilleux effort. Aussi cet exercice, (piand il a été suivi de bonne heure, par des athlètes très forts, donne le résultat maximum en livret d'une main ".

On a souvent prétendu que Décarie n'avait pas plus droit au titre de champion que Barré, parce

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qu'eu lauçaut ses défis il impose ses niouveuieuts préférés et qu'il est en conséquence impossible de juger s'il est supérieur à un autre en tout. Ici, je me dérobe, car hors de France, on n'en est pas encore venu à une entente au sujet des mouvements à imposer pour décider quel serait l'homme le plus fort. Les uns pensent que c'est le " soulevé de terre à deux mains en se dressant complètement le corps à la force des reins " qui seraient le critérium, les autres, que ce sont les exercices classiques tels que définis par l'Haltérophile Club de France, d'autres, encore, que ce sont les performances d'endurance à la Gilman Low, lequel a soulevé 1,000,000 de livres par efforts successifs sans arrêts.

Bref, on ne semble pas prêt à s'entendre et il se passera des jours avant qu'un roi des poids lourds soit reconnu comme tel par le clan des hercules, puisqu'on ne peut admettre la supériorité d'un rival qui ne peut pas exécuter tous les mêmes exercices que soi.

Pendant longtemps notre champion a partagé l'erreur commune qui veut qu'un homme se gorge de nourriture pour devenir fort, et il mangeait deux livres de viande à chacun de ses trois repas. Aujourd'hui, toutefois, il a changé de régime et ne mange plus qu'une demi-livre de viande par jour. Décarie ne fait pas usage de liqueurs alcooliques, mais il fume beaucoup.

Décarie a de superbes qualités et il n'y a aucun doute qu'en suivant un entraînement systématique, il ferait l'étonnement des Européens qui l'invitent depuis longtemps et qui lu? feraient fête. Mais' s'il ne peut s'y rendre, pourquoi n'organiserait-on pas, ici, un tournoi qui lui permettrait de se mesurer avec ses émules d'outre-mer ?

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