DIFFÉRENCES RELATIVES AUX RACES
aucun autre, les caractères propres à la race éthiopienne.
Dans aucun individu de l'espèce humaine, à moinsde difformité, on n'observe une direction aussi verticale des os des Iles, qui se distinguent en outre par leur hauteur très grande en comparaison de leur largeur. Cette largeur est à peu près de l/i millimètres {6 lignes) moindre que dans les bassins de femmes de race blanche. Leur hauteur au contraire est de beaucoup supérieure :i la leur, car elle s'élève h plus de la moitic de la quatrième vertèbre lombaire. La dislance qui sépare une des épines antérieure et supérieure de l'autre est de 9 millimètres (4 lignes) moindre que dans le plus petit bassin de négresse, et de 27 millimètres (1 pouce) que dans le plus granl. Les épines antérieure et inférieure, qui, dans cette dernière, sont plus rentrantes que les antérieure et supérieure, à cause de l'inclinaison de la surface des iléums, sont ici placées presque en ligne droite au-dessous d'elles : toutes dispositions qui donnent au grand bassin de la femme boschimane une forme cylindrique qu'on n'observe dans aucun autre.
Lesépinessciatiquessont si déjetéesen dehors, qu'on ne peut en apercevoir la pointe en regardant d'en haut dans l'excavation. Les tubérosités de l'ischion, épaisses et raboteuses, ont leurs faces latérales et postérieures plus larges et plus élevées que dans tout autre bassin de femme. Quant au sacrum, il offre une concavité antérieure très prononcée, en même temps que sa base proéniine fortement dans l'aire du détroit supérieur; mais, par contre, sa convexité postérieure forme une saillie sur laquelle l'articulation sacro-coccygicnne semble s'élever. Cette saillie est rendue encore plus forte par l'existence de nombreuses inégalités qui environnent l'ouverture inférieure du canal sacré. Ces inégalités ont sans doute pour usage de fournir des points d'insertion aux faisceaux épais de tissu cellulo-flbreux dans lesquels sont contenues les masses graisseuses qui couvrent les fesses et les hanches.
Enfin, les cavités cotylûides sont dirigées plus en arrière qu'elles ne le sont ordinairement chez les femmes, et par suite l'artieulalion des pubis est poussée pins en avant; disposition qui compense la saillie formée par le promontoire, et qui empêche que le diamètre antéropostérieur du détroit supérieur perde de son étendue.
En résumé, le bassin de la femme, dans cette variété de la race noire, offre des caractères d'animalité beaucoup plus prononcés que la capacité de sa cavité ne le ferait croire d'abord ; car, quoique le diamètre antéropostérieur du détroit supérieur n'ait pas tout à fait l'étendue qu'il a dans les femmes de la race blanche, la différence n'est cependant pas fort grande. Quelques autres diamètres sont même plus graiuls que chez celles-ci; l'arcade pubienne, en particulier, offre plus
Si DU BASSIN EN GÉNÉRAL
de largeur que chez les femmes européennes, et M. Vrolik suppose que cède plus grande capacité du bassin dans cette race est fondée sur la plus grande largeur de la tète du fœtus.
Le cabinet d'analomie comparée du Jardin des planles possède le squelette de la femme boschimane qui a été montrée à Paris sous le nom de Vénus hottentote, et qui y a vécu dix-huit mois. Nous avons pu vérifier sur ce squelette l'exactitude de tous les faits exposés plus haut.
Nous devrions peut-être ajouter î» ces considérations, déjà Iroplongues sans doute, la description d'un bassin de femme d'une quatrième race admise par Biumenbach sous le nom de race américaine, et terminer en signalant les caractères du bassin d'un métis quelconque, d'un mulâtre par exemple; mais nous ne possédons aucun renseignement positif sur le premier de ces sujets, et le .second nous entraînerait au delà des bornes que nous nous sommes posées. D'ailleurs nous sentons nous-même combien une pareille étude offre encore d'incertitudes et de difficultés; pour la rendre irréprochable, il faudrait la fonder sur l'examen d'un très grand nombre de bassins provenant de sujets dont l'origine aurait été bien déterminée d'avance, sans cela on s'exposera à donner parfois pour caractères de races de simples variétés de forme purement individuelles. Nous voudrions dans ce chapitre être sûr d'avoir toujours évité cetécueil de notre sujet.
