‹ Athlètes canadiens-françaisChapitre 8 sur 44 · C. M. DE SALABERRY · texte numérisé non relu

C. M. DE SALABERRY

]yr-('OL. C'JIARLES-MICHEL DE SaLAI'.ERUV,

T,K IIKIÎOS DE CIIATEAIKJUAY

Jo n'ont i-('p rend rai noini. do raoontor la earriorc do notre célèbre guerrier, plusieurs écrivains, notamment M. de Gaspé, L.-O. David et P. G. Roy lui ont consacré de longues biographies, et je n'ai point la

témérité de refaire des pages qui sont peut-être définitives. Mon but est plus modeste, et il est tout autre, car je ne veux que faire ressortir la grande force musculaire dont le Héros de Châteauguay était doué comme son père, comme ses aïeux, du reste, puisque leur devise : " Force à superbe, mercy à faible ", indique bien que la vigueur physique faisait partie du patrimoine de cette noble famille. Toutefois, en rappelant les prouesses qui le classent paiTni nos athlètes, il me sera permis de citer quelques dates importantes de sa vie.

Ce grand personnage de notre histoire était fils d'Jgnace-Michel de Salaberry et de Françoise-Catherine Hertel, et il naquit à Beauport, le 18 novembre 1778. Charles-Michel, tels étaient ses prénoms, s'enrôla à Fâge de quatorze ans dans le 44e régiment, et en 1794, il fut nommé enseigne dans le 60e régiiment en partance pour les Indes Occidentales. C'est durant son séjour aux Indes que se place l'anecdote suivante, que l'hon, David a puisée dans les " Mémoires'^ de M. de Gaspé. Elle démontre bien que, tout jeune encore, notre héros était brave, habile, endurant, et qu'il maniait déjà l'épée comme un maître d'armes :

" Les officiers du soixantième régiment, dans lequel Salaberry était lieutenant, appartenaient à différentes nationalités. Il y avait des Anglais, des Prussiens, des Suisses, des Hanovriens et deux Canadiens- Français, les lieutenants de Salaberrv et DesEivières. C'était chose assez difficile de maintenir la paix parmi eux; les Allemands surtout étaient portés à la querelle : excellents duellistes, ils étaient de dangereux antagonistes. Un matin, de Salaberry était à déjeuner avec quelques-uns de ses frères d'armes, quand entre un des Allemands qui le regarde et lui dit d'un air de mépris : — '^ Je viens justement d'expédier un Canadien-Français dans l'autre monde ",

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fraisant par là allusion à DesEivières qu'il venait de tuer en duel.

De Salaberry bondit sur son siège ; mais reprenant son sang-froid, il dit : — " Nous allons finir le déjeuner, et alors vous aurez le plaisir d'en expédier un autre ".

Ils se battirent comme c'était alors la coutume, à l'arme blanche. Tous deux firent preuve d'une grande adresse, et le combat fut long et obstiné. t)i, Salaberry était très jeune; son adversaire, plus âgé, était un rude champion. Le premier reçut une blessure au front dont la cicatrice ne s'est jamais effacée. Comme il saignait al)ondamment et que le sang lui interceptait la vue, ses amis voulurent faire cesser le combat, mais il refusa. S'étant attaché un mouchoir autour de la tête, le combat recommença avec plus d'acharnement. A la fin, son adversaire tomba mortellement blessé, et la plupart dirent qu'il n'avait eu que ce qu'il méritait".

Ce duel mit pour toujours do Salaberry à l'abri des insultes: il avait fait ses preuves.

De retour au pays, Charles-Michel resta dans le service militaire et il eut plusieurs occasions de montrer quels muscles de fer il avait. En voici un exemple qui a été recueilli par M. de Gaspé.

^•'11 entre, un jour, dans un hangar, lieu ordinaire des exercices de son régiment, et est témoin d'un spectacle étrange pour un homme accoutumé à la discipline sévère de l'armée anglaise. C'était un carillon à ne pas entendre Dieu tonner, malgré les efforts des officiers et sous-officiers pour rétal)lir l'ordre.

Un nommé Rouleau, un des plus redoutables fiersà-bras du faubourg Saint-l\och, nu jusqu'à la ceinture et écumant do rage, faisait appel à tous les assistants.

Il me sem1)!c encore voir le sieur Koiileau, habitué,

à cause de ses rixes continuelles, du banc des prévenus pendant les cours de sessions de la paix. C'était un homme d'une haute stature, maigre, édenté; un composé de nerfs et d'os avec un semblant de chair pour couvrir la charpente ; en un mot, un spectre ambulant à Fair féroce. Eouleau se targuait de n'avoir, pas perdu ses dents à manger des sucreries, ajoutant que ce n'était pas les rossignols qui l'avaient défriché de la sorte.

— Habille-toi, Eouleau ! lui cria le major d'une voix de tonnerre.

— Il en faudrait des petits officiers comme vous, vociféra l'indocile conscrit en fureur, il en faudrait des petits officiers pour faire obéir Eouleau.

Il avait à peine prononcé ces malencontreuses paroles qu'une main de fer s'appesantissant sur son épaule, l'écrasa sur le plancher comme s'il eut été un enfant. Cette prouesse musculaire, à laquelle personne ne s'attendait, car le major de Salaberr}^ était d'une taille moyenne, fit tomber la colère du fier-à-bras, comme s'il eut été assommé. Il se retira tout moulu et dit :

— Oui î Oui ! mon major, je vais mliabiller ! Oii est ma chemise?

Un soldat des Voltigeurs, nommé Côté, je crois, disait en me faisant le récit de cette scène :

— Xous crûmes que Eouleau avait passé au travers du plancher; le major l'avait aplati comme nne punaise. Mais il s'en consola bien vite en disant que ce n'était pas un rossignol qui l'avait étrillé de la pareille façon, et si vous en doutez, ajoutait-il, passe/.-lui par les mains ".

Lorsque j'aurai noté, après M. Montpetit, '' que de Salaberry se faisait un jeu de se promener dans les rues de Montréal, portant un quart de farine sous chacun de ses bras ", j'aurai rapporté tous les exploits athlétiques que nos annalistes ont daigné enregistrer.

Ce valeureux compatriote est mort à Chambly, le 27 février 1829, soit quinze ans après son grand fait d'armes à Châteauguay, et le 7 juin 1881, les Canadiens reconnaissants lui ont élevé un superbe monument, œuvre de notre sculpteur Philippe Hébert.

Que les amateurs de culture physique, de passage à Chambly, n'oublient pas d'aller contempler la mâle figure que le bronze perpétue.

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