Atlas d'anatomie pathologique
I/idée de représenter par des dessins les lésions matérielles des organes est aussi ancienne que Tanatomie pathologique elle-même, et les observateurs qui se sont succédé n'ont généraleoient pas manqué de nous conserver la représentation figurée des faits les plus curieux qui se sont passés sous leurs yeux. L'importance de Ticonographie pathologique se faisant sentir chaque jour davantage, on a vu paraître sur la matière des ouvrages spéciaux et des journaux avec planches noires ou coloriées.
I^a France s'est particulièrement distinguée dans ce genre de publication ; le remarquable atlas du professeur Cruveilhier, celui non moins important de Lebert en font foi, et sont des modèles diflSciles à surpasser.
Comme on pourrait se demander pourquoi nous avons entrepris cet ouvrage, nous avons à faire connaître la pensée qui nous a inspiré. Les atlas que nous venons de citer ne pouvant guère sortir des bibliothèques, nous avons cherché à donner, sous un petit volume, aux élèves et aux médecins, à ceux principalement qui , éloignés des hôpitaux, ne peuvent profiter de Tinstruction résultant de l'examen cadavérique, un travail qui rappelle aux uns les études déjà faites, et qui guide les autres dans les études à faire. Par notre position de chef de clinique à THÔtel-Dieu de Paris, pendant plusieurs années, il nous a été possible, avec Taide de nos maîtres, de nos amis et de nos élèves,
Tiii PRÉFAGÇ.
de réunir uue colleclioii " de faits et de dessins entièrement originaux, qui nous a permis de faire Tétude des altérations des principaux organes. Pour mettre cette collection à la portée de la bourse et des besoins de l'étudiant, nous avons dû réduire les figures de la moilié
de leur grandeur naturelle et racheter cet apparent désavantage par la perfection de Texécution. Le résultat de ce système a été de nous permettre de condenser dans un nombre restreint de planches un nombre de figures plus que double de celui que permet la méthode ordinaire. M. Lackerbauër, qui a dessiné le grand atlas du professeur Lebert en même temps qu'il en a dirigé Texécution, a apporté tous ses soins à résoudre ce problème. A côté des figures anatomiques, nous avons tenu à placer des dessins histologiques, exécutés, le plus souvent, d'après des pièces fraicbes et vues à des grossissements divers, mettant ainsi le lecteur à même de juger de l'ensemble de la lésion et d'en pénétrer la structure intime.
Maintenant, quelques détails qui feront ressortir l'idée scientifique qui a présidé à la composition de cet ouvrage, et montreront le but que je me suis proposé.
De même que toutes les sciences, la médecine traverse des phases d'évolution diverses avant d'arriver à l'étal de perfection, et la loi qui préside à son mouvement ascensionnel n'est pas sans analogie avec celle qui régit le développement des êtres. Depuis Morgagni et Bonnet, qui ont les premiers étudié les altérations pathologiques des organes, un changement notable, sorte de transition entre deux âges, s*est opéré en médecine.
Convaincus de l'importance de l'examen cadavérique, les médecins français de la première moitié de ce siècle ont fait de l'anatomie morbide le but principal de leurs recherches, et, sous l'inspiration de Bichat, de Laennec et de Broussais, cette branche de la pathologie s'est systématiquement développée en France, où elle a servi à élucider la séméiologie et la physiologie pathologique. En Allemagne, l'étude de l'anatomie
. • . PRÉFACE. Il
pathologique microscopique» inaugurée par Jean Millier, est l'objet, depuis quelques années, de travaux nombreux et importants, qui ont contribué à mieux préciser le siège élémentaire des^ altérations pathologiques.
Cependant, la lésion jusqu'ici est le plus souvent étudiée d'une façon exclusive; rarement on s'occupe de son origine; l'étiologie est reléguée au second plan, comme si les altérations matérielles des organes étaient indépendantes du malade qui les subit et de la maladie qui les engendre. Cette manière de faire frappe nécessairement de stérilité un grand nombre de travaux anatomo -pathologiques. Les données acquises, malgré leur utilité, n'ont encore imprimé aucun progrès bien sensible à la nosologie et à la thérapeutique, et il faut reconnaître que l'étiologie ne doit pas être séparée de l'anatomie morbide. En fait, dans l'étude de la pathologie, la méthode étiologique a sur la méthode zoologique l'avantage de remonter au point de départ, de montrer la cause qui subordonne, le lien qui enchaîne et réunit toutes les manifestations d'une même maladie.
Appliqué, depuis plus de dix ans, à rapprocher de l'étude des lésions matérielles des organes celle des causes qui leur donnent naissance, je n'ai pas tardé à reconnaître que toute cause morbifique fait subir à l'organisme une modiGcation propre, que celui-ci traduit par des lésions constantes et identiques. Ce principe, que j'ai autrefois formulé à propos de quelques maladies, notamment la syphilis (1) et l'alcoolisme (2), incontestable en ce qui concerne la variole et la fièvre typhoïde, est également vrai pour d'autres maladies: la goutte, le rhumatisme, etc., ainsi que je m'efforce de le démontrer dans ce travail. On m'objectera, je le sais, que les preuves apportées à l'appui de cette doctrine ne sont pas toujours suffisantes; mais, s'il est vrai qu'elles le sont pour un certain nombre de faits, et si l'on veut bien tenir compte de la difficulté de rencontrer des types, on ne peut hésiter à admettre le principe dans
(i) Builetin de VAcadémie de médecine, séance du 18 janvier 1864, et Gaz, méd., même année, pag 71.
(2 Bulletin de VAcad, de méd,, séance du 4 juillet 1865, et Gaz, méd,, même année, p. 419.