S IV. — USAGES ET MÉCAMS.ME Dl' BASSIN.
Le bassin a des usages multiples : les uns sont relatifs au rôle qu'il joue dans la station et dans la locomotion du corps humain ; les autres sont relatifs à la protection qu'il donne aux organes renfermés dans sa cavité intérieure; d'autres enfin sont relatifs à l'accouchement, ou passage du fœtus à travers le canal courbe qu'il représente.
Etudions-les successivement.
i" Envisagé sous le rapport du rôle qu'il joue dans la station et la locomotion, le bassin a été comparé par Denman à une arche qui sujjporte le poids de la tète, du tronc et des membres supérieurs placés au-dessus de lui.
Dans cette hypothèse, le sacrum représente la clef do voûte; les os co.xaux, depuis lesacrum jusqu'aux ca\ités colyloïdes, représentent les pendentifs, et les membres inférieurs, les culées. Mais ce n'est i)astout; on trouve encore dans le bassin ce qu'on trouve dans toute voûte à laquelle on veut donner la plus grande force possible,: c'est une contre-voûte inférieure qui, prolongo-ant la voûte d'en haut, la convertit en un anneau circulaire. Denman considère toute la partie antérieure du bassin comprise entre les deux cavités cotylo'ides
comme formant cette contre-voûte ou arche renversée.
Dans la station verticale du corps sur les deux pieds, le bassin est soumis à une double pression qui résulte, l'une du poids des parties placées au-dessus de lui, et l'autre de la résistance que les membres inférieurs prennent au sol sur lequel ils reposent ; dans la station sur un seul pied, le poids du tronc est transmis au fémur par l'articulation sacro-iliaque et l'os coxal répondant au pied qui s'appuie sur le sol.
Dans la station assise, il est transmis aux deux tubérosités ischiatiques, qui, dans ce cas, servent de support au corps, et qui transmettent directement .son poids au plan sur lequel elles reposent.
Enfin, dans la locomotion du corps ou progression, le bassin fournit alternativement à chaque membre inférieur un point d'appui solide, pour prendre à son tour un point fixe sur celui des membres qui appuie sur le sol.
La connaissance de ces divers mécanismes rend compte des formes vicieuses que prend le bassin, lorsque par une cause quelconque les os qui le constituent par leur assemblage ont perdu la solidité nécessaire pour remplir les fonctions qui leur sont dévolues; et nous verrons plus loin comment ces formes elles-mêmes sont différentes suivant la position habituelle du corps, et suivant que le ramollissement frappe le bassin d'un enfant ou celui d'un adulte, etc.
2° Envisagé sous le rapport de la protection qu'il donne aux organes renfermés dans sa cavité, il convient de distinguer les deux parties qui le constituent, le grand et le petit bassin.
Le grand bassin, en effet, supporte et protège sur ses côtés les viscères abdominaux, et en particulier le gros et le petit intestin, qui occupent les fosses iliaques internes. En arrière, il offre Ja colonne lombaire, revêtue de muscles volumineux et qui forment une paroi très épaisse. En avant, il n'offre au contraire qu'une paroi molle et très extensible pour remplir la large échancrure que laissent entre eux les os coxaux, mais cette disposition anatomique, ([ui laisse sans défense les viscères abdominaux dans ce sens, était rendue nécessaire par les fondions mêmes des organes renfermés dans le petit bassin, et qui n'auraient jamais pu prendre dans l'intérieur de celle cavité le degré de développement qu'ils doivent atteindre dans certaines circonstances.
Le petit bassin, qui est à peu près cylindrique et qui est composé en grande partie, d'os épais, revêtus k l'extérieur de muscles nombreux et volumineux, est en outre protégé sur .ses côtés par la saillie des trochanters qui le préserve du choc des corps vulnérants. Enfin, soumis .à une forte pression d'avant en arrière, il résiste à la manière des voûtes ; il est donc merveilleusement disposé pour protéger efficacement les or-
ganes qu'il contient, tant que ces organes ne sortent pas de sa cavité. Toutefois il est encore un point de celte surface par lequel les viscères renfermés dans l'excavation pelvienne peuvent être intéressés par un instrument piquant poussé de bas en liaut: c'est son détroit inférieur et les deux échancruressciatiques qui l'avoisinent; il n'y a en effet que des parties molles au devant deces ouvertures, et, surla ligne médiane, que les orifices excréteurs de la vessie, du rectum et de la cavité utéro-vaginale, que rien ne recouvre quand les cuisses sont écartées l'une de l'autre.
3" Enlin, envisagé sous le rapport du rôle qu'il joue dans l'accoucliement, le bassin peut être considéré comme un canal ostéo-fibreux, moins long en avant qu'en arriére et sur ses cotés, et dont la cavité intérieure a une direction courbe à concavité antérieure.
Nous ne ferons que rappeler ici ce que nous avons dit plus haut de la forme différente des deux détroits du petit bassin et de son excavation, de l'étendue de leurs différents diamètres, de la direction des plans et axesdeccs parties, delà disposition des plans inclinés, et enfin de celle des muscles qui revêtent l'excavation et de ceux qui ferment le détroit inférieur: toutes choses qu'il faut avoir bien présentes à l'esprit pour se former une juste idée du mécanisme de l'accouchement naturel.
Pour que celui-ci ait lieu, trois conditions sont indispensables, il faut : 1» que le bassin de la mère d'une part, et le corps du fuHus d'autre part, offrent une bonne conformation ; 2° que ce dernier se présente au détroit supérieur par l'une des extrémités de l'ovoïde qu'il représente, c'est-h-dire par la tète ou par le pelvis; 3° enfin que la puissance expultrice ait une
VARIÉTÉS DE FORMI'] DU B.VSSIX. 35
énergie convenable. Le mécanisme de l'accouchement naturel est basé surce principeque, quelle (|ue s^jil l'ex" Iréniité de l'ovoide fœtal qui se présenle au détroit supérieur, les plusgrands diamètres de cette extrémité se mettent constamment en rapport avec les plus grands diamètres des détroits et de l'excavatlun (juClle traverse. Voici en effet ce qui a lieu.
Supposons que le fœtus présente sa têle au détroit supérieur dans une position transversale, celle-ci ne s'engagera facilement dans ce détroit qu'autant que son plus grand diamètre, qui est l'occipito-frontal, aura moins de 13 centimètres, et qu'autant qu'elle s'y présentera dans la direction dg l'axe de ce détroit.
Si elle plongeait dans r«icavalion en conservant cette position, elle serait bientôt arrêtée par le rapprochement des parois de celte cavité, dont le diamètre Iransverte n'a pas plus de 12 centimètres. Il faut donc, ponrqu'elle pénètrejusqu'aufond du petitbassin et pour qu'elle franchisse plus loin le détroit inférieur, qu'elle diminue de volume, et que consécutivement elle change de direction. C'est en effet ce qui arrive par suite de la flexion en avant de la tête de l'enfant, qui substitue un diamètre plus court au premier, et par suite du mouvement de rotation qu'elle exécute sur les plans inclinés de l'excavaiion et ((ui ramène son occiput sous la symphyse pubienne. Une fois placée dans la direction du diamètre droit du délroit inférieur, cette tête n'aura plus, pour se montrer au dehors, qu'ij surmonter la résistance des parties molles de ce détroit, en se redressant sur le rachis. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce mécanisme de l'accouchement naturel, parce que nous l'exposerons plus loin dans tous ses détails et avec tous les développements que ce sujet comporte.