‹ Athlètes canadiens-françaisChapitre 9 sur 44 · SURNOMMÉ LE GRAND VOYER · texte numérisé non relu

SURNOMMÉ LE GRAND VOYER

M. 0. A. RiCHER,

petit-fils du Grand Voyer, dont la ressemblance avec son grand-père est, dit-on, parfaite.

Descendant de Jacques Aboyer, qui habitait Québec en 1683, et fils de Jacques-Hippolyte Voyer et de Judith Tatoue dit Brindamour, le sujet de cette notice. Antoine Voyer, naquit à Montréal, le 23 mars

Haut do six pieds^ quatre pouces, sec, mais fortement mejiihré, il pesait 200 livres. Doué d'une robustesse extraordinaire, très brave et très patriote, il prit une part active aux diverses émeutes électorales et sociales qui ensanglantèrent la métropole avant 1840. Aussi est-il resté légendaire sous le nom du Grand Voyer.

Montferrand, qui s'y connaissait en homme, rappelait son père, avec déférence, autant parce que Voyer avait vingt ans de plus que lui que parce qu'il lui reconnaissait une certaine supériorité musculaire.

Je n'ai que quatre anecdotes à vous raconter sur ce géant montréalais, mais elles suffiront, je crois, pour faire conserver, longtemps encore, le souvenir d'un des plus beaux types de notre race.

Le Grand Voyer passait, nn jour, à travers le marché, qui occupait alors la Place Jacques-Cartier, lorsqu'il remarqua sept ou huit soldats anglais qui s'amusaient à taquiner une pauvre vieille hahitante. Cela l'oiïusqua. Quoi ! cette soldatesque étrangère ne respectait pas l'âge et le sexe ! il fallait une leçon. Interpellant Bchète, un autre colosse populaire du temps qui se trouvait non loin, le Grand Voyer le pria de lui prêter assistance. Aussitôt, ils enlèvent chacun un hâton de traîne k un des traîneaux les plus proches et ils tombent à bras raccourcis sur les militaires. Ceux-ci retraitèrent en désordre, comme on le pense, car ils ne se souciaient guère de résister pour le moment. Croyant que les Anglo-Saxons en avaient suffisamment, Voyer prit la direction de la rue N'otre-Dame, mais il n'avait pas fait cent pas fiue d'un ])oste qui existait autrefois en face du Château Ramsay (1). un sergcMit et quatre soldats s'élnn-

(1) Ce poslo se trouvait sur lo site oreup^ actuellonienl par l'TIùtol de Villo.

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eurent pour l'arrêter. Voyer les rossa tous cinq, et comme on admira beaucoup sa crânerie flans cette aii'aire, on ne poussa pas les choses plus loin.

Pendant quelque temps, le Grand Voyer tint une auberge au coin des rues Saint-Laurent et Mignonne. Cette buvette était fréquentée par des gens qui n'étaient pas toujours commodes, parce que se trouvant, à cette époque, à l'extrémité nord de la ville, ils se croyaient tout permis. Un jour qu'il y avait grande réunion de marins, à cet endroit, une bagarre s'éleva entre eux, et ils étaient en passe de tout démolir dans l'auberge quand le Grand Voyer fit son apparition. Comme il ne s'était pas procuré un mobilier pour le voir détruire, de cette façon, il se hâta de faire maison nette. Il empoigna les marins un par un, et les lança sur le trottoir à travers une fenêtre, avec autant d'aisance que s'il eut manœuvré des sacs d'étoupe.

Il partit, une autre fois, avec Montferrand et un groupe d'amis pour débloquer un ;;o?/. S'étant trouvé séparé de ses compagnons, il s'empara de deux poids de cinquante livres, et avec ces massues nouveau genre, il enfonça la porte du poil et rétablit la liberté du vote.

L'auteur du Bon Yîpu.v Tonjts a raconté, dans Lu Patrie de 1885, l'exploit suivant que je résume quelque peu.

"Le premier mai 1832, les citoyens de Montréal furent appelés à choisir un député pour l'Assemblée Législative.

'* Deux candidats étaient sur les rangs : M. le docteur Tracey, un des collaborateurs du Vindicator, un patriote à tous crins, et M. Stanley Bagg, un riche propriétaire bureaucrate ".

Cette élection donna lieu à plusieurs conflits.

" A tous les poils, des coups de poing et des coups de bâton s'échanoreaient entre libéraux et torvs.

Ceux-ci avaient même soudoyé des forts-à-bras pour assommer les patriotes assez audacieux pour se présenter aux l)ureaux de votation.

Apprenant que les gens paisibles se faisaient maltraiter^ le Grand A'oyer décida de se rendre au coin des rues McGill et Saint-Jacques où Bill Collins, le boxeur le plus redoutable du parti tory, se tenait avec sa bande près du bureau de votation et massacrait impitoyablement tous les Irlandais et les Canadiens-Français qui s'approchaient ".

