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Nerf saphène externe

APPLICATIONS A LA PATHOLOGIE ET A LA MÉDECINE OPÉRATOIRE

Les plaies de la région péronière diffèrent suivant qu’elles sont superficielles ou profondes. Celles qui sont superficielles sont peu graves en général. Mais si cependant elles s’accompagnent d’un décollement de la peau assez étendu, si elles atteignent la veine saphène externe ou bien le nerf saphène du même nom, elles offriront une gravité relative un peu plus considérable. Si cette plaie a lieu sur un individu portant des varices au membre inférieur, elle sera suivie le plus souvent d’un écoulement sanguin difficile à arrêter, et quelquefois aussi d’une ulcération des tissus qui a reçu le nom d'ulcère variqueux. Si l’instrument vulnérant dépasse l’aponévrose, il pourra blesser les muscles, les vaisseaux et le nerf, et l’os lui-même. Passons rapidement en revue ces diverses blessures. Quand le muscle soléaire ou les jumeaux, les muscles péroniers latéraux en haut, le muscle long fléchisseur propre du gros orteil, sont seuls atteints, la blessure n’est pas grave, mais si la blessure ouvre la gaine des péroniers latéraux en bas de la région, ou bien en haut, l’articulation péronéo-libiale, il en résulte une gravité toute spéciale ; surtout si, comme cela se voit quelquefois, cette articulation communique largement avec celle du genou. Dans le cas de blessure de la gaine des péroniers latéraux, est-il besoin défaire ressortir toutes les conséquences qui en résultent, telles que : inflammation, épanchement sanguin ou séreux, corps étrangers fibrineux, tuméfaction de la région et, enfin, difficultés et douleurs dans la marche. Les vaisseaux et les nerfs péroniers, comme on peut s’en assurer sur cette planche, sont bien protégés en avant par le péroné, mais ils ne le sont point ou peu en arrière et sur les côtés. Les masses musculaires, les aponévroses remplissent à la vérité le but de protection ; mais elles ne pourront jamais s’opposer à ce qu’un instrument vulnérant, piquant, tranchant ou contondant, pénètre à travers les parties molles et atteigne ces vaisseaux profondément situés. Précisément en raison de la profondeur de l’artère péronière, l’hémorrhagie qui suivra ou accompagnera une pareille blessure offrira une gravité considérable. En effet, si la blessure est en haut, si les astringents, la compression directe échouent, on ne pourra guère recourir qu’à la ligature de l’artère poplitée, ligature que quelques chirurgiens n’emploient pas. Pour ces chirurgiens il sera donc urgent d’avoir recours à la ligature de l’artère fémorale. On voit donc que c’est là une blessure assez sérieuse.

Les fractures du péroné sont de deux ordres, directes ou indirectes. Les fractures directes sont causées par un coup, par une chute, par une roue de' voiture qui passe en travers sur la jambe, ou bien encore au moyen d’un projectile lancé par la poudre à canon. Les fractures indirectes sont plus rares et sont produites par un mécanisme assez curieux. Quand le pied est renversé endehors, le sommet de la malléole externe vient presser sur la face externe du calcanéum, le péroné est donc entre deux puissances qui agissent suivant son axe, mais l’articulation péronéo-tibiale inférieure finit par céder, le péroné se porte en dehors, et comme en haut il ne se déplace point, il y a fracture un peu au-dessous du col du péroné vers le tiers supérieur de cet os. Du reste, dans les deux variétés de fracture, les fragments ne se déplacent pas, maintenus qu’ils sont par les muscles, par les aponévroses et par le ligament interosseux.

Les inflammations, les abcès n’offrent rien de particulier. Nous n’avons guère qu’à mentionner ici la phlébite de la veine saphène interne et l’inflammation de la gaine des péroniers latéraux.

Les lésions organiques sont peu fréquentes, il en est une cependant sur laquelle nous devons appeler l’attention ; nous voulons parler du cancer vasculaire qui envahit de préférence la tête du péroné. Quoique rare, cette affection s’est montrée quelquefois et, pour ma part, j’en ai obtenu deux cas ; il est nécessaire, dans ces circonstances, de pratiquer la résection de l’extrémité supérieure du péroné.

Il est indispensable de bien étudier la région pour faire la ligature de l’artère péronière, qui est une des ligaturesles plus difficiles du corps humain. Cette difficulté réside non-seulement dans la situation profonde du vaisseau, mais encore dans ses variétés de longueur et de volume. Tantôt, en effet, cette artère parcourt un long trajet, tantôt elle est trèscourte, tantôt elle est volumineuse, aussi volumineuse que l’artère tibiale postérieure, comme dans le cas que représente notre planche ; tantôt au contraire elle est d’une petitesse extrême. Il est vrai que, dans ce dernier cas, l’hémorrhagie ne sera pas difficile à arrêter et qu’alors la ligature ne deviendra pas nécessaire.

Quoi qu’il en soit, on pourrait pratiquer la ligature de l’artère péronière dans trois points différents de son étendue : en haut, à la partie moyenne et au bas de la région. Mais il faudrait avoir toujours un vaisseau comme celui que nous avons sous les yeux pour pouvoir adopter ces divisions. En général, on ne fait cette ligature que vers la partie moyenne, et du reste les notions qui sont nécessaires pour celle-ci sont parfaitement applicables pour le haut et pour le bas de la région.

On pratique d’abord une incision à 1 centimètre en arrière du péroné, ayant de 6 à 7 centimètres de longueur et située à la partie moyenne de la région. On incise directement tous les tissus jusqu’au bord externe du péroné qui est, avec les muscles péroniers latéraux, le premier point de repère. Si ces derniers muscles sont un peu volumineux, on les refoule en avant. On découvre ainsi l’aponévrose profonde qui sert d’insertion aux muscles jumeaux et soléaire, on détache du péroné cette aponévrose et l’on découvre le muscle long fléchisseur propre du gros orteil. On sépare ce muscle du péroné, et si à la face profonde on rencontre une aponévrose épaisse on la coupe sur la sonde cannelée; l’artère se trouve au-dessous d’elle, accompagnée de deux veines qui, souvent variqueuses, la recouvrent plus ou moins. De là l’obligation dans laquelle se trouve le chirurgien de séparer ces vaisseaux avec la plus grande prudence, s’il ne veut pas se créer des difficultés par suite du séjour du sang dans le fond d’une plaie très-anfractueuse. Du reste, cette ligature n’a été faite qu’une seule fois sur le vivant par Guthrie sur un blessé qui avait une hémorrhagie secondaire.

B J BERAUD ANAT. CHIRURG

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