^' Le Grand Voyer essaya de disperser ces bandits pai la persuasion, mais loin de l'écouter, ils se jetèrent sur lui comme des forcenés, et notre géant dut faire un exemple. Comme Bill Collins se trouvait en face de lui, il lui décocha un si terrible coup de poing que Bill tomba foudroyé. On le transporta dans une taverne de la place du marché à foin (aujourd'hui square Victoria) et le boxeur anglais rendit le dernier soupir quelques minutes après.

" La mort de Bill Collins ne fut regrettée de personne. Il avait eu souvent maille à partir avec la justice qui l'avait marqué par la main du bourreau. Lo Grand Voyer subit son procès devant la cour du Banc de la Eeine et fut acquitté, parce qu'il n'avait frappé qu'à corps défendant ".

Antoine Voyer avait épousé Marie-Anne Sainte- Marie, le 26 novembre 1804, et il décéda à Montréal le 25 décembre 1858, âgé de 77 ans, laissant une veuve et trois enfants, qui étaient le docteur Voyer, marié à Mlle Tarieu de Lanaudière; Nathalie, épouse de Séraphin Eicher et mère de M. 0. A. Kicher, avocat de cette ville, encore vivant (1) ; et Tharsile-Agnès, épouse de M. F.-X. Beaudry.

(1) M. 0. A. Richer est aujourcrimî figé de 78 ans, et il est beau-père de M. l'avoeat Gustave Laniothe.

Le Grand Yoyer, pour lui conserver son nom historique^ fut un citoyen modèle. Successivement charpentier, aubergiste, commerçant et rentier, il a joui d'une honorabilité, d'une bravoure et d'une puissance musculaire qui en faisaient un chef estimé, cspable à l'heure propice de redresser un tort, de tenir tête aux fanatiques et de relever la fierté des siens. Il a vécu assez longtemps pour que plusieurs se rappellent encore sa belle prçstance et sa tête de penseur où il y avait quelque chose de la physionomie de Victor Hugo. Il est mort entouré de l'affection des siens et des secours de la religion, après une vie des plus actives et des plus utiles.

4k>4»o 4»o •î'04»o4»o4«o4»o4»o4k>4»o4»o4k>«|k>«î»o4»o4io4»o4»o MAURICE-ROCH DE SALABERRY

Maurice-Eocli de Salaberry, fils d'Iguacc-Micliel de Salaberry et de Françoise-Catherine Hertel, était frère puîné du héros de Châteauguay. Il naquit à Beauport, le 2 octobre 1783.

Comme les anciens preux qui embrassaient la carrière militaire aussitôt qu'ils pouvaient manier une arme, Maurice-Roch voulut, dès l'âge de treize ans, faire partie de la milice canadienne, et durant sept années il s'appliqua, avec ardeur, à se rendre maître dey secrets de son beau métier de soldat. C'est au cours de cette période de sa trop courte existence, que se place l'anecdote suivante qu'a recueillie M. de Gaspé pour démontrer que ce valeureux jeune homme avait hérité de la force prodigieuse de son père.

"Le jeune lieutenant Maurice-Eoch de Salaberry exerçait, un jour, une compagnie de volontaires canadiens dans un hangar situé au bas de la côte de la canoterie, dans lequel était un canon de je ne sais quel calibre, mais si pesant, qu'après maints efforts, les miliciens (pii s'amusaient à faire des tours de force, avaient renoncé à le lever de terre i>ar unc^ de ses extrémités.

— Si votre ])ère était ici, dit Tun des miliciens à| leur jeune adjudant, en lui montrant la pièce d'artillerie, il aurait bien vite culbuté ce soufflet! Les gens du peu]ile, et surtout les habitants appelaient souvent les canons des soiifllcis.

— Il est donc l)i(Mi ])esanl, votre soufflet? dit le jeune officiel-, (juc des hommes comme vous, Jose])h Vézina. Pierre Yover, Poussart. Onil])aidt, Thom

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Dorion, ne puissiez le lever? X'importe. pour l'honneur des Canadiens, je vais l'essayer à mon tour.

— Il va en faire de belles, notre adjudant, dit un farceur à demi-voix, il va en faire de belles prouesses avec ses grands doigts effilés et sa main blanclie ccmme celle d'une demoiselle !

Mais il avait à peine achevé cette phrase, que les deux mains aristocratiques soutenaient le noids énorme à la hauteur de la ceinture du jeune officier."

Ce robuste compatriote nous quitta le 26 juin ISOo pour prendre du service dans l'armée anglaise, et il ne revint pas. Deux ans nlus tard, son régiment ayant été appelé aux Indes Orientales, Maurice-Eoch y mourut des fièvres intennittentes qui décimèrent les troupes de la Grande-Bretagne.

Il venait à peine d'atteindre sa vingt-sixième année, et l'avenir s'offrait à lui sous ses plus brillantes couleurs.